Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 17 juin 2013 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (29)

    Spielberg et Lucas, prophètes de malheur

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    Quand on apprend que Steven Spielberg, le cinéaste le plus influent à Hollywood au cours des trois dernières décennies, est passé «si près» de devoir se tourner vers la télévision pour produire son dernier film, c’est qu’il y a un sérieux problème en la demeure.

    Cette révélation choquante a été dévoilée par le principal intéressé lors d’une conférence à la University of Southern California, mercredi dernier. Spielberg était accompagné sur scène de son bon ami George Lucas. D’humeur passablement pessimiste, les deux fondateurs du blockbuster moderne ont prédit que l’industrie allait subir des changements drastiques dans les années à venir, et que la transition ne se ferait pas sans heurts.

    «Il y aura éventuellement une implosion – ou une grande crise. Il va y avoir une implosion où trois ou quatre ou peut-être même une demi-douzaine de films à méga budget vont s’écraser, et cela va changer le paradigme», a prédit Spielberg, dénonçant au détour la frigidité des studios envers les idées «en marge», comme son Lincoln, qui a failli devenir un projet de HBO, avec peu ou pas d’opportunité de projection en salle.

    Lucas, quant à lui, prévoit qu’après cette débâcle, le modèle d’affaire des salles de cinéma va s’apparenter davantage à celui de Broadway, avec moins de films et moins de salles, toutefois remplies de «belles choses». La durée d’affiche serait beaucoup plus longue et les prix d’admission varieraient entre 50$ et 150$. Le budget du film déterminerait le prix du billet, et la taille de l’écran.

    Le nerf de la guerre

    Profitant d’une tribune sur Salon, la productrice Lynda Obst (Sleepless in Seattle, Contact) a mis en ligne un extrait de son livre dans lequel elle s’emploie à déterminer les causes du déclin de l’industrie. Pour trouver des réponses, elle s’est entretenue avec Peter Chernin, ancien patron chez Twentieth Century Fox considéré comme l’un des magnats les plus puissants du milieu. Selon lui, le nerf de la guerre à Hollywood se résume en trois simples lettres : DVD.

    Voici une compilation des déclarations de Chernin à ce sujet :

    L’industrie du cinéma, si vous mettez tous les studios ensemble, fonctionne avec une marge de profit d’environ 10%. Pour chaque milliard de dollars de recettes, ils font une centaine de millions de dollars de profits. C’est la business, n’est-ce pas?

    Le marché du DVD représentait 50% de leurs bénéfices. Cinquante pour cent. Le déclin de cette activité signifie que la totalité de leurs bénéfices pourrait descendre entre quarante et cinquante pour cent pour les nouveaux films.

    Je pense que les deux forces motrices de ce que vous appelez la Grande Contraction étaient la récession et la transition du marché du DVD. Les mauvaises nouvelles ont commencé en 2008.

    Le marché international va encore croître, mais le marché du DVD ne reviendra plus. Les consommateurs vont acheter leurs films sur Netflix, iTunes, Amazon, etc. avant d’acheter un DVD.

    Les implications sont que ces studios sont gelés. La grande implication est que ces studios sont terrifiés de faire quoi que ce soit.

    Fin salutaire d’un cycle

    explosion1983

    En gros, les avancées technologiques dans le secteur de la diffusion des produits de divertissement sont en train d’enrayer le massif engrenage hollywoodien. L’industrie réagit en mettant sur la glace tout produit original, préférant miser sur des «valeurs sûres», en y injectant de plus en plus d’argent. Elle avance en reculant, tout en souffrant d’amnésie. En effet, ce qui a engendré l’ère des blockbusters, ce sont justement des projets hors norme que les prédécesseurs des grands décideurs d’aujourd’hui abordaient avec scepticisme à l’époque.

