Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 25 mars 2013 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (25)

    Will Smith : «Django n’était pas la tête d’affiche»

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    Will Smith est fort probablement le plus gros nom à Hollywood à avoir refusé une offre de Quentin Tarantino. Ce dernier avait proposé à la superstar d’assurer le rôle-titre de Django Unchained, mais son pitch ne fut semble-t-il pas assez convaincant. La principale raison? Le prétendu héros est en fait un personnage secondaire.

    En entrevue lundi à Entertainment Weekly, l’acteur de 44 ans a affirmé : «Django n’était pas la tête d’affiche [lead], je dois être la tête d’affiche. C’est l’autre personnage qui est la tête d’affiche! Je disais, “Non, Quentin, SVP, je dois tuer le méchant!”». Smith termine sa déclaration en admettant qu’il a trouvé le film «brillant», mais que ce n’était «juste pas pour moi».

    Ces quatre derniers mots sont assez intrigants. Est-ce le fait de ne pas être la véritable tête d’affiche qui n’est juste pas pour lui? Ou parle-t-il plutôt de l’essence même du personnage? Je crois qu’il s’agit des deux. Qu’il ait été le héros incontesté ou non de Django Unchained, Will Smith aurait risqué de nuire à son image de marque finement cultivée au cours d’une série de blockbusters qui ont rapporté un minimum de 150 millions $ chacun à ses producteurs. À ce sujet, je vous ramène à mon post de juillet 2011, dans lequel j’examinais un fascinant essai écrit par le journaliste sportif Bill Simmons sur la conception de vedettariat de haut vol.

    Voyez, les gens aiment Will Smith parce qu’il ne leur a jamais donné de raison de ne pas l’aimer. Il ne jouerait jamais un policier méchant comme Denzel l’a fait (Training Day); il ne veut pas nous laisser voir Méchant Will Smith. Il ne jouerait jamais quelqu’un pris dans un mariage abîmé des années 1950 comme Leo l’a fait (Revolutionnary Road); il ne veut pas qu’on pense à Mauvais Mari Will Smith. Vous vous rappelez quand Tom Cruise a sorti Magnolia et Eyes Wide Shut un à la suite de l’autre, deux de ses performances les plus crues et les deux films les plus bizarres qu’il ait jamais faits? Smith ne prendrait jamais une chance comme ça, tout comme Starbucks ne rajouterait jamais des grils dans ses boutiques pour commencer à y tourner des burgers et des hot-dogs. C’est quoi le but?

    Ceci dit, je dois admettre que, malgré une certaine arrogance dans le propos, je partage la confusion plus ou moins explicite de Smith quant au rôle-titre sous-développé. Comme je le disais dans l’introduction de mon analyse de Django Unchained, c’est un peu contrariant de se voir proposer une fantaisie libératrice des esclaves sur pellicule sans avoir comme véritable héros un… esclave. Donner l’honneur à un dentiste allemand d’éliminer le symbole de l’oppresseur Blanc – le propriétaire de plantation Calvin Candie – tombe sous le sens à mon avis (et, oui, je peux comprendre dans ce cas-ci le sentiment de culpabilité Blanc à l’oeuvre, et le désir d’expier cinématographiquement son propre péché).

    À bien y penser, «Non, Quentin, SVP, je dois tuer le méchant» est probablement la critique la plus juste de Django Unchained qu’il m’ait été donné d’entendre. En même temps, on pourrait facilement retourner cette imploration contre le principal intéressé : «Non, Will, SVP, tu dois commencer à prendre des risques». Mais ce n’est pas tout de suite qu’il se départira de ses confortables pantoufles, comme en témoigne sa page IMDb, avec une ribambelle ronflante de valeurs (commerciales) sûres : I, Robot 2, Hancock 2, Bad Boys 3

    Pour être parfaitement honnête, Will Smith n’est pas complètement allergique au risque. Pour son prochain film, il a fait confiance à M. Night Shyamalan qui, après avoir été désigné «le prochain Spielberg» tôt dans sa carrière, est devenu un invité de choix aux Razzies. Il a cependant toujours eu la main heureuse au box-office, et c’est la principale préoccupation de la marque de commerce Smith, à laquelle on peut dorénavant ajouter un jeune héritier. After Earth prendra l’affiche le 7 juin.

