Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 24 juillet 2012 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (86)

    Batman ne porterait pas le carré rouge

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    «Si The Dark Knight Rises est un film fasciste, c’est un grand film fasciste…»

    - Andrew O’Hehir, critique de Salon

    Avant même que le troisième volet de la trilogie Batman de Christopher Nolan ne prenne l’affiche, il avait déjà pris une tournure politique. La semaine dernière, l’animateur de radio d’extrême droite extrêmement populaire Rush Limbaugh a clamé que le film constituait une attaque envers Mitt Romney, considérant que le nom du méchant, Bane, est l’équivalant phonétique de la compagnie d’investissement qu’avait dirigée le candidat présidentiel républicain, Bain Capital. Quelques heures après l’accusation, le co-créateur du terrifiant personnage masqué, Chuck Dixon, a réagi en assurant qu’une telle chose était farfelue, puisqu’il est lui-même un conservateur pur et dur. Si personnification de Romney il y a, elle prend les traits du chevalier noir. Batman est un héros de la droite. Voyons voir pourquoi.

    The Dark Knight Rises est un drôle de phénomène: un divertissement ultra populaire qui glorifie le 1% au détriment du 99%. Certains d’entre vous allez dire : «Quelle foutaise, ce n’est qu’un film de super-héros, au diable l’analyse socio-politique». Mais ce n’est pas si simple. Depuis qu’il a pris les rennes de la franchise, Nolan s’est efforcé d’y donner une saveur plus réaliste, d’user des codes de la bande-dessinée afin d’illustrer de manière hyperbolique «les choses qui nous préoccupent ces jours-ci», comme il l’a récemment confié en entrevue.

    Rappelons-nous que The Dark Knight avait eu la distinction d’être le premier film de super-héros à être débattu dans les pages d’opinion de quotidiens aussi sérieux que le New York Times et le Wall Street Journal. La publication de Rupert Murdoch a même fameusement comparé Batman à George W. Bush : «Comme W., Batman est vilipendé et méprisé parce qu’il confronte les terroristes dans les seules termes qu’ils comprennent. Comme W., Batman doit parfois pousser les limites des libertés civiles pour résoudre une urgence…»

    Dans The Dark Knight Rises, Nolan récupère les thèmes de la crise économique, et son utilisation de la métaphore est moins subtile que jamais. Bane, le principal antagoniste, avec son gabarit imposant et son accoutrement d’ouvrier, ressemble à une caricature du héros prolétaire soviétique. Après avoir bombardé la moitié de Gotham, vidé les prisons, emmuré tous les policiers dans un tunnel, et fusillé des courtiers de Wall Street sur le plancher de la bourse, il lance un appel au peuple : «Gens de Gotham, prenez le contrôle, prenez le contrôle de votre ville. Faites ce qu’il vous plaît». Les 99%, assoiffés de vengeance, procèdent à saccager les appartements luxueux de la 5e Avenue, jettent leurs propriétaires à la rue, réclament «leur dû». On instaure un tribunal populaire, la salle prenant les airs ici d’un terrible cauchemar kafkaïen, avec un juge cliniquement fou proposant aux condamnés deux alternatives équivalentes : «La mort, ou l’exil (qui signifie la mort)».

    C’est le retour de la Révolution française et de la Terreur. Comme plusieurs l’ont noté, Bane est la réincarnation de Robespierre à l’ère du terrorisme. Les plus vicieux pourraient voir en lui un avertissement des conséquences d’une gauche extrême au pouvoir, mais le propos de Nolan est plus nuancé: Bane n’est pas un révolutionnaire, mais un nihiliste opportuniste. Son objectif suprême est de réduire la ville (le monde) en poussière. Et ce, à l’aide d’une arme nucléaire dont la détonation n’est possible que grâce à une puissante machine conçue pour générer… de l’énergie verte.

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    Comme l’a dit Nolan à Rolling Stone, son film peut donner lieu à diverses interprétations, dépendamment de l’affiliation politique du spectateur. Cela est peut être vrai, mais force est de constater que, pour le moment, c’est la droite qui domine de façon écrasante la bat-discussion (exemples ici, ici, ici et ici). Les publications de gauche, quant à elles, baissent les bras. Voici la conclusion d’un article du Guardian :

    The Dark Knight Rises contient une vision audacieusement capitaliste, radicalement conservatrice, radicalement justicière [au sens de vigilante], qui propose de façon sérieuse, frémissante, que les souhaits des riches doivent être défendus s’ils disent qu’ils veulent faire du bien. Mitt Romney serait ravi.

    Le critique de Salon, Andrew O’Hehir, va encore plus loin :

    Ce n’est pas une exagération de dire que l’univers de The Dark Knight Rises est fasciste (et je ne suis pas en train de lancer des injures, ou en train de dire que Nolan a des affinités nazies). C’est simplement un fait. Le scénario de Nolan pousse la légende de Batman à son extrême logique, la vision de l’histoire humaine comprise en tant que lutte entre volontés individuelles supérieures, une conte d’héroïsme et de sacrifice symboliques opposés la corruption désespérée de la société.

    Enfin, Ross Douthat, le chroniqueur conservateur en résidence du New York Times, offre une analyse plus sobre :

    [Nolan] tente simultanément de reconnaître les injustices du régime en place tout en suggérant que les alternatives révolutionnaires et anarchistes seraient bien pires. À travers toute la trilogie, ce qui sépare Bruce Wayne de ses mentors du League of Shadows n’est pas une croyance dans la bonté de Gotham; c’est une croyance qu’un ordre compromis vaut toujours la peine d’être défendu, et que des choses plus sombres que la corruption et l’inégalité s’ensuivraient si l’on brûlait cet ordre. C’est un message conservateur, quoique pas un qui est triomphalement capitaliste.

    S’il y a un message qui est clair, net et précis dans The Dark Knight Rises, c’est bel et bien le respect envers la loi et l’ordre. Et lorsque ces derniers sont compromis, ils nécessitent un boost portant une cape noire et des oreilles de chauve-souris. Nolan peut clamer la neutralité tant qu’il veut, mais le fait est qu’il n’a pas pris la peine de présenter un portrait «balancé» des forces en présence. On veut bien que les membres du 99% qui se joignent à la résistance de Bane soient des victimes qui se sont fait manipuler, mais le film ne leur donne jamais une voix, ne serait-ce qu’à travers un personnage de soutien. Ils n’ont jamais l’occasion de se défendre, de montrer la complexité de leurs motivations. Ce n’est pas le cas avec les policiers et leur porte-parole, Blake, le protagoniste le plus vertueux du film. Ces derniers sont des héros absolus; lors du dernier acte, lorsqu’ils se rendent en masse vers le champ de bataille, leur procession est filmée avec une telle gravité qu’ils sont enduits d’une dignité quasi-religieuse. Et quand la violence se déclenche, Nolan applique avec éloquence l’imagerie du débarquement de Normandie afin de souligner au crayon gras leur sacrifice surhumain.

