Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 19 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (18)

    La revanche des vieux

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    Une idée reçue persiste depuis plus de trois décennies à Hollywood : les ados et jeunes adultes constituent la clé du succès. Ces derniers temps, cependant, ce segment démographique se révèle de moins en moins fiable, pour preuve les recettes déclinantes au box office au cours des trois dernières années. Les films d’action et de fantaisie, malgré des campagnes marketing de plus en plus sophistiquées, ne parviennent pas à faire déplacer les 13-24 ans aussi facilement que par le passé. Ces derniers délaissent lentement mais sûrement les salles sombres au profit de nouveaux supports médias tels les ordinateurs portables et consoles de jeux.

    Afin de pallier ses pertes, l’industrie est en train de recalibrer son offre, visant à mieux accommoder une clientèle nettement plus discrète mais des plus fidèles : les personnes âgées. Un long article du Hollywood Reporter, publié en août, faisait état d’une «révolution tranquille» à l’intérieur du studio system, entamée en 2009 avec Julie & Julia, comédie dramatique culinaire mettant en vedette Meryl Streep. Ce type de film pour adultes atteint habituellement les salles à l’automne ou en hiver, mais Sony a décidé de le sortir en août, période généralement réservée aux blockbusters. Le pari a marché, et Julie & Julia a été un des plus gros succès cet été-là

    La revanche des vieux s’explique en partie à travers les chiffres. Aux États-Unis, on dénombre 40,3 millions d’habitants qui ont 65 ans et plus, comparé à 30,7 millions pour les 18-24 ans. À noter que la fréquentation en salle a diminué dans tous les groupes d’âge en 2011, sauf chez les 60 ans et plus, qui constituent d’ailleurs le segment de la population à plus forte croissance, selon le Bureau du recensement. Ce n’est pas un hasard si les films avec des têtes d’affiche vieillissantes – The Bucket List, Gran Torino, Taken, Mamma Mia!, True Grit, The Expendables – attirent autant de spectateurs.

    Les personnes âgées, souvent retraitées, disposent également de plus de temps pour les loisirs, proviennent d’une génération où les sorties au cinéma représentaient l’activité culturelle la plus en vogue, et sont davantage sensibles au bouche à oreille, donnant plus de chances à des productions modestes ne bénéficiant pas de moyens de promotion omnipotents.

    Une des plus grosses surprises au box-office en 2011, The Best Exotic Marigold Hotel (photo), qui raconte les aventures d’un groupe de retraités britanniques exilé en Inde, a engrangé 131 millions $ sur un budget de 10 millions $. Une suite est déjà en cours. Le réalisateur du film, John Madden, explique ce succès par un traitement léger d’un sujet grave : «Je crois que les gens prennent plaisir à rire à propos de choses que le monde nous demande de prendre au sérieux», a-t-il dit en entrevue au Los Angeles Times.

    Même son de cloche chez le producteur de Red (2010), thriller d’action basé d’après un roman graphique de DC Comics, et mettant en vedette Bruce Willis, Morgan Freeman, John Malkovich et Helen Mirren, qui a récolté 200 millions $. «Je crois que ces films fonctionnent parce que pendant très longtemps, les films avec des vieux acteurs étaient très sérieux. Cette nouvelle récolte de films ont une qualité plus juvénile et ne se prennent pas trop au sérieux. Ils essaient d’être du divertissement de masse». Une suite à Red est également en cours, avec l’inclusion du septuagénaire Anthony Hopkins dans la distribution.

    Les têtes grises sont maintenant in à Hollywood. Une tendance qui se confirme avec la gériatrisation de plus en plus fréquente de formules autrefois réservées aux plus jeunes. Le meilleur exemple serait Last Vegas, alors que Robert De Niro, Michael Douglas, Morgan Freeman et Kevin Kline (à 65 ans, le plus jeune de la bande) se la joueront The Hangover le lendemain d’un enterrement de vie de garçon dans la Cité du Vice. Le film prendra l’affiche en décembre 2013. De Niro, 69 ans, rejoindra ensuite sur le ring Sylvester Stallone, 66 ans, pour un dernier combat dans Grudge Match (film qui aurait été plus convenablement titré Aging Bull, pour reprendre le clin d’oeil de Vulture). En attendant, on pourra voir Al Pacino, Christopher Walken et Alan Arkin faire les 400 coups dans Stand Up Guys, qui sortira en février.

    Et pour ceux qui préfèrent les «films de vieux» un peu moins, disons, fantastiques, on attend avec impatience le drame musical Quartet (à ne pas confondre avec A Late Quartet, en salle vendredi), la première réalisation de Dustin Hoffman. L’acteur de 75 ans a recruté une belle brochette de pros britanniques, dont Maggie Smith, Billy Connolly, Michael Gambon et Tom Courtenay, qui jouent un ensemble de chanteurs d’opéra vieillissants aux prises avec des tensions interpersonnelles. À l’affiche le 11 janvier, par ailleurs la date de sortie de Amour de Michael Haneke, Palme d’Or à Cannes, sur un couple d’octogénaires qui doit faire face à la mort. Faites place les jeunes!


