Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 22 janvier 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (55)

    Quelque chose de pourri au royaume de Disney

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    Est-il possible de tomber en amour avec un film sans l’avoir vu? La question, je vous la pose, puisque dans mon cas c’est déjà fait. Je parle de Escape From Tomorrow, premier long métrage de Randy Moore, qui a fait beaucoup jaser depuis sa première au Festival de Sundance.

    On est d’abord séduit par le concept : une histoire d’horreur fantastique située dans «L’endroit le plus joyeux du monde». Le protagoniste, un père de famille qui vient de se faire virer du boulot, amène sa femme et ses deux enfants dans un parc d’attractions de Disney, pour finir par y vivre une profonde crise existentielle assortie de visions hallucinatoires. Selon les reportages, le récit est presque impossible à résumer.

    La tentative du New York Times :

    Papa est en extase devant deux filles mineures, pense que les figurines sont maléfiques et prennent vie, et prétend de se tirer dessus avec un faux fusil Frontierland. Il y a une épouvantable scène de vomissement, un obèse sinistre qui se promène en scooter et une séquence à Epcot dans lequel notre héros se fait taser. Il est ensuite conduit dans une pièce secrète en dessous de la sphère Spaceship Earth – qui est décrite dans le film comme «la testicule géante» – et s’y fait laver le cerveau.

    Selon le journaliste du Los Angeles Times, qui dit n’avoir jamais vu un film aussi étrange et provocant en huit ans de couverture à Sundance, Escape From Tomorrow est le «portrait d’un homme qui semble avoir perdu tout sens de l’optimisme dans un endroit qui en regorge». (Une entrevue vidéo avec le cinéaste à consulter ici).

    Questionné par Filmmaker Magazine, Moore décrit son film comme un «conte de fées post-moderne», et se dit très épris de ce courant artistique dans lequel on retrouve la notion «d’esprits individuels construisant leurs propres réalités, donnant libre cours à des réalités plurielles qui parfois se chevauchent.» Il cite parmi ses influences David Lynch, Gus Van Sant, Guy Maddin, Terrence Malick et, «bien sûr», Stanley Kubrick.

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    «Je n’ai rien contre Disney», assure Moore, qui a travaillé comme correcteur de scénarios à Hollywood pendant trois ans avant de s’attaquer à son film. «Je garde de merveilleux souvenirs d’enfance de ses parcs d’attraction. Je crois que Walt Disney était un génie. J’aurais seulement aimé que sa vision n’évolue pas en quelque chose d’aussi corporatif.»

    Le jeune réalisateur de 36 ans fait bien de se méfier de l’esprit marchand de Disney, puisque son film court le risque d’être bloqué par une armée d’avocats, et ne jamais être distribué en salle ni en vidéo. Et c’est ce qui nous amène à l’autre élément de séduction : une production rebelle et très peu conventionnelle. Escape From Tomorrow n’a pas obtenu de permis de tournage (et n’a jamais osé le demander) pour ses deux lieux principaux : Walt Disney World, à Orlando, et Disneyland, à Anaheim.

    Le travail de mise en scène était extrêmement complexe, un «cauchemar» selon Moore, puisqu’il ne fallait jamais donner l’impression d’être une équipe de tournage. Les acteurs et les membres de l’équipe gardaient toujours une distance discrète, communiquant régulièrement par téléphone. Le fait de constamment tenir une caméra n’a cependant pas éveillé les soupçons, puisqu’il s’agit de «l’activité la plus naturelle qui soit» dans un tel endroit, précise le cinéaste. (Pour plus de détails techniques sur le mode de tournage, je vous conseille de lire l’entrevue de Filmmaker Magazine).

    Malgré ces contraintes, le film ne ressemble aucunement à un «exercice de guérilla», selon le LA Times. «Il y a de nombreux plans d’ensemble, et des scènes se prélassant dans l’imagerie classique de Disney. On dirait que cela a été fait avec la collaboration entière de la compagnie, ce qui n’est aucunement le cas».