    Des policiers élevés au rang de saints, un milliardaire qui sauve le monde, une énergie verte destructrice, le mouvement Occupy Wall Street vilifié – contrairement à Tim Burton, qui s’est inspiré de la période kitsch des Batman vus dans les BD et la télé-série des années 1960, Nolan s’est basé sur le travail beaucoup plus sombre et réaliste de Frank Miller, qui s’est brièvement (mais avec grand succès) approprié la série en 1986 et en 2001; à noter que le fameux bédéiste a qualifié les Occupiers de «voyous, voleurs et violeurs» – ; voir The Dark Knight Rises dans le contexte du conflit étudiant suscite forcément un parallèle avec le Printemps Érable et le climat social de diabolisation mutuelle. J’imagine le malaise de certains manifestants québécois qui, après la séance, se regardent et conviennent en choeur à une conclusion évidente : «Batman ne porterait pas le carré rouge». J’imagine aussi Jean Charest qui sort du cinéma, scrute des yeux le ciel nocturne, espérant y trouver le bat-signal qui symboliserait une fois pour toutes sa délivrance.

    À lire aussi :

    > La domination du «cinéma conservateur»?
    > Aux USA, les goûts sont bleus et rouges
    > Le tabou de l’interprétation politique


    • bien d’accord avec votre analyse sauf le Bain/Bane est complètement rédicule si vous voulez mon avis
      Sinon j’ai vraiment apprécié le film, le meilleur de la trilogie avec plusieurs twists intéressants (dont une fin géniale) Côté performances d’acteur, j’ai adoré Hathaway sexy et agile en Catwoman et Joseph Gordon-Levitt en jeune policier héroique se débrouille fort bien. J’ai adoré Hardy en Bane sauf pour la voix à certains moments (entre autres dans la scène de l’avion où elle est vraiment différente du reste du film)

    • Catwoman (superbe Anna Hathaway!) y tient quand même le discours des laissés-pour-compte, avec sa fameuse tirade susurrée à l’oreille de Bruce Wayne pour le prévenir de « l’orage ». Puis, lorsque « l’orage » arrive, bien moins plaisant qu’elle ne le croyait, elle vire capot et participe à la restauration de l’ordre.
      Ceci dit, j’ai trouvé étrange le choix du nucléaire comme « énergie verte », étant donné la catastrophe de Fukushima.

    • C’est drôle, j’avais vu le message contraire. La droite qui veut que l’État se retire et qu’il laisse les individus tranquille. Le film nous montre le chaos que cela donnerait. D’ailleurs, le nouvel observateur fait le parallèle entre le Dent Act (qui permet d’emprisonner les criminels sans jugement) et le Patriot Act de Bush, et qualifie même le film de “idéologie obamesque”. Comme quoi, on peut y voir ce que l’on veut ! (source : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/598432-the-dark-knight-rises-un-batman-qui-met-l-amerique-face-a-sa-peur.html)

    • Bon alors, à quand la venue de Batman a Montréal pour régler ces histoires de carrés rouges une fois pour toute?

    • @C_Morgan
      Des éoliennes tueuses, ç’aurait eu moins de punch! :)

      Catwoman est un personnage individualiste avant tout. Elle sauve une personne d’une injustice lorsqu’elle le peut (le petit gars et sa pomme), mais elle s’occupe d’abord d’elle et de ses oignons.

      Lors de la bataille des policiers, j’ai eu l’impression que Nolan pensait un instant qu’il adaptait Lord of the Ring alors qu’il était dans Batman : lorsqu’on a un gun et une formation de policier, j’imagine qu’on ne court pas ainsi sur l’ennemi.

    • Très belle analyse.

    • J’ai des nuances à apporter. (SPOILER ALERT)
      Wayne n’est pas le seul homme puissant à Gotham, or, lui seul prend à coeur le bien-être de ses concitoyens. À moins qu’il ne se soucie en faire que de l’ordre en lui-même.
      Miranda Tate (elle aussi riche à craquer), sous des couverts de philanthropie vise de son côté le chaos et l’annihilation totale de la population.
      Si la vertu est présente dans les hautes-sphères, disons que l’indifférence, voir le machiavélisme sont fortement majoritaires.

      Batman est définitivement contre la peine de mort. À moins qu’il approuve celle-ci dans un contexte de justice, mais considérant la population du légendaire Arkham prison/asylum, j’en doute fortement.

      Selyna Kyle malgré sa carrière criminelle n’est aucunement démonisée. C,est une femme cynique mais pas spécialement mal intentionnée ni égoïste. Batman ne la pourchasse justement pas et s’en fait même une partenaire et une compagne.

    • L’histoire de la trilogie a bien plus de zones grises que la caricature présentée dans cette critique.

      Quand on pense constamment aux carrés rouges et à Charest, même quand on regarde une histoire de Batman, c’est qu’il est peut-être temps d’arrêter le film qui tourne en rond dans notre tête, non ?

      Je me demande si l’un des protagonistes du prochain film de Wong Kar Wai s’appellera Jean, ou si il aura l’honneur de porter le carré rouge… Au fait non, je m’en ***isse.

    • Sinon, avez-vous aimé le film?

      Adoré. Faut dire que j’étais dans un environnement idéal; première journée à l’affiche, salle IMAX bondée, sièges super confortables, respect total de la part des spectateurs. Il y avait une bonne énergie, et même quelques applaudissements bien sentis! Une expérience plutôt mémorable. -js

    • Excellente analyse.

      “ce qui sépare Bruce Wayne de ses mentors du League of Shadows n’est pas une croyance dans la bonté de Gotham; c’est une croyance qu’un ordre compromis vaut toujours la peine d’être défendu, et que des choses plus sombres que la corruption et l’inégalité s’ensuivraient si l’on brûlait cet ordre.”

      La League of Shadows, pour moi, c’est eux autres les carrés rouges, elle ne voit que de la corruption tout partout dans Gotham, sauf dans leurs rangs évidemment.

    • En poussant un peu plus votre commentaire, pour ma part je crois qu’il s’agit aussi d’une certaine défense d’un capitalisme plus “moral”.

      Au début du film, on apprend que Bruce Wayne a cessé de financer les orphelinats et que ceux-ci servent comme réservoir de main-d’œuvre pour Bane. D’où l’intérêt pour les riches de ce monde de redonner aux plus “petits” sinon ils reviendront vous mordre où ça fait mal…

      Bien vu. Ça ramène dans le fond à ce que dit Catwoman dans la bande-annonce : «There’s a storm coming, Mr. Wayne. You and your friends better batten down the hatches, because when it hits, you’re all gonna wonder how you ever thought you could live so large and leave so little for the rest of us.» – js

    • Mais la fin du film, est-ce moi ou c’est une fin a la Inception, genre Di Caprio est -il vraiment revenu dans la réalité ? On dirait qu’on s’est laisser une porte ouverte pour un 4eme volet.

    • Les super-héros prolétaires sont assez rares. Il y a bien Spiderman qui n’a pas un rond, mais comme il est brillant, il est promis à un avenir prospère.

      Pour les autres, ils sont pour la plupart soit friqués, soit middle-class, soit extra-terrestres.

      Quoi qu’il y a bien Super Dupont, me semble que lui…

    • @joe_bleau : être “à gauche/prolétaire” dans les valeurs implique pas nécessairement d’être pauvre. C’est une caricature grossière que beaucoup de gens font malheureusement que de penser qu’une personne à gauche qui n’est pas “pauvre” est nécessairement incohérente.

      D’autre part, bon billet, j’ai pensé à peu près la même chose durant mon écoute du film. J’avais lu au préalable que “moralement” le film était nuancé, mais à l’écoute c’était clair que le premier plan c’était quand même un vilain qui se présente comme une révolution populaire et qui détruit Gottham de cette façon là.

      Disons que The Dark Knight Rises est loin de V for Vendetta.

