Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 16 mai 2013 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (39)

    Welcome to New York : DSK est un Bad politicien

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    Vingt ans après avoir fait d’un policier l’un des personnages les plus vils et débauchés de l’histoire du cinéma dans l’inoubliable Bad Lieutenant, Abel Ferrara semble nous remettre ça avec un portrait plus grotesque que nature d’une autre figure d’autorité, un homme politique cette fois-ci : l’infâme Dominique Strauss-Kahn.

    L’odyssée new-yorkaise suicidaire de l’ex-patron du FMI et ex-favori à la présidentielle française, dépeinte un premier temps par un corps médiatique boulimique de scandale politico-sexuel stratosphérique, prendra à travers la lentille lyrico-trash du cinéaste la forme d’une sublime plongée dans l’enfer existentiel d’un homme dévoré par sa propre addiction au pouvoir.

    Si Ferrara est capable de peindre plus noir que noir, il n’est cependant pas un moralisateur. Et, malgré sa propension au nihilisme, son obsession relative aux notions de culpabilité et de rédemption chrétienne permet d’offrir à ses personnages (du moins, les rares qui survivent) une porte de sortie, aussi étroite soit-elle.

    DSK ne le sait peut-être pas encore, mais il a peut-être trouvé en Ferrara un improbable allié. Pourvu qu’il ait une ouverture d’esprit artistique significative…

    Si le mariage entre sujet et cinéaste semble a priori idéal, il en va de même entre sujet et interprète. Comme le dit avec justesse Thierry de Cabarrus dans un article publié dans Le Nouvel Observateur :

    Car Dominique Strauss-Kahn est devenu (avec Cahuzac et peut-être bientôt Guéant) sans aucun doute l’un des personnages français les plus méprisés, mais aussi les plus détestés de la classe politique française. Pourtant, chacun lui reconnaît toujours des qualités exceptionnelles, son charisme, bien sûr, mais aussi son expertise dans le domaine de l’économie.

    Gérard Depardieu n’a rien à lui envier pour ce qui est de son divorce avec les Français depuis ses déclarations irresponsables et son exil à la fois politique et fiscal. Pourtant, chacun rend hommage à ses talents extraordinaires de comédien.

    Si l’on ajoute que Depardieu l’a dit et répété : il déteste DSK et c’est justement parce qu’il ne l’aime pas qu’il peut jouer son personnage, quitte à ne pas se faire payer, la boucle est bouclée : Depardieu et DSK se ressemblent et, dans “Bienvenue à New York”, deviennent sans doute interchangeables au point de faire naître un vrai malaise.

    Dans le rôle d’Anne Sinclair, femme et argentière fidèle de DSK à l’époque du scandale, on retrouve Jacqueline Bisset, beauté fatale qui nous a fait rêver dans Bullitt avec Steve McQueen ou La nuit américaine de François Truffaut. Elle a pris la relève d’Isabelle Adjani, qui s’est désistée en raison d’une production à son avis trop mal organisée, dénonçant par la suite la «curie» de l’entreprise.

    La bande-annonce de Welcome to New York a été mise en ligne aujourd’hui. À noter qu’elle n’est pas propice à un visionnement au bureau! La date de sortie n’est pas encore connue (les films de Ferrara ont perdu la faveur des salles sombres au cours de la dernière décennie). Mais la promotion va bon train : une affiche a été montée sur une terrasse face au palais du Festival de Cannes, ce même festival au cours duquel a éclaté l’affaire Sofitel, il y a deux ans presque jour pour jour.


    • ‘Il déteste DSK et c’est justement parce qu’il ne l’aime pas qu’il peut jouer son personnage, quitte à ne pas se faire payer, la boucle est bouclée’

      Quand même intéressant comme étant d’esprit pour aborder un personnage. Ça risque de donner une performance intéressante. Depardieu c’est le plus grand quand il est inspiré. Espérons que cette haine envers DSK l’inspirera.

    • Excellent!

      Caïn et Abel…

    • Adjani vient de rater l’occasion de faire un bon choix artistique!
      En plus elle a déjà fait des flammèches avec Gérard dans Barocco de Téchiné.

      Depuis quand déjà a-t-elle joué dans un film digne de ce nom?

      La blonde dans la «bande» annonce ressemble à la jeune «écrivaine» française qui a relancé sa carrière sur des avances refusées à DSK.

      En France on appelle ça des avances sur recettes…

      Mais ça ressemble à un bon Ferrara.

      DSKing déchu of NY?

    • Rappelons qu’il y a eu deux Ferrara sortis en France l’an passé et ils ont fini les deux dans le top 10 des Cahiers. L’Abel qualité.