    Pour Moore, qui a réussi à financer son film grâce à un héritage (le budget est estimé à 1 million $), Escape From Tomorrow est la preuve ultime de la démocratisation du cinéma. «C’est le futur. Les caméras dans nos mains. Les caméras dans nos lunettes. N’importe qui peut tourner à n’importe quel moment. Et je crois que ça va exploser». Tout cela est très bien, mais il faut maintenant perfectionner les moyens de diffusion afin d’atteindre le ciné-paradis égalitariste…

    Voici un extrait du film dans lequel le père tombe sur les deux ados françaises qui l’obsèdent tant. On remarque la beauté de la photographie en noir et blanc, approche adoptée par Moore pour donner à son film «une qualité angoissante et onirique» et aller à la découverte «d’un monde secret et caché».


    • “À la moode de chez new” Elles sonnent autant françaises que les ontariennes qui font du “tourisme” à Québec durant le spring break…

    • Par contre, le concept semble assez étrange pour être intéressant! Vous nous en donnerez des nouvelles Jozef.

    • Vous m’avez rarement donné le goût comme ça.

    • Toute forme de censure est odieuse. Point. Que Disney trouve un arrangement.

    • Je suis ambivalent au sujet de cette utilisation de Disneyworld. Cet endroit est un lieu privé et c’est surtout un produit de consommation. Il est tout à fait normal que Disney veuille contrôler l’utilisation qui est faite de leur propriété et produit. À un niveau personnel, nous ne sommes pas des produits de consommation comme Disney mais nous ne voudrions pas qu’un réalisateur viennent faire ce qu’il veut dans notre maison sans notre autorisation. Imaginez alors un produits de consommation qui doit protéger son image. Le consommateur doit payer pour accéder au site de Disney et il accepte alors les règles de ce site. Si Disney laisse allez le contrôle de leur site et de leur image, ça peut rapidement dégénérer. Il ne s’agit donc pas vraiment de censure mais de contrôle de son produit.

      Apparemment le film ne devrait pas avoir trop de trouble légaux avec Disney, on apprend ce matin dans le New Yorker. -js

    • «Pour Moore, qui a réussi à financer son film grâce à un héritage (le budget est estimé à 1 million $), Escape From Tomorrow est la preuve ultime de la démocratisation du cinéma.»

      Je connais bien des jeunes hommes de 36 ans qui auraient fait autre chose avec un million de dollars. Chapeau.

    • Intrigant concept, approche audacieuse, belles images… mais si le jeu de l’acteur principal dans cet extrait reflète l’ensemble de son oeuvre dans le film (sa “réaction” quand les filles passent derrière lui…), ça craint solidement.

    • Le clip est plus ou moins convaincant. Un pédo à Disneyland. D’ailleurs les images des deux filles sont borderline.

      Pour la démocratisation du cinéma et bien on repassera. C’est facile de parler de démocratisation avec un héritage aussi important.

      Par contre c’est vrai que la démocratie avantage surtout les riches. Là-dessus il a raison.

      «Les images des deux filles sont borderline.» Pas d’accord, elle ne font que traduire l’état d’esprit du protagoniste. Lolita, de Kubrick, vous n’avez jamais vu? -js

    • Et la dictature (du prolétariat ou autre) avantage qui?

    • @ghost

      ‘Et la dictature (du prolétariat ou autre) avantage qui?’

      Elle avantage également les riches et ceux au pouvoir.

    • C’est bien ce que je pensais. Égalité, la balle au centre.

    • @jozef

      Peu importe si les images traduisent l’était d’esprit du protagoniste, c’est borderline. Il y a la petite coche d’explicité dérangeante.

      Et Kubrick était pervers. Ou comme dirait Plume‘Un brillant esprit pervers’.

      Un cérébral avec l’esprit tordu. Ca ne se traduit pas dans tous ses films. Parfois c’est absent (comme dans 2001). D’autres fois c’est plus subtil et parfois carrément explicite.

      Son plus explique est probablement Clockwork Orange. C’est un film très violent avec un esprit pornographique.

