Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 25 juin 2013 | Mise en ligne à 1h00 | Commenter Commentaires (17)

    La citation du jour

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    «C’est une situation très déprimante. Avec le cinéma alternatif – toute sorte de cinéma qui n’est pas mainstream – vous avez peu de chances en termes d’exposition et de fréquentation en salle. Même si j’avais une grande idée, le monde est différent maintenant. Malheureusement, mes idées ne sont pas ce qu’on peut appeler commerciales, et l’argent mène vraiment le bateau ces jours-ci. Je ne sais donc pas ce que l’avenir me réserve. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais être capable de faire dans le monde du cinéma».

    - David Lynch en entrevue dimanche à The Independent, dans le cadre de la sortie prochaine de son second album en solo, The Big Dream (15 juillet).

    La bande-annonce :

    À écouter: une chanson bonus intitulée I’m Waiting Here, enregistrée avec la chanteuse suédoise Lykke Li, dans sa version vinyle.

    À lire aussi :

    > Le nouveau projet de David Lynch : la paix dans le monde
    > Interlude musical: Crazy Clown Time
    > David Lynch, maître de la terreur suggestive


    • J’adore David Lynch, mais plusieurs de ses commentaires des dernières années me mettent mal à l’aise.

      À propos de cette dernière citation, il y a d’abord cette espèce de complaisance (très américaine, me semble-t-il) à se camper dans une posture «alternative» face à l’horrible cinéma mainstream et «commercial». Franchement, je trouve ça un peu cégépien comme vision du cinéma…

      Mais ce qui m’agace plus que tout, c’est que Lynch semble vouloir trouver tous les prétextes, même les plus vaseux, pour ne plus faire de cinéma. À ce que je sache, les Apichatpong Weerasethakul, Nuri Bilge Ceylan, Béla Tarr, Abbas Kiarostami, Manoel de Oliveira, Hou Hsiao Hsien ou Denis Côté de ce monde, pour ne nommer que ceux-là, continuent de construire des oeuvres exigeantes et stimulantes même s’ils sont à des années-lumières de tout impératif commercial. Si ces artistes continuent à trouver de l’argent, des producteurs, des distributeurs et un public, nul doute que Lynch le peut aussi.

    • Voilà ma citation du jour:

      Je crois encore beaucoup au cinéma fait dans son garage avec des moyens limités tout en ayant un boulot pour survivre. Continuer à bâtir son réseau et trouver des idées qui sortent du lot pour qui sait un jour retrouver son film reconnu.

      Je crois fermement encore qu’un artiste ce doit de ne pas être attacher, même jusqu’à la fin, au succès mais « vivre » de son art a chaque instant au risque de vivre dans la misère parfois tel un Picasso.

      Je ne crois pas au succès grandiose sans arrêt ou trop rapide, elle pourri l’âme d’un artiste doucement mais surement. Il devrait remercier le bon Dieu !

      Les premier films d’un artiste lors du succès sont les meilleurs. Ensuite c’est le déclin. Mais lorsqu’il est dans la misère ils sont la plupart du temps toujorus bons.

      Je ne sais pas si j’ai bien exprimé mon idée mais vous n’avez qu’à lire entre les lignes pour comprendre.

      Daniel O.

    • Désolé mais Picasso ne vécu pas tant que ça dans la misère. Désolé de l’erreur mais j’espère que vous aurez compris l’idée.

    • Il n’a pas complètement tort. Même si on est très loin du cinéma de Lynch, je suis allé voir Before Midnight hier soir, qui est d’ailleurs une très belle oeuvre, et il ne jouait qu’à l’Excentris. Très difficile de motiver des producteurs avec une si faible diffusion. Aux USA, davantage qu’ailleurs, c’est le cash qui mène les choix de productions.

      Par contre, Lynch se plaint le ventre plein. Il y a un paquet de cinéastes inconnus qui ne font pas dans le mainstream qui n’arrive pas à démarrer leurs projets. Lynch, simplement avec son nom, n’aurait aucune difficulté à aller chercher le financement nécessaire pour réaliser un autre film, s’il le voulait.