    À lire aussi :

    > Will Smith et la science du vedettariat
    > Django Unchained : quelques notes discordantes…


    • Jamie Foxx abat assez de blancs racistes dans Django pour que l’effet cathartique demeure intact. Cette anicroche ne met pas à mal, en ce qui me concerne, le grandiose et le caractère jouissif de l’oeuvre de Tarantino tout comme il ne remet pas en question l’identité du héros. Cela dit, je pense que le malentendu tient plutôt à un abyme dans la «qualité» des acteurs, Waltz misant certes sur une composition plus opaque à se mettre sous la dent, mais également d’un talent d’acteur qui me semble plus substantiel.

    • Will Smith c’est une marque de commerce, ce n’est pas un acteur. Je préfère Jamie Foxx à Smith. Ce dernier serait peut-être capable de jouer des rôles plus compexes mais il préfère être une machine à billets bien huilée plutôt qu’un acteur au talent reconnu. Avec Will Smith, ce n’est pas compliqué, il joue Will Smith dans preque tout ses films. Et comme vous le mentionnez si bien, lorsqu’il sort de ce rôle type, c’est pour jouer un bon gars. Je me demande d’ailleurs à quoi pensait Tarantino en offrant ce rôle à Smith, sinon au box office!

      Je crois plutôt que QT avait le désir de dé-Will Smithiser Will Smith, de jouer avec son image de star comme lui seul sait le faire. -js

    • Après 10 jours loin du blogue, ça fait du bien de vous relire! Bon retour.

      Oui, le Saguenay a été particulièrement dur sur le système cette année ;) Mais toujours autant de plaisir. Je reviendrais dessus en parlant de certains courts que j’ai vus au cours des prochaines semaines et mois (faut attendre qu’ils deviennent disponibles sur le web). Je prépare également une entrevue avec une fabuleuse jeune cinéaste d’ici qui a épaté la galerie au Festival. À suivre… -js

    • I, Robot 2 ???? Pitié !!! s’il joue dans Fondation, je pique une crise..!

    • Il y a quantité de films remarquables dont le casting prévu a échoué et on se dit que par résultat, les choix de rechange étaient les meilleurs possibles, par exemple le rôle de Al Pacino dans The Godfather ou celui de henry Fonda dans il était un fois dans l’ouest.

    • On attend ça avec impatience Jozef! :)

      @ Mouettemoite

      Ou Joaquim Phoenix dans The Master. Jeremy Renner? On l’a échappée belle!!

    • Je ne pense pas que ça soit exact de qualifier le personnage de Waltz comme le héros du film, surtout si on tient compte de cette fin qui ne finit plus. Est-ce que le personnage de Waltz est plus intéressant que celui de Foxx? Peut-être, mais il y a une tentative véritable de Tarantino de dépeindre Django comme une légende.

      Quand à Smith, je ne comprends pas vraiment ses explications. Le film est très violent mais il s’agit quand même d’un film où le héros tue les méchant. Ce n’est pas le plus gros risque qu’il aurait prit dans sa carrière!

    • @mouettemoite

      Tellement d’accord avec ce statement. Ce que l’on oublie d’ailleurs souvent lorsque vient le temps d’écrire la biographie de certains acteurs. On dit par exemple que telle ou telle star a levé le nez sur tel projet qui s’est avéré un méga succès. Mais ce que l’on ne prend pas en considération, c’est le choix d’un acteur participe au succès d’un film. Comme nous le fait remarquer Pezz, The Master aurait probablement été un film «correct» avec Renner à bord, mais avec Phoenix, il devient sublime. Tout comme le génie de Spielberg aurait probablement opéré dans Indiana Jones avec Tom Selleck dans le rôle-titre (il était trop occupé sur Magnum PI), mais le choix de Ford a finalement ajouté la plus-value d’un casting parfait à ce qui aurait peut-être été un film d’aventures interchangeable sans la gouaille de sa star…

      À propos des stars qui ont refusé des rôles connus, pas mal de lecture sur cette page IMDb. -js

    • Pour ce qu’il s’agit de personnage en quête de vengeance, QT a mieux fait avec La Mariée dans Kill Bill qu’avec Django. Plus je pense au film, plus je suis déçue du fait que Django soit si sous développé. QT a beau s’afficher en tant que black dans la peau d’un blanc, il est clair qu’au delà des clichés et lieux communs, il est clair dans ce film qu’il s’identifie plus au personnage de Waltz.

    • Et c’est pour ça que Will Smith est probablement l’acteur le moins intéressant d’hollywood.