      Eyes Wide Shut est plus subtil mais c’est également très pervers.

      Il faut faire attention de ne pas confondre l’oeuvre des artistes avec leur caractère. On tombe dans le domaine du jugement moral, et non cinématographique. -js

    • @ghost

      Je ne veux pas tomber dans le débat autour de la démocratie. C’est juste que bon, parler de démocratie du cinéma quand on avait un 1 M de budget pour faire un film c’est un peu absurde.

    • “Un brillant esprit pervers”

      Pratiquement un pléonasme…

    • @renaud

      On peut faire un super long métrage aujourd’hui pour quelque milliers de dollars. Le cinéma s’est démocratisé, indéniablement.

    • Je sais. On connait l’histoire des El Mariachi, Clerks ou Paranormal Activity. Même celle de Dolan qui s’est rendu à Cannes avec un film qu’il a payé de ses poches.

      Eux peuvent parler de démocratie du cinéma, pas le gars avec 1 M dans les poches.

    • Pas faux. Un million pour un docu en caméra cachée, guérilla style, ça me semble beaucoup trop. Il doit y avoir de la CGI, probablement pour le côté sc-fi. Par contre, si son film est réussi et bénéficie du buzz, il va probablement multiplier son investissement.

    • @jozef

      Personnellement je ne crois pas en l’adage qui dit qu’on doit séparer un artiste de son œuvre. Je trouve qu’au contraire, plus on en connait sur l’artiste, plus on peut apprécier et comprendre l’œuvre.

      Sans avoir de grandes connaissances sur Kubrick on peut affirmer qu’il est un brin pervers et tordu. Et ça fait partie de son univers. C’est parfois borderline dérangeant mais c’est ça Kubrick (et bien sûr c’est également génial, visionnaire, avant-gardiste etc.).

      Mais je ne comprends pas, pour vous un film avec du contenu «dérangeant» c’est nécessairement négatif? Vous n’aimez pas vous faire secouer par l’art, vous préférez des oeuvres confortables? C’est plutôt ça qui est dérangeant à mon avis… -js

    • Renaud, à ce niveau-là (Kubrick est tordu), c’est soit des vérités de la palice (quels grands artistes ne l’est pas un peu?), soit du moralisme à la Sainte-Beuve (les grandes oeuvres sont faites avec un autre moi que celui quotidien de l’artiste producteur).

    • @jozef

      Je n’ai pas de problème avec les œuvres dérangeantes. Dans ce cas-ci je trouve que c’est dérangeant dans le mauvais sens tu terme.

    • Ce qui (me) dérange avec la scène c’est qu’il filme ‘sexy’. Comme si c’était une scène avec Megan Fox. Il aurait dû faire quelque chose de plus neutre. Ça aurait été aussi efficace.

      Ça s’accorderait peut-être avec vos pulsions puritaines, mais ça ne serait certainement pas aussi efficace, pas dans le contexte du film. D’ailleurs, transposons le débat à la violence. Si on suit votre raisonnement, le raid d’hélicoptères, par exemple, dans Apocalypse Now, aurait dû être filmé avec beaucoup plus de retenue; pas de Wagner, pas de plans aériens spectaculaires. Parce que la guerre c’est mal… -js

    • Eh oui! Kubrick était pervers. Il aimait les scènes dérageantes; lorsqu’il filmait le sadisme, son regard était du côté du sadique (avec tout ce que ca implique comme lyrisme), non de la victime. Rarement il filmait la compassion. Le ’stuck in the middle with you’ de reservoir dogs est un cas semblable, à l’époque où Tarantino ne faisait pas de discrimination entre la violence infligée à une victime et à un vilain. Et puis on peut aussi dire que Kubrick était un misogyne. Les femmes sont au pire des victimes, au mieux des tableaux (Barry Lyndon). On peut dire la même chose de Bunuel.

      Je n’ai pas de problème avec ca, je suis toujours le dernier à me préoccuper de la morale au cinéma.

