
Les spectateurs qui ont assisté à The Shining durant sa première semaine d’exploitation à New York et Los Angeles, durant la dernière semaine du mois de mai 1980, ont vu un film différent que celui que l’histoire a retenu. On parle d’une scène de deux minutes insérée à la toute fin que Stanley Kubrick a finalement jugé bon de supprimer (il a fait de même avec 19 minutes de 2001 : A Space Odyssey). Cette portion de pellicule a été complètement détruite mais, selon les rumeurs, une copie de la fin originale existe quelque part.
Les amateurs du classique d’horreur seront heureux d’apprendre qu’on a maintenant accès aux trois pages du scénario de ladite scène, qui ont été dénichées par Lee Unkrich, le réalisateur de Toy Story 3, sur son site web The Overlook Hotel. Un résumé :
Après que Wendy et Danny ont réussi à s’enfuir à bord de la motoneige, on se retrouve dans un hôpital où la mère et son fils reçoivent la visite du directeur du Overlook, Stuart Ullman. Ce dernier les assure que les policiers n’ont rien trouvé d’anormal dans l’hôtel et qu’ils ont dû avoir souffert d’hallucinations. Ullman invite Wendy et Danny à rester chez lui à Los Angeles et, alors qu’il quitte la pièce, se retourne pour lancer au garçon une balle de tennis – probablement la même qui lui est apparue mystérieusement sur la moquette avant qu’il ne se rende dans la chambre 237…
On coupe ensuite sur la scène du travelling vers la photo de Jack Torrance qui participe au bal du 4 juillet 1921 à l’Overlook, avant de voir apparaître un carton, que Kubrick a également supprimé dans sa révision :

Kubrick a choisi de supprimer l’épilogue de l’hôpital après avoir assisté à quelques projections à Londres, où il a constaté que l’excitation du public était à son comble durant la confrontation finale, et que la scène en question n’était «plus nécessaire». Une décision que Roger Ebert a jugée sage dans sa critique, disant que l’épilogue «tirait un tapis de trop en dessous du récit».
Une chose est certaine : les documents de cette fin originale vont être décortiqués en analysés minutieusement par les nombreux fanatiques de The Shining, qui vont sans doute y trouver de la chair pour renforcer leurs multiples théories (dont certaines complètement farfelues) quant à la signification réelle du film. Un documentaire a d’ailleurs été réalisé à ce sujet, Room 237 (j’en parle ici) et, après une tournée acclamée de près d’un an sur le circuit festivalier, a enfin obtenu une date de sortie en salle aux États-Unis: le 29 mars. On espère avoir accès à la fameuse chambre au Québec aussi, je vous tiens au courant.
> Glenn Kenny, de l’excellent blog Some Came Running, relate son expérience d’une projection
du The Shining original ici.

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tonyverdechi
28 janvier 2013
15h12
Ouais je ne suis pas certain que ça en vaut la peine. Si le réalisateur les a enlevées, alors c’est que ça n’en valait pas la peine.
Parfois ça améliore le film mais parfois non. Je me souviens d’avoir vu la version longue d’Apoclypse now et d’avoir trouvé que les scènes remises n’apportaient rien au film.
eturgeon
28 janvier 2013
16h25
Sans nécessairement avoir besoin d’améliorer le film, des scènes en supp sont bienvenues si elles ne gâchent pas le ton. Dans le cas d’apocalypse now, rien à redire.
goupil
28 janvier 2013
16h39
Je préfère encore la version VHS de Shining par rapport aux éditions DVD où Kubrick a ajouté la scène avec médecin et surtout des stupides plans sur des squelettes couverts de toiles d’araignée, qui tirent Shining vers un film d’horreur beaucoup plus conventionnel, psychologisant et rassurant.
Si Kubrick s’est trompé à ce moment, il a pu se tromper en coupant la scène avec Ullman, qui semblait ajouter une couche de circularité.