    • “Je crois plutôt que QT avait le désir de dé-Will Smithiser Will Smith, de jouer avec son image de star comme lui seul sait le faire. -js”

      Exact, et c’est pour ça que Will Smith aurait été mieux dans le rôle que Jamie Foxx. Ce dernier n’en a pas à ma connaissance, d’image de star. C’est un bon acteur, mais on ne sent pas de cohérence dans ses rôles, ce qui personnellement ne m’intéresse pas trop quand on parle de cinéma hollywoodien: celui-ci se nourrit de la star et non de l’acteur. Will Smith est peut-être moins bon acteur en général, mais bien dirigé il peut être superbe (Ali), et Tarantino est sans aucun doute un grand actor’s director (on dit quoi en français?) Je suis persuadé qu’il aurait pu en tirer une grande interprétation.

      C’est difficile à évaluer, mais je pense que la présence de Smith aurait permis au film de s’élever un peu plus haut, en tout cas de creuser le personnage principal à travers l’image de la star (à défaut du personnage plutôt banal et sans profondeur que nous avons avec Foxx).

      Ceci dit, je n’aime pas particulièrement Will Smith: son image de star est plate et sans grand intérêt, et de toute façon les grandes stars sont celles qui osent jouer avec leur image (Tom Cruise justement), qui la varient et la nuancent, ce que Smith ne fait pas. Qu’il refuse un tel rôle montre bien qu’il se fout pas mal du cinéma.

    • Tom Cruise est probablement la vedette d’hollywood la plus intéressante.

    • J’ai l’impression que T n’a pas pu faire le film qu’il voulait, rapport au Weinstein.

    • “À propos des stars qui ont refusé des rôles connus, pas mal de lecture sur cette page IMDb. -js”

      Je doute un peu de la véracité de la liste… on site sous John Travolta: “James Bond in “Casino Royale”, Done by Daniel Craig ” – MJ_Batigol”

      Vous auriez vu Bill Murray en Han solo?

      MJ_Batigol parle au travers de son chapeau j’en suis sûr…

      John Travolta a refusé James Bond. Bill Murray s’est fait proposer Han Solo, ainsi que Jack Nicholson, Al Pacino, Christopher Walken, Chevy Chase, Nick Nolte, Steve Martin et Kurt Russell. C’est vous qui parlez à travers votre chapeau, désolé ;) -js

    • Six Degrees of Separation était un rôle un peu “risqué”. Pas un mauvais film d’ailleurs. Mais c’est vrai que c’était au début de sa carrière. On peut tout de même déceler un certain talent dans ce rôle…

    • On se demande pourquoi Julia Roberts à refuser de jouer Basic Instinct, hum hum.

      Il semble qu’il y a eu un régiment d’acteurs qui ont refusé Néo dans Matrix. Il faut voir quels sont les refus, ils doivent être très divers.

    • Je ne suis pas si sur que Django est le personnage secondaire du film. Oui Waltz, DiCaprio et L. Jackson sont plus grand que nature mais j’ai de plus en plus l’impression que django unchained est un film oignon (avec plusieurs couches de lectures).

      Après discussion, un ami m’a présenté une théorie intéressante : Django n’est pas tant une représentation de l’époque pré-sécession, de l’esclavagisme, qu’une fable sur l’émancipation des noirs au cinéma. Le film est donc divisé en trois acte :
      - Django se fait libérer physiquement par le Blanc, tout en lui restant dépendant
      - Django se fait aider par le Blanc pour marchander sa liberté, moment ou il acquiert progressivement son identité en amenant des frictions dans le plan
      - Django prend les choses en main

      D’ailleurs, il est amusant de voir à quel point Django n’a aucune affinité pour ses compatriotes (contrairement au Blanc, que ce soit la scène du combat dans l’auberge ou avec les chiens) La scène de l’évasion avec Tarantino qui est particulièrement révélatrice, car il n’est pas là pour les sauver, les esclaves doivent se sauver eux-même comme il vient tout juste de le faire grace à son ingéniosité. C’est à ce moment que Django est littéralement “unchained” et laisse ainsi les plans complexes qui n’ont servis à rien pour y aller d’une approche frontale et tuer le véritable responsable de sa misère : le noir complaisant et asservi. Dans la logique du film, il est donc logique que Waltz s’occupe de DiCaprio. Le vrai payoff vient plus tard. Dans cette optique, la dance finale avec le cheval n’est pas seulement un “I think this just might be my masterpiece”, mais également une célébration de l’émancipation.