    • J’aime l’idée qui suppose qu’à l’époque aller au cinéma était une activité plus tendance. C’est pour ça que les noms comme Eastwood, Nicholson, De Niro, Streep ou Stallone attirent encore. Ils sont associés à une période spéciale du cinéma. L’époque où le cinéma était important (il l’est encore mais pas comme avant).

      C’est un peu le même phénomène qu’on voit dans le rock avec les Stones, Dylan, McCartney Springsteen ou Neil Young. Ce sont des noms mythiques de l’époque où le rock était important.

      Et je me souviens il y a quelques années on trouvait ca bizarre de voir les vieux Stones en tournée. Les gens faisaient beaucoup de blagues là-dessus sauf qu’aujourd’hui c’est très normal. Les rockeurs vieillissent et continuent de rocker et les fans continuent d’aller aux shows.

    • Un peu hors-sujet mais pas tant que ça : je pense que le succès de Skyfall – quoiqu’à un niveau peut-être inconscient – provient aussi du fait que c’est la célébration de l’expérience, de l’âge, du fait qu’on n’est-pas-fini-quand-on-est-vieux, qu’on peut encore faire la barbe aux jeunes… Il y a plusieurs répliques dans le film qui nous le met en pleine face.

    • Juste pour préciser que le film “Quartet” de D. Hoffman n’est pas si “sérieux” que vous le dites : c’est au contraire une comédie désopilante et tendre à la fois. Certains moments sont émouvants, mais les personnages sont très drôles et on rit encore plus, beaucoup plus que dans “The Best Exotic M. Hotel” par exemple. Le parti-pris est bien différent de “Amour” de Haneke (magnifique film, mais poignant) et nos retraités de “Quartet” ne sont pas des vieillards décrépis, ce sont de vigoureux seniors qui ont encore bien des années devant eux! Je le recommande vivement (tout comme je recommande “Amour”, même si les deux films sont aux antipodes l’un de l’autre…)

    • Devant la montée et l’affirmation du troisième âge, le cinéma devrait prendre en considération les avantages du pouvoir gris. Il n’est pas rare de nos jours d’entendre des gens âgées autonomes prendre parti pour ce qui leur tient à coeur. Nous sommes moins malléables que les ados qui se pâment pour les Harry Potter et Cie. Nous avons un vécu qu’il nous est impossible de renier sous prétexte de passer pour des bougonneux qui ne savent pas s’adapter. En un mot, nous savons ce que nous voulons mais surtout de ce que nous ne voulons plus. La publicité pour prothèses dentaires à fixatif durable est passée de mode; nous sommes devenus très sélectifs depuis le temps qu’on est là. Bref, nous ne sommes plus une matière négligeable et nous sommes capables de nous réhabiliter quand bon nous semble en fonction de nos priorités qui ne sont plus les mêmes!

    • @ vlrglqqf (16h56): Vous dites :”En un mot, nous savons ce que nous voulons mais surtout de ce que nous ne voulons plus.” Avez vous vu “Comme un chef”? Il y a un passage au foyer où les personnes âgées disent à peu près exactement ça à propos de leur nourriture ;). Dans le film, ils dcouvrent quand même des choses nouvelles qu’ils aiment.

      Je suis peut-être vieux d’esprit, mais je suis à la limite de l’âge cible des grandes boîtes de cinéma (j’ai 25 ans) et ces films insipides qu’ils essaient de nous passer, s’en est une insulte à l’intelligence (pour ceux qui l’utilisent). Par contre, je n’ai pas de problème à regarder des films avec des acteurs vénérables tels que C. Plummer, R. DeNiro, B. Willis (à cause de Die Hard), J. Dench ou H. Mirren (que des exemples sur une liste beaucoup trop longue).

      À props de Red, c’est le personnage de J. Malkovich qui est, selon moi, le plus intéressant.

    • Quand le segment de la population à avoir le plus haut taux de croissance sera celui des 90 ans, Hollywood reviendra enfin au muet.

    • Il y avait aussi ce film à l’eau de rose avec Meryl Streep et Tommy Lee jones où un couple de sexagénaire essayait de raviver leur flamme sous le soleil des tropiques…
      Hollywood est déjà une gérontocratie dans ses bureaux, mais je doute qu’elle soit en voie de le devenir sur l’écran.

      Oui, en effet, Hope Springs, la photo de ce film coiffe l’analyse du Hollywood Reporter que je cite. -js

    • “Quand le segment de la population à avoir le plus haut taux de croissance sera celui des 90 ans, Hollywood reviendra enfin au muet.”

      Excellent!

    • « Les personnes âgées [donnent] plus de chances à des productions modestes ne bénéficiant pas de moyens de promotion omnipotents ». Et je m’amuse ― oh! juste un peu ― a noter le nombre de personnes âgées au visage dubitatif ou qui sortent carrément de la salle lors d’une projection, par exemple, du Cheval de Turin, de Bestiaire, de Nuit #1 ou de Shame où elles se sont apparemment rendues sans trop savoir à quoi s’attendre, parce que, bon, « le Clap/le Cartier le programme alors ça doit être bien ». (Je ne suis pas toujours petit salop comme ça.) Ceci dit, elles essaient, que ce soit par curiosité simple ou pour d’autres raisons, et cet élan est singulièrement plus souhaitable que les comportements de casaniers culturels que je vois chez des gens de ma génération, celle qui est de moins en moins ciblée par les publicitaires hollywoodiens.