    Dans une réponse très habile à la conférence de Spielberg et Lucas, Drew McWeeny de HitFix rappelle l’origine du cycle actuel, explique que sa fin est nécessaire et inévitable, avant de conclure que la qualité artistique finit toujours par se frayer un chemin à travers les méandres d’une conjoncture économique donnée. Extraits :

    Peu importe le succès que George Lucas a finalement eu avec Star Wars, quand il l’a fait, il n’y avait rien à propos de ce film qui lui garantissait un succès facile. Il n’adaptait pas du matériel déjà existant. Il a rendu hommage à ce qui était essentiellement une forme morte à l’époque, l’opéra de l’espace, et il a commencé la production du film sans être certain qu’il lui était techniquement possible de le terminer. Et Jaws n’était guère un succès garanti pour Spielberg, qui a fameusement passé la plupart du tournage si stressé que c’est stupéfiant qu’il l’ait terminé. [...]

    Une des raisons pourquoi tout est basé sur quelque chose d’autre, qu’il s’agisse d’un remake ou une adaptation ou d’une suite ou d’un prequel ou autre chose, c’est parce que Hollywood est devenu incroyablement nerveux à l’idée de prendre des risques, mais en même temps, les studios ont soit laissé monter en flèche le budget moyen ou sont déterminés de faire des films pour de la monnaie. Quand tout ce que vous faites coûte soit moins de 5 millions $ ou plus de 150 millions $, le modèle est brisé. Il y a très peu de place pour l’échec avec les grands films, et on ne peut pas vraiment compter sur les petits films.

    En fin de compte, ce que Spielberg décrit est quelque chose que je pense qui devrait se produire. Plus important encore, c’est quelque chose qui s’est produit avant. Hollywood était complètement perdu à la fin des années 1960, et les choses qu’il produisait étaient de plus en plus destinées à un public qui n’existait pas. Le public avait faim pour quelque chose de nouveau, et dans un monde post Easy Rider, ils l’ont obtenu. Quelqu’un a finalement commencé à parler aux spectateurs dans une langue qu’ils reconnaissaient à nouveau, et la structure du pouvoir s’est déplacée complètement, et l’industrie a réussi à grandir d’une manière nouvelle et différente.

    Eh bien, ce temps est de retour, et la vraie leçon à tirer de l’histoire est que les cinéastes vont trouver un moyen pour plier le système à leur volonté, et ceux qui trouvent ​​la façon d’atteindre le nouveau public permettront de créer la prochaine version de notre industrie, quelle qu’elle soit. La distribution [des films] va peut-être changer, les lieux et les façons que nous les regardons peuvent changer, mais dans le fond, ce sera toujours à propos de réalisateurs qui racontent des histoires que les gens veulent voir. Les grandes histoires ou les petites histoires, ce n’est pas ce qui compte, et ce ne l’a jamais vraiment été. Ce qui importe, c’est que nous arrêtions de courir après l’argent et de faire semblant que débiter des conneries pré-traitées est un moyen de corriger quoi que ce soit. Le public mérite mieux, tout comme les cinéastes.

    «Le modèle des grands studios est fucké»

    Très à propos, cette discussion d’une heure sur l’état de l’industrie entre deux critiques poids-lourds, David Denby du New Yorker et A.O. Scott du New York Times, qui a eu lieu le 24 avril dernier dans le cadre du Festival de Tribeca.

    À lire aussi :

    > Steven Soderbergh et la «guerre contre le cinéma»
    > La nouvelle relativité de l’échec
    > Hollywood court-il à sa perte?


    • Très intéressant sujet de discussion.

      Spielberg et Lucas ont garochés un pavé dans la mare, il n’y a point de doute là dessus. Je trouve que cette vision du ”cinéma du futur” est assez juste. Nous sommes déjà dans une dynamique qui dérive vers le spectacle à grand déploiement, pourquoi ne pas finir la job ? IMAX, 3D, surenchère de budget, placeholder de date de sortie des années d’avance, etc… Le petit et le moyen est tassé, c’est évident.

      Une mauvaise chose ? Une bonne chose ?
      J’ose affirmer que c’est l’évolution obligée du cinéma, ou plutôt de l’art audiovisuel en général.

      J’imagine déjà très bien en 2023 des ”Super-IMAX” avec des loges V.I.P., du service bar, et tout ce qu’une expérience soirée-spectacle peut donner. Une sortie vraiment complète voire même un mini-voyage. Avec le prix qui va avec, bien sûr.