      Et pour le retour au sujet, oui Will Smith aurait fait un Django incroyable, mais on parle ici de Mr Nice Guy qui ne prend aucun risque dans sa carrière.
      (même chose du côté musical : http://www.youtube.com/watch?v=wQjDSlVyGiU )

    • Django n’est pas un film si superficiel qu’on le dit. Il semble qu’il participe aussi de cette réécriture de l’Histoire à travers le cinéma comme l’était Inglourious Basterds.

      Django est une légende, celle de Siegfried, le film met à jour de façon brillante l’inconscient de l’Amérique. La conquête de l’Ouest a commencé juste après la Guerre de Sécession, beaucoup de soldats des deux camps sont partis exterminer les Indiens (comme le Sudiste Ethan Hawke dans Searchers). Le western se fait sur l’axe est-ouest plutôt que celui nord-sud qui a été une guerre fratricide (on n’imagine pas). Les Indiens furent les boucs émissaires de cette déviation qui est le mythe fondateur de l’Amérique. Ce n’est pas pour rien que Ado Raine était un Apache et que le tueur à gage ici soit un Allemand: les deux films sont liés. Si les “bâtards” étaient des Golems, Django est le héros wagnérien Siegfried. Ce que Tarantino montre avec beaucoup d’intelligence, c’est que l’esclavage est à la base du western. Personne ne l’avait montré: la violence burlesque de Django est un fantasme qui signe le retour du refoulé américain. Il n’est donc pas un hasard que tout le film soit une démolition de Birth of the Nation de Griffith qui faisait de Wagner (la chevauché des Walkyries) l’agent de la mythification du supprématisme blanc. Tarantino s’en moque avec la séquence du proto-KKK, puis en détournant la geste wagnérienne.

    • En fait, comme il fait un western d’avant le western, un proto-western en quelque sorte, il refait donc l’histoire comme dans Inglourious Basterds. On pourrait appeler son film: La Renaissance d’une Nation.

    • @hlynur!!!!!!
      Tellement d’accord avec CETTE AFFIRMATION,ca n’aurait évidemment pas été assez cool,tres certainement pas assez PRÉCIS n’est-ce pas…???

    • Ghost, Ethan Hawke dans The Searchers?

      :)

    • Oups, Ethan Edwards, plutôt. That be the day…

    • “John Travolta a refusé James Bond. Bill Murray s’est fait proposer Han Solo, ainsi que Jack Nicholson, Al Pacino, Christopher Walken, Chevy Chase, Nick Nolte, Steve Martin et Kurt Russell. C’est vous qui parlez à travers votre chapeau, désolé ;) -js”

      Mes excuses. J’étais dans l’idée que le rôle exigeait un Anglais. C’eut été un vrai échec de casting. Pour Han Solo joué par des acteurs comiques, je me demande bien ce que le personnage aurait été dans ce cas… (Beverly Hills Cop version Space?)

    • Smith ne prend peut-être pas assez de risques, mais je trouve que c’est un acteur sous-estimé par la critique. J’ai trouvé sa performance dans “The Pursuit of Happyness” excellente, toute en nuances.
      Quant à Tarentino, je ne peux pas le supporter anyway, mais c’est une autre histoire…

    • @_renaud Totalement d’accord avec vous. Tom Cruise est incroyablement fascinant, et som image de marque évolue constamment, ce que j’apprécie énormément; on ne sait jamais quel sera son prochain “bold move”.

      Will Smith est un acteur talentueux, mais il ne gagnera probablement jamais d’oscars avec ses choix de carrière hyper convenu. “Ali” est sans doute le plus près qu’il n’aura jamais été de la statuette. Il préfère de loin les gros hits assurés où il jouent le bon gars. D’où mon excitation initiale quand j’avais entendu parler de Smith pour jouer Django (ENFIN un risque!). Peut-être un jour prendra-t’il un risque.

      Pour ce qui est de “After Earth”, ça sent beaucoup plus comme un film fait par des producteurs que par M.Shyamalan (qui a du se faire dire “laisse-nous te dire quoi faire et on va redorer ton blason”). Mais Smith à l’affiche ne surprend pas; en plus, c’est le véhicule idéal pour son fils pour entrer dans la cour des grands et devenir Will Smith junior. Cela-dit, le film me donne des impressions de “Prometheus”, “Oblivion” et “Hunger Games” tout mélangé.

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