Jozef Siroka

Jozef Siroka - Auteur
  • Le blogue de Jozef Siroka

    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
  • Lire la suite »

    Partage

    Jeudi 27 septembre 2012 | Mise en ligne à 14h50 | Commenter Commentaires (13)

    Un critique et un réalisateur montent dans un ring…

    swanberg-09222012

    On entend parfois l’expression «la critique a démoli tel film». Rarement voit-on l’inverse : «Le film a détruit tel critique» (une exception qui me vient en tête, cette scène de The Lady in the Water). Et c’est pourtant ce qui est arrivé, littéralement, la semaine dernière au Fantastic Fest, quand un critique et un réalisateur sont montés dans le ring. Et il y a eu du sang.

    Se déroulant à Austin au Texas, le Fantastic Fest célèbre le cinéma de genre (horreur, science-fiction, fantastique) et organise des partys thématiques. Un de ses événements les plus courus est le Fantastic Debate, au cours duquel deux individus débattent à propos de divers sujets, pour finalement enfiler des gants de boxe et régler leurs différends dans un ring.

    Le plus récent Fantastic Debate a opposé le critique de Badass Digest Devin Faraci et le réalisateur mumblecore Joe Swamberg. Les deux hommes ne s’aimaient vraiment pas, et leur animosité dépassait largement l’esprit ludique de l’évènement. En introduction à son débat, Faraci y est allé de son meilleur argument, se moquant du type de cinéma «paresseux» que pratique selon lui son adversaire :

    Joe, je veux te remercier d’être descendu à Austin pour parler. Je comprends que la nuit dernière toi et ta femme avaient commandé de la bouffe chinoise et que Magnolia [Pictures] va maintenant distribuer cela dans 100 salles le week-end prochain. Félicitations.

    Le mumblecore (mumble : marmonner) est un mouvement récent de productions de long métrages à budget quasi inexistant, mettant en scène des acteurs semi ou non professionnels, qui traite du quotidien, de l’ennui et des rêves de personnages dans la vingtaine, qui généralement flânent et flirtent dans leurs petits appartements. David Denby en a rédigé un portrait éloquent dans le New Yorker.

    Swamberg, qui a selon moi perdu le débat par décision (il était moins préparé), a quand même offert de bons arguments. En voici un :

    De plus, si mon public c’est juste moi, comment se fait-il que je gagne ma vie en tant que cinéaste, et comment se fait-il que tu sembles avoir vu autant de mes films? Peut-être te reconnais-tu dans ces films, Devin. Peut-être que nous, les réalisateurs mumblecore, font des films qui viennent du coeur et connectent avec toi d’une manière qui te rend inconfortable, possiblement dans la zone de tes caleçons. Peut-être sont-ils un peu trop familiers. Peut-être que les tâtonnements maladroits des scènes de sexe te touchent de près. Donc au lieu d’adopter ces films, tu ériges un mur de défense.

    La transcription du débat se trouve sur le site de CriticWire, est c’est pas mal intense!

    Swamberg a terminé son argumentaire par «Je suis surtout excité d’enfiler les gants et de te casser la gueule». Et c’est exactement ce qui est arrivé, et c’est pas beau à voir (le combat débute à 1:25). Uwe Boll aurait été fier de son collègue (d’ailleurs, le pire-réalisateur-au-monde, habitué à boxer les critiques, s’est battu au Fantastic Fest contre son fondateur, Tim League, à qui j’ai consacré un post louangeur par le passé).

    Faraci a expliqué son expérience humiliante dans un post candide intitulé How I Got My Ass Kicked At Fantastic Fest, qui commence par «Le premier coup a fait tomber mon verre de contact droit». On apprend aussi qu’il ne s’agissait pas de son premier combat, qu’il en avait perdu un autre au même festival, contre le président (fictif) du fan club de Michael Bay…

    Plusieurs risquent de voir dans ce KO sans appel une validation symbolique d’une certaine supériorité morale des créateurs vis-à-vis leurs critiques. J’accepte d’en débattre mais, de grâce, laissons les gants de boxe à la maison.

    À lire aussi :

    > La pertinence des critiques (suite)
    > Le critique a (presque) toujours raison
    > La nouvelle génération de critiques
    > La pertinence des critiques


    • Je n’ai vu que deux ou trois films de mumblecore, mais il s’agit de la pire plaie du cinéma indépendant américain, là on parle de vrai cinéma du rien, distillant tout ce qu’il y a de déjà insupportable dans l’esthétique Sundance, et en offrant ainsi un concentré des plus indigestes, le tout étalé avec un effarant nombriliste par des dialogues creux à n’en peux plus finir et une mise en scène inexistante; je comprends ce pauvre critique, je serait prêt à casser la gueule à n’importe lequel de ces réalisateurs, surtout si j’avais à me taper toutes leurs horreurs innomables pour mon travail!

    • Dommage que tout cela tourne au cirque. On comprend que la médiocrité l’emporte.

    • ça me rappelle le Chessboxing de Bilal

    • Bonjour monsieur Siroka! Heureux de voir que vous êtes un fan de l’excellent site Badass Digest!

    • On aura tout vu! Ce sera quoi la prochaine fois, 2 politiciens fédéralistes qui s’affrontent sur le ring?!?

      Ha bon, ça aussi ça déjà été fait?!? :)

    • Il faudrait organiser l’équivalent au Québec : un combat réalisateur VS critique. :)

      Qui pourrait embarquer dans le ring ? Cassivi contre Huard ? (je déconne…)

    • Denis Villeneuve contre André Habib ? :)

      Bien vu! -js

    • Je crois que c’est au niveau du théatre qu’il y aurait les confrontations les plus sanglantes. J’oublie le nom du critique du défunt hébdo gratuit Hour mais je pense qu’il y plusieurs artistes qui lui auraient fait la peau.

    • Bon, c’est bien beau tout ça, mais le court du weekend, lui?

      Rigueur, rigueur rigueur!!! :^)))

      Samedi! -js

    • Je n’ai vraiment aucune idée de ce qu’est le mumblecore. Est-ce que, par exemple, le film québécois LAURENTIE (qui par ailleurs était assez intéressant) pourrait être classé dans cette catégorie?

    • “Denis Villeneuve contre André Habib ? :)”

      Un poids lourd contre un poid plume, alors?

    • Ciné, tu es bien sévère. Pour ceuz que ça chante, il y a un dossier des Cahiers du Cinéma sur le sujet du mumblecore.

    • Devin Faraci est un critique assez médiocre merci… Et Badass Digest l’est un peu aussi. J’aime bien une approche à la Ruthless Review ou l’hilarant Vern, mais Badass Digest cherche à se donner une identité qui est fausse à l’os. Ce qui est bizarre, car la chaine de cinema du propriétaire du site, Tim League, l’excellent Alamo Drafthouse, est 100% authentique.

      Rappellons que Faraci a toujorus ouvertement détesté de bon films pour des raisons boboches (voir: tout les Batman de Nolan, parce qu’ils ne sont pas ce qu’il s’imaginait du personage, alors qu’il encenssait Fantastic Four…)

      Le “combat” Swamberg-Faraci était pathétique pour les 2. Le mumblecore est un style qui n’a pas encore d’oeuvre marquante, ou même bonne, mais dans le fond, l’art, c’est jsutement ca… même si on déteste.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    février 2013
    L Ma Me J V S D
    « jan   mar »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728  
  • Archives

  • publicité