      Si des gens sont prêts à payer des sommes faramineuses pour un match de hockey de série ou un Superbowl ou encore pour un spectacle de musique d’un band qui ne repassera peut-être jamais dans le pays… Je ne vois pas pourquoi la sortie d’un mega blockbuster ne pourrait pas se faire payer la totale. Des gens paierons, j’en suis sûr. Mais faudra un service en conséquence.

    • Depuis la disparition de la pellicule, il n’y a plus beaucoup d’intérêt à voir un film en salles – à part pour le son, mais l’image sur ma télé sera exactement la même qu’en salles, alors aujourd’hui je me fous pas mal d’avoir manqué la sortie d’un film qui m’était important, alors qu’autrefois c’était un crime. Quant à moi, le changement drastique a déjà eu lieu.

      Il n’a peut-être pas encore secoué l’économie hollywoodienne, qui est plus l’enjeu discuté ici, mais tout ça est relié. Il ne faut pas vraiment s’étonner que le numérique, un support sans histoire, contrairement à la pellicule qui est liée à la réalité filmée, à un monde passé, nous donne une flopée de sequels, remakes, toutes ces formes de recyclage et de sampling qui sont le propre d’une image numérique infiniment manipulable.

      Le spectacle hollywoodien a bien changé: on ne s’ébaubit plus devant les performances d’un Gene Kelly, mais devant celles d’un Industrial Light & Magic. Mais en faisant cela, le cinéma perd sa spécificité (la trace de Bazin, la projection du monde de Cavell), et rejoint les images de jeu vidéo, de la télévision, de la publicité, des nouveaux médias, etc., etc. Que lui reste-t-il? La taille de l’écran, alors essentiellement l’IMAX 3D, et le méga-déploiement.

      Malheureusement, les prédictions de Spielberg et Lucas me semblent fort justes.

    • Interessant, je ne pensais pas que les DVD étaient aussi payant.

      Pour le nouveau modèle et bien il est deja en place. Ce qu’on voit de plus en plus c’est des franchises à plusieurs volets. Exemple, Fast and Furious 6, les Avengers. Spiderman. Star Trek qui pourraient encore donner 3 ou 4 films. Harry Potter, Lord of the Ring.

      Et c’est correct, depuis quelques années on parle beaucoup des séries qui empruntent au cinéma. On va voir l’inverse. Les gens aiment les series parce qu’ils s’attachent aux personnages, on va voir de plus en plus de franchises avec 6 ou 7 films.

      Des films écrit comme des séries. Chaque films aura son histoire mais ils seront lié par une même intrigue qui va se résoudre seulement à la fin.

    • Spielberg et Lucas sont à l’origine du cycle actuel. Toute bonne chose à une fin. Je me souviens du bonheur de voir “Duel” un film fait pour la TV au cinéma. 3 pour une piasse dans le temps avec des films de kung fu en masse.

      On parle de la forme mais dans le fond ce qu’on veut c’est une bonne histoire. Comme Spielberg et Lucas l’ont fait dans leur temps j’ai bien hâte de voir comment vont se démerder les cinéastes de la nouvelle génération dans la crise appréhendée.

      Un mal nécessaire qui nous éloigne du confort de l’indifférence.

    • @ Renaud: Non c’est pas correct d’aller davantage vers les franchise! Je dis pas zero franchise, mais le probleme est que, dans un souci financier, les budgets interessant sont seulement offert a des oeuvres sans risque, donc a des projets qui possede un “fan base” qui lui assure la rentabilite a l’avance.

      Suite, prequel, adaptation de roman “best seller”, adaptation de serie tele a succes, zero risque, donc aucune innovation! Que seront les franchise de demain si les budgets sont reserve au succes d’hier?! Pour un Avatar, combien de Indiana Jones 4, Rocky 7, Die Hard 6 ou encore combien de Davinci Code ou autre roman merdique? Combien de Charlies Angels, Starsky and Hutch ou autres Shaft?