    • @teamstef
      “Par contre, Lynch se plaint le ventre plein.”

      Vous avez raison, il fait pitié.

    • Lynch est décidément rendu ailleurs, il n’y a pas de doute. Tournera-t-il pour le cinéma à nouveau? Je n’en sais évidemment rien, mais disons que ça regarde plutôt mal. Ceci dit, même si je suis assez d’accord avec ce que vous dites, astyanax, je ne trouve toutefois pas les propos de Lynch si cégépiens que ça. Ils manquent de nuances et de profondeur (« l’argent mène vraiment le bateau ces jours-ci »), ça ne fait pas de doute, mais ils ne manquent certainement pas de fondement. Et le fait qu’un cinéaste américain d’envergure se positionne alternativement face à Hollywood ne doit pas être assimilé à du pleurnichage infantile. Il y a effectivement peu de place à Hollywood pour un cinéma aussi évidemment peu commercial que le sien, un cinéma qui, de plus, n’en soit pas un à petit budget (de style Alexander Payne, disons) s’appuyant principalement sur le scénario et les personnages. Mais, comme je l’ai dit, je suis assez d’accord avec vous : s’il avait vraiment envie de tourner, il pourrait assez aisément trouver les moyens de le faire, notamment en imitant Brian De Palma qui, dans les dernières années, tourna quelques films en France (dont l’excellent Femme Fatale, entre autres). Et puis, si Orson Welles a réussi à faire Othello avec des bouts de ficelle et beaucoup de débrouillardise, alors qu’il était traité comme un pestiféré par Hollywood, il n’y a pas de raison que Lynch ne réussisse pas à tourner ses projets, aussi marginaux et bizarres puissent-ils être. Mais, au risque de me répéter, il semble bel et bien rendu ailleurs…

    • En passant, belle photo de Lynch.

    • ”Lynch, simplement avec son nom, n’aurait aucune difficulté à aller chercher le financement nécessaire pour réaliser un autre film, s’il le voulait.”

      Vous vous basez sur quoi pour affirmer ça ?

    • Les résultats au box-office pour Lynch:

      http://www.boxofficemojo.com/people/chart/?id=davidlynch.htm

      …Ce n’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une machine à faire du fric.

    • Inland Empire fut un flop commercial quasi total.

      Par contre, Mulholland drive, sa meilleure performance à la fois $$ et critique depuis au moins 15 ans, a fait un 20 millions de recettes mondiales pour un budget de 15M:

      http://en.wikipedia.org/wiki/Mulholland_Drive_(film)

      Ce qui veut dire que le film est non-rentable, la marge brute n’étant pas la marge nette.

      Le ”nom” de Lynch pourrait en réalité faire l’effet inverse et ne pas donner le goût aux producteurs d’investir, IMO. En fait, je ne sais même pas s’il a un jour fait un film rentable! Dune ? ‘pense pas. Elephant man, peut-être ?

    • 20 millions ? c’est déprimant. Est-ce qu’au moins la renommée du film a fait en sorte qu’il s’est rentabilisé par la suite, avec les ventes dvd/autres?

      Sinon, Lynch devrait trouver la combine de Shyamalan.

    • @ Danielolivier435

      Je comprends votre idée de la nécessité qui stimule la créativité, mais nommez-moi plusieurs films marquants ou influents d’un point de vue artistique des 20 dernières années qui ont été faits “dans un garage” par quelqu’un qui vit “dans la misère”.

      Le cinéma n’est pas la peinture ou l’écriture, arts dans lesquels on peut exploiter ses idées avec un investissement en capital pratiquement nul ou très faible.

      Lynch commente le refus de prendre des risques des studios et des exploitants de cinémas en raison des impératifs e rentabilité. Il dit que l’industrie mainstream refuse de prendre les risques qu’elle prenait avant. Il faut dire qu’il n’a pas complètement tort.