    • Analyse intéressante. Je n’ai pas encore vu ce film, mais j’avais vu circuler des commentaires semblables à propos de The Dark Knight.

      Cependant, si le deuxième opus se voulait de droite (W. Batman), il est en soit un échec idéologique contre l’anarchie libertarienne. En effet, le public (le peuple?) aura adopté le Joker en tant que héros d’une contre-culture politique qui en appelle à une certaine révolte contre l’establishment, les médias, mais aussi les mouvements sociaux. Chacun pour soi, rien pour les entreprises, ni état, ni patron, quoi! S’il faut tricher, s’il faut voler, violer, détruire, si il faut faire abstraction de toute morale pour en arriver à ses fins, ce sera la voix qu’empruntera ce Joker.

      Reste que ce personnage est devenu un symbole des fantasmes chaotiques pour la majorité des spectateurs qui auront apprécié ce deuxième volet de la trilogie du Dark Knight. Les t-shirts, les posters et autres produits à l’effigie de ce diable à la tignasse verte se vendent encore aujourd’hui.

      Why so serious? Le Joker ne recherchait pas la gloire ou l’admiration, il voulait infliger à la société une dose de chaos anarchique. Il ne le faisait pas par opportunisme, mais par une pure conviction que la société ne peut plus fonctionner sous nos modèles démocratiques et capitalistes. Il veut la mort de la société du spectacle – la mort en direct aux nouvelles du soir – et de la consommation abusive, qu’il s’amuse à ridiculiser. Un clown qui brûle une montagne d’argent sans trop s’en faire!

      Le clown devient ici une caricature de l’homme mondain (veston trois pièce, canne, cheveux faussement placés). Le Joker n’aurait pas porté un carré rouge, parce qu’il se serait ainsi associé à un mouvement social, lui qui voulait rester marginal à tout prix. Ne pas entrer dans aucun cadre, une philosophie plutôt populaire de nos jours.

      Mais nous pourrions aussi apporter cette réflexion: qui, dans l’univers de Batman, aurait porté ce carré rouge? Quel personnage n’aurait pas été qu’un vil opportuniste, mais un «bon» aillant le coeur à gauche? Personnellement, je n’en trouve pas.

    • J’ai vécu sensiblement la même expérience. Merci, vous êtes toujours intéressant à lire.

    • “S’il y a un message qui est clair, net et précis dans The Dark Knight Rises, c’est bel et bien le respect envers la loi et l’ordre.”

      Euh… C’est un film de super-héros. Vous attendiez le contraire ?
      Ce qui m’intéresse, c’est que dans la trilogie de Nolan, le personnage de Batman est justement en porte-à-faux avec son propre personnage, ce qui est très bien présenté dans ce 3e volet. Dans une interview au Entertainment Weekly, Nolan dit que le film se penche sur cette idée centrale: “In popular culture, Batman is the most interesting figure for dealing with the theme of ends justifying the means.” Est-ce que la fin (la justice) justifie les moyens (la violence) ? Ou bien l’usage même de la violence par les “gentils” finit-elle par pervertir les justiciers ? (C’est le discours tenu par le personnage de J. Gordon-Levitt au commissaire Gordon, ce dernier ayant soutenu l’image posthume totalement fabriquée de Dent au détriment de la vérité, au nom d’une certaine idée de la Justice. La réponse de Gordon est en pleine zone grise: facile de jouer les vierges offensées quand on refuse le risque de se salir les mains au nom d’idéaux qui ne viennent pas se confronter au Réel…)
      D’autre part, Bale (dans le même numéro de EW) dit que Nolan et lui approchent Batman comme un “monstre” avec trois personnalités: le millionnaire/playboy sans grande substance, l’homme privé qui n’est jamais sorti de ses blessures d’enfance, et le vengeur qui EST un monstre.

      Pour revenir au 1% qui passerait un mauvais quart-d’heure: lorsque Bane attaque Wall Street, un des financiers demande aux policiers de se sacrifier pour sauver la Bourse. Je ne pense pas que Nolan le présente comme un “good guy”. D’autre part, les jeux financiers sont menés par deux “evil guys” dignes d’American Psycho, totalement nihilistes, qui collaborent avec Bane. Glorification des “1%” ? Where ? (L’héritier spirituel de Wayne est le personnage de Gordon-Levitt, un orphelin justement PAS millionnaire…)
      Ah oui: l’engin qui doit produire de l’énergie verte a été gardé secret par Wayne (comme d’ailleurs tous les “wonderful toys” de Batman inventés pour lui par Fox/Morgan Freeman) JUSTEMENT parce qu’il craint qu’il puisse être exploité à des fins militaires. Du moins, si j’ai bien compris le film.
      Cela dit, le film est trop long, tire trop de fils à la fois sans toujours vraiment bien les exploiter. C’est le moins bon des trois. Mais la finale est vraiment bien, et surtout, très prometteuse…

    • Tout à fait d’accord avec Guy-Antoine : là ou les origines “droitières” de l’univers de Batman (et, grosso modo, de tout l’univers des super-héros) sont relativement stables, c’est dans ces descriptions d’un monde régit par un individualisme forcené. Il y a des bons et des méchants, mais ils sont tous individualistes à leur façon. (Ayn Rand, la très influente auteure admirée dans les think-tanks conservateurs a écrit son oeuvre sensiblement à l’époque de la naissance des Superman, Batman et autres Captain America…) Quoique dans ce dernier opus, la libération de Gotham passe par un soulèvement collectif, et les deux “loners” individualistes que sont Batman et Catwoman font alliance…

    • Analyse thématique, mais l’analyse de forme?

      Un film peut en dire long sur notre société (fight club) et être vraiment génial, mais à la condition seulement d’être amené d’une quelconque façon artistique, singulière, voire astucieuse. Ici on aurait beau distiller tous thèmes de fond du DKR, ca tombe à plat parce que le film est plat. Vous croyez que fight club est un bon film parce que le film dénonce la décadence de notre mode de vie et que c’est brillant d’en parler dans un film? Je suis persuadé que non. Lorsque la forme soutient bien la thématique, on glorifie la thématique. Lorsque ce n’est pas le cas, c’est du conte de disney. Malheureusement ce film pour moi a peu à offrir.

    • Je n’ai pas vu le film, mais je dois dire que je ne comprends pas trop l’intérêt des analyses idéologiques (surtout gauche-droite) en art. On s’entend que ce “un héros exemplaire s’élève au-dessus de la communauté pour s’opposer à un Mal qui la gangrène et qu’elle ne peut combattre par elle-même” est le schéma narratif de 99% du cinéma hollywoodien (c’est toujours mieux si le héros fait en plus un Jésus Christ de lui-même). Les films de super-héros n’ont que rendu plus “exemplaire” ce héros et plus impotente cette communauté (un peu comme les blockbusters ont aussi systématisé une tonne de “règles” dans leur langage). Et il faut bien dire que les Batman de Nolan sont de loin les plus complexes en terme de relation entre individu/communauté (et je dis ça en tant que détracteur convaincu de Nolan), dans Avengers par exemple la communauté est encore moins importante, les hommes ne sont que des éléments de décors servant à être écrabouillés par les envahisseurs et/ou crier “Hourra!” quand ils se font sauver par les surhommes. Les deux premiers Batman, au contraire, prouvaient tout le temps à Batman qu’il avait raison d’affirmer aux vilains que Gotham avait du bon malgré tout (la scène des bateaux entre autres), et que Batman était loin d’être un justicier exemplaire, et que la “loi et l’ordre” était elle-même corrompue. Bon, peut-être que c’est différent pour le dernier, ce serait dommage, mais à quelque part j’en doute, je ne crois pas que Nolan a décidé de nier tout ce qu’il a bâti jusque-là, et ses deux premiers films ne peuvent aucunement être vus strictement comme fasciste ou communiste.