    • Josef, vous me rappelez Lolita. J’aurais du en tenir compte quand je faisais le point sur les femmes chez Kubrick.

    • ” par exemple, dans Apocalypse Now, aurait dû être filmé avec beaucoup plus de retenue; pas de Wagner, pas de plans aériens spectaculaires. Parce que la guerre c’est mal”

      C.Q.F.D.

      l’Art pour l’Art.

    • Mes pulsions puritaines. Peut-être, c’est seulement que le regard posé par le cinéaste sur ces deux fillettes me fait penser au regard qu’on souvent les hommes sur les filles de cet âge.

      Exemple, on voit souvent ça dans le métro. La jeune fille qui entre et le vieux pervers qui la mate de la tête aux pieds sans gêne. Ça me rend toujours mal-à-l’aise.

      Est-ce que la scène aurait été moins efficace en étant plus neutre? Probablement que oui sauf que la scène aurait fonctionné quand même.

      Pour Apocalypse Now et bien je pense qu’au contraire, il y a beaucoup de retenu dans cette scène. On est encore très loin de la réalité de guerre. D’ailleurs c’est probablement la seule façon de faire des films de guerre. En ajoutant une grosse couche de procédés artistiques.

      Il n’y a pas de poésie et de Wagner sur le champ. Si les films de guerre s’approchaient le moindrement de la vraie affaire personne ne voudrait les regarder.

      Mais peu importe, je ne voulais pas parasiter le blog, ça aussi ça me rend mal-à-l’aise.

      «Le regard posé par le cinéaste sur ces deux fillettes». Il pose pas un regard sur les fillettes, mais sur son protagoniste : le film est un voyage dans l’état mental d’un père de famille en crise. C’est simple pourtant, je ne vois vraiment pas le scandale. Faire des parallèles avec des vieux dans le métro, on est plus dans le même «ballpark», comme diraient les Américains… -js

    • eturgeon, c’est certainement plus compliqué que ça, d’une part, il est impossible de juger un film sans un minimum de morale du regard (ce qui ne fait pas confondre avec la bienpensance et le moralisme) et qu’un film comme Eyes Wide Shut est clairement du côté de la femme (sans parler du fait que les femmes soient des victimes n’impliquent pas forcément de la mysoginie).

    • Moi je me demande surtout comment on peut juger de la justesse morale d’une image, en bien ou en mal, à partir d’un preview de 1 minute.

    • @jozef

      Par regard je veux dire la manière qu’il les filme. Pour le reste pas besoin de m’explique la scène, c’est très facile à saisir.

      C’est même ça le problème, c’est un peu trop premier degré.

    • @cinematographe

      Tu as une scène avec deux jeunes fillettes qui se déshabille sur le bord d’une piscine avec le réalisateur qui fait des plans sur leurs c*ls comme si c’était Megan Fox.

      Voici comment tu juges de la moralité d’une scène en un preview.

      Et bien sûr tu as le gars l’autre bord avec ses petits yeux et sa bouche ouverte qui bave afin qu’on soit certains de comprendre ce qui passe. Comme si ce n’était pas assez évident.

    • Oui, mais Renaud, le plan sur les filles qui se déshabillent est un plan subjectif, précédé d’un plan du regard hors champ du personnage, suivi par le reaction shot bavant. Ce n’est donc pas le “regard du cinéaste”, mais celui du personnage qui ne peut pas être objectif. Par contre, le premier plan, objectif, qui est pan en plongée des jeunes filles qui chantent À la mode de chez-nous n’est pas “à la Megan Fox”.

    • pano* en plongée

    • ghost

      oui et d’ailleurs, Apocalypse now, malgré toute la beauté du film, montre toute l’absurdité de la guerre dans chaque scène. Donc en réalité le film fait plus que juste être beau, atmosphérique, et sadique. Mais je dirais que je suis réceptif au message du film et je vais le juger que si le film m’a convaincu par sa valeur artistique d’abord. Ceci étant dit pour réviser ce que je disais sur Apocalypse, si on revient à Kubrick. Eyes wide shut est en grande partie du point de vue de Tom Cruise non? Mais en réalité ce film m’est un peu égal.

