Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 28 août 2012 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (20)

    Après 22 ans, le NC-17 n’a toujours pas la cote

    Killer-Joe-Matthew-McConaughey

    En 1968, la Motion Picture Association of America a établi un système de classification de films afin de remplacer le désuet code Hays, en vigueur depuis le début du parlant. On y retrouvait quatre cotes : G, pour tout le monde, M, recommandé pour un public mature, R, les 16 ans et moins doivent être accompagnés d’un adulte et X, les moins de 18 ans ne sont pas admis.

    Deux ans après l’instauration du nouveau système, c’est un film X, Midnight Cowboy, qui allait rafler la plus importante récompense décernée par la MPAA, l’Oscar du meilleur film. Un phénomène qui ne s’est jamais reproduit dans l’histoire. La reconnaissance de Midnight Cowboy indiquait l’avènement d’une société plus moderne, plus ouverte, plus adulte. La soudaine apparition d’une paire de fesses ou d’un joint n’allaient pas compromettre l’appréciation artistique d’une oeuvre donnée.

    En 1973, il n’y avait pas de sortie culturelle plus branchée que de se rendre à une séance du Dernier Tango à Paris (X) de Bernardo Bertolucci, et de vanter le progressisme des États-Unis, alors que le film à scandale fut interdit de projection dans de nombreux pays, dont l’Italie, lieu d’origine de son réalisateur. Le Dernier Tango à Paris amassa 225 millions $ au box-office américain, en dollars ajustés à l’inflation (à titre de comparaison, c’est tout juste un peu moins que les recettes de The Amazing Spider-Man).

    Les temps ont changé, mais pas pour le mieux en ce qui a trait au «cinéma pour adultes». En 1990, le président de la MPAA a rebaptisé la cote X par NC-17, dans l’espoir d’éliminer l’association néfaste avec l’industrie de la porno, qui s’est appropriée le X (avec ses variantes XX et XXX). Qu’a cela ne tienne, les distributeurs, les magasins à grande surface et les médias considèrent toujours le NC-17 comme un gage de matériel obscène, s’en éloignant autant que possible et, par le fait même, en éloignant le public. Le «film à scandale» le plus populaire l’année dernière, Shame, a récolté un maigre 4 millions $.

    Dans un reportage publié dans le Los Angeles Times sur les 22 ans du NC-17, Steven Zeitchik conclut que la MPAA a largement outrepassé son mandat, qui est de servir de guide aux parents. À la place, le système de classification en est rendu à «légiférer une politique sociale», forçant certains cinéastes à l’auto-censure. Deux des cas les plus fameux ont eu lieu en 1994, alors que Natural Born Killers et Pulp Fiction avaient obtenu la cote NC-17. Les deux films ont été remontés afin d’obtenir le plus acceptable R. Une révision, note le journaliste, qui en rétrospective a eu un impact fondamental pour la carrière de Quentin Tarantino et pour l’histoire du cinéma en général.

    Le plus frustrant, tant pour les cinéphiles que pour les cinéastes, est le terrain vague sur lequel se prennent les décision de la MPAA. Par exemple, en 2010, le drame romantique Blue Valentine a obtenu la cote NC-17 en raison d’une scène de sexe oral (homme sur femme) sans nudité. La même année, Black Swan, qui présentait une scène similaire (femme sur femme), a néanmoins réussi à s’en tirer. Le réalisateur de Blue Valentine, Derek Cianfrance, parle d’un double standard qui porte à confusion. Matthew McConaughey, la vedette du coté NC-17 Killer Joe (photo) de William Friedkin, que pratiquement personne n’a vu, croit de son côté que le film devrait porter cette cote comme un «badge d’honneur».

    On se trouve ici dans un débat entre intégrité artistique et potentiel commercial, et il ne semble pas y avoir d’issue à l’horizon. «Le NC-17 se trouve face à un Catch-22 [cercle vicieux] : Pour produire plus de hits, le NC-17 doit être placé sur plus de films. Mais peu de distributeurs veulent sortir des NC-17 s’ils ne sont pas déjà des succès établis», note Zeitchik. La nouvelle présidente du système de classification de la MPAA a admis son désespoir en entrevue : «Il est évident qu’il y a un stigmate. Si vous avez des idées comment le briser, j’aimerais bien les entendre» a-t-elle plaidé au journaliste.

    Le blog sera de retour mardi, et reviendra à un rythme plus soutenu.

    À lire aussi :

    > Faut-il s’inquiéter de la censure «royale»?
    > La censure au Québec et autres réflexions
    > Du côté des puritains


    • Monsieur Siroka,

      En quoi une cote de NC-17 nuit-elle à un film ? Ce genre de film n’intéresse pas les ados de toute façon, alors en quoi perdent-ils du box-office ? Même si le film était coté G, il n’y aurait pas plus d’enfants et d’ados dans la salle.