    • Tim Burton s’est inspiré de la période kitsch des Batman des années 1960? Vous ne confondez pas avec Joel Schumacher?

    • Ramener un film vers un débat de gauche/droite, ce n’est plus penser l’art, c’est plaquer nos propres idéologies sur une oeuvre pour qu’elle nous confirme ce que l’on pense déjà.

    • @Remington: Tout à fait: Pas besoin d’être “pauvre” pour être prolétaire.

      Mais ça aide…

      Cela dit, après vérification, Superdupont (en un mot) non plus, il n’est pas gauchiste. Ben mon vieux…

      Oh wow! Il existe vraiment un Superdupont. Je pensais au début que c’était une blague. Merci de l’info! -js

    • V for Vendetta, le graphique novel, pas le navet cinématographique, oppose le fascisme à l’anarchie. Évidement, V se montre en défenseur de l’anarchie. Mais bon, cette oeuvre dystopique était une réponse à l’Angleterre de Tatcher…

      Même chose pour Watchmen, qui illustre plusieurs philosophies divergentes mais qui doivent s’unir. Le capitaliste n’y est pas représenté comme étant le «bon gars» non plus.

      Et voici la réponse d’Alan Moore aux propos que tenait Frank Miller sur les mouvements «Occupy».
      http://www.honestpublishing.com/news/the-honest-alan-moore-interview-part-2-the-occupy-movement-frank-miller-and-politics/

    • Une révolution “populaire” oppressive faite par un groupe terroriste qui a une vision tordu de la vraie justice. On parle de Batman ou du boycott?

      Excellent film, excellente trilogie! Je suis un peu surpris que les nouveaux personnages principaux (joués admirablement par JGL, Cotillard, Hathaway et Hardy) soient aussi mémorables, Ils sont tous excellents. Mes doutes sur la nouvelle Catwoman n’étaient pas fondés.

    • «Ramener un film vers un débat de gauche/droite, ce n’est plus penser l’art, c’est plaquer nos propres idéologies sur une oeuvre pour qu’elle nous confirme ce que l’on pense déjà.» (Cinématographe)

      C’est vrai, si les artistes créent dans un vacuum… l’art est alors exempt de toute idéologie ;) honnêtement, vous avez une analyse habituellement plus nuancée lorsqu’il s’agit de questions de formes. Je crois que ce ne sont pas les exemples historiques qui manquent pour invalider votre théorie.

    • Au prix que ca coute alle au cinema, je laisse le 1% y alle. Moi, je le regarderai a la television dans quelques annees. Les carres rouges, eux, auront disparus depuis longtemps.

    • @samev

      Ben justement, il n’est pas question de forme ici.

      Je ne dis pas que ces analyses sont fausses, évidemment l’art peut avoir un contenu idéologique, mais je ne vois pas l’intérêt de souligner encore et encore qu’Hollywood produit des films conservateurs. Quand O’Heir nous dit que Batman est un film fasciste, il ne nous dit pas ce que le film pense par lui-même, il nous dit que le film cadre bien dans ce qu’O'Heir définit comme du fascisme. Il y a, il me semble, bien des moyens d’aborder la question sans lancer des gros mots politisés.

      Dans The Dark Knight, pour prendre un film que j’ai vu, je ne dirais pas que le film est pro-Bush parce que Batman utilise un système de surveillance peu éthique pour arrêter le Joker, je me demanderais comment Nolan problématise son personnage de justicier pour poser l’une des questions qui le préoccupe dans plusieurs films (pour faire simple, la fin justifie-t-elle les moyens?) Ramener la question à une situation réelle précise (Bush), ou même à un débat politique gauche-droite, c’est faire déshonneur à ce qu’il peut y avoir d’éternel dans l’art. Dans ce cas, il s’agit d’une question éthique pour le moins épineuse qu’on ne peut pas rabattre sur une idéologie précise, même si évidemment cette question est posée à un moment précis dans le temps qui n’est pas du tout innocent. La lecture politique, toute réductrice qu’elle est, rabat tout sur ce moment précis et s’aveugle de tout ce qu’il peut y avoir autour. Il ne s’agit plus d’art, mais de se conforter dans nos propres opinions politiques en en trouvant une illustration opportune dans une oeuvre.

    • Parlons forme alors: Leni Riefenstalh n’a pas fait un film fasciste parce qu’elle a filmé Hitler, mais parce qu’elle a monté une série de champ contrechamp d’une foule ébaubie devant un individu ainsi sacralisé par le montage, elle a trouvé un équivalent visuel à l’idéologie fasciste, d’une foule aplatie devant un demi-dieu Tout-Puissant, mettant le spectateur dans la même position que cette foule. Elle aurait filmé un chat ou Gandhi plutôt qu’Hitler, le film n’en serait pas moins fasciste. Alors, qu’est-ce qu’il y a de formellement fasciste chez Nolan? Comment filme-t-il Bane ou Batman? Là on parlera de cinéma.

    • Il est complètement ridicule de faire un débat d’idée sur un film de série B ou le personnage principal se déguise en chauve-souris pour faire mal au gros méchant clown ou autre idiotie.

      Mais j’imagine que ces navets Hollywoodiens ont la cote. Allez moutons, mangez votre bon Big Mac, et puis un billet de loterie, et puis Batman ou Ratman ou Flyman, puis peut-être, si l’on se sent intellectuel, on lira même Le code DaVinci!

      Avec toute cette culture, nous pourrons finalement déchiffrer toute la complexité de l’oeuvre cinématographique The Dark Knight Rises!

    • Intéressant débat. Je n’ai pas vu DKR, mais dois dire que les comentaires de tous (surtout ceux de Jozef) ne me donnent pas le goût d’y aller. En effet, si je comprends bien, Nolan récupère – c’est vraiment le mot – les thèmes de la crise et le vent de révolte planétaire contre l’hyperindividualisme et le néo-capitalisme. Wow… Un peu facile. Pardonnez l’analogie, mais c’est comme un polar québécois écrit cet été qui aurait pour cadre une série de noyades très médiatisée. À trop vouloir récupérer, on se ramasse parfois à ne pas créer.

      Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent (cinématographe en tête) qu’il est futile d’analyser politiquement un film (divertissement ou non).

      Premièrement, l’art est politique par nature. Nier cela me fait penser à ceux qui disent que les Olympiques sont un espace non politique alors que c’est au contraire une extension claire de la politique internationale et nationale (qui parlait de Leni Riefensthal tantôt?) Faire un débat d’idées sur un film qui représente graphiquement des idées n’est pas incompatible avec une analyse plus esthétique, mais il n’y a pas que la forme qui est pertinente pour exprimer des idées. Cinématographe, dans ce cas-ci, vous déconsidèrez le scénario et survalorisez l’esthétisme dans un espèce d’idéal de pureté apolitique. Mais toute représentation est une construction politique.

      Ensuite, que Batman soit un film de série B superficiel n’enlève aucunement la pertinence de disserter sur sa charge idéologique. Rocky IV est l’un des films les plus grossiers sur le plan du scénario, de l’esthétisme et de l’acting. Pourtant, il est encore analysé à l’université autant pour mettre à nu les codes hollywoodiens que pour représenter le reaganisme et la propagande pro-guerre froide qui prévalait alors.

