Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 6 mai 2013 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (18)

    American Sniper : quand Steven Spielberg embrasse la controverse

    chris-kyle

    Avec American Sniper, Steven Spielberg s’attaque sans doute au projet le plus controversé de sa carrière. Le légendaire cinéaste, connu pour ses films généralement optimistes célébrant la victoire de l’esprit humain confronté à l’adversité, racontera la vie de Chris Kyle, un tireur d’élite de l’armée américaine qui détient le record du plus grand nombre d’ennemis abattus dans l’histoire militaire des États-Unis. Il en revendique 255, tandis que le Pentagone en a confirmé 160. Kyle est mort le 2 février dernier dans son Texas natal, abattu par un ancien Marine dans un champ de tir. Il avait 38 ans.

    On peut lire sur WikiPedia à propos de ses faits d’armes :

    Il a participé à toutes les batailles majeures de «Operation Iraqi Freedom». Il a effectué son premier tir mortel à longue distance au cours de l’invasion initiale lorsqu’il a tué une femme qui s’approchait d’un groupe de Marines avec une grenade dans sa main.

    Au cours de la seconde bataille de Falloujah, alors que les Marines affrontaient plusieurs milliers d’insurgés, Kyle a tué 40 combattants ennemis. En raison de ce record lors de son déploiement à Ramadi, les insurgés l’ont surnommé Al-Shaitan Ramad (en français le diable de Ramadi) et ont mis à prix sa tête pour 20 000 $.

    En 2008, à l’extérieur de Sadr City, il a réalisé son tir létal le plus long (2100 yards soit près de 2 km), contre un insurgé qui s’approchait d’un convoi militaire armé d’un lance-missile.

    Le projet a été initié par Bradley Cooper, qui a acquis les droits du best-seller American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History l’année dernière et qui interprétera le rôle-titre, en plus d’agir à titre de producteur. Le tournage devrait commencer début 2014.

    Bradley-Cooper-and-Steven-SpielbergHéros national pour les uns, Kyle est perçu par d’autres comme un symbole néfaste dans l’intense bataille sur le contrôle des armes à feu. L’ancien soldat était en effet un farouche opposant à toute forme de restrictions gouvernementales, invoquant la rengaine habituelle de la droite paranoïaque sur les atteintes à la liberté et la violation du sacro-saint deuxième amendement… Sa veuve a d’ailleurs repris ce même refrain vendredi lors d’une convention de la NRA.

    Selon Cooper, dans une entrevue publiée en février, en plus de se pencher sur le sujet de la réinsertion de soldats atteints de syndrome post-traumatique dans la société, le film abordera de front celui du contrôle des armes à feu. Cela pose un problème intéressant : le récit adoptera-t-il le point de vue du protagoniste ou sera-t-il critique par rapport à ses convictions pro-armes?

    Quelle option Spielberg choisira-t-il? Osera-t-il présenter son héros de manière ambigüe, remettre en question la moralité de ses actes et pensées, comme il l’a bravement fait avec Munich (2005)? On se rappelle que son film sur les représailles israéliennes en réaction à l’attentat meurtrier au cours des JO de 1972 lui a valu l’ire de certaines organisations juives parce que, en somme, il a refusé de filtrer cette histoire à travers une lentille manichéenne.

    Dans le cas de Chris Kyle, on peut argumenter que l’enjeu est encore plus délicat. La guerre en Irak est toujours fraîche dans la mémoire collective et n’a de cesse de perdre en popularité. Comment s’y prendre pour rendre justice à un personnage qui trouvait l’invasion américaine nécessaire, traitait ceux qui ne pensent pas comme lui de «traîtres gauchistes», arborait un tatou d’une Croix des croisés sur son bras, aurait voulu tirer sur tous ceux qui «portent le Coran», avait du «fun» à tuer autant de «sauvages», et dont le seul regret était de ne pas avoir réussi à en tuer plus. On est loin des valeurs d’héroïsme mythologique de Saving Private Ryan et de Schindler’s List. On a droit à un autre visage de la guerre, dénué de compassion et de sentimentalisme. Aura-t-on droit au premier véritable antihéros spielbergien?

    À lire aussi :

    > Spielberg ressuscite le Napoléon de Kubrick
    > Lincoln a-t-il sa place à l’école?
    > Retour sur la scène de la douche dans Schindler’s List
    > Le «Visage de Spielberg»


    • C’est le film qui est présenté dans le cinéma lors de la scène finale d’ Inglorious Basterds.