      Bonjour John. Comme je le dis à la fin de mon 4e paragraphe, c’est une question de visibilité très réduite sur le marché. -js

    • Plusieures chaines de cinémas (américaines, du moins) hésitent souvent ou refuse carrément de montrer un NC-17, à moins d’un buzz important. Justement à cause d’une élan de moralité, ou d’une manière plus logique, une affluence réduite qui se traduira par des pertes de siègees non-remplis.

      Ridicule.

    • En complément à cet article, je recommande fortement de regarder le documentaire “This Film Is Not Yet Rated” (2006). Très édifiant sur l’aspect totalement opaque et même discriminatoire* de ce système de notation, et de l’impact qu’il a sur l’aspect final de plusieurs films!

      http://www.imdb.com/title/tt0493459/

      *discriminatoire, par exemple, lorsque l’on constate que les scènes de sexualité “féminine” sont plus fortement censurées que les scènes “masculines”… Boys Don’t Cry a eu beaucoup de difficultés à obtenir sa cote R.

    • Comparer les années 70 et notre époque est très périlleux.

      En 72, le film qui était sur toutes les lèvres était Deep Throat. Réalisé par Gerard Damiano, il a été le premier film porno à franchir les portes closes. Tout le monde voulait voir Linda Lovelace à l’œuvre. Aussi bien qu’il fut présenté dans des salles de cinéma conventionnel.

      Aujourd’hui, le conservatisme religieux en mène trop large pour que les règles établies changent. Autant, l’industrie du porno américain est développée et organisée au quart de tour, autant Hollywood exècre l’idée de montrer un bout de sein.

      Pourtant, le spectateur de 2012 en a vu davantage que ses aïeuls. Néanmoins, on vit dans une société où l’on nous prend par la main. La classification des films agis en quelque sorte d’approbation de la commission de la censure.

    • Peut-être hors sujet, mais puisque vous parlez de la classification des films, est-ce toujours l’Office des communications sociales qui cotent les films ici de 1 (chef-d:oeuvre) à 7 (minable)?

      Si non qui s’occupe de la cote des films et est-ce unique au Québec?

      Mediafilm. J’en ai parlé récemment ici. -js

    • Meri Jozef! Le lien SVP.

    • OK j’ai vu le lien ici!!!!!

    • Pis, qui a été choisi comme chef-d-oeuvre?

    • @bimboom
      C’est The Shining qui a gagné le concours, mais il n’a pas été retenu par le jury officiel.

    • Jozef, tes deux derniers billets sont des bijoux.

      Merci! -js

    • Ça me semble bien ce Friedkin… mais personne ne l’a vu.

    • “Qu’a cela ne tienne, les distributeurs, les magasins à grande surface et les médias considèrent toujours le NC-17 comme un gage de matériel obscène, s’en éloignant autant que possible et, par le fait même, en éloignant le public”

      Ce que je ne comprends pas c’est le choix des distributeurs (On parle bien des distributeurs de DVD, ou de distributeurs des films en salles?). Le MPAA a beau mettre la cote qu’ils veulent, cela va sûrement dissuader les parents de choisir le film pour une projection familiale. Mais est-ce que les projections familiales représentent une si grosse part du marché? Ca n’inclut pas tous les couples qui vont au cinéma sans enfants. C’est drôle, parce que je n’ai rien contre que le MPAA donne une cote NC-17 a un film comme Pulp fiction. Ce n’est qu’une recommandation après tout. Un jeune de 12 ans peut se présenter un club video et le louer. Est-ce que les gens vont vraiment être rebuté par cette cote, et éviter de le louer? Je crois que ceux à blâmer sont les distributeur, pas le MPAA peut-être?

    • C’est aux cinéphiles et aux parents à être mieux éduqués et informés pour prendre leurs propres décisions. Disons, pour ailleurs qu’en salle. D’en prendre mais d’en laisser aussi beaucoup avec ces cotes là. Le public adulte, majeur et vacciné devrait aussi être assez nombreux pour qu’un film soit rentable, du moins on l’espère. Wal-Mart va nuire au film ? Le cinéphile averti devrait aller magasiner ses films ailleurs. On voit la même cote sur iTunes ? Bien voyons donc, il faut pas se laisser influencer trop par les bureaucrates, l’idée de départ de l’avertissement reste bonne.

      Si la société devient conservatrice avec une montée de droite réactionnaire, il faut pas se laisser faire mais en même temps il faut penser stratégie commerciale aussi. Ce qui pourrait encore être un argument de vente. Prenons le faux scandale de M.I.A. au Superbowl, quelques temps après en avoir été inform, je suis allé acheter son album précédent sur iTunes.