      Mais pire que les nouveau Avatar (dont les vrais cinephiles se contre-torche), a quand les prochains Apocalipse Now, Shindler’s List ou The Pianist? A quand les prochains One Flew Over The Cuckoo’s Nest, Dog Day After Noon ou American Beauty? A quand les prochains films a la fois grand public ET Oscarisable?

      J’ai peur au jour ou Iron Man gagnera l’Oscar du meilleur film ou du meilleur acteur… Quoique Heath Ledger a eja fait le coup en personifiant le Joker. J’espere que ce n’etait qu’un honneur postume…

    • @Cinematographe
      “Depuis la disparition de la pellicule, il n’y a plus beaucoup d’intérêt à voir un film en salles – à part pour le son, mais l’image sur ma télé sera exactement la même qu’en salles, [...]”

      Je ne suis pas certain que cela soit vrai. Je n’ai pas suivi l’évolution des télévisions dernièrement, mais depuis une douzaine de mois, il est possible de voir des films au cinéma avec une résolution de 4k.
      Ce qui signifie quatre fois meilleur que le simple HD qu’on retrouve dans notre salon.
      Le son est également amélioré grandement.
      On ajoute également des sièges partageant les vibrations et impacts du film.

      Je n’essaie pas de défendre les cinémas, simplement de dire qu’ils ne vont pas abandonner si vite et qu’ils vont continuer de modifier, améliorer le produit offert.

    • Je sais pas si vous avez regardé un film ou une série sur une Série 6 de Samsung ? ( Désolé pour la pub et je ne suis pas vendeur de TV )

      C’est vraiment rendu à un autre niveau en terme de qualité.

      Avant j’étais un vrai fan de cinéma, j’étais là à chaque semaine…

      Maintenant je n’y vais que très très rarement…

      La compétition du cinéma est aussi au niveau des télé-séries. Avant, sauf exception, il n’y avait pas de télé-séries de qualité à la Dexter, 24, Mad man, Band of Brothers etc etc

      Avec des cliff-hanger à la fin de chaque épisode qui font aller nos émotions comme des montagnes russes.

      Et bien sûr, la qualité des films maintenant est 7 fois sur 10, suspecte

    • L’expérience cinématograhique n’est pas seulement une affaire de qualité d’image, c’est une affaire de grandeur d’écran.

      Peu importe le niveau de définition, regarder un film sur une télé ce n’est pas la même chose qu’au cinéma.

    • ”depuis quelques années on parle beaucoup des séries qui empruntent au cinéma. On va voir l’inverse. Les gens aiment les series parce qu’ils s’attachent aux personnages, on va voir de plus en plus de franchises avec 6 ou 7 films.

      Des films écrit comme des séries. Chaque films aura son histoire mais ils seront lié par une même intrigue qui va se résoudre seulement à la fin.”

      C’est ce que je me plaît à répéter depuis quelques temps. Le long-métrage est en fait le nouveau court-métrage. L’avenir est aux histoires étalées sur 5, 12 ou 1000 heures. Le potentiel est meilleur à plusieurs niveaux; artistique et commercial.

      Je lisais quelque part que le Cinéma avait amorcé son déclin le 10 janvier 1999 exactement. Le jour de la sortie de The Sopranos sur HBO. Internet a accéléré la suite des choses…

      Mais bon, le Cinéma per se ne va pas mourir. Il va seulement changer de forme. D’ailleurs il le fait déjà.

    • ”L’expérience cinématograhique n’est pas seulement une affaire de qualité d’image, c’est une affaire de grandeur d’écran.

      Peu importe le niveau de définition, regarder un film sur une télé ce n’est pas la même chose qu’au cinéma.”

      Oui en effet. Mais corrigez-moi si je me trompe: les salles de cinéma modernes sont équipés de projecteurs numériques 4K, non ?

    • @jon8

      Le nouveau Star Trek est un bon exemple pour démontrer la nouvelle forme que le cinéma est en train de prendre. Les deux films se tiennent en tant qu’œuvres indépendantes mais d’un autre côté ils ont seulement mis en place les bases de la série. De la manière dont Into Darkness se termine ils pourraient en faire au moins 5 autres et probablement qu’ils seraient tous assez bons.