    • Celui-là semble assez solide également.

      Je vais m’attaquer à l’œuvre de Ferrera, je me souviens de son Bad Lieunenant mais ça fait longtemps.

      Je suis tombé sur une ligne intéressante de la critique d’Ebert à l’époque :

      ‘It is not a “dirty movie,” and in fact takes spirituality and morality more seriously than most films do’

      Son DSK devrait être dans cette lignée même si la bande-annonce laisse présager un film assez dirty.

    • @ ghost

      J’ai vu 4:44 Last day on Earth de Ferrara et perso, pour l’instant, je le range dans la catégorie des navets. Mais je suis intéressé de connaître votre avis sur le film, je compte le revisionner d’ici quelques mois.

    • Si je peux me permettre pezzzz, j’ai trouvé 4 :44 lumineux à souhait. Un film extraordinairement humain et touchant, où tous et chacun sont traversés d’images intermédiaires, mais aussi enveloppés de corps et de substances. Rarement vu la réalité moderne filmée aussi justement et aussi tendrement. Le baiser du jeune livreur sur le portable de fortune est une des plus belles images du film. Comment la prémisse dirige et teinte chaque regard y compris les nôtres relèvent du grand art. La visite chez le dealer (où il revoit son frère!) dénote une compréhension fine et profonde des rapports humains, et tout passe par la mise en scène.
      Je veux maintenant revoir le film du point de vue de l’histoire de l’art. Une intuition. Que quelque chose dans le film évolue vers une mort annoncée de l’art. Une mort lumineuse, par surcharges et surimpressions, qui proviendrait d’une musique blues magmatique et partagée dans l’ingénuité.
      J’y suis allé à cause des Cahiers, mais j’y retournerai par ma volonté.

    • Je n’ai pas vu encore, pezz, et je le regrette, mais les Cahiers, le Festival de Locarno et Rafc, cela fait trois lourds arguments d’autorité qui, si j’étais vous, me porteraient à questionner les catégories à partir desquelles je juge les bons films et les navets.

    • @ rafc

      Merci! Très intéressant. J’y réfléchirai quand j’aurai l’occasion de le revoir.

      @ ghost

      Autant l’intervention de rafc me donne envie de le revoir rapidement et de reconsidérer mon appéciation, autant la vôtre me donne envie de m’y camper. C’est dommage, parce que je sais que vous être un grand cinéphile, et je porte grande estime à vos impressions.

    • Pezz, il y avait un peu de rigolade dans ma réponse, n’empêche, je crois vraiment que c’est une question de critères esthétiques. Ferrara fait des films fauchés avec des bouts de ficelles, sans se soucier trop du réalisme et du déroulement normal d’une histoire, mais cette esthétique punk est d’une grande liberté et capte des beautés qu’il est le seul à attraper dans sa lentille.

      Critique de Jean-Marc Lalanne, en espérant que cela vous donnera envie de revoir: “Autre acteur qui donne beaucoup de son corps : Willem Dafoe dans 4:44 Last Day on Earth. Mais pour Ferrara, contrairement à McQueen [Shame], le sexe est une extase sans contrepartie ni culpabilité, le seul recours de l’humanité à l’heure de l’anéantissement. Dans cette série B ne bénéficiant pas des moyens du Contagion de Steven Soderbergh (autre fiction d’une catastrophe sanitaire, assez peu passionnante celle-là), le cinéaste filme à l’économie mais de façon poignante une apocalypse perçue seulement entre les quatre murs d’un loft high-tech. Ferrara filme avec un même lyrisme la dématérialisation du monde (fait d’écrans, de pixels, de présence virtuelle) et la matière humaine (peau, chair, orgasme). La mise en scène, tout en fondus enchaînés éblouissants, faisant de chaque plan une unité liquide qui déborde sur la suivante, est proprement éblouissante. “

    • Il y a un truc qui est marrant dans cette histoire. Les Français disent qu’ils font un cinéma libre, d’auteur, etc., alors que les Américains voient leur liberté entravée par le commerce, etc. Pourtant, ils y a des dizaines de films critiques sur des politiciens américains, même en exercice (Skywalker Bush y a goûté). Il n’y a jamais pratiquement eu de film critique sur un Président ou politicien important français. Depardon en a fait un sur Giscard, il a été interdit. On a fait un film sur Mitterand, bien après sa mort et c’était une apologie. Un petit film sur Sarkosy et, semble-t-il, très poli. Encore ici, un film bien rentre dedans sur DSK et c’est un Ricain qui s’y colle.