      Analyser DKR, ce n’est pas chercher des bibites politiques là où il n’y en a pas, ni intellectualiser dans le vide sur un film qui n’en vaut pas la peine. Il y a une différence entre récupérer et représenter une vision du monde plutôt superficielle, mais chargée politiquement (Nolan) et en démontrer les implications plus complexes dans un débat d’idées (ce blogue).

      Là où je mets un bémol, c’est si on prête à Nolan un profondeur qu’il voudrait bien avoir, mais qu’il n’a pas. Pour être méchant, je dirais que Nolan est un peu le Paolo Coelho du cinéma de superhéros. Il développe des idées aux portées semi-profondes en un schéma assez simpliste mais trouve un public qui, écoeuré du vacuum typique des films de superhéros pour ados aux pères absents, cherche un peu de substance dans ses divertissements. Nolan, c’est pas Fritz Lang cr…!

    • Définitivement pas le chef-d’œuvre auquel je m’attendais, – mais un très bon film d’action, sans plus. Quant à l’ambition thématique et au perfectionnement du scénario, je préfère encore le deuxième film de la trilogie. Très déçu, parmi d’autres choses, que Nolan ait eu recours à l’énorme cliché de la bombe qui va exploser à la toute fin. La fin, par contre, je l’ai bien aimée, avec ses retournements et son émotivité. Clairement une porte ouverte à un quatrième film.

    • Très intéressant comme analyse mais je crois que seulement 1% des gens qui vont aller le voir s’y intéresserait. Ils y vont surtout pour le divertissement. Comme le gars en sortant de LOTR: The two towers … “A l’était ou la deuxième tour ?”. Il a eu du fun mais n’a pas vu la deuxième tour ;-)

      Il y a eu également un Darth Bane dans les bouquins autour de Star Wars. Ce Sith, 1000 ans avant Darth Vader, a créé la règle de deux qui dit qu’il ne peut y avoir que deux Sith. Un maitre et un apprenti. C’était justement un costaud qui a travaillé dans des mines.

    • J`ai été voir Batman. Pas mal tout a été dit, ca ne donne rien d’en rajouter. Par contre je dois avouer que le format IMAX m`impressionne encore. Comme tout le monde j’avais déja regardé quelques films en IMAX. Des films qui étaient plus comme des démos pour démontrer les possibilités du format.

      Par contre de voir des réalisateurs de talent comme Nolan exploiter ce format ca donne une autre perspective. Ca amène l’expérience cinématographique a un autre niveau. C’est rare les technologies qui permettent de faire évoluer un médium de cette facon.

      Et la bonne nouvelle c’est que les cinémas commerciaux (genre Guzzo) ouvrent de plus en plus de salles IMAX.

    • Nous avons quelques anti-Nolan sur ce blogue (et je n’inclu même pas le complexe de supériorité qu’est jfleduc). Je n’ai pas encore vû DKR mais disons que, même si ce n’est pas Fritz Lang, Nolan est l’un des réalisateurs les plus interessant des 10 dernières années. De nier ça, c’est faire preuve de mauvaise foi ou bien c’est le principe de critiquer ce qui est populaire pour s’élever au dessus du peuple.

      D’ailleurs, même si je ne peux nier l’importance de Fritz Lang sur l’évolution du cinéma, si je devais partir sur une île déserte et choisir 6 films d’un seul réalisateur à amener avec moi, je choisirais Memento, Insomnia, The Prestige, Batman Begins et Dark Knight avant M, Metropolis, The Big Heat, Destiny, Dr. Mabuse The Gambler et Fury. Je sais que certains feront des boutons avec cette affirmation mais je m’assume. Nolan fonctionne à Hollywood, ce qui impose certains compromis à tout grand réalisateurs. Dites-moi sans rire que le Fritz Lang d’Hollywood a été l’un des plus grand réalisateur du cinéma!

      Je suis très confortable de nommer Nolan dans la catégorie des meilleurs réalisateurs des années 2000, sans être le meilleur. Je n’ai aucune gêne à le nommer dans la même phrase que Scorsese, PTA, Tarantino, Polanski, Fincher, Spielberg, Soderbergh, Greengrass, Cronenberg, Eastwood ou Cuaron. Par contre, je me garde encore une petie gêne de le nommer dans la même phrase que Malick, Von Trier, les Coen, Kar Wai, Lynch, Almodovar, Hsiao-hsien et Haneke. Je sais, je n’ai pas nommé Allen, j’ai trop de difficulté à le catégoriser.

    • très bonne analyse (sauf que je trouve le film déplorable), et j’ajouterai:

      les révoltés qui s’associent a Bane ne semble avoir aucune conscience et sont des fanatiques au même titre que les kamikazes musulman, ils sont prêt a mourir pour la cause.
      c’est tellement grossier qu’on voit un portier, un groom ou un employé quelconque qui tirent une bourgeoise par les cheveux. ce n’est plus le moyen-age, c’est la préhistoire.
      le combat de rue, est totalement irréaliste, les policiers ressembles a une armée d’ange. et contre les mitraillettes de l’ennemi, ils tombes avec parcimonie.
      le chronomètre de la bombe est mal appliqué, Batman se défait d’un gros ennemi, retrouve son véhicule volant et arrive près de la bombe en moins de 2 minutes.
      on ne ressent nullement les 6-7 mois d’attentes dans la ville. on le fait seulement pour permettre a Rocky-Batman de se refaire et de vivre une expérience qui le rendra meilleur.
      et qu’est ce qu’il geint pendant le film, toujours a gémir…

      Le Joker avec de la profondeur, de la psychologie. son anarchie était ’sympathique’.
      Bane a une histoire, mais pas de fond. il n’est qu’une machine soviétique sans âme.
      Marion Cotillard aurait pu avoir cette psychologie, mais elle n’a pas assez d’exposure pour le démontrer.
      la jolie Catwoman se libère toute ses croyances pour faire un ‘liberty 55′ de sa vie.
      même les deux piliers que sont Lucius Fox et Gordon ne semblent pas avoir la force et l’humour du second film.

      par contre,
      le policier interprété par Joseph Leonard Gordon-Levitt, devient le modèle de conscience et rapidement, on peut s’imaginer la fin du film.
      un nouveau Batman qui aura moins de vengeance et plus de justice!!!!

      une éclaircie qui permet d’espérer que le monde continuera d’avancer vers un monde meilleur.
      c’était un minimum.

    • teamstef : Je partage votre opinion. Je ne suis pas le plus grand fan de Nolan mais je dois admettre qu’il fait des blockbusters beaucoup plus intéressant qu’un Michael Bay, Rolan Emmerich ou un Sam Raimi. D’ailleurs, quel réalisateur dans 15-20 dernières années a fait des blockbusters aussi bons que ceux de Nolan? Je n’en trouve pas.

      Pour ce qui est de le classer parmis les réalisateurs actifs dans les 10 dernières années, j’ignore où je le placerais, c’est trop subjectif et ça dépend des critères que l’on utilise

    • Je voulais bien lire votre article, mais je n’ai pas encore vu le film…

    • Pas de misère moi non plus à placer nolan comme l’un des réalisateurs à suivre, et même l’un des meilleurs réalisateurs de films grand public.