      Ce serait à peu près l’équivalent d’une saison de série télé sauf que chaque heure couterait environ 50 M.

      Pour un truc comme les Avengers et bien c’est le format BD qu’ils utilisent (et qui fonctionne très bien au cinéma). La BD c’est un gros carré de sable avec des personnages qui roulent depuis 50 ans et personne ne s’en plaint. Leurs univers s’entrecroisent avec d’autres personnages. Après un certain temps c’est des nouveaux writers et des nouveaux dessinateurs qui reprennent la série.

    • Je suis assez d’accord avec cinématographe sur le manque d’intérêt d’aller en salle aujourd’hui.

      Quant à Hollywood, les dizaines de sequels et prequels, les remakes à répétition et le déclin des scénarios originaux montre assez bien que si c’est pas dans un livre à succès (ex: Life of Pi) ou une franchise archiconnue, on ne prendra pas de chances.

      Ce qu’on ne dit pas par contre, c’est que le public non plus ne se passionne pas pour la nouveauté et l’exploration au plan récit. Le discours des pauvres masses au désirs aliénés par Hollywood n’explique pas tout. Je ne suis pas sûr que c’est juste une question de qualité visuelle du DVD.

      Peut-être que nous avons atteint un point de saturation collective, pas seulement cinématographique, mais culturelle en général… Déjà depuis un bout, la culture tend à être de plus en plus perçue comme un loisir individuel et de moins en moins comme un référent collectif. Loisir et art se confondent dans l’esprit des médias, gouvernements, et du public.

      Je pense qu’à l’avenir (et c’est déjà pas mal le cas) les films vont viser chacun un public de plus en plus segmenté, qui regarde surtout un certain type de film, chacun de son côté.

      Comme Lucas le dit, les grands films consensuels à voir en salle seront “des belles choses” (sic), des prouesses visuelles qu’on s’offre comme une sortie pour tromper l’ennui le jeudi soir.

    • Rien de se perd, rien de se crée. Tout se transforme. Les futurs ingénieurs du cinéma trouveront, même avec des moyens limité, un chemin qui leur est propre pour s’exprimer. Il s’agira d’être là au bon moment au bon endroit avec une bonne idée. Il y a une part de génie et de travail mais le chance est non négligeable. Il ne faut pas être trop attaché à une façon de faire. Et de la façon que Spielberg et Lucas se sont exprimé me fait dire qu’ils ont peur du changement en s’expriment par la peur. Moi je n’ai pas peur du changement.

    • @_renaud

      ”Les deux films se tiennent en tant qu’œuvres indépendantes mais d’un autre côté ils ont seulement mis en place les bases de la série.”

      Du côté ”télé” il y a essentiellement 3 types de produits:

      A) Sitcom. Vieille formule qui est vraiment de signature ”télé” et qui fonctionne toujours très bien; voir les succès de Chuck Lorre.

      B) La série self-contained, où chacun des épisodes peut être écouté indépendament, à la manière d’un film mais sans la présentation de base du film qui fait ”perdre” 15-30 minutes puisque les personnages et le pattern est déjà connu passé le pilot.

      C) La série segmentée, où une longue histoire est présentée en segments de 40 à 60 minutes et où l’envie d’écouter la suite est souvent forte voire même irrésistible puisqu’il n’y a pas de conclusion.

      X-Files est un bel exemple de mixité entre B) et C) où C) fini par devenir plus important que B). Mais certaines personnes préfèrent écouter du B) parce que c’est plus facile à consommer, c’est moins demandant et c’est finalement plus léger.

    • Je n’ai jamais regardé un épisode de X-Files, faudrait que je m’y mette.

    • ”c’est parce que Hollywood est devenu incroyablement nerveux à l’idée de prendre des risques, mais en même temps, les studios ont soit laissé monter en flèche le budget moyen ou sont déterminés de faire des films pour de la monnaie.”

      Qui peut les blâmer ? Qui à les poches assez profondes pour payer de lui-même cette forme d’art, la plus dispendieuse au monde ?

