Jozef Siroka

Archive du 22 janvier 2013

Mardi 22 janvier 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (55)

Quelque chose de pourri au royaume de Disney

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Est-il possible de tomber en amour avec un film sans l’avoir vu? La question, je vous la pose, puisque dans mon cas c’est déjà fait. Je parle de Escape From Tomorrow, premier long métrage de Randy Moore, qui a fait beaucoup jaser depuis sa première au Festival de Sundance.

On est d’abord séduit par le concept : une histoire d’horreur fantastique située dans «L’endroit le plus joyeux du monde». Le protagoniste, un père de famille qui vient de se faire virer du boulot, amène sa femme et ses deux enfants dans un parc d’attractions de Disney, pour finir par y vivre une profonde crise existentielle assortie de visions hallucinatoires. Selon les reportages, le récit est presque impossible à résumer.

La tentative du New York Times :

Papa est en extase devant deux filles mineures, pense que les figurines sont maléfiques et prennent vie, et prétend de se tirer dessus avec un faux fusil Frontierland. Il y a une épouvantable scène de vomissement, un obèse sinistre qui se promène en scooter et une séquence à Epcot dans lequel notre héros se fait taser. Il est ensuite conduit dans une pièce secrète en dessous de la sphère Spaceship Earth – qui est décrite dans le film comme «la testicule géante» – et s’y fait laver le cerveau.

Selon le journaliste du Los Angeles Times, qui dit n’avoir jamais vu un film aussi étrange et provocant en huit ans de couverture à Sundance, Escape From Tomorrow est le «portrait d’un homme qui semble avoir perdu tout sens de l’optimisme dans un endroit qui en regorge». (Une entrevue vidéo avec le cinéaste à consulter ici).

Questionné par Filmmaker Magazine, Moore décrit son film comme un «conte de fées post-moderne», et se dit très épris de ce courant artistique dans lequel on retrouve la notion «d’esprits individuels construisant leurs propres réalités, donnant libre cours à des réalités plurielles qui parfois se chevauchent.» Il cite parmi ses influences David Lynch, Gus Van Sant, Guy Maddin, Terrence Malick et, «bien sûr», Stanley Kubrick.

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«Je n’ai rien contre Disney», assure Moore, qui a travaillé comme correcteur de scénarios à Hollywood pendant trois ans avant de s’attaquer à son film. «Je garde de merveilleux souvenirs d’enfance de ses parcs d’attraction. Je crois que Walt Disney était un génie. J’aurais seulement aimé que sa vision n’évolue pas en quelque chose d’aussi corporatif.»

Le jeune réalisateur de 36 ans fait bien de se méfier de l’esprit marchand de Disney, puisque son film court le risque d’être bloqué par une armée d’avocats, et ne jamais être distribué en salle ni en vidéo. Et c’est ce qui nous amène à l’autre élément de séduction : une production rebelle et très peu conventionnelle. Escape From Tomorrow n’a pas obtenu de permis de tournage (et n’a jamais osé le demander) pour ses deux lieux principaux : Walt Disney World, à Orlando, et Disneyland, à Anaheim.

Le travail de mise en scène était extrêmement complexe, un «cauchemar» selon Moore, puisqu’il ne fallait jamais donner l’impression d’être une équipe de tournage. Les acteurs et les membres de l’équipe gardaient toujours une distance discrète, communiquant régulièrement par téléphone. Le fait de constamment tenir une caméra n’a cependant pas éveillé les soupçons, puisqu’il s’agit de «l’activité la plus naturelle qui soit» dans un tel endroit, précise le cinéaste. (Pour plus de détails techniques sur le mode de tournage, je vous conseille de lire l’entrevue de Filmmaker Magazine).

Malgré ces contraintes, le film ne ressemble aucunement à un «exercice de guérilla», selon le LA Times. «Il y a de nombreux plans d’ensemble, et des scènes se prélassant dans l’imagerie classique de Disney. On dirait que cela a été fait avec la collaboration entière de la compagnie, ce qui n’est aucunement le cas».

Pour Moore, qui a réussi à financer son film grâce à un héritage (le budget est estimé à 1 million $), Escape From Tomorrow est la preuve ultime de la démocratisation du cinéma. «C’est le futur. Les caméras dans nos mains. Les caméras dans nos lunettes. N’importe qui peut tourner à n’importe quel moment. Et je crois que ça va exploser». Tout cela est très bien, mais il faut maintenant perfectionner les moyens de diffusion afin d’atteindre le ciné-paradis égalitariste…

Voici un extrait du film dans lequel le père tombe sur les deux ados françaises qui l’obsèdent tant. On remarque la beauté de la photographie en noir et blanc, approche adoptée par Moore pour donner à son film «une qualité angoissante et onirique» et aller à la découverte «d’un monde secret et caché».

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