      J’ai juste été très déçu du DKR pour plusieurs raisons, dont la narration avec ses montages épisodiques. Et même si après un 2e visionnement, j’ai révisé un peu à la baisse le DK lui-même, Nolan est en avance sur les autres du même genre.

    • “Bane a une histoire, mais pas de fond. il n’est qu’une machine soviétique sans âme.
      Marion Cotillard aurait pu avoir cette psychologie, mais elle n’a pas assez d’exposure pour le démontrer.”

      Une des plus grandes faiblesses du film est sa lourdeur. 1h du film investi en développement psychologique pour donner de la profondeur à des personnages qui ultimement n’en ont pas et auquels on ne s’associe pas. Écouter Gordon argumenter avec un officier de police pour le convaincre de venir sauver la ville, dans le but que le spectateur s’investisse lui aussi; Alfred qui fait la moral à Bruce pendant plusieurs minutes pour qu’il prenne soin de lui-même; flashback à la volée pour expliquer l’enfance tragique de Cotillard et du même coup rendre Bane un instrument pathétique; le duo catwoman et son amie. Rien ne fonctionne vraiment, je ne m’investissais dans aucun personnage. Nolan devrait se concentrer à faire fonctionner 2 ou 3 personnages au lieu de se perdre dans des perspectives qu’il ne sait pas gérer.

    • «Si The Dark Knight Rises est un film fasciste, c’est un grand film fasciste…» et je rajouterai, car il nous montre que, malgré la volonté d’un multi-millionnaire excentrique, le problème est de fond, systémique, que le système est pourri dès sa base, et que se battre contre des “méchants” instables mentalement ne fait que prolonger le problème, ne résout rien: ces méchants n’ont pas vraiment, dans les films en tout cas, de base idéologique solide, ils détruisent pour le simple plaisir de détruire, même si Bane parle du “peuple” par-ci par-là. Mais si l’intention était de représenter une “gauche” opposée au grand Capital, c’est un échec…

      En fait, tout dépend de l’opinion politique de chacun. De ma perspective d’extrême-gauche, j’ai apprécié le film, non seulement au niveau visuel mais aussi au niveau de l’histoire, et je ne l’ai pas vu comme une glorification du capitalisme. Ou en tout cas si elle se veut cela, elle échoue en caricaturant le camp opposé et en développant un héros contradictoire qui ne finit jamais par triompher (le “vigilante” est un héros vain puisque tout est pourri)… Et montre à quel point les partisans de ce capitalisme vivent dans un “rêve” (cf. la scène finale).

      En tout cas, c’est un film dont le scénario s’inscrit bien dans l’époque que nous vivons. Dans quelques années quand la “tempête” sera passée, il sera intéressant de s’y pencher de nouveau… Qui sait dans quel monde nous vivrons ?
      Une analyse plaisante à lire Mr. Sikora!

    • Très belle analyse.
      Par contre, j’ai décelé au moins une scène du film qui nous offre une approche plus nuancée des forces de l’ordre en les plaçant dans le 99%. Lors de l’attaque de la bourse, un des hauts gradés de la police clame qu’il faut faire quelque chose rapidement, car ce sont « nos épargnes et notre argent » qui sont en jeu et ce dernier se fait répondre par un policier que son épargne à lui, elle est sous son matelas. Comme quoi tout n’est pas présenté noir ou blanc et qu’on peut être du 99% et tenter de défendre « l’ordre social » (voir aussi le fait que Bruce Wayne rejette sa richesse à la fin et préfère devenir un héros populaire plutôt que milliardaire ou voir le rôle de « catwoman » dont la conscience la fait plier en faveur de l’ordre social)…

    • Pour rajouter à ma réponse, ben50 amène un bon point, les financiers sont présentés comme les collaborateurs du mal avec un approche “s’enrichir à tout prix”. Ils ne sont pas glorifiés. Bruce Wayne, au début du film, ermite, méprise les soirées « glamours »…

      Je trouve au final ce film très centriste, proposant un bel équilibre entre droite et gauche. Un film pro-Obama…On croit en la démocratie, on veut la renforcir, on dénonce les excès du capitalisme tout en le défendant et on se moque de ceux qui veulent s’en affranchir en leur montrant les effets pervers de l’anarchie et qu’au final, si on donne le pouvoir à la rue, c’est celui des armes qui reprend le contrôle. Au final c’est le policier (qui selon moi fait partie du 99%) qui représente le héros populaire, non le financier (en surtout pas le riche en Bruce Wayne), mais encore moins l’anarchiste (qui est un peu méprisé – voir non considéré comme Josef le dit – effectivement)…

    • Bre, je crois que Batman porterait le carré BLANC

    • @ teamstef

      “D’ailleurs, même si je ne peux nier l’importance de Fritz Lang sur l’évolution du cinéma, si je devais partir sur une île déserte et choisir 6 films d’un seul réalisateur à amener avec moi, je choisirais Memento, Insomnia, The Prestige, Batman Begins et Dark Knight avant M, Metropolis, The Big Heat, Destiny, Dr. Mabuse The Gambler et Fury.”

      Ça dépend si vous allez sur votre île pour un deux semaines tout inclu avec une machine à pop corn pas trop loin ou si vous devez passer le reste de vos jours tout seul à vous taper les dialogues entre Bruce Wayne et Razagul… ;-)

      Cependant, je ne suis pas un anti-Nolan pur et dur. Je pense que Nolan sait poser des questions pertinentes d’un point de vue philosophique et des idées en général. Ce qui lui manque, c’est la conscience artistique et la profondeur pour y répondre. Quand il s’y essaie, ça donne une réponse un peu simpliste et/ou pas assez développée/nuancée. Peut-être parce qu’il veut faire des films qui plaisent et qu’il doit camoufler ses réflexions à coup d’explosions.

      Je trouve que vous le placez très bien à côté de Fincher et Soderbergh, mais je suis moins sûr pour les autres.

      Mais au fond, je ne veux pas vraiment utiliser Batman pour juger de l’oeuvre de Nolan. Ce serait un peu comme parler de Slumdog Millionnaire pour juger Danny Boyle. Je voulais surtout tracer une ligne entre deux choses différentes selon moi: analyser Fritz Lang ou Tarkovsky dans leur dimension politico philosophique est un exercice différent de faire ressortir les implications et biais politiques de films comme Batman.

    • Nolte triche dans son analyse en mentionnant que Bruce Wayne perd sa fortune en investissant dans un projet d’énergie verte. Bruce Wayne perd officiellement sa fortune à cause qu’il aurait « spéculer » (j’ai cru comprendre que c’est Bane qui l’a fait à sa place en pénétrant dans la base de données de la bourse) en investissant dans des « futures » un peu comme le font les hedge funds.

      En ce sens, Nolan critique beaucoup plus l’appât du gain rapide et la spéculation qui caractérisent les hedge funds, symboles contemporains du capitalisme sauvage. Il critique également cet appât du gain en montrant l’appétit des marchés pour le profit rapide qui souvent monopolise les stratégies d’entreprise au dépend d’investissements à long terme, en prenant le soin de démontrer qu’en travaillant sur un projet vert qui « changera le monde » de demain (et donc permettra éventuellement à l’entreprise de générer d’énormes profits), Wayne Enterprise a sacrifié les profits à court terme et que le marché le lui fait « payer » sans prendre en compte le potentiel futur.