      Maintenant que l’on sait que produire le dit film n’est plus la seule dépense obligée, mais que la publicité et la distribution peut *dépasser* le budget du dit film… Qui peut vraiment contester le fait que le Cinéma est une industrie avant d’être de l’art, de nos jours ? Ça fait mal à entendre mais s’enfoncer la tête dans le sable jusqu’aux épaules n’y changera strictement rien.

      Spielberg se plante peut-être avec son histoire de 3 ou 6 mega budget movies qui crash et fait perdre équilibre le géant Hollywoodien.

      Voici le Box-office mondial de tous les temps:

      http://boxofficemojo.com/alltime/world/

      Ça, c’est le véritable vote des cinéphiles de la planète. Et l’industrie va tout faire pour répéter les recettes magiques des Cameron, Nolan et Disney de ce monde. Même si ça implique de casser des douzaines d’oeufs, tant qu’il y a un gagnant à la fin…

      Lorsque les succès milliardaires disparaitront, LÀ on va pouvoir s’en reparler.

    • @jon8

      Effectivement, avec le cinéma qui est en transition et la crise économique dont les États-Unis ne se sont pas vraiment remis c’est normal que les studios jouent safe.

      C’est rendu comme ça dans le privé, le party est fini. Même à Hollywood.

      Souvent les gens regardent la situation en se disant que ce sont les gros méchants studios qui veulent tuer le cinéma mais ce n’est pas ça. C’est juste qu’ils ne veulent pas flamber 150 M sur un projet qui ne marchera pas.

      Quand une entreprise va bien elle n’a pas peur d’investir en R&D. Elle sait qu’elle va se planter sur certains projets mais qu’elle va se reprendre ailleurs.

      Par contre quand les choses vont mal elle va se concentrer sur ses vaches-a-lait et couper sur le R&D. C’est ca qui arrive à Hollywood, on se concentre sur les vaches-a-lait.

    • ”Souvent les gens regardent la situation en se disant que ce sont les gros méchants studios qui veulent tuer le cinéma mais ce n’est pas ça.”

      En effet.

      Le jour où les gens vont se garocher en famille voir La graine et le mulet, Hollywood va se mettre à pondre des graines et des mulets, croyez-moi!

    • Oui, je pense qu’un nouage plus intime et secret est en train de remplacer l’ancien qui liait le grand art populaire à la masse. En délaissant la pellicule et la salle, on troque un dispositif pour d’autres, et c’est maintenant une affaire d’individus qui se frayent leur chemin solitaire dans la jungle cinéma. Une fable cinématographique dirait Rancière, qui est peut-être plus un retour aux splendeurs intimes. Reste que quelque chose de fondamental est en train de prendre le bord : une machine qui dictait son art. Toland, Cocteau et bien d’autre ont pourtant rêvé des instruments que nous avons aujourd’hui. Nous sommes comme le personnage de Cotten dans la Splendeur des Amberson de Welles, à la fois septique et enthousiastes devant l’avancé technique dont on sait qu’elle changera la face du monde. Sur la planète cinéma, on passe de la plume au stylo, on perdra probablement en calligraphie, tout en gagnant en expression.

    • Quand même ironique que Spielberg a fait le tour complet. Il a commencé avec DUEL à la tele et il va p-e finir à la tele. Les deux gourous prononcent des mots justes qui ne sont pas vraiment prophétiques, ils ont largement contribué à cet état des choses. Le medium va surement changer, la distribution aussi, mais la bataille pour le contenu d’une qualité minimale s’intensifiera. Tout ça, dans un monde qui sera submergé par un torrent d’insignifiance.

    • Le cinéma « dans mon temps » était une activité familiale

      Maintenant oubliez ça…

      Et c’est de moins en moins vrai que l’expérience cinématographique du à la grandeur de l’écran est maintenant unique.

      À moins de films d’exceptions comme Avatar où c’était un must de le voir en 3D et en IMAX

      Mais pour 90% des films, probablement plus, l’expérience à la maison va être aussi bonne qu’en salle. Et sans avoir eu le sentiment de s’être fait bai… en payant 12$ le popcorn ;o) ( Car ça aussi, ça fait parti du trip cinématographique. )

    • @_renaud

      c’Est drôle que vous fassiez un lien avec la BD, car elle semble emprunter une évolution inverse.