Je savais pas que la version DVD différait de celle en VHS, ça veut dire qu’il y a trois versions en tout? Et quel médecin? La psy au début qui visite Danny? -js
manwiththegoldengun
28 janvier 2013
17h01
J’ai toujours cru que Kubrick n’aurait jamais dû supprimer cette scène à l’hopital car elle appuyait encore plus l’élément surnaturel du film.Les nombreuses apparitions dans l’hotel n’étaient pas le fruit de l’imagination ,mais bien des fantômes condamnés à l’éternité par le passé scabreux de l’hotel Overlook.J’espère que Warner Brothers va finalement sortir une version avec cette nouvelle fin.
procosom.com
28 janvier 2013
17h18
C’est toujours intéressant de visionner des portions coupées au montage, surtout lorsqu’il s’agit de durée assez longue qui peuvent jeter un éclairage nouveau (je suis curieux au sujet des 19 minutes de 2001). Par contre, pour un suspense d’”horreur” où la tension est à couper au coûteau, je parie en effet que ces 2 minutes diluaient l’impact de la finale.
Comme me l’ont appris mes multiples parties de Civilization IV : La perfection est atteinte non pas lorsqu’il ne reste plus rien à ajouter, mais plutôt lorsqu’il ne reste plus rien à retirer!
melo_carmelo
28 janvier 2013
17h37
J’aime bien cette scène de l’hôpital, et le titre final aussi… Tout un changement de dernière minute quand même.
slickster
28 janvier 2013
17h58
“… multiples théories quant à la signification réelle du film.”
Un énoncé qui me laisse perplexe. Le film n’est-il pas basé sur le roman du même nom de Stephen King? Que j’ai lu, d’ailleurs, il y a quelques décennies, alors je ne m’en rappelle pas tellement.
Mais… est-ce que le film est tellement différent du roman qu’il en acquiert sa propre signification? Je serais porté à dire non, mais je serais curieux d’avoir les commentaires d’autres intervenants.
Le film est très différent du roman. Kubrick n’a jamais fait d’adaptations fidèles. -js
rafc
28 janvier 2013
18h46
Dans le roman il n’y a pas de labyrinthe et Overlook explose littéralement à la fin, Hallorann ne meurt pas…..
“je parie en effet que ces 2 minutes diluaient l’impact de la finale”. Moi aussi.
kurtz
28 janvier 2013
18h48
À la lecture des portions enlevées, je ne sens pas vraiment de nécessité de les voir.
Par contre, en réponse à tonyverdechi, la section dans la plantation française dans Apocalypse Now est selon moi la plus importante et une de mes préférées du film. C’est là qu’on voit naître la filiation avec l’oeuvre de Joseph Conrad, le colonialisme franco-américain, et la critique politique de la présence américaine au Viet-Nam. C’est aussi un des plus beaux moments du film, un oasis de calme nécessaire avant de plonger dans l’horreur de la fin du film.
http://www.youtube.com/watch?v=9L3EXLfgIYw
http://www.youtube.com/watch?v=UWLNucdxekw
La partie avec les hélicoptères et les playmates dans le camp boueux est un peu moins pertinente par contre, mais je n’irais pas jusqu’à dire qu’elle n’apporte rien.
Je considère que le Redux est franchement meilleur que l’original.
rafc
28 janvier 2013
18h56
Je seconde Kurtz et Astyanax au sujet de Redux.
rafc
28 janvier 2013
19h06
Oui et non Jozef, Orange mécanique est très fidèle à Burgess et, à l’exception des coupures, de la narration et du couple de soldats homosexuels, Barry Lyndon reste reste près de Thackeray. Lolita a été adapté par l’auteur même, donc…
Le scénario de Nabokov a cependant largement été remanié par Kubrick. -js
rafc
28 janvier 2013
19h07
…mais je reconnais le travail d’adaptation pour les autres bien sûr.
goupil
28 janvier 2013
19h23
Oui, la psy n’était pas dans la version VHS, ni les squelettes poussiéreux (dans le placard?).