      Je crois sincèrement que la Droite prêche pour sa paroisse en qualifiant le film de droite. Le film se vaut beaucoup plus une critique sociale profonde, critiquant gauche comme droite…

    • macsim
      11h44

      ce qui est drôle avec Wayne en ermite, c’est le corrolaire avec howard hugues.
      Hugues était riche comme crésus, orphelin a 19 ans, playboy, touche a tout, ermite a la fin de sa vie.

      Très bonne observation, et ce n’est pas un accident, puisque Nolan a toujours rêvé de faire un film sur Hughes. Il avait d’ailleurs lancé le pitch à Warner Bros. autour de 2004, mais a dû abandonner en raison du projet en cours de Scorsese. Batman Begins lui a été proposé comme prix de consolation. Détails ici. -js

    • merci pour le lien,,,

      c’est a la remarque de la servante sur les ongles longs et le ‘look’ présumé de Wayne que j’ai flashé sur Hugues.
      Ce dernier avait une grande aura de mystère autour de lui et on lui attribuait une multitude de comportement.

      et dans le tableau, il ne faut pas oublier le volet philanthrope, qui est de toute gloire dans la version Batman, mais plus réel dans celle de Hugues:

      - Comme d’autres grands philanthropes, Ford, Rockefeller, Carnegie, Hughes avait découvert le moyen de gagner la consi­dération publique tout en échappant aux impôts. Mais sa fondation paraissait avoir été créée dans le seul but de dénoncer la combine, en la caricaturant de manière outrancière.

      Pour tout acte de philanthropie, il avait remis les actions de la Hughes Aircraft Company au Hughes Médical Institute, trans­formant ainsi son usine d’armements au chiffre d’affaires annuel d’un milliard de dollars en une entreprise charitable exemptée d’impôts. Il s’était généreusement donné les actions à lui-même.

      Tous les malheurs vinrent de Wright Patman. Ses investi­gations avaient permis de percer la façade de centaines de faus­ses organisations et institutions derrière lesquelles des fortunes personnelles s’abritaient des impôts. Et cette année 1969, Patman avait dans le collimateur la plus flagrante de toutes ces fraudes : celle d’un des principaux fournisseurs de la Défense, fabricant de missiles et de satellites espions qui se déguisait en institut cha­ritable de recherche médicale «au bénéfice de l’humanité tout entière».

      Comme Patman le découvrit, le seul bénéficiaire du Howard Hughes Médical Institute était Hughes lui-même. En quinze ans, depuis sa fondation, l’institut n’avait donné que 6 millions de dollars aux chercheurs alors qu’il reversait près de 24- millions de dollars au milliardaire. Durant cette même période, Hughes Aircraft réalisa 134 millions de dollars de bénéfices mais ne paya jamais le moindre dividende à l’institut propriétaire de la firme. Celle-ci remit en tout à celui-là 2 millions de dollars pour ses bonnes œuvres. contribuables qui payaient sa phi­lanthropie. En 1969, les caisses de l’institut étaient vides. Il lui fallut emprunter un million aux banques non pas pour quelque ambitieux programme de recherche mais pour payer les intérêts qu’il devait à son généreux fondateur.

      http://spesmethodologie.fr/index2.php?option=com_content&task=view&id=196&pop=1&page=0&Itemid=5

    • Ça va mal dans le monde quand Batman est pris au sérieux.

    • Quelle analyse malhonnête et grossière! Au lieu de forcer des étiquettes politiques pourquoi pas discuter des idées elle-même? Une telle analyse politisée ne fais que mettre en évidence la bassesses de la plupart des discussions politiques ; on vide le contenu, on le remplace par des affiliations politiques et on manipule les propos des autres.

      Il est d’ailleurs évidemment très impertinent de faire un parallèle entre l’histoire d’un nihiliste qui prend en siège une ville dans le but de pourrir leurs vies avant de les exterminer et une crise sociale résultant de choix politiques discutables dans un système politique périmé.

    • mdr – vraiment pathetique – tous comme la majorite des commentaires…. vous aimer trouver des bibittes ou il n’y en a pas….. je me demade ce que vous comprener d’un film? et les carré rouges – a entendre certain, c’Est un groupe anarchiste….. disons que le GVT Charette meme s’il regarde dans le ciel – ne verra jamais Batman – et pour le petit pleurnichard – les carré rouges n’ont pas fini et j’en suis tres content

    • Ouf, il y en a qui n’ont pas l’air content que Batman ne soit pas du bon bord de la force…

    • Je n’ai pas vu le film, mais j’ai l’impression que tout ce débat est du “cherry picking”.

      Quand un commentaire commence par «Je n’ai pas vu le film», j’ai «l’impression» que tout ce qui suit n’est pas bien pertinent… -js

    • L’histoire de Dark Knight pose justement des questions sur la balance et la dualité du bien et du mal en chacun de nous et dans nos sociétés et comment s’émanciper , grandir, survivre à nos démons intérieurs tout en essayant d’aider son prochain, d’aider notre société à combattre le mal …mal autant de droite que de gauche, à l’aide de protagonistes autant de droite que de gauche … Sélina Kyle est de gauche, Gordon représente le policier de droite… La scène ou catwoman comprend que la société donc elle à toujours rêvé est tombé dans un extrême peu souhaitable démontre bien cela !!! Je trouve que les individus qui s’approprient l’histoire d’un coté politique de droite ou de gauche non rien compris à l’oeuvre de Nolan. Il pose beaucoup de questions et répond à peu, mais si il y a une réponse que Nolan donne au spectateurs, c’est bien qu’on ne doit jamais s’abandonner au extrêmes , et que dans les 2 camps il y a du bon et du mauvais … À nous de faire nos choix !!!!!

    • Rien de ce que je dis généralement est bien pertinent, de toute façon.

      Je n’irai pas jusqu’à dire «rien» ;) -js

    • Après avoir dit “je n’ai pas vu le film”, je n’ai pas fait de commentaire sur le film, ce qui, je l’accorde, ne serait pas bien pertinent (encore que la plupart des commentaires pertinents que je fais ici sont sur des films que je n’ai pas vu… et oui, c’est comme ça, le fantôme est un fumiste de la pire espèce). J’ai fait un commentaire sur le débat qui ressemble à des centaines d’autres débats de même nature (et le fait que les avis sont diamétralement opposés le suggère). Hollywood est un miroir aux alouettes: les conservateurs y voient une Babylone moderne aux idées subversives, les gauchistes un impérialisme conservateur…

    • Teamstef, il n’y a pas de quoi rire, le Fritz Lang d’Hollywood est l’un des plus grands cinéastes de l’histoire, je le préfère même au Lang Allemand. Scarlet Street vaut bien des M. et des Metropolis.

    • “Cinématographe, dans ce cas-ci, vous déconsidèrez le scénario et survalorisez l’esthétisme dans un espèce d’idéal de pureté apolitique. Mais toute représentation est une construction politique.”

      Je n’ai aucun idéal apolitique: je le répète, je n’ai pas dit que ces analyses sont fausses, ou qu’un film est sans contenu idéologique, je dis seulement que je trouve ce genre d’approche sans intérêt. Quand O’Hehir écrit : “la vision de l’histoire humaine comprise en tant que lutte entre volontés individuelles supérieures, un conte d’héroïsme et de sacrifice symboliques opposés à la corruption désespérée de la société”, il nous donne une définition du fascisme, qui existait préalablement au film, il la met par-dessus le film et dit “voilà, film fasciste”. C’est ce que mon commentaire de 20h24 hier disait, O’Hehir n’a pas été à la rencontre de l’oeuvre, il a fait tout le contraire, il l’a contenue dans une définition préexistante, il a été bien content de trouver un film qui cadrait dans ce qu’il pense du fascisme. Le bon cinéma (et O’Hehir parle quand même de “masterpiece”) fait avancer mes propres idées, il ne me ramène pas à des connaissances que j’ai déjà.

