Jozef Siroka

Archive du 12 février 2013

Mardi 12 février 2013 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (34)

Quand la beauté devient un handicap

Emma Stone in Gangster Squad -05

Tu es beau ou belle comme un acteur; voici un compliment assez fréquent, et qui reflète une évidence: les personnes qu’on voit sur grand écran sont généralement beaucoup plus attirantes que la moyenne. Cette surenchère de corps et de visages «parfaits», en particulier dans l’industrie américaine, commence cependant à incommoder les directeurs de casting à la recherche d’authenticité.

Le problème est surtout manifeste lorsqu’il est question de films d’époque, se déroulant bien avant les phénomènes des chirurgies plastiques, des abonnements au gym ou de l’image en haute définition. Un article du Los Angeles Times s’est penché sur ce sujet, révélant les «dissonances historiques» dans certaines productions majeures récentes.

Malgré la pauvreté des ouvriers d’usine français du 19e siècle dans Les Misérables, Anne Hathaway dévoile de manière incongrue des tresses semblant tout droit sorties d’une pub de Pantene. Jouant un agent de la CIA des années 1970 adepte d’alcool dans Argo, Ben Affleck enlève son chandail pour montrer un torse suffisamment sculpté pour faire la couverture de Men’s Health. Dans la peau d’une fumeuse en série et maîtresse d’un mafioso des années 1940 dans Gangster Squad, Emma Stone révèle un improbable sourire blanc nacré.

Les belles gueules sont de plus en plus la norme à Hollywood, en particulier chez les stars. (J’ai de la difficulté à imaginer un producteur d’aujourd’hui donner des centaines de millions à un projet ayant comme tête d’affiche James Cagney, Edward G. Robinson, Humphrey Bogart ou Robert Mitchum…). Le reportage du Times dénote un paradoxe: la perfection physique de plus en plus accrue des acteurs entre directement en conflit avec les directeurs artistiques, costumiers, décorateurs et autres techniciens de l’image qui, améliorant eux aussi sans cesse leur métier, voient dans certains cas leur souci d’authenticité affaibli lorsque contrasté par des Adonis et des Vénus en puissance.

Le culte de la beauté à Hollywood atteint parfois des proportions comiques, en particulier chez les actrices. Les vedettes féminines, louangées frénétiquement pour leur beauté et leur style, sont carrément sanctifiées lorsqu’elles osent s’enlaidir pour un rôle. Comme des déesses qui descendent de leur trône et, le temps d’un film, tendent la main à la plèbe. On se rappelle de l’Oscar de Charlize Theron pour Monster, alors qu’elle ressemblait à une crêpe trop cuite. Ne nous leurrons pas: cet acte de déglamourisation «courageux» a autant, sinon plus, été récompensé que la performance elle-même. On a également fait grand cas de Cameron Diaz dans Being John Malkovich et de Gwyneth Paltrow dans Contagion, dont la «mort laide» a même inspiré des analyses psycho-esthétiques.

wenn3935851-jpg_174704En résumé, une belle actrice qui s’enlaidit, c’est louable, mais une actrice laide qui, de surcroît, «joue laid», c’est pas mal plus risqué. Parlez-en à Melissa McCarthy, dont la performance dans la comédie Identity Theft a été au centre d’une controverse cette semaine après que Rex Reed, critique au New York Observer, l’eut traitée d’«hippopotame femelle» et, son message n’ayant peut-être pas été assez clair, a comparé sa taille à celle d’un «tracteur». McCarthy n’a pas répondu à cette charmante sérénade, se remettant calmement d’un coup dur bien plus difficile à digérer: le rôle tant convoité pour le biopic de Susan Boyle lui a échappé, on lui a préféré Kate Upton à la place…

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