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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 17 avril 2013 | Mise en ligne à 1h00 | Commenter Commentaires (26)

    Nouveaux projets pour «Joe», Michael Mann et Todd Field

    Apichatpong2.preview_0

    Trois réalisateurs majeurs qui n’ont pas fait beaucoup de bruit ces dernières années se préparent à réinvestir la scène cinéma, après une absence combinée de 14 ans. Le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, et les Américains Michael Mann et Todd Field travaillent chacun sur la pré-production de leurs nouveaux long métrages, et deux d’entre eux envisagent déjà de futurs projets.

    Tout d’abord Weerasethakul, qui propose aimablement qu’on le surnomme «Joe», fait un retour au cinéma de fiction avec Le Cimetière des rois. Il n’a pas exactement chômé depuis le palmé Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (2010), expliquant en entrevue au Hollywood Reporter qu’il a été occupé entre temps à «faire des courts métrages, organiser un festival de film, juger un festival de films, faire des installations et élever deux chiens».

    Le récit se déroule dans un petit village au bord de la rivière Mékong, dans le nord de la Thaïlande, où 27 soldats sont frappés d’une mystérieuse maladie du sommeil. Des rêves étranges, des fantômes et une créature marine feront partie de l’intrigue. Jenjira Widner, une fréquente collaboratrice de Weerasethakul qui est apparue dans Oncle Boonmee, Syndromes and a Century (2006) et, récemment, dans son court Cactus River, jouera une infirmière qui prend soin des soldats malades.

    Le scénario et en cours d’écriture et le tournage devrait s’entamer vers la fin de l’année. Petit souci pour le cinéaste: il pourrait être contraint de retitrer son film afin de ne pas risquer d’incommoder le monarque octogénaire et souffrant Rama IX. La juxtaposition des termes «roi» et «cimetière» n’est en effet pas des plus diplomatiques. En Thaïlande, toute offense perçue contre le dirigeant au pouvoir depuis plus de 60 ans est passible d’une peine d’emprisonnement.

    L’idée du Cimetière des rois est venue à Weerasethakul lors d’un voyage en Autriche. «C’était intéressant de voir comment ils ont traité les rois au cours des siècles – les pierres tombales deviennent progressivement moins élaborées au fil des générations. Étant donné que la Thaïlande aussi est une monarchie, on ne peut qu’imaginer l’avenir. Vous devez faire attention en Thaïlande – mais je vais trouver ma propre façon de m’exprimer», a-t-il affirmé au Reporter.

    La production dispose d’un budget de 1 million $. Weerasethakul est conscient que sa réputation internationale lui permettrait d’obtenir plus d’argent, mais il insiste pour travailler modestement afin de se garantir davantage de «flexibilité» créative. Son prochain film, qu’il décrit comme une méditation sur le paysage du Bangladesh, nécessitera cependant un financement plus important. Il s’agira d’ailleurs de son premier tournage à l’extérieur de son pays natal.

    Enfin, on espère que Joe n’a pas mis un trait définitif sur son projet de film catastrophe se déroulant au Canada. En entrevue au Toronto Star en 2010, il en avait intrigué plus d’un avec son synopsis délirant, incluant notamment Uhura de Star Trek et Barbarella : «Nous avons l’intention de faire un film, mais nous n’arrivons pas à réunir suffisamment de fonds et il doit y avoir le Starship Enterprise au milieu d’une tempête de neige. C’est comme une enquête sur ces femmes qui se rendent dans ce paysage et il ya des tempêtes de neige périodiques et des monstres qui sont la création de ces personnes. C’est très triste, mais très drôle en même temps.»

    Du côté des USA

    Chris-Hemsworth

    Michael Mann, qui a célébré ses 70 ans en février, est de retour quatre ans après le mal-aimé Public Enemies, et un an après l’annulation de sa série télévisée Luck. Son nouveau film n’a toujours pas de titre, mais a au moins une star : Chris «Thor» Hemsworth, dont l’agenda s’est soudainement libéré lorsque la mégaproduction Robopocalypse a frappé un mur.