      Que le film de Nolan parle de fascisme, je n’ai pas de misère à le croire, mais s’il le fait, ce n’est sûrement pas de cette façon. Ce n’est pas une question de scénario vs forme (le scénario fait partie de la forme jusqu’à nouvel ordre), mais de parler du cinéma à partir des termes du cinéma. Là, on est dans la politique, mais en fait, quelqu’un me dirait que Batman est kantien, je lui répliquerais la même chose, on ne trouve pas de la philosophie pré-existante dans le cinéma, on bâtit plutôt de la philosophie à partir du cinéma. Moi, dans ce type de discussion, je me demande il est où le cinéma, car j’ai pour conviction qu’il peut créer ses propres idées, il n’a pas besoin d’attendre la politique ou la philosophie pour s’exprimer.

      Bon, il est vrai que je n’ai pas beaucoup de conviction envers Nolan, mais je vais voir le film demain, on verra.

    • “Bon, il est vrai que je n’ai pas beaucoup de conviction envers Nolan, mais je vais voir le film demain, on verra.”

      Quand un commentaire commence par «Je vais voir le film demain», j’ai «l’impression» que tout ce qui est dit la veille n’est pas bien pertinent… -UG

    • Moi, ghost, je suis un fervent pragmatiste, je crois que la vérité est un processus, pas un attribut, la vérité vient à un objet, elle ne lui appartient pas. Ainsi, j’énonce toujours mes vérités la veille pour pouvoir en faire l’expérience le lendemain.

    • http://img196.imageshack.us/img196/9850/24875096.jpg

    • “Scarlet Street vaut bien des M. et des Metropolis.”

      Scarlet Street est l’un de mes films préférés, même si je ne l’ai jamais vu.

    • Je suis venu pour amener le Chaos.

    • Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. -UG

    • En fait, je déconne, coupe de soleil oblige: je suis sur le bord de la plage, un daiquiri à la main.

    • “Ainsi, j’énonce toujours mes vérités la veille pour pouvoir en faire l’expérience le lendemain.”

      Excellent! Le problème c’est que la vérité ne peut qu’être éternelle, hors du temps; elle s’effondre aussitôt que le temps s’en mêle…

    • @unholy_ghost
      Rien !!

      Plus grand que Dieu.
      Pire que le diable.
      Les pauvres en ont.
      Les riches en manquent.
      Et si vous en mangez, vous mourrez.

      Le Souffle des Dieux, Bernard Werber

    • Pas mal…

    • AVERTISSEMENT: Ce message contient des spoilers sur The Dark Knight Rises et A Tale of Two Cities.

      Malheureusement, TDKR sera toujours associé au mouvement Occupy Wall Street/99% contre 1%/carré rouge/whatever. La réalité est qu’il n’en est rien; le scénario a été écrit bien avant ces événements et la plupart du tournage était effectuée lorsque le mouvement Occupy s’est enclenché. Évidemment, le timing est intéressant et il y a des parallèles à faire, mais le film est aucune une réponse au mouvement.

      TDKR est plutôt basé sur A Tale of Two Cities. Si je me souviens bien de ce que j’ai lu, Jonathan Nolan était un grand fan du livre et après des années, il a finalement convaincu Christopher de lire le livre, qu’il a adoré. Ils ont alors décidé de baser leur Batman 3 sur le livre. La fin de TDKR est directement tirée du livre de Dickens. En fait, Bruce Wayne est clairement Charles Darnay dans le film. Un aristrocrate détesté par le peuple malgré le fait qu’il défend ce peuple, qui se ramasse en prison et finit par faker sa mort à la fin pour vivre une vie nouvelle.

      The Dark Knight Rises peut être vu comme la fusion de 4 histoires: A Tale of Two Cities, Knightfall, The Dark Knight Returns et No Man’s Land.

      Tout le speech de Bane à la prison de Blackgate et au Heinz Field était du réchauffé qu’il a crée pour que ses mercenaires et les citoyens de Gotham deviennent des problèmes pour la conclusion de son réel objectif: Détruire Gotham. Je doute que Bane ait la moindre empathie envers les pauvres de Gotham; il avait simplement besoin de créer cette fausse idéologie révolutionnaire pour s’assurer que personne contrevient son plan. Imaginez Bane arriver au Heinz Field en clamant: “Gotham doit être détruit. Cette ville est ravagée par le Mal et elle a été condamnée à une destruction complète. C’est pourquoi je vais faire sauter une bombe nucléaire dans 5 mois, pour qu’il ne reste plus rien de cette ville corrompue à l’os”. Tout le monde, même ses mercenaires, se seraient virer contre lui.

      Le message de ce film (et de Batman en général, surtout celui de Nolan) est que tout le monde, peu importe leur origine, leur compte en banque ou whatever doit SE LEVER (j’aimerais voir le script de TDKR pour compter le nombre de fois que le mot Rise est utilisé) et contribuer pour faire de leur monde un monde meilleur. Bruce Wayne a créé Batman pour en faire un exemple. Je cite directement Bruce Wayne dans Batman Begins:

      “People need dramatic examples to shake them out of apathy and I can’t do that as Bruce Wayne, as a man I’m flesh and blood I can be ignored I can be destroyed but as a symbol, as a symbol I can be incorruptible, I can be everlasting.”

      Bruce Wayne en a contre l’apathie des gens de sa ville. Des gens qui sont complètement indifférents aux nombreux problèmes de Gotham et qui ne font rien pour les régler. C’est un des principaux thèmes de la trilogie de Nolan et c’est surtout vrai dans TDKR. Même Bruce Wayne tombe dans un profond état d’indifférence, où il reste dans son manoir à rien faire pendant 8 ans, à laisser Wayne Entreprises tendre vers la faillite et gaspiller leur argent alors que cet argent pourrait aller directement aux gens de Gotham qui en ont besoin (ex: les orphelins de John Blake qui perdent leur orphelinat). Il remet le costume de Batman simplement parce qu’il en a assez et qu’il veut mourir, tel que mentionné par Alfred. C’est seulement lorsqu’il arrive dans le Lazirus Pit que Bruce Wayne renait et s’élève pour aider Gotham. Le Lazirus Pit est clairement une allégorie.

      Batman veut aider les gens de Gotham; les unir ensemble pour former une ville exemplaire. Pas les diviser dans un sommaire débat gauche/droite, prolétariat/bourgeoisie. Le film ne finit-il pas justement avec Bruce Wayne, un aristocrate, membre du 1%, qui passe sa vie seul avec Selina Kyle, entièrement issue des milieux pauvres de Gotham City ?

    • J’arrive d’une projection du midi, 15 personnes dans la salle, en plein milieu d’une rangée à moi tout seul, pas un mot, personne qui bouffe du popcorn, la paix: mes conditions optimales.

      Je crois qu’il faut faire attention à la suranalyse: OUI, TDKR est bien ancré dans son époque, au diapason de ce qui arrive un peu partout en ce moment, ce qui je crois élève le film au-dessus de simple divertissement. Mais il me semble risqué, voire osé, d’inclure dans une analogie des politiciens comme W. Bush et Charest: le sens du mot ”justice” peut être arbitraire. Batman, c’est de la fiction, le reste