      Il est clair que le propre de la BD (comics ou BD européenne) sera toujours la série, mais en même temps les BDs sérieuses tendent vers ce qu’on appelle les “one-shots” ou oeuvre unique. Ce qui était souvent marginal autrefois tend à devenir de plus en plus populaire autant au niveau des bédéistes que des fans.

      Pour revenir au sujet, il faudrait peut-être revenir à la définition de ce qu’est une oeuvre cinématographique pour essayer de comprendre la situation.

      Personnellement je ne suis pas très surpris de la situation actuelle du cinéma quand on voit par où sont passés la majorité des réalisateurs à succès d’aujourd’hui (publicité, télé) alors qu’autrefois les réalisateurs faisient leurs armes avec des courts ou des documentaires.

      Aussi il ne faut pas oublier que le cinéma a toujours fait face à cette dualité de perception entre amusement populaire abordable et oeuvre artistique. Y’a qu’à penser à la quantité phénoménale de films de série B qui se sont retrouvés sur les écrans à “télé-métropole” le samedi et dimanche après-midi dans les années 80’s! (exemple: “Les Lavigueurs déménagent”!!!!)

      La différence aujourd’hui c’est que les films de série B sont ceux qui s’accaparent la majorité des budgets des grands studios, ce qu’on appelait B-movie est devenu Blockbuster, ça commence par la même lettre.

    • Les gens ont la mémoire courte.

      Les films à gros budgets qui se plantent n’ont pas été inventés hier…

      http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_box_office_bombs

      Je pense qu’il y a autant à apprendre de cette liste que de la liste des plus gros succès. Je dis ”apprendre” dans le sens de comprendre qu’est-ce que les années à venir nous réservent.

    • Désolé, j’arrive en retard dans le débat, mes vacances m’accaparant plus que mes journées de travail… Pour faire bref, je dirai simplement que je ne peux que souscrire au pessimisme des deux vénérables cinéastes, de même qu’aux propos de cinematographe (la fin de la pellicule et donc de l’empreinte vivante, Gene Kelly plus magique que n’importe quel effet spécial, le cinéma réduit à de l’audiovisuel, etc.). Je n’ai pas grand-chose à y ajouter sinon pour dire que, pour moi, aujourd’hui, Hollywood n’existe plus (ou si peu) et ne peut donc, par le fait même, pas avoir d’avenir. En effet, pour moi, Hollywood n’est pour ainsi dire plus qu’une histoire, magnifique, une histoire pour laquelle j’ai une affection infinie et dans laquelle j’aime me balader comme si je m’enfonçais dans les sentiers d’une forêt enchantée. Il y a bien sûr de magnifiques cas isolés (PTA, Tarantino, Spielberg, Eastwood) mais il va sans dire que les grandes œuvres épiques et ambitieuses sont décidément derrière nous. Personnellement, je ne vois toutefois pas, contrairement à plusieurs, de source de réjouissance dans le fait que le cinéma hollywoodien “à l’ancienne” doive se transmuer peu à peu en série télé pour continuer à exister. Lorsque Spielberg et ses semblables se mettront à faire des séries télé, ce sera sûrement très bien, mais ce ne sera plus du cinéma et, par conséquent, ça ne participera plus de son histoire. Mais bon, trêve de lamentations, je crois que je vais aller essuyer mes larmes avec un bon John Ford, Liberty Valance tiens.

    • @ pilac9

      Je ne pense pas que le cinéma des grands studios hollywoodiens se transforme en série télé, PTA Tarantino Eastwood Spielberg … manipulent, travaillent, façonnent encore un cinéma d’images, avec ou sans référence; la série télé reste pour un cinéaste, comme l’imposition à un peintre de faire une série de croquis à défaut de financement pour son matos.

      La preuve à l’appuis de mon intervention d’hier, la preuve que l’on peut être optimiste encore malgré les tares d’un système de production étêté, la preuve que sans la pellicule il peut y avoir du grand cinéma dans cette nouvelle ère technique, que cette technique peut défricher de nouveaux territoires d’expression : 4:44 d’Abel Ferrara. Aussi profond, beau et différent que How green was my valley!