    Le récit se déroule dans le monde de la cybersurveillance et implique un hacker balkan qui fait des manigances depuis un pays de l’Asie du Sud-Est, alors que le traque une force opérationnelle composée d’Américains et de Chinois. Le tournage, qui devrait s’entamer en juin, se déroulera notamment à Hong Kong. Selon The Playlist, Mann est en train de rencontrer des stars asiatiques habitués de thrillers vitaminés, dont Nick Cheung (Election) et Shawn Yue (Infernal Affairs).

    D’autres projets que Mann assure qu’il n’a toujours pas abandonnés incluent Capa, une biographie à saveur romantique sur Robert Capa, le célèbre photographe de guerre qui a notamment fondé la coopérative Magnum (on vient d’apprendre que Tom Hiddleston a été engagé pour jouer le rôle-titre); Agincourt, un drame épique médiéval sur la bataille d’Azincourt, qui opposa les troupes françaises et anglaises pendant la guerre de Cent ans; Big Tuna, l’histoire vraie du gangster de Chicago Tony Accardo et de son successeur Sam Giancana; Gold, un récit contemporain sur des prospecteurs d’or, sorte de version moderne de The Treasure of the Sierra Madre; et Go Like Hell, l’histoire vraie de la rivalité entre les écuries Ford et Ferrari en 1966, année qu’un bolide américain remporta Le Mans pour la première fois.

    Parlant de voitures de course, d’histoire vraie, et de rivalité, Ron Howard a pris Mann de vitesse avec Rush, qui raconte la saison de Formule 1 de 1976, et met en vedette Hemsworth… Chez les cinéastes comme chez les pilotes, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui arrivent premiers au fil d’arrivée, malheureusement.

    Il y a enfin Todd Field, un vrai revenant celui-là, qu’on n’a pas vu depuis 2006. Le cinéaste de 49 ans, qui avec seulement deux long métrages (In the Bedroom, Little Children) s’est imposé comme une figure incontournable du 7e art, planche d’après IMDb sur le «développement» de son adaptation du roman western de Boston Theran, The Creed of Violence. 11447921On s’inquiète cependant de l’absence de noms au casting, surtout étant donné que le tournage devait en principe débuter tôt en 2013, selon une annonce officielle qui date de près d’un an.

    Malgré les apparentes difficultés de production sur The Creed of Violence – qui implique la révolution mexicaine du début du 20e siècle, un camion chargé d’armes, un contrat clandestin pour le FBI et une relation père-fils explosive – Field a trouvé le temps d’acquérir les droits d’un nouveau roman, le bestseller Beautiful Ruins. L’intrigue est campée en 1962, au bord de la mer Ligure, dans le nord-ouest de l’Italie. Les destins de trois protagonistes y seront scellés durant le tournage du film Cleopatra, et s’entremêleront pendant les décennies à venir. Voici un univers beaucoup plus lumineux que ce à quoi Field nous a habitués, et il pourrait s’agir de son oeuvre la plus accessible à date. Pourvu seulement qu’elle prenne l’affiche de notre vivant…

    À noter que le cinéaste n’a pas été contraint à l’inactivité tout ce temps, gratifiant de ses talents considérables un milieu certes moins vénérable que le cinéma d’auteur, mais oh combien lucratif. Pour ceux qui auraient une soif incommensurable pour du Field, vous pouvez prendre un petit coup avec la première partie de sa trilogie publicitaire pour Captain Morgan :

    À lire aussi :

    > Michael Mann, le maître du «zen pulp»
    > Todd Field : le retour de l’enfant prodige
    > Oncle Boonmee dans la nuit (américaine)


    • Connaissais pas Todd Field. Je ne savais pas que le pianiste de Eyes Wide Shut était cinéaste.

    • @unholy_ghost

      Tu sais pas ce que tu manques. Les grands cinéastes, à quelques exceptions près, sont ceux qui se font rares. La prolificité finit toujours par comporter son lot de pommes pourries.

    • @ Jozef

      C’est Uhura, pas “Uhuru”.