      Je pensais plus à

      Clockwork: on viole des femmes, mais du point de vue jouissif du violeur. Est-ce purement une technique très courante pour nous faire comprendre l’état d’esprit du personnage principal, comme le dit Josef? C’est plus que ca à mon avis. C’est plus que le “minimum syndical”.

      Barry Lyndon: toutes les femmes sont passives, on ne pénètre jamais leur psychologie, elle sont des surfaces.

      Lolita: hystérique ou manipulatrice

      Je peux donner à kubrick qu’il a de la compassion pour une femme dans la finale de path of glory.

    • Maintenant que Renaud et Josef ont fait un parallèle entre ce film et Lolita, et que je constate que cette façon de tourner rend mal à l’aise (et avec raison), je ne peux que me grater la tête pour essayer de deviner comment Lolita a été reçu à sa sortie. Ce film est absolument scandaleux. Je me souviens moi-même avoir été mal à l’aise la première fois que je l’ai vu adolescent, dans les années 90. Je n’ose pas imaginer ce que c’était dans les années 60.

    • “Eyes wide shut est en grande partie du point de vue de Tom Cruise non?”

      Narrativement du point de vue de Tom Cruise, mais le film montre bien que ses désirs sont puérils. C’est, comme qui dirait, Kidman qui a le dernier mot… après avoir moqué son incompréhension totale du désir féminin. D’ailleurs, Kubrick montre surtout la bêtise et la puérilité de la violence des hommes, ce qui n’est pas du tout une vision phallocrate et miso.

    • “sur leurs c*ls comme si c’était Megan Fox.”

      En somme, filmer un cul impudiquement n’est pas un problème s’il s’agit de celui de Megan Fox.

    • Je n’ai pas des conclusions aussi claires sur ce que Kubrick cherchait à montrer dans ce film. Mais soit, on peut voir ca comme ca. De toute manière, je n’ai pas vraiment senti de problème avec Eyes wide shut.

    • Il faut revoir Barry Lyndon. C’est un film en réalité traversé par le féminin, ça dès l’ouverture, avec la cousine qui pousse Barry à mentir pour une première fois! Chez Lady Lyndon, c’est littéralement la naissance de l’hystérie moderne qui se joue, et qui culminera on sait quand. Pour les intéressés, j’ai récemment déniché l’identité de l’auteur des poèmes français que Lady se fait lire, alors qu’elle trempe nue, droite et immobile dans sa baignoire; scène splendide de mélancolie. On lui lit la fin de Les Sens, poème en six chants, par Barnabé Farmian Dorosoy, journaliste écrivain qui se fera guillotiné lors de la Révolution. L’amour comme sixième sens, comme fusion des cinq autres et tout et tout… de l’hystérie calculée pour la femme aristocrate!

    • Il y a deux façon d’interpréter les intentions dans le cinéma. Certains s’intéressent surtout à ce que l’auteur cherche à démontrer. Birth of a nation: le réalisateur montre des noirs surnois, vils. Je conclus que le réalisateur est raciste.

      D’autres vont interpréter les pulsions du réalisateur à travers celles de ses personnages. Je crois que le second est plus insidieux. La scène de danse dans pulp fiction: La musique est entrainante + les danseurs se trouvent séduisants = le réalisateur les trouvent séduisants = le spectateur les trouve séduisants.

      La scène de torture dans reservoir dogs: une musique entrainante + Madsen qui danse et anticipe le plaisir = le réalisateur qui anticipe le plaisir = le spectateur qui anticipe le plaisir.

      Évidemment dans le second cas c’est un plaisir mélangé avec de la peur et aussi de la honte. Mais on ne peut nier l’existence de cette seconde forme d’intention. On ne peut pas complètement se cacher derrière son personnage pour justifier le plaisir qu’on a à tourner la scène, ou à la contempler. Ca me rappelle Tarantino qui disait de Kubrick qu’il était hypocrite de défendre son Clockwork orange en fonction de ses fins politiques. Pour le paraphraser: “il aurait du admettre qu’en réalité il était bandé”

    • “Il faut revoir Barry Lyndon. C’est un film en réalité traversé par le féminin, ça dès l’ouverture, avec la cousine qui pousse Barry à mentir pour une première fois!”

