Jozef Siroka

Archive, février 2013

Jeudi 28 février 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (11)

L’évolution du plan-séquence chez PTA

Qu’on apprécie ou non son oeuvre, force est de constater que Paul Thomas Anderson est un des cinéastes les plus techniquement virtuoses de notre époque. Il est également un artiste qui n’a de cesse de se réinventer film après film; ses six long métrages prenant en partie l’allure d’un work-in-progress boulimique visant à atteindre le langage cinématographique absolu. À 42 ans il est encore jeune, et il risque de nous – et de se – surprendre dans ses futurs projets.

Dans l’essai vidéo ci-dessus, publié sur le site de Sight & Sound en novembre dernier, le critique Kevin B. Lee analyse le cheminement artistique du cinéaste depuis Hard Eight (1996) jusqu’à There Will Be Blood (2007). Un extrait de sa présentation :

En pensant à ce qui distingue The Master des films antérieurs de Paul Thomas Anderson, ce qui me frappe le plus vivement est la différence dans les mouvements de caméra et la mise en scène. Je ne serais pas surpris si une analyse cinémétrique adéquate démontrait que la moitié de la durée du film consistait en des gros plans avec peu ou pas de mouvement de caméra.

On est très loin de l’époque vigoureuse de Boogie Nights et de Magnolia, avec leur éventail impressionnant de plans Steadicam, de travellings avant et de pans très rapides. Mais en sondant sa carrière un film à la fois, on peut retracer l’évolution de sa technique. Cet essai examine un plan-séquence de chacun des cinq derniers long métrages d’Anderson, montrant comment ils incarnent sa cinématographie à chaque stade, du tape-à-l’oeil de ses premiers films, à une approche plus subtile qui favorise la composition par rapport au mouvement.

Ci-dessous, des analyses vidéo complémentaires de Lee; la première recensant tous les plans symmétriques avec deux personnages, la seconde tous les panoramiques très rapides.

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Mardi 26 février 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (16)

Le nouveau projet de David Lynch : la paix dans le monde

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Une question qui revient régulièrement sur les lèvres des cinéphiles : quand est-ce que David Lynch réalisera un nouveau long métrage? Ou, chez les plus anxieux parmi eux : en fera-t-il un autre? Difficile à dire. Pour l’instant, le maître de l’inquiétante étrangeté applique son esprit non pas à la représentation du monde, mais bien à son sauvetage. Son objectif principal : rien de moins que la paix mondiale.

La nouvelle vocation du fameux cinéaste est racontée dans un reportage particulièrement bien écrit, publié vendredi dans le New York Times Magazine. Le texte porte principalement sur la relation entre Lynch et la Méditation transcendantale (MT), et sur son admiration pour son fondateur, le controversé Maharishi Mahesh Yogi (1917-2008), dont le culte de la personnalité a causé pas mal d’inconfort au cours des dernières décennies.

L’implication soutenue de Lynch dans la MT a commencé peu de temps après la sortie de son chef-d’oeuvre, Mulholland Drive, en 2001. L’année suivante, il s’est rendu dans un enclos isolé à Vlodrop, aux Pays-Bas, pour y passer un mois en compagnie de Maharishi dans le cadre d’un «Enlightenment Course» offert à ses adeptes. Malgré les frais d’admission de 1 million $, il n’a jamais rencontré le gourou en personne; ce dernier demeurait à l’étage du dessus, et communiquait avec le groupe via téléconférence.

Lynch est retourné à Los Angeles un «homme transformé». En 2003, il a fait connaître son intention de construire des «palais de la paix» partout dans le monde, où des milliers de fidèles méditeraient nuit et jour. Deux ans plus tard, le cinéaste a été approché par des collaborateurs de longue date de Maharishi, avec l’idée de lancer une fondation qui aiderait les enfants en difficulté à travers la méditation. De là est née la David Lynch Foundation for Consciousness-Based Education and World Peace, qui aurait permis de décupler la pratique de la Méditation transcendantale.

Après la sortie de INLAND EMPIRE, en 2006, Lynch a entamé une tournée mondiale de deux ans l’ayant mené dans 30 pays, discutant de méditation, de créativité et de paix lors de conférences bondées de jeunes participants. Pour ses événements de levées de fonds, il est souvent accompagné sur scène par le comédien britannique Russell Brand, prêchant la bonne nouvelle à des mécènes de New York et de Los Angeles. Des personnalités comme Howard Stern, Laura Dern, Clint Eastwood, Jerry Seinfeld et Martin Scorsese ont filmé des témoignages dans l’espoir d’aider Lynch à récolter son objectif de 7 milliards $.

L’auteure de l’article du Times, Claire Hoffman, pratique la MT depuis l’âge de trois ans. Si elle apprécie ses bienfaits thérapeutiques, elle demeure sceptique par rapport à ses prétentions holistiques à l’échelle globale. Elle rejette le prosélytisme qui transparaît de la part de ses plus ardents adhérents, dont son sujet principal, qui semble croire au Maharishi Effect. Selon cette hypothèse paranormale, la paix mondiale pourrait survenir si «1% de la racine carrée de la population du monde méditait et irradiait la positivité».

