Jozef Siroka

Archive du 5 février 2013

Mardi 5 février 2013 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (28)

Michael Mann, le maître du «zen pulp»

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Michael Mann célèbre ses 70 ans aujourd’hui. Une belle occasion pour vous présenter l’essai vidéo épique Zen Pulp produit par Matt Zoller Seitz en juillet 2009.

Mann est un de mes cinéastes comtemporains préférés (j’ai vu Heat plus souvent que tout autre film, pas loin de 20 fois), mais il est aussi un des plus sous-estimés. Autant que cette situation me frustre, je peux néanmoins bien la comprendre.

La relative résistance publique et critique par rapport à son oeuvre tient du fait qu’il se sert des préceptes et conventions du cinéma de genre – en général des films d’action opposant policiers et gangsters – afin d’explorer des thèmes bien plus personnels et artistiques (un enchevêtrement qui afflige également le cinéma de James Gray, mais qui n’a semble-t-il pas nui à un Européen comme Jean-Pierre Melville, grande influence de Mann).

L’intérêt des intrigues et des personnages développés dans ses films ne se limite pas à l’établissement et à la résolution de conflits d’ordre dramatique; ils sont plutôt d’ordre existentiel (le «comment» et le «pourquoi» sont moins intéressants dans son cas que le «quoi»). L’aspect psychologique ne transparaît pas qu’a travers les dialogues et les gestes, mais surtout par l’illustration méticuleusement détaillée, élégante, lyrique et parfois même impressionniste de l’environnement physique qui permet de définir, d’approfondir et de lier par osmose protagonistes et antagonistes.

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J’espère que l’analyse de Matt Zoller Seitz permettra de convaincre, ne serait-ce qu’un peu, les plus sceptiques d’entre vous. Je traduis la conclusion du premier segment de son essai, qui traite de la contribution de Mann à la série télévisée culte Miami Vice (1984-1990), qu’il compare plus loin avec le long métrage du même nom sorti en 2006.

Il possède une fascination pour les vêtements, les voitures, les bateaux, les immeubles et les corps en tant qu’objets de contemplation séparément de leur fonction narrative. [...] La vison de Mann est impérieuse et conflictuelle. Son monde montre des hommes et des femmes luttant pour devenir des capitaines de leur propre destin, tandis que les institutions, les entreprises et les gouvernements – même leurs proches dévoués – définissent leur combat comme de l’égoïsme. C’est un monde de sosies, de doubles, et de réflexions perverties. Ses films s’articulent autour d’un style désarmant qui fusionne la camelote de série B avec une introspection rappelant Michelangelo Antonioni, Akira Kurosawa et Yasujiro Ozu. C’est un cinéma de zen pulpeux. Mann en est le maître.

Un extrait de la seconde partie : «Les premiers films du réalisateur présentent souvent la lutte pour l’autonomie et l’honneur personnel comme des impératifs qui méritent d’être défendus à tout prix, même si cela signifie perdre les gens qu’on aime le plus et détruire tout ce qu’on a bâti. [...] Mais Heat, sorti 14 ans après Thief, suggère qu’il n’est pas impossible de maintenir sa liberté et son honneur dans un monde de trahison et de compromis».

Un extrait de la troisième partie : «Il n’y a pas une telle chose que du couchage dans un film de Michael Mann, parce que pour ses personnages, le sexe est un répit pour tout le reste. Le lit des amants est un sanctuaire contre l’oppression de la vie, le seul endroit où ils peuvent vivre le vrai bonheur. Mann est un des réalisateurs les plus modernistes d’Hollywood, mais quand l’action se déplace dans la chambre à coucher, il devient un cinéaste religieux».

La quatrième partie se penche presque exclusivement sur l’analyse de la mise en scène de Manhunter, plus précisément la stratégie visuelle employée afin «de révéler de manière subliminale la connection primaire entre des personnages qui semblent, à première vue, distincts et différents» (Dommage qu’il ne s’est pas attardé à faire de même pour la relation entre Pacino et De Niro dans Heat, en particulier leur première rencontre, alors qu’ils échangent poétiquement un regard via une caméra de surveillance sous la musique angoissante de Ligeti; un des meilleurs coups de Mann).

La cinquième partie, qui tient lieu davantage d’un bonus à l’essai, explore la série télévisée peu connue Crime Story (1986-1988), sur laquelle Mann agissait à titre de producteur exécutif.

La filmographie de Michael Mann :

Thief (1981)
The Keep (1983)
Manhunter (1986)
The Last of the Mohicans (1992)
Heat (1995)
The Insider (1999)
Ali (2001)
Collateral (2004)
Miami Vice (2006)
Public Enemies (2009)

> Si vous désirez approfondir votre connaissance de l’oeuvre de Mann, le site Fandor a recueilli plusieurs liens intéressants ici. Mon analyse de l’introduction d’Ali à consulter ici.

P.S.: Un autre anniversaire est célébré aujourd’hui, celui des 5 ans de mon blogue. Je vous remercie tous de votre présence soutenue (et également certains parmi vous de votre participation active) sans laquelle cette belle aventure ne serait déjà qu’un lointain souvenir.

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