Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 4 avril 2013 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (29)

    Hommage aux briseurs du quatrième mur

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    Le quatrième mur est une notion du 19e siècle qui fait allusion à l’écran imaginaire entre la scène du théâtre et le public. Elle permet aux acteurs de s’installer avec plus d’aisance dans le monde fictif dans lequel ils évoluent et, parallèlement, procure aux spectateurs le rôle confortable de voyeurs, témoins privilégiés mais passifs de l’action.

    Avec l’avènement du cinéma, le «mur» est devenu ambulant, s’érigeant constamment entre le regard de l’acteur et l’objectif de la caméra. Lorsque ce champ est transgressé, on «brise» ledit mur (à l’exception notable de l’effet de la caméra subjective). Cette astuce est accomplie pour diverses raisons, allant d’explorations brechtiennes à des clins d’oeil comiques, en passant par des méta-discours. Essentiellement, il s’agit d’établir une complicité avec le spectateur.

    Un «super-montage» se penchant sur les briseurs du quatrième mur au cinéma a été mis en ligne par Leigh Singer sur Vimeo il y a environ un mois. On ne parle pas ici d’une simple compilation de scènes, mais d’un collage intelligent et texturé, plaçant l’accent sur le rythme du son et des images, et y allant de quelques juxtapositions plutôt savantes.

    Je pense en particulier au monologue anarchiste de Tyler Durden qui finit par carrément «anarchiser» le média à travers lequel il s’exprime, poussant la pellicule photographique à se déloger de son support et à apparaître nerveusement devant l’objectif. Cet extrait est suivi d’un gros plan d’un visage dédoublé dans Persona, chef d’oeuvre d’Ingmar Bergman connu notamment pour une scène de dispute dans laquelle on voit l’arrêt brutal du défilement de la pellicule, suivi d’un photogramme qui brûle; le média qui cette fois «proteste» devant l’intensité de la situation à l’écran.

    Dans sa présentation, Singer regrette de ne pas avoir été en mesure de mettre tous les extraits qu’il voulait, notamment le narrateur dans The Big Lebowski. En ce qui me concerne, un des bris de quatrième mur qui m’ont le plus marqué se produit dans Breaking the Waves, au tout début, quand le personnage d’Emily Watson nous lance un bref regard, plein de candeur mais aussi d’angoisse; une invitation dans son intimité qui rendra son cauchemar à venir d’autant plus insupportable pour le spectateur, qui paiera le gros prix pour ce lien de complicité momentané.


    • Ce message n’a aucun rapport au sujet du blogue mais seulement souligner le décès de Roger Ebert, critique respecté de plusieurs qui s’intéressent au cinéma.

      Son dernier mot à lire ici : http://blogs.suntimes.com/ebert/2013/04/

      On va s’ennnuyer de sa plume …

    • Le prochain billet sera «Hommage à Roger Ebert».

      Non parce que je suis dans un bus vers Québec, impossible de faire un post la dessus via iPhone. Je crois que Marc André fera quelque chose. Merci de réserver vos commentaires. -JS

    • Il manque les deux regard-caméra fondateurs, soit celui de la Monika de Bergman et du Doinel de Truffault. Différence de culture, j’imagine…

    • quelques exemples comiques : plusieurs films de Mike Myers et Coming to America.

      Darryl qui regarde la caméra quand la jeune McDowell lui dit qu’il est tout mouillé et et qu’il doit se sécher en lui enlevant ses vêtements me fait toujours rire!

    • Reste que la plus percutante des scènes où on brise le 4ème mur aura été Haneke avec Funny Games.

    • Agréablement surpris qu’ils aient inclus Richard III avec Ian Mckellen. C’est une de mes performance préféré. Très classique, mais quand je pense à bris du 4ème mur, c’est à cette performance que je pense.

    • Excellent article! J’ai vu Fight Club il y a bien longtemps et c’est une de mes scènes préférées. Une autre qui m’avait marqué est dans Death Proof. Stuntman Mike offre à la fille un lift dans sa voiture et juste avant d’y embarquer, il prend une pause et bam! il te regarde droit dans les yeux. Ouf, première fois que j’ai vu ça, je me suis dit “merde, il va la tuer pis il sait que je le sais.” et je me sentais coupable, c’est con…

    • Est-ce qu’on sait quand ― s’il existe, ce moment ― le 4e mur a été « rebrisé » au théâtre moderne et y a-t-il des liens entre le cinéma et le théâtre dans la manière (jeu, regard, technologie) dont il a été « rebrisé »?