    • @la_roy – votre phrase entre parenthèses dit qu’au moins vous reconnaissez qui vous êtes en cette instance. En matière de cinéma, chacun son goût et ça m’est arrivé, même jeune, de sortir d’une salle de cinéma parce qu’un film ne me plaisait pas. Aujourd’hui, je vais rarement au cinéma même si j’aime, parce qu’on semble penser que pour une dizaine de personnes dans la salle en après-midi, il faut mettre le son très fort au cas où ils seraient sourds. J’suis obligée de porter des bouchons dans les oreilles au cinéma et c’est plutôt irritant, ce niveau de décibels.

    • ..Alors, serait-ce la fin de la représentation du bonheur comme étant jeune, beau, riche, en santé et….en été?

      On va se contenter d’être vieux, laid, pauvre, malade et …en hiver?

      Ou bien on va encore travestir la réalité et nous tenter de nous rentrer dans le ciboulot que vieillir, c’est «glamour»? Mahée Paiement, sors de ce corps! :-)

    • On assiste peut-être à un retour du balancier. Depuis 15 ans, les studios ont mis tellement l’emphase sur le concept au détriment du talent dans les grosses productions que c’est entrain de leur nuire. Une des constantes dans la plupart des productions que vous avez mentionné est la présence d’acteurs reconnus, plus souvent qu’autrement de très bons acteurs. Et puisque la mode est ailleurs, il est maintenant possible de tourner un film avec plusieurs anciennes très grandes vedettes pour un fraction du coût. C’est une opportunité et là où il y a une opportunité de faire de l’argent, les studios vont embarquer.

    • francout, tout a fait d’accord. Ce Bond est l’éloge des bons vieux conservateurs.

      mais ce retour sur le troisième age est également un ajustement a l’effritement du cocooning et du plaisir solitaire du cinéma maison pour une portion de la population.

      ils sont prêts a retourner en salle et Hollywood en est conscient $$$.

    • vlrglqqf 19 novembre 2012 16h56

      Voilà ! Il ne faut pas trop nous prendre pour des “cons” nous, les vieux (j’ai 57 ans). Tant pis pour les jeunes mais nous sommes encore en forme et le cerveau fonctionne très bien merci. On ne nous fait plus avaler les mêmes ” délires ” (pour être poli) qu’à 20 ans.
      J’ai revu avec plaisir un film amusant ce week-end : Red. Jonh Malkovitch, Helen Mirren, Morgan Freeman et cet inénarrable Willis sont pétillants comme jamais.
      Pas des jeunes premiers ils me semblent, mais quelle qualité de jeux.

    • D’accord avec l’ensemble de cet article; les Baby-boomers vieillissant représentent le segment le plus riche, le plus libre de son temps et en plus forte croissance; normal que les studios jettent leur dévolu sur eux!

      Cependant, une précision quant à l’entrée de jeu de cet article : “Ces derniers (13-24 ans) délaissent lentement mais sûrement les salles sombres au profit de nouveaux supports médias tels les ordinateurs portables et consoles de jeux.”

      Pas d’accord pour les consoles de jeu. Les vrais utilisateurs de console – les hardcore gamers – sont davantage les jeunes X et les vieux Y (25-50 ans pour ratisser large). Les jeunes Y et les Z semblent très attirés par les jeux enligne, sur les réseaux sociaux et sur appareils mobiles, ce qui explique pourquoi le marché des consoles de jeux stagne depuis 5 ans et a débuté sa décroissance (bien qu’elles – les consoles – ne disparaîtront pas puisqu’un noyau de joueurs sérieux demeurera; les meilleurs jeux demeurent sur consoles bien que le créneau qui connait la plus forte croissance soit celui des jeux sociaux/enligne/mobiles. La majorité des hardcore gamers ne feront jamais le saut, ou du moins pas à court/moyen terme).

      Bref, les blockbusters au cinéma font fassent au même défi que les jeux de console : la base s’effrite et les coûts de lancement/production/marketing de projets AAA sont astronomiques.

    • N.B. J’adore la métaphore : Aging Bull :)

    • @ procosom: Vous errez, les meilleurs jeux sont sur PC. Même chose pour la performance des machines.

    • @Mendell

      À part les sports et GTA, je ne joue qu’aux jeux sur PC. Je suis plutôt old school côté jeux (Civilization, Close Combat, etc.). Toutefois, je viens de faire l’acquisition d’un Alienware de feu; j’attends impatiemment la sortie de ShadowRun Online en mai 2013, LE classique CyberPunk précurseur de The Matrix et mélangeant à merveille les genres (un mix de Lords of the Ring, The Matrix, Blade Runner & Jagged Alliance!).

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