      Murci. -js

    • Little Children… quel film! Wilson est solide, mais Jackie Earle Haley est toujours et encore sublime…

      Et Mann… même quand il pond un film poche, toujours aussi intriguant. Meme pour Miami Vice. Le voir frayer avec Yue et Cheung? Que de bonnes nouvelles. Je lui pardonne des films plates comme Public Enemies. Apres Last of the Mohican et Heat, il a bien le droit…

    • Weerasethakul a fait un long métrage l’an passée, 57 minutes. Ça s’appelle MEKONG HOTEL et c’est un hybride docu-fiction avec un gars qui joue de la guitare dans un hôtel pendant qu’Apichatpong repète avec ses acteurs des scènes d’un film où un singe-fantôme se nourrie de coeurs bien sanglants. Ça été présenté au RIDM l’an passée où ça ne semble pas avoir été très apprécié. Moi, j’ai bien aimé.

      En bas de 70 minutes, ne parle-t-on pas plutôt de moyen métrage? -js

    • “Les grands cinéastes, à quelques exceptions près, sont ceux qui se font rares. La prolificité finit toujours par comporter son lot de pommes pourries.”

      Pas du tout d’accord: Renoir, Hitchcock, Godard, Chabrol, Resnais, Allen, Bergman, Fassbinder, etc, etc.

    • Ford, Hawks, etc., etc.

    • Todd Field a joué dans Lance et compte. Il jouait le rôle d’un Suédois dans la première série.

    • Si je me souviens bien c’est Field qui s’est empêtré dans l’adaptation de Blood meridian, panier de crabes qui semble l’avoir occupé un moment avant d’abandonner. On ne se fait pas toujours rare par goût du romantisme créateur, Field aurait aimé, c’est certain, tourner un ou deux films depuis son si beau portrait du bovarysme moderne, Little children. Mais je préfère encore In the bedroom, les mélodrames de qualité comme celui-là se cache comme des truffes.

    • Pour la prolificité, Tarantino serait d’accord. Il fait partie de la gang des précieux avec Kubrick et Miyazaki.

    • Du moins, il applique cette prudence par rapport à ses propres films.

    • En fait, si la phrase doit être inteprétée comme: “les grands réalisateurs sont ceux qui ont fait peu de films dans leur carrière”, c’est statistiquement faux. C’est autre chose si on veut juste prouver que les prolifiques ont des pommes pourries.

    • Un moyen métrage c’est en bas de 50 min., selon moi.

    • De 30 à 50 min.

    • En documentaire, 52 minutes, c’est considéré comme un long. En fiction, j’avoue que c’est un no man’s land.

    • Mais les films de Weerasethakul sont hors catégorie, de toute façon…

    • Si l’équation rareté = grandeur est vraie, qui peut battre Vigo, Charles Laughton ou Leonard Kastle? À part moi, qui n’a réalisé que des chefs d’oeuvre dans ma tête…

    • The Honeymoon Killers (1969) ? connais pas

    • Superbe film. Kastle, le scénariste, aurait persuadé la production de virer Scorsese et de le laisser réaliser. C’est basé sur un fait divers des années quarante, “The Lonely Hearts’ Killers”, un couple assassin en cavale.

    • Ouais, un film, c’est fastoche. En musique, je dirais que Hendrix et Nick Drake n’ont fait que des chefs-d’oeuvre.

    • Vous dites :”Chez les cinéastes comme chez les pilotes, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui arrivent premiers au fil d’arrivée, malheureusement”. Ce n’est pas très gentil, mais c’est exactement ce que je pensais. Ron Howard, ce qui résume le mieux ma pensée est quand on le voit dans les simpsons (l’épisode avec Alec Baldwin et Kim Basinger).

      En voyant Big Tuna, je pensais à Bill Parcells…

    • …et Bruce Robinson (malgré Rum Diary qui a vingt ans de retard).

    • Winslow, Paul Williams est en featuring sur le prochain Daft Punk!

    • Oh yeah! Merci pour le “head’s up” avant d’aller me coucher, je vais faire de beaux rêves!

      Y a aussi un doc sur Paul, ça m’intrigue:

      http://m.youtube.com/#/watch?v=ZkD1Tr4b2vg&desktop_uri=%2Fwatch%3Fv%3DZkD1Tr4b2vg

    • J’ai apprécié In The Bedroom et Little Children, alors le retour de Todd Field est une des bonnes nouvelles pour le cinéma en 2013.

    • Deux films québécois à Cannes: Chloé Robichaud et Sébastien Pilote.

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