    • Tiens, je passe de votre billet à celui de votre collègue sur Only God Forgives et s’y trouve justement un hommage (1) à Great Train Robbery, à 1 min 12 : http://movies.yahoo.com/video/only-god-forgives-redband-trailer-212241045.html

      (1) On dit intertexte en littérature, quel est le terme au cinéma?

    • @Winslow ——— Jamais trop compris cette référence à « Monika » comme « regard-caméra fondateur » alors que le Tartuffe de « Murnau » y va déjà de ses regards et adresses à la caméra 25 ans plus tôt environ.

    • Je ne savais pas que c’était une expression consacrée!

      Ce que je sous-entend, c’est que MONIKA est un des films à l’origine de la Politique des auteurs des Cahiers, du désir de cinéma de ses critiques/futurs cinéastes. Fondateur donc d’une modernité au cinéma et en critique.

      Je ne crois pas que les regards caméra dans TARTUFFE avaient la même fonction que dans MONIKA (ça fait trop longtemps que je l’ai vu) mais on s’entend que Murnau a littéralement TOUT fait avant tout le monde!

    • Ne pas oublier ce petit bijou d’insolence: “Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… Allez vous faire foutre!”

      http://www.youtube.com/watch?v=bfukcKYjNGs

    • Y a plein de scènes dans ce montage où le 4ème mur n’est PAS brisé. (Ex. Chaplin en Dictateur qui parle à une caméra ou Rick Moranis dans Spaceballs qui cherche la caméra)

      Il faut savoir faire la différence entre une scène dans laquelle la caméra représente la personne ou la chose que l’acteur regarde et une scène où l’acteur regarde le spectateur (ex Belushi dans Animal House ou bien Ferris Bueller)

    • Bergman est allé plus loin encore dans The Passion of Anna. Après 9 minutes, le film coupe et on voit Max Von Sydow l’acteur, commenter son personnage. Le même procédé est repris plus tard dans le film avec les actrices. Je n’ai jamais vu ça dans un autre film.
      http://www.youtube.com/watch?v=o6kgGPfMSRA

    • Stuntman Mike : j’adore, clairement le plus cool des BadAss!!!

      Top Secret : le meilleur film du genre!

      Fight Club : le meilleur film toutes catégories!

    • “Reste que la plus percutante des scènes où on brise le 4ème mur aura été Haneke avec Funny Games.”

      +1

    • Funny games brise le 4e mur, et en plus c’est pas que pour flasher: c’est pour servir le propos. En ce sens, c’est peut-être le meilleur exemple.

    • Bergman a été par son intelligence et sa sensibilité exceptionnelles mon inspiration, puis vient Lars Von Trier. Le premier a brise le mur en question avec un tel brio qu’il franchissait a mes yeux lun pan de la mort.

    • [HS] @procosom (tiré de Ted) :

      Guy: Hear you got busted.
      John Bennett: Jesus, Guy! You look like shit, man! What happened?
      Guy: I don’t know. I got fuckin’ wasted last night, and uh…my phone says I texted someone at three fifteen askin’ ‘em to beat me up. And then uh…at four thirty, I texted the same person saying ‘Thanks’.
      John Bennett: You don’t remember it?
      Guy: No, same as the last time.
      John Bennett: It just seems kind of gay, doesn’t it?
      Guy: I don’t know, maybe, yeah.
      John Bennett: Well, do you think you’re part of some like gay beat-up underworld? Like one of those gay beat-up clubs or somethin’?
      Guy: I don’t know. I dig chicks, man. I don’t remember any of it, I was so fucked up. I might be gay, I don’t know. Hey, do you mind covering for me for a bit? I might go lay down in the John.

      Fight Club est un très bon film, mais depuis que j’ai vu Ted, c’est à ça que le film me fait penser.

