Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 26 novembre 2012 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (11)

    Hommage au format académique, ou vive le gros plan carré

    «Allons, M. DeMille, je suis prête pour mon gros plan!» Voilà une des répliques les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Ces mots sont prononcés par Norma Desmond, une vedette au temps du muet qui a perdu de son lustre avec l’arrivée du son, dans le classique Sunset Boulevard (1950) de Billy Wilder. La scène ci-dessus nous la montre faire son grand retour à Hollywood (du moins, c’est son impression). Son visage étant le principal outil de son jeu d’actrice – et notons l’expressivité baroque de Gloria Swanson, qui fut véritablement une vedette au temps du muet – le gros plan est naturellement son allié le plus important.

    Dans un bref essai publié dans le Chicago Reader, le critique Ben Sachs médite sur le langage du gros plan à travers l’évolution du format de l’image. Entre 1932 et 1952, tous les films étaient tournés dans le format académique, offrant un ratio de 1,37:1. Avec l’arrivée de la télévision, l’industrie, faisant face à une nouvelle concurrence, a commencé à produire ses films dans des formats plus larges, afin de se distinguer du «8e art», qui s’est approprié son format académique. Pour Ben Sachs, la quasi-disparition de l’«image carrée» au cinéma a eu pour effet de réduire la force de cet outil incontournable de l’acteur dans l’imagination du public.

    En parlant de Paranoid Park (2007) de Gus Vans Sant, qui a été tourné dans le ratio aujourd’hui inhabituel de 1,37:1, il conclut :

    La projection m’a fait réaliser que, dans les formats plus rectangulaires post-1950, les gros plans ont tendance à couper le haut et le bas des visages, ou à les rembourrer avec de l’information visuelle superflue. [...] Je n’ai aucun moyen de le prouver, mais je suspecte que [le format académique] a contribué au statut quasi-mythique que les stars occupaient à Hollywood à l’époque. Quand les gens voyaient leur visage sur un grand écran, il ne voyaient pratiquement rien d’autre. Les divers formats larges développés dans les années 1950 ont transformé le spectacle cinématographique en quelque chose de plus empirique et interactif. Les films encouragent désormais le spectateur à errer autour de l’image; il ne sont plus commandés par elle.

    1345480947012Ce n’est pas fou. Et ça me rappelle le commentaire caustique de Fritz Lang dans Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard. Le grand cinéaste allemand, qui jouait son propre rôle dans le film, et qui n’appréciait réellement pas le format panoramique, a dit de ce procédé qu’il «n’est bon qu’à filmer les enterrements ou les serpents.»

    Je vous laisse avec ce très bel «essai critique» sur les gros plans signé Jim Emerson, auteur du brillant blogue scanners. (Avis aux amateurs de Mahler, montez le son!).

    close-up (HD) from Jim Emerson on Vimeo.


    • Bel exercice qui montre que les réalisateurs n’ont pas encore réussi sur ce point, a donner l’intensité du gros plan sur le format panoramique.
      ce qui laisse de la marge pour de nouvelle prouesse technique et artistique.

      wow, bel interprétation de la 6ieme.
      je vais ressortir mon coffret et encore pensé a John Williams qui s’est fortement inspiré de l’oeuvre de Mahler pour les Star Wars.

    • Pour ma part, académisme mis à part, j’aime bien les vieux DVD ou VHS en format 4:3. À la limite, les déformations “verticalisantes” des gros plans de la télé me ont quelque chose de quasiment plus réel (et nostalgique) que la pseudo exactitude panoramique.

      genre

    • Même de nos jour, on peut penser, comme Epstein, qu”il n’y a pas encore de mot pour dénommer cette secrète liberté, cette mystérieuse conscience , cette vraie énigme qui habite un simple gros plan”.

    • “The Artist” de Michel Hazanavicius à quelque peu modifié la méthode des années carrées. Le grand public

    • … embarqué pour la nostalgie d’abord. L’époque et le glamour associés ont fait en sorte que l’Oscar lui soit attribué. Pour le reste, je préfère les images larges, c’est plus aéré, moins dense et donc à juste titre du vrai cinéma. Dans le montage ci-haut, je crois que seul le squelette de Mrs Bates mérite vraiment l’approche du gros plan. J’opte aussi pour Boulevard du Crépuscule où le visage de Gloria Swanson devait être vu de près, psychologiquement parlant.

    • Le 1:37:1 n’est pas incongru aujourd’hui selon moi. Certains l’utilise, comme Andréa Arnold, avec pertinence. Rohmer ne la pratiquement jamais délaissé.

      Incongru est un mauvais choix de mot, je voulais dire plutôt inhabituel. -js

    • Laurence anyways utilise de façon merveilleuse le format classique; c’est d’ailleurs un des choix de mise en scène qui m’avait charmé dès l’introduction.

    • Avec le 16:9 à la maison, on assiste au mouvement inverse. Un certain cinéma semble retourner vers le 1:37:1 (ou le 1:33:1). Pour revenir à la spécificité du cinéma?

      Juste dans la dernière année, on a eu droit à WUTHERING HEIGHTS, POST TENEBRAS LUX, TABU, LAURENCE ANYWAYS et NUIT #1. Ce n’est pas pour me déplaire…

    • A l’époque l’esthétique des visages était plus importante également. Il y avait même un ‘modèle’ de visage pour le cinéma.

      Et sans nécessairement être un gros plan les acteurs (ou actrices) étaient souvent filmés sous leurs meilleurs profils. Aujourd’hui on voit rarement ce genre de plan.

    • J’aime bien le 4/3 lorsque je découvre des vieux films noirs.

      Sinon, je regardais Punch drunk love y a pas trop longtemps, et je constate que je préfère encore plus le 2:35 au 1:85! C’est trop majestueux comme format, MÊME sans serpents!

    • Ce qui est fantastique aujourd’hui, c’est que le cinéaste se trouve dans la position du peintre qui peut choisir le canvas en fonction de son sujet. Les formats ne sont plus soumis aux aléas de la mode. On pourrait même imaginer un film ovale, ogival, vertical…

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