      De plus, ce n’est pas seulement une question d’argent, mais d’exposure. Effectivement, Lynch, avec sa réputation, pourrait peut-être trouver du financement. Je suis partiellement en désaccord avec l’argument de Jon8: prouver que les films de Lynch ne sont pas rentables ne prouve pas non plus qu’il a de la difficulté à les produire. Bref, je ne sais pas s’il trouve le $, mais il ne se plaint pas le ventre plein non plus et parle plus tout une frange des cinéastes alternatifs, pas seulement lui.

      D’autre part, combien d’écrans aux USA ont diffusé Inland Empire et pendant combien de jours? Même chose pour Uncle Boonmee ou Les états nordiques, problèmes de financement en sus. Moi, si je travaille pendant 4 ans dans mon garage en revenant de ma job de commis d’épicerie, j’aimerais bien que des gens puissent voir mon film un jour…

      En fait, je crois que Lynch ne parle pas directement de financement, mais plutôt de capacité à réaliser ses idées au cinéma et à les exposer dans les salles. Il veut surtout dire que pour aller chercher l’argent et les salles, il devra plier sa vision du cinéma aux exigences des producteurs et c’est ça qu’il veut dire quand il déplore de pas pouvoir réaliser ses idées.

      Lynch pourrait tourner un long-métrage avec un Iphone pour 10 000$ et des milliers de fans déjà conquis regarderaient ça sur You Tube ou seraient même prêts à payer une version sur ITunes. Mais faire ça sur grand écran et le distribuer?

    • Mauvaise nouvelle pour le cinéma mais bonne nouvelle pour la musique puisque j’ai bien aimé le 1er album de Lynch et j’attend avec impatience ce 2e dont l’extrait augure bien.

    • Je commence à la trouver plutôt intéressante cette pause, qu’elle soit forcée ou non. « Même si j’avais une idée.. » dit-il! C’est une période d’obscurité régénératrice si on lit entre les lignes, et cet arrêt a aussi stoppé une contamination malheureuse, son style commençait à teindre, ici et là, n’importe quel film à la sortie d’INLAND EMPIRE. Je vois moins ça aujourd’hui. Sept ans ont passé, c’est considérable; compte tenu aussi que ce dernier film était son premier saut vers le numérique et ses heureuses conditions de filmage. Enfin ça reste mystérieux, il y a de la névrose qui s’immisce dans les rapports entre un médium en pleine révolution et un artiste, disons-le, vieillissant. Heureusement, il y a la musique que j’apprécie aussi mais avec quelques frustrations. J’espère qu’on verra un jour un ou des films d’un style tardif rénové, complexifié, qui auront en quelque sorte bénéficié de l’obscurité actuelle.

    • @jon8 : <>

      Je partage votre opinion, mot pour mot. J’ai bien aimé Crazy Clown Time et le deuxième s’annonce très bien. Mais on sent que le cinéma prend moins de place depuis quelques temps pour Lynch.

    • Je regarde certains cas de cinéaste indépendant américain qui ne semblent pas s’empêcher encore de faire du cinéma. Jim Jarmush est de retour. Gregg Araki continue de tourner. Gus Van Sant fait deux types de cinéma, un plus proche d’hollywood et l’autre, du cinéma d’auteur. Larry Clark, lui, je regarde son site web et son dernière film est en streaming pour toujours! Contrairement au distribution traditionnel, d’est 6$ qui rentre à chaque fois et ça pour le reste de sa vie. Je crois que Lynch devrait s’en inspirer. On a besoin de lui au cinéma.

    • @ kobayashi

      Vous avez raison, rien n’empêche aujourd’hui un créateur de diffuser son œuvre par quelque moyen que ce soit, alternativement à la Salle de Cinéma. Mais Lynch donne l’impression de tenir aussi mordicus à cette salle qu’à son « final cut » sur le film, par exemple. C’est un démembrement de même importance pour certains cinéastes. Pensez à Hitchcock qui perd peu à peu son « final cut » suite à Marnie, Lynch aurait peut-être cessé toute production dans ces circonstances(?).

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