    • “…invoquant la rengaine habituelle de la droite paranoïaque sur les atteintes à la liberté et la violation du sacro-saint deuxième amendement…”

      M. Siroka, je peux comprendre que vous soyiez en désaccord avec certaines pensées. Mais de grâce, respectez leur choix, plutôt que de vous torcher avec !

    • Ce sera certainement un des films les plus intéressants de Spielberg s’il choisit l’ambiguïté comme pour Munich. Les films ambigus sont toujours plus intéressants que les films manichéens.
      Cela dit, soyez plus idiomatique, Monsieur Siroka, et remplacez « opposant vocal » par « farouche opposant », « opposant virulent » ou un autre équivalent. L’adjectif « vocal » en anglais ne se traduit par « vocal » que lorsqu’il se rapporte directement à la voix, ce qui n’est pas le cas ici.

    • Il faut faire attention, Chris Kyle a quand même tenu ses propos après plusieurs années en opération. Cité hors contexte, ça peut sembler horrible, mais quand on lit le contexte où il en tire ces conclusions, on peut également établir que la guerre en Irak n’a pas été propre. Quand Kyle traite les insurgés de sauvages, c’est en voyant les combattants se servir de leurs propres enfants comme bouclier durant des opérations, d’avoir des insurgés complètement gelé à l’opium les affronter. Il serait bien simple de réduire ses propos à de simples lubies, tout en tenant compte que Kyle est un produit typique de l’Amérique rurale.

    • Spielberg est bon dans le divertissement, E.T., Indiana Jones, Jaws, War of the world, mais dans ses films plus sérieux… Schindler list, a mon avis est inférieur a The pianist de Polanski. Il y a quelques années, on avait ressortit E.T. et Spielberg en avait profiter pour changer des images, finit le gars qui sort de son pick up avec un gun et des balles alentours de la ceinture, c’était des clés qu’il avait alentour de la ceinture avec la nouvelle version. Ça se fait pas ça, retoucher un film après sa sortie. Parait qu’a titre de producteur du film Poltergeist, il a tout modifier le montage du film, soulevant l’ire du réalisateur Tobe Hooper, j’aurais aimer voir la version d’Hooper. Etk pour un sujet comme ça,je pense qu’Oliver Stone aurait été plus approprié.

    • teddybear, dans ses films ‘’sérieux”, Empire of the sun est très réussi à mon avis. On y voit Batman jeune aussi. ;-)

    • “C’est le film qui est présenté dans le cinéma lors de la scène finale d’ Inglorious Basterds.”

      Bien vu Renaud…

    • @francois_d

      Ceci est un blogue et M. Syroka a tout-à-fait le droit d’y donner son opinion, aussi tranché soit-elle. Et je suis entièrement d’accort avec lui. Les arguments débiles des pro-RNA, on ne peut faire mieux que de se torcher avec.

    • Munich demeure mon film préféré dans la filmographie récente de Spielberg et donc si c’est cet esprit qu’il amène j’irai certainement le voir. J’espère surtout qu’il concentrera à faire un bon film et non de l’appât à Oscar.

    • @unholy_ghost & _renaud

      Oui. En effet. Ça me rappelle aussi la prémice du film Enemy at the Gates qui s’attardait au parcours d’un franc-tireur soviétique analphabète (campé par Jude Law) dont les exploits ont été héroisés par l’armée rouge. J’en garde un souvenir somme toute potable. Il me semble que la reconstitution de la bataille de Stalingrad en ouverture était tout particulièrement grandiose. Ou peut-être est-ce ma mémoire qui me fait défaut.

    • http://www.youtube.com/watch?v=8yOBCGwMpeo
      (Jugez par vous-mêmes. Même si la séquence est tronquée.)

    • Kyle « arborait un tatou d’une Croix des croisés sur son bras »!

      C’est effectivement Roland au XXIème siècle, en période de révolte des barons. On se rappelle aussi que les francs étaient autant sanguinaires et traitres que les sarrasins. Mais Spielberg est plus complexe et beaucoup moins archaïque qu’une chanson de geste, peut-être pas Kyle. Il sera intéressant de voir qui ou quoi prendra la place de Charlemagne si on veut, et comment on arrivera à justifier la guerre du côté chrétien. C’est évidemment l’occasion pour Spielberg de poursuivre les idées de Munich sur ce côté, ce qui me réjouit puisque, il me semble, un effet d’inachèvement concluait la réflexion et le sort du héros.