      C’est des preuves de ce genre qui vont sauver les studios et le public (la poule et l’œuf), si seulement on y jette l’éclairage. Optimisme actif.

    • @rafc

      Je ne crois pas non plus que le cinéma hollywoodien se transformera demain matin en série télé mais il est évident que, devant la frilosité des studios, de plus en plus de cinéastes envisagent de s’y consacrer. De plus, j’ai l’impression que les grands projets ambitieux et originaux, ceux qui ont forgé l’identité du cinéma hollywoodien à travers son histoire, ne se tourneront plus, faute d’intérêt et de courage de la part des producteurs. Il est facile d’imaginer que le Godfather de Coppola se ferait désormais à la télé plutôt qu’au cinéma et ce n’est que l’exemple le plus évident qui me vient en tête. Ceci dit, vous avez certainement raison quant au numérique, il y a bien des cinéastes qui sauront le travailler, de manière à lui donner de l’épaisseur. N’empêche, j’imagine très mal les enfants d’aujourd’hui se pâmer devant l’image numérique comme nous avons pu le faire et comme ce fut le cas pour tout le monde depuis le début du XXe siècle devant l’image cinématographique. Pour ce qui est du Ferrara, je ne l’ai toujours pas vu et, d’après mes recherches, il ne semble pas disponible au Québec. Est-ce que je me trompe?

    • Ce n’est pas tant l’image cinématographique devant laquelle on se pâme (quoique je voue aussi un certain culte à la trace indicielle) que l’image de la réalité, ou la réalité de l’image ajouterait Ishaghpour. C’est cette réalité de l’image qui est flagrante chez Ferrara. Mais c’est bien sûr une blague ou un vœux pieux que de penser que les studios en prendront compte de si tôt! Abel est l’exact opposé de la philosophie des grands studios Caïn. (j’ai vu 4:44 par netflix canada).

    • @rafc

      J’ai écrit pâmé un peu vite. En fait, je voulais simplement parler d’une sorte d’éblouissement devant le réel sublimé (ou en tout cas, quelque chose dans le genre…). Quand j’étais jeune, mon film préféré était, de loin, le premier Indiana Jones. Je vivais les aventures d’Indy avec une intensité comparable (je suppose) à celle que devaient ressentir les premiers spectateurs des films de Chaplin. Les images me hantaient non pas parce qu’elles étaient éblouissantes mais parce qu’elles étaient vraies. Elles étaient vraies au point que je pouvais me projeter en elles; je voyageais en elles si bien qu’elles ont représenté pour moi les images même de la vie aventureuse. Mon cerveau n’avait pas besoin de lunettes 3D ou d’écran Imax, mais seulement de cette “image de la réalité” dont vous parlez, de cette seule épaisseur du réel rendant Indy concret et vivant, tout simplement. Sur le plus récent post de Jozef, la discussion tourne autour du réalisme des super-héros contemporains. C’est drôle mais j’ai l’impression qu’ils le sont de moins en moins, réels, les héros. L’image est d’une netteté à nous en mettre plein la vue mais elle n’a pas d’épaisseur, elle ne veut pas que nous vivions en elle. Elle veut seulement être admirée, comme un feu d’artifices ou une publicité. Mais bon, en attendant que Hollywood ne s’écroule, il va falloir que je voie le Ferrara. Et aussi le Carax, Holy Motors, qui semble justement traiter de ces questions, du numérique, du réel, de la beauté et du cinéma…

    • “La durée d’affiche serait beaucoup plus longue et les prix d’admission varieraient entre 50$ et 150$. Le budget du film déterminerait le prix du billet, et la taille de l’écran. ”

      Jamais ça n’arrivera sans une inflation monstre!

      90% du public cible considère le cinéma comme un divertissement de courte durée, relativement peu coûteux et facile à insérer dans un horaire surchargé.

      Aucune chance que Monsieur/madame Tout-le-Monde paye aussi cher pour un film.

      Propos surprenants du co-producteur des Gremlins! :)

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