Lors de la sortie en salle au Québec, il n’y avait pas la psy, ni les squelettes…
Pour ce qui est de la «fidélité» à Stephen King, c’est une joke de respecter à la lettre la trame du roman, un peu comme dans : tiré d’une histoire vraie…
D’ailleurs, SK a tellement détesté l’adaptation de son livre par l’autre SK qu’il en a téléguidé une mauvaise relecture télévisuelle!
astyanax
28 janvier 2013
20h23
Wow, quelle mémoire Rafc!
unholy_ghost
28 janvier 2013
21h59
Il me semble que les squelettes étaient dans la version filmique en 1980, coupés ensuite pour les VHS. J’ai trouvé la scène bizarre la première fois que je l’ai vu en DVD, en effet.
teamstef
28 janvier 2013
22h49
Et bien je n’ai jamais vû cette scène de squelettes et je crois bien n’avoir rien manqué. Cette oeuvre de Kubrick est parfaite, on ne devrait pas y toucher.
Sur un autre sujet, on a assisté ce soir à une très grande scène de télé gracieuseté de Podz avec son 19-2. Un plan séquence d’environ 13 minutes rempli d’action et de tension digne des grands plans séquence du cinéma. Une grande réussite d’un très bon cinéaste québécois…qui est peut-être meilleur à la télé par contre…si vous n’avez pas regardé ce plan séquence, allez-y.
Solaris27
29 janvier 2013
07h08
Si par la ”psy”, vous parlez de la rencontre au début avec Danny et sa mère, oui elle se retrouvait dans la version originale au cinéma (vue 10 fois). La version en français étant franchement mauvaise, j’ai préféré l’oublier.
fmenard6
29 janvier 2013
07h32
@rafc oui il est vrai que A Clockwork Orange est fidèle au livre, mais une nuance, il est fidèle à la version du livre que Kubrick a lu et adapté. En effet, il manquait le dernier chapitre complet au livre dans cette édition! Kubrick a été mis au courant, mais il n’a jamais changé son script. Burgess trouve cette version du livre exécrable (sans la fin qui est très importante et à l’opposé de la vision de Kubrick)
cfaucher
29 janvier 2013
23h58
re: goupil
Il est plus juste de parler des versions américaine (144 minutes) et européenne (113 minutes) de The Shining. Avec un peu de recherche, les deux versions sont faciles à trouver. Kubrick semblait avoir adopter de son vivant la version européenne (113 minutes) comme étant définitive, mais la version longue semble désormais être la plus diffusée par Warner Bros.
J’en profite pour partager une trouvaille un peu occulte et ésotérique sur The Shining, dans l’esprit des études détaillés dans Room 237:
http://kdk12.tumblr.com/post/4879566957/the-shining-forwards-and-backwards
cfaucher
30 janvier 2013
00h33
Complément d’information no. 1: J’ai fait une petite recherche pour être sûr, et si les informations sur Amazon sont exacts, il semble que la distinction américaine / européenne persiste à ce jour, même en format Blu-Ray. Tous les DVDs et Blu-Raysde The Shining disponibles sur Amazon.com contiennent la version longue, tandis que ceux sur Amazon.fr contiennent la version écourtée. À noter que la version longue est disponible en doublage français d’origine.
Autre petit complément d’information: si ma mémoire est exact, à l’ère du VHS, les cassettes vendues en territoire québécois du film doublé en français contenaient la version de 113 minutes, tandis que les copies de la version originale anglaise contenaient la version longue.
centaure
9 février 2013
15h19
Cool! Cette fin laisse supposée également qu’Ullman est dans le coup. J’ai toujours trouvé qu’il était plutôt «creepy» dans l’entrevue avec Jack. Il a une certaine ambiguïté lors qu’il raconte les événements dramatiques de l’Overlook. Il semble plutôt amusé que bouleversé. Et sa gestiuelle est plutôt vampirique.