Dans une entrevue menée avec Lynch dans une limousine roulant sur Mulholland Drive – en écho à la scène d’ouverture du film du même nom – elle lui a demandé de décrire la MT en ses propres mots :

Des choses comme le stress traumatique, l’anxiété, la tension, le chagrin, la dépression, la haine, la colère amère et égoïste, et la peur commencent à s’envoler. Et c’est un immense sentiment de liberté lorsque ce poids lourd de la négativité commence à s’envoler. C’est comme de l’or circulant depuis l’intérieur et les ordures qui sortent. Les choses dans la vie qui étaient près de vous tuer, qui vous stressent, vous dépriment, vous rendent triste, vous font peur – elles ont de moins en moins de pouvoir. C’est comme si vous construisez un gilet pare-balles de protection. Vous commencez à briller de l’intérieur.

Sur le front cinéma, Hoffman rappelle une déclaration d’Abel Ferrara qui date de 2011, alors que le réalisateur de Bad Lieutenant a assuré que Lynch n’était plus intéressé à faire du cinéma, et qu’il plaçait dorénavant tous ses efforts à promouvoir sa fondation. Mais elle termine son reportage sur une note d’espoir, relatant une discussion téléphonique avec un associé de Lynch, Bob Roth, qui lui a dit que le cinéaste travaillait sur un nouveau scénario «typiquement sombre».

Le principal intéressé a d’abord répondu en s’en prenant au messager, «Bobby a une grande gueule», avant d’ouvrir une porte. Son «prochain film» n’aura rien avoir avec la MT (en 2009, il avait annoncé sont intention de réaliser un documentaire sur Maharishi) et sera bel et bien lynchien. «Je crois que les gens vont probablement le reconnaître» a-t-il conclu, sans vouloir en dire davantage.

***

Pour ceux qui ne seraient pas trop enchantés par la mission spirituelle de David Lynch, je vous propose de vous rabattre sur cet hommage-vidéo intitulé Beautiful Nightmares, publié il y a deux semaines sur le site Press Play :

(Photo : un auto-portrait de David Lynch réalisé en décembre dernier alors qu’il travaillait à l’atelier de lithographie Idem Paris, une expérience qui lui a inspiré ce court métrage, que j’ai présenté récemment).

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Vendredi 22 février 2013 | Mise en ligne à 16h35 | Commenter Commentaires (52)

Le court du week-end : Henry

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Henry, court-métrage de Yan England sur un musicien octogénaire en proie aux affres de la vieillesse, s’inscrit décidément comme un beau complément à Amour de Michael Haneke, alors que les deux oeuvres se retrouvent en compétition ce dimanche au gala des Oscars.

Le jeune réalisateur québécois n’a pas voulu attendre l’aval des institutions pour produire son film; Henry a été entièrement autofinancé et a bénéficié du travail bénévole de ses artisans et acteurs, rendant sa reconnaissance par l’Académie d’autant plus poignante.

Le court d’une vingtaine de minutes se veut un hommage au grand-père maternel de England, qui a décrit la genèse de son projet en entrevue à La Presse la semaine dernière :

«C’est un homme qui a travaillé dans les services secrets anglais pendant la Deuxième Guerre mondiale. Basé en Italie, il y a rencontré ma grand-mère et ils sont tombés amoureux. Il est devenu producteur de cinéma là-bas. Il a tout perdu et a décidé de venir à Montréal pour repartir sa vie à zéro», raconte-t-il.

L’idée d’Henry est née dans un café de Montréal où Yan était avec son grand-père de 92 ans, Maurice, et sa mère. «Il se souvenait toujours de tout avec précision, dit-il à propos de son grand-père. Mais ce jour-là, il s’est retourné et m’a dit: “Est-ce que j’ai été un homme bon”? Ça m’a bouleversé qu’il ne se souvienne plus de son destin exceptionnel à cause de l’alzheimer et de la vieillesse.»

Voici une présentation promo de Yan England, un bonhomme résolument bien sympathique.

Le sujet est lourd, mais son traitement ne l’est pas pour autant. On salue le choix de la part d’England de traduire la confusion et la détérioration psychique de son protagoniste à travers une mise en scène et un montage dynamiques et stylisés, et non seulement à travers du dialogue d’exposition comme on en a malheureusement trop souvent l’habitude dans notre cinéma. La caméra toujours mobile (qui en fait parfois un peu trop) est en constant synchronisme avec les regards et gestes de Gérard Poirier, qui livre ici une performance physique, intelligente et particulièrement émouvante. On apprécie enfin le leitmotiv musical, l’Intermezzo de l’opéra Cavalleria rusticana, qui sonnera familier aux oreilles des fans de Raging Bull

Henry est à voir sur Tou.tv

(De retour mardi)

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