      En tous les cas… Et puis les adolescents brisent presque tous les interdits comme fumer, boire, voir de la pornographie… Alors si cela vous nuit tant que cela, c’est que vous savez pas vous vendre ou encore que le droite conservatrice prend une place démesurée ou bien que le film obtient du succès pareil chez les jeunes branchés mais que cela se fait sur un marché parallèle au noir, par exemple. La cause du cinéma peut se jouer sur bien des années…

    • Si la cote ”R” est indicatrice du meilleur potentiel commercial c’est que l’on est dans un monde de Calinours ou quoi ? Par ailleurs, le cinéma le plus rentable en regardant le rendement sur le capital investi n’est-il pas la porno et la porno cheap, par-dessus le marché ? Peut-être moins maintenant avec tout le gratuit disponible en ligne.

      Blue Valentine est là sur iTunes, toute personne un brin intelligente voit bien que c’est pas un film porno. Classé 18 ans et plus. ”Sexual Content, Coarse langage, Nudity”. Merci de l’avertissement mais je suis déjà averti, très souvent, il y a très, très peu de contenu sexuel, alors cela peut être une déception dans l’autre sens. Dès fois c’est rien du tout ou on se demande bien quelle scène leur a fait mettre cette cote.

      Je comprens quand même que l’on s’inquiète. C’est la cote ”R” ou ” G” qui a permis l’éclosion de Quentin Tarantino ? Moi qui croyait que c’était à cause de son audace et de son talent. et PULP FUCTION est inscrit 18 ans et plus sur iTunes, présentement. Q’est-ce qu’on s’en fout… ILs ne connaissent rien au cinéma… Je metterais peut-être un 13 ou 14 ans et plus pareil, ensuite aux parents de décider. Puis voyons… On se souvient de notre jeunesse. à chacun ses parents.

    • À plus petite échelle, l’idée selon laquelle tout interdit entraîne la transgression tient encore la route. Quel trip ai-je vécu lorsqu’enfant j’avais réussi à louer clandestinement WILD THINGS et CON AIR la même journée. Quelle perte de temps a posteriori…

      Ce qui m’amène à dire qu’il y a bel et bien un cercle vicieux. À l’époque du «délitement des moeurs» des années 70, les scènes explicities qui méritaient la cote X à un film ne consititutait qu’un simple bruit de fond , une goutte d’eau diluée dans l’océan autrement plus intéressant d’une intrigue prenante, d’une qualité cinématographique, bref de la valeur artistique du film. Désormais, la cote NC-17, à cause de la pudibonderie ambiante, devient bien trop un objet de curiosité qui relègue le film à quelque chose de quasi accessoire. La MPAA corrompt l’expérience du cinéphile. Et Beaucoup plus qu’avant, la scène (ou les scènes) qui a valu la cote NC-17 au film ne relève plus du détail, elle devient la raison qui précipite le client vers les salles ou, au contraire, qui les amène à les déserter.

    • p.s.: quelqu’un l’a vu ce KiLLER JOE ? ça a l’air chic.

      Oui je l’ai vu, au cinéma Banque Scotia, un «exploitation movie» solide, sale et absurde, mais j’avais préféré le précédent effort de Friedkin, Bug, d’après une pièce de Tracey Letts, qui a également écrit Killer Joe. – js

    • ”Par exemple, en 2010, le drame romantique Blue Valentine a obtenu la cote NC-17 en raison d’une scène de sexe oral (homme sur femme) sans nudité.”

      J’en ais entendu parler… qu’es-il arrivé avec cette affaire ?

      On l’a ramené à R, en raison de l’influence de son producteur, Harvey Weinstein. -js

    • Pouf ouain… Weinstein a fait un miracle. De l’infiuence Monsieur le producteur. C’est comme maléable ce NC17! Tous ensemble avec Harvey pour qu’on fasse passer les 15 pour les 17 et les 18 pour les 21 par le coin… Lobby, lobby, lobby!

    • En fait, le NC-17 est important seulement pour les cinémas qui achètent les copies de films. Aux USA entre autres et même ici dans quelques cas, le pourcentage de marge de profit d’un film le premier weekend est médiocre, on parle d’un minuscule % imposé par le distributeur, car le distributeur veut faire le paquet la première fin de semaine, qui est le (in)fameux Box Officie qui maintenant est sacro-saint et seul indice du succès d’un film pour les distributeurs. Un film NC-17 n’est plus acheté par les cinmas car ça limite encore plus le nombre de gens qui viendra le voir et fait perdre de l’$ aux cinémas. Si le film est NC-17, il est à peine distribué aux États-unis ou ici pour à peine une semaine et souvent dans une petite salle. Bref, c’est comme mettre le clou dans le cercueil du film avant même qu’il ne soit sorti. C’est pourri comme système.

    • 2 semaines plus tard, presque dans les maritimes, je viens tout juste de remarquer le jeu de mots dans le titre (j’étais passé à côté…). Bien joué. Excellent billet par ailleurs.

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