      Je l’ai vu au moins 5 fois, c’est un de mes films préférés.

      C’est vrai il y a cette cousine. Mais encore ici, je ne suis pas sûr que ce personnage montre quelque chose d’approfondi dans le désir de Kubrick de s’intéresser à la psychologie des femmes, en dehors de ce que les hommes percoivent d’elles et les envisagent. Comme chez Bunuel, avec Kubrick, la femme est une “créature” mystérieuse, fascinante, impénétrable, déstabilisante. Le héros réagit à la femme. Il ne la comprend pas, et le réalisateur est du côté des hommes.

    • “En somme, filmer un cul impudiquement n’est pas un problème s’il s’agit de celui de Megan Fox.”

      La différence c’est que Megan Fox a un cul, alors que là on parle de c*ls…

    • _renaud, je ne vous conseille pas de voir Killer Joe.

    • “Il ne la comprend pas, et le réalisateur est du côté des hommes.”

      Vous la comprenez vous?… À mon avis, que les hommes soient aussi compréhensibles et, disons, primaires, n’est pas une preuve de phallocratie.

    • Sans tenter de percer le plus grand mystère de l’Univers, les femmes (huh! huh!), on peut tout le moins s’intéresser à leur point de vue dans l’intrigue; à leur donner des aspirations, et surtout à les étudier sous un autre angle que la sexualité.

      Remarquez, c’est simplement la perception que j’ai de ces 2 réalisateurs.

    • “on peut tout le moins s’intéresser à leur point de vue dans l’intrigue; à leur donner des aspirations, et surtout à les étudier sous un autre angle que la sexualité.”

      C’est très normatif tout cela.

    • Évasif, plutôt

    • eturgeon, toute l’oeuvre de Bunuel est une espèce de traverser du fantasme, fantasme qui ne peut qu’être celui d’un individu et dont à priori on doit accepter l’innocence du désir pour bien le comprendre en profondeur. Comme chez Hitchcock ou Kubrick, cette traversée est tellement profonde et, en fait, réaliste, qu’on peut à chaque moment la voir d’un point de vue ou de son contraire. Est-ce que Vertigo, Cet obscur objet du désir ou Shining sont des films misogyne? Oui, mais on peut facilement retourner le tout et penser le contraire.

    • L’intérêt de l’art n’est pas de faire un beau petit travail équilibré et politiquement correct où personne ne se sentirait dérangé. La plupart des mauvais cinéastes vont présenter un personnage pervers/tordu/méchant en le punissant à la fin. C’est le scénario puritain: tu attires avec le sexe, puis tu punies le sexe. L’art c’est plutôt de se livrer à un vrai travail d’analyse détaillée où le fantasme sera compris en profondeur, dans son humanité (même si on peut aller jusqu’au monstrueux). Ce qui sera utile autant au misogyne qu’à la féministe qui voudra comprendre le fantasme masculin pour le critiquer. Or, on ne peut aller dans cette analyse profonde sans chercher à comprendre, de façon obsessionnelle, le personnage. Sinon c’est du toc, une coquille vide. Si tu veux scénariser et mettre en scène un meurtrier, il faut que tu IMAGINES et ressente par imagination la pulsion de meurtre, ce qui ne va pas sans une suspension de la valeur morale. Après, vouloir juger un artiste sur ce travail d’imagination, c’est sans intérêt et puritain.

    • “L’art c’est plutôt de se livrer à un vrai travail d’analyse détaillée où le fantasme sera compris en profondeur, dans son humanité (même si on peut aller jusqu’au monstrueux).”