    • Très HS mais je dois le dire:

      Un billet publié sur ce blogue il y a plusieurs mois ainsi que les commentaires qui ont suivi laissaient entendre que Insidious était un des films d’horreur les plus épeurant qui soient:
      http://blogues.lapresse.ca/moncinema/siroka/2012/10/29/voir-the-shining-et-en-perdre-sa-bedaine/

      Ça me trottait dans la tête depuis ce temps et j’étais vraiment curieux de voir ce chef d’œuvre de l’horreur qui avait terrifié tant de gens. J’ai donc fini par le louer aujourd’hui et merde, 5$ et 1h30 de perdus. C’est quoi votre problème? Plus que c’est plate et plus vous aimez ça? Le plus épeurant dans ce film, c’est le satané bébé qui pleure presque sans arrêt durant les 20 premières minutes (là j’ai vraiment hésité à stopper le film). On dirait un remake cheap de Poltergeist (sans parler des deux zoufs dignes des films Ghostbusters). Je suis vraiment déçu sur ce coup là.

    • “Fight Club : le meilleur film toutes catégories!”

      C’est même pas le meilleur du cinéaste.

    • @scories 5 avril 2013 14h52
      Je n’ai pas vu The passion of Anna, mais le même concept que vous décrivez est repris dans les ordres de Michel Brault.

      @eturgeon
      Je suis d’accord, le bris du 4e mur dans Funny games est génial et possiblement le plus pertinent de toute l’histoire du cinéma.

    • Un exemple qui pour moi a été marquant est celui du “Munch” de Watkins, où les acteurs-personnages, surtout celui qui incarne Munch lui-même (et qui lui ressemble de manière inouïe) regardent constamment vers la caméra. Très troublant; film magistral.

    • Ah oui MUNCH, c’est complètement génial! Vraiment troublant tous ces regards-caméra obliques. D’ailleurs, l’oeuvre complète de Watkins semble être dédiée à l’abolition du 4ième mur.

    • @jaylowblow

      Moi aussi, les cris du bébé pendant les 20 premières minutes m’ont exaspéré au plus haut point pour rester poli. Pour le reste, je ne crois pas que les articles/critiques que j’ai lu sur Insidious parlaient du film le plus épeurant dans le sens de déglutinant de sang ou qui fait faire le saut toutes les 5 minutes, mais plutôt d’un film sombre/ténébreux qui représente le mal (et l’univers parallèle qu’il occupe physiquement comme un filtre superposé au monde réel) d’une manière intéressante et innovatrice. Perso, passé les cris du bébé, j’ai trouvé ce film plutôt bien.

    • @eturgeon

      Pour Funny Games, c’est exactement pour ca que je le mentionnait comme le plus percutant: non seulement l’action de briser le mur sert l’histoire, mais ca permet d’impliquer directement le spectateur en le plongant émotionellement dans un des moments intense du film tout en lui faisant un joli doigt d’honneur. Du pur génie.

      Et mon préféré, du coté léger: Ferris Bueller, ainsi que Top Secret.

    • @procosom.com

      je n’ai pas vu le film en question, mais je crois que jaylowblow fait référence à Josef qui avait dit avoir été vicéralement effrayé. Maintenant, on est pas tous effrayé par la même chose. C’est comme pour la violence. Si je préviens quelqu’un que Réservoir dogs est très violent, il va me revenir en me disant que ca ne l’est pas tant que ca. Avec surtout comme argument que la scène de mutilation est hors champ.

    • @dusk

      Oui, Hanake joue avec les attentes du spectateur et avec ses envis. Vous voulez de la violence? Je vais vous en donner. Mais pas de la façon dont vous vous y attendez. Je vais vous priver du suspense en vous prévenant dès le départ que les bons vont mourrir, et je vais vous priver de la catharsis à la finale. Chaque fois que vous aurez serez assez naïf pour croire qu’ils ont une chance, je vous attendrez au détour pour vous donner le finger. Vous n’aurez aucune satisfaction, aucun soulagement. Vous voulez parier?…

    • En fait, mon point était (je me suis égaré, j’ai oublié de le mentionner): ce film est peut-être l’ultime film qui brise le 4e mur, PARCE QU’il n’aurait pas fonctionné s’il n’avait pas brisé ce mur. En fait il n’aurait eu aucune raison d’être sans ce mur brisé. C’était la meilleure (seule) façon pour Hanake de faire son statement.

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