    • J’ai vu exactement le même film que Lalanne, et plus encore. J’irais jusqu’à dire que c’est à une rematérialisation du monde que nous assistons par moment. Un peu comme les couches de pigments qui se superposent sans cesse sur la toile de la peintre et qui s’arrêteront avec le monde, les pixels vont en fait jusqu’à se faire chair, les écrans peaux, ils ne sont plus antagonistes. Comme si Ferrara nous disait : la pellicule est révolue depuis longtemps; nous sommes tous myopes devant les images ordinées qui nous entourent, devant leur puissance émotive, leur présence.

    • À quand un rentre dedans sur Charest? Des jurons à longueur et des j…

    • Au Québec on n’a fait que des téléfilms merdiques et une série sur Duplessis. il y a Réjeanne Padovani, heureusement (plus ça change, plus c’est pareil et Libéral).

    • @ ghost

      Vous vous êtes bien repris avec votre 2e! ;) J’avais vu de la condescendance là où il y avait de la rigolade, comme quoi les apparences sont souvent bien trompeuses. Merci pour cet aperçu de Lalanne. À la première écoute, j’avais déjà décelé quelque chose par rapport à l’omniprésence de la technologie dans le film, mais je ne m’étais pas rendu là.

      Faut dire que je suis encore tout jeune (toutes choses étant relatives…), et donc que ma “cinéphilie” l’est tout autant. J’apprends sur le tas! Mais bon, je sais quand même identifier le génie d’un Spring Breakers et la faillite d’un Argo…

    • ”Américains voient leur liberté entravée par le commerce”

      Pour le commerce cela dépend de ce que vous en faîtes… Il peut être source de liberté comme source de vulgarité.

    • « Pourtant, ils y a des dizaines de films critiques sur des politiciens américains, même en exercice (Skywalker Bush y a goûté). Il n’y a jamais pratiquement eu de film critique sur un président (1) ou politicien important français. »

      En lisant sur Perec et sa biographie par David Bellos, Marcel Bénabou faisait remarquer que l’étonnement que pourrait susciter le fait que ce soit un Anglais qui fasse la première bio de l’écrivain français n’est pas un cas d’exception : la fascination biographique serait plus anglo-saxonne que française, si l’on se fit aux titres publiés. Ce qui est vrai en littérature l’est aussi, apparemment, dans l’art cinématographique. Question de culture? Je ne saurais pas dire pourquoi, par contre…

      (1) Les titres de fonction prennent une minuscule, à moins de s’adresser directement à la personne. (Ce n’est pas pour être chiant, c’est simplement pour votre info. Si cela peut vous éviter une erreur récurrente, tant mieux.)

    • Vous voulez dire “chiante”? J’ai toujours pensé que vous étiez une fille, à cause du pseudo.

    • @ TLM_Blogueur_JS_PEtits_GRANDS_Pas_BEaux_Analphabètes_Égrillards_lubriques

      Pour ce qui est de l’emploi du mot «curie» par la grande dame du cinéma qu’est Mme Adjani.
      Il est complètement galvaudé. Camille Claudel voulait probablement parler de «curée» et non pas de «curie». Gracieuseté de la oisiveté de mon érudition.

    • Il paraît que c’est une fuite, qu’on a laissé couler… La bande-annonce ne devait pas se retrouver sur internet, selon les échos que j’ai eus.

      J’ai lu votre blogue avec intérêt et je n’y ai vu aucune mention. Juste pour avoir une idée claire,avez-vous eu cet écho quelqu’un?

    • Et espérons qu’il n’est pas arrivé une chose semblable au cher ankh.

    • C’est vrai, ankh a disparu, et astyanax se fait plus rare. Me semble qu’il y en a un autre dont je n’arrive plus à me rappeler du pseudo.

    • C’est vrai que la barre est haute pour Bling Ring, depuis Damsells in distress et Spring Breakers. Mais avant d’affirmer que la cinéaste n’a plus rien à dire, il faut faire preuve d’écoute et non d’aveuglement comme certains critiques devant le Korine. Décevant ou pas, il sera intéressant de faire entrer en dialogue ce film et les deux premiers qui dépeignent chacun une certaine jeunesse américaine contemporaine.

    • Je suis d’ailleurs plus que curieux au sujet du prochain Baumbach scénarisé par Greta Gerwig : Frances Ha.

    • Quant à être à Cannes: très intrigué par le changement de registre de Jia Zhang-ke, et le toujours dans le même registre de Kore-Eda. Coppola, faudra attendre de voir, le film est descendu pour les mêmes raisons que le Korine (esthétique pub aussi superficielle que son sujet). Mais juste pour feu Savides, ça vaut sûrement le détour.

    • Pour ce qui est du Coppola, Cassivi s’en plaint comme s’il avait passé la journée à méditer dessus et qu’il en était venu à la conclusion (tard en fin de soirée, après plusieurs heures cloîtré dans sa chambre d’hôtel) que c’était vide, superficiel et qu’il n’avait rien à en tirer. Il est vrai que le film est loin de plaire aux critiques (qui ont tendance parfois à ressembler à une horde de chiens enragés) mais, personnellement, je préfère attendre avant d’en conclure au navet. Je l’aime assez moi, la Coppola. Sinon, très bonne remarque cinématographe pour Savides, j’avais oublié que c’était son chant du cygne.

    • Si Cassivi n’a pas aimé…

    • Quel(le) cinéaste le moindrement intéressant répond aux critiques qui lui demande ce qu’il/elle ont voulu dire?

    • @ghost

      En effet. Certains critiques (on ne les nommera pas) n’ont tellement rien à dire qu’ils s’attendent à ce que ce soient les artistes qui le disent à leur place. Misère…

    • D’où l’importance des conférences de presse.

    • J’aurais payé cher pour voir les beaux yeux de Sofia se lever au ciel…

      Sa première conférence de presse de Cannes: http://www.youtube.com/watch?v=M0RjSteJaOU

    • Coppola après Apocalypse now

      Une vigueur inattendue! Après un film qui, selon l’Histoire, a tué l’ambition et failli ruiner physiquement et économiquement le réalisateur.

    • @rafc 18 mai 2013, 12h24
      J’ajouterais Bully de Larry Clark à votre liste. En fait, j’ai trouvé que la peinture des jeunes de Clark était beaucoup plus juste que celle de Korine. Question de vraisemblance/surenchère scénaristique, peut-être.

      @pilac9
      En même temps, ce n’est pas inintéressant du tout de connaître ce que pense l’artiste de son ouvrage.

    • @la_roy

      Bien sûr, et je suis le premier à lire les “conversations avec…” (aux éditions des Cahiers du cinéma, par exemple, il y en a des pas mal avec Scorsese, Almodovar, etc.), mais c’est très différent d’échanger des idées et des impressions avec un auteur sur son travail que d’attendre qu’il livre en conférence de presse le “sens” de son œuvre, genre ” j’ai voulu dire ceci et cela parce que ceci et cela…”. Et puis, le critique doit être capable de penser une œuvre au-delà de ce peut en dire son auteur. Dans le cas présent (celui de Coppola), Cassivi semblait attendre de la cinéaste qu’elle se transforme en sociologue pour que l’œuvre lui apparaisse intelligente. Enfin, bref, tout ça pour dire que je suis d’accord avec vous mais que je trouve les conférences de presse parfaitement insignifiantes (la plupart du temps, en tout cas) d’un point de vue, disons, analytique. Ce n’est pas là que doit se régler le cas d’une œuvre.

    • @pilac9
      D’accord avec vous.

    • Est-ce que Spring Breakers se veut vraiment un portrait de la jeunesse moderne? Pour moi, la trame était plutôt un alibi pour mettre en dialectique la développement du capitalisme et la violence (latente ou non) qui l’accompagne. Si on prend SB strictement comme une analyse des dérives de la jeunesse, alors là le film devient plus ou moins intéressant à mon avis.

    • Concernant le Coppola, j’ai hâte de le voir pour la même raison que j’avais hâte de voir le nouveau Korine, mais je sais pas, j’ai pas un bon feeling. J’ai pas l’impression que le traitement sera aussi intéressant que pour Spring Breakers. Mais bon, c’est juste une intuition, on verra bien.

    • “Pour moi, la trame était plutôt un alibi pour mettre en dialectique la développement du capitalisme et la violence (latente ou non) qui l’accompagne.”

      Gotcha!

    • @ la_roy.
      Bully, ça fait longtemps. J’ai joint les trois films puisque dans un espace restreint de 6 mois, ils prennent chacun une jeunesse américaine bien particulière comme pâte pour modeler des discours complémentaires ou opposés, mais qui gagneront, je le sens, à être comparés. Le nivellement par le haut, par le bonheur de la singularité chez Stillman, qui rencontre pour l’instant celui par le bas de Korine, un appauvrissement de l’imaginaire par une catégorie particulière et florissante de jeux vidéo et autres clips. Si le film de Coppola semble ne rien vouloir dire, c’est peut-être parce que le bling bling dont elle fait état ne vaut pas grand-chose en soi, et que c’est dans ce rapport entre une jeunesse faussement effarée et son objet de toc que l’intérêt du film réside. Mais je m’avance trop…

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