    • Kyle « arborait un tatou d’une Croix des croisés sur son bras »!
      .
      La croix des croisés, ce n’était pas un symbole particulièrement pacifique. La première croisade a servi à vider l’Europe de ses forces vives, exclues, violentes et en mal d’action. Ces croisés-guerriers-migrants ont envahi le monde musulman pour aller s’offrir ce que l’Europe leur refusait. La prise de Jérusalem a été un massacre innommable, qui pourrait être résumé dans une citation ayant traversé les siècles à cause de son image choc. Même si elle a près de 1000 ans, on dirait qu’elle a été écrite pour twitter :

      « Entrés dans la ville, les pèlerins poursuivaient, massacraient les Sarrasins jusqu’au Temple de Salomon… où il y eut un tel carnage que les nôtres marchaient dans le sang jusqu’aux chevilles ».

      « Dieu le veult! » était le cri de ralliement de ces croisés. Au moment de la guerre en Irak, Bush l’a modernisé et laïcisé : Vous êtes pour ou contre nous (You’re either with us, or against us ).

    • Au sujet de Chris Kyle
      Un héros ne se vante pas de ses exploits. Il n’y avait pas de soldats en uniforme en Irak, seulement des civils , certains menaçants sans doute. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que plusieurs de ses victimes n’avaient rien à voir avec la libération des Irakiens.
      La seule défense qu’avait ses victimes était la portée de son fusil; je n’aurais pas voulu me trouver à la portée de ce fusil.
      Pour moi, ce héros était un tueur en série qui s’en est donné à cœur joie sachant son impunité.
      Avant de glorifier un tel héros dans un film, il faudrait redéfinir le mot “héroïsme.

    • Oui bof, j’ai toujours été mitigé au sujet de Spielberg. Je trouve que c’est un grand cinéaste mais je le trouve très racoleur. Je préfère un film sur la guerre un peu sale, comme The grey zone, que les films avec un esprit d’héroïsme avec des choeurs en musique de fond.

    • @francois_d 6 mai 16h27

      “respectez leur choix, plutôt que de vous torcher avec !”

      En quoi est-ce manquer de respect que de traiter de paranoïaque les membres d’un groupe qui voit des ennemis partout ? (noirs, musulmans, mexicains, progressistes, pauvres, communistes, intellectuels, démocrates, arabes, …) N’est-ce pas la définition-même du mot paranoïaque ??

    • @ _Renaud

      Vous m’avez devancé!

      Dès que j’ai lu le titre de l’article de Jozef, j’ai tout de suite pensé à Stolz Der Nation (Nation’s Pride) de Eli Roth qui est projeté sur grand écran à la fin de Inglorious Basterds.

      Quelques bonnes blagues et scènes mémorables peuvent être vues dans la version intégrale (6:07) du court métrage parodique ici : http://kottke.org/09/12/nations-pride

      Ma préférée? À 5:21 1/2, on peut apercevoir la croix gammée l’instant d’une rafale sur le mur de la tour… causée par des impacts de coups de feu, évidemment! La scène du bébé est pas mal également; un clin d’œil à De Palma et son The Untouchables?

      @ hlynur

      J’ai bien aimé moi aussi – tout spécialement au premier visionnement – Enemy at the Gates de Jean-Jacques Annaud et effectivement, 2-3 scènes dont la toute première (i.e. fusil ou munition) sont mémorables! J’ai d’ailleurs eu ma 2e folie des FPS (First Person Shooter) après avoir vu ce film, ayant joué intensivement pendant quelques semaines à Day of Defeat (DoD) sur PC… ma première phase maniaque étant survenue quelques années plus tôt sur… Half-Life (le moteur utilisé pour DoD).

      Bob Hoskins était mémorable en Khrushchev. J’avoue que la 2e portion du film m’a semblé un peu trop « sentimentale » toutefois aux 2e et 3e visionnements. Tout de même un solide film (je lui donne 7,5/10)!

      Concernant le prochain film de Spielberg, je fais entièrement confiance au réalisateur car même ses films les plus « complaisants » et « racoleurs » sont à tout le moins bons! Comme tous, j’espère qu’il aura le courage de l’ambigüité pour ce sujet!

    • Une des meilleures scènes de Hurt Locker est un film de snipers inséré au milieu d’un film de désamorceurs de bombes.

      C’est vraiment le point milieu où tout bascule : l’équipe est soudée par cette épreuve. Notez que les mercenaires se font abattre par «l’ennemi» tandis que l’équipe de démineurs apprend à travailler ensemble.

      Le héros du film est un drogué à l’adrénaline hyper talentueux. Pas très loin de la Maya de ZD30…

      Spielberg devrait comprendre la logique du sniper.

      Après tout, il est question de «frame», «aim» and «shoot», des termes génériques du langage d’un caméraman. Les termes anglophones du cinéma sont très près du langage militaire…

      En plus, le sniper dispose du «final cut» sur sa cible…

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