      Je suis d’accord. Mais chez certains cas extrêmes, ce n’est pas aussi virtueux et éducatif comme approche. Je cite encore le cas reservoir dogs, et orange mécanique. Les scènes terribles de ces films, qui sont des scènes géniales, nous montrent comment le personnage perçoit la victime, de son point de vue nonchalant. Mais la question est la suivante: puisque l’objectif dans orange mécanique est de prophétiser le méchant état totalitaire qui nous réduira tous en légume plutôt que de nous laisser le libre arbitre, alors à quoi bon tout cet effort artistique dans l’élaboration des scènes de cruauté? La réponse pour moi est d’une banalité ennuyante: parce que ca nous donne des grands moments de cinéma! C’est tout. Orange mécanique aurait été démodé en 1972 s’il s’était contenté d’être un film à message. Je me plais à dévaloriser l’importance des thèmes, parce qu’ils sont souvent surestimés. Pas toujours. Souvent.
      J’applique le même raisonnement à Reservoir dogs.

    • “Comme chez Hitchcock ou Kubrick, cette traversée est tellement profonde et, en fait, réaliste, qu’on peut à chaque moment la voir d’un point de vue ou de son contraire. ”

      Hitchcock n’était-il pas considéré comme très puritain justement? Le cas justement où le sexe est puni?

    • Hitchcock, ouais, mais je crois que c’est plus l’époque qui voulait cela. Dans ses derniers films ils s’en donnent à coeur joie.

    • “Je suis d’accord. Mais chez certains cas extrêmes, ce n’est pas aussi virtueux et éducatif comme approche.”

      Pourquoi voudrais-tu en faire quelque chose d’édifiant et d’éducatif? Ce qui est intéressant en art, ce n’est pas ce qui est bon ou mauvais, mais ce qui est vrai et nuancé. On y apprend que les monstres sont aussi humains et que les bonnes gens sont aussi monstrueux, en gros donc que les préceptes morales et les lois rigides ne s’appliquent pas tout à fait à la vie réelle.

    • “Pourquoi voudrais-tu en faire quelque chose d’édifiant et d’éducatif?”

      En fait je croyais reprendre vos propres idéaux.

      Si alors c’est la vérité et la nuance, soit. Je crois d’ailleurs que c’est communément ca (la vérité) qui est l’idéal ultime visé dans l’Art pour beaucoup de gens.

      Mais c’est étrange, j’irai ici d’une réflexion très personnelle: Je me demande si c’est réellement ca qui est mon aspiration ultime dans l’Art. Ce que je recherche réellement. Ou plutôt: ce que j’y trouve réellement. Je crois que le mot qui me correspondrait le plus serait fascination, et non vérité. Ou alors, pour être plus précis, si j’admet trouver des vérités dans le cinéma, ce ne sont pas des expériences courantes. Je suis plus souvent fasciné et curieux que saisi de vérité.

    • La vérité n’est vraiment pas une expérience courante…

    • @cinematographe

      La difference entre cette scene et une scene avec Megan Fox c’est que Megan Fox est majeure.

      Si tu filmes le gars qui tombent pour des jeunes filles tu ne filmes pas sexy. Tu filmes la candeur, l’innocence, la purete. Tu peux egalement utiliser des procedes comme la musique, les ralentis, les voix off etc..

      Tu ne filmes pas sexy comme tu le ferais pour une scene de Megan Fox.

      Candeur, innocence, pureté. Désolé Mgr renaud, c’est pas des termes que j’associerais avec des ados du 21e siècle… Cette béatification automatique de tout ce qui n’est pas adulte me pue au nez. Vous irez vous louer Kids de Larry Clark, Thirteen de Catherine Hardwicke, La cité de Dieu de Fernando Meirelles, ou pourquoi pas The Innocents de Jack Clayton… Et dernier conseil, lisez le fabuleux roman We Need to Talk About Kevin de Lionel Shriver. -js

    • J’avais bien compris _renaud, mais la formulation de votre commentaire démontre pas mal plus d’objectivation de la femme qu’il n’y a de pédophilie dans les images montrées. Je relevais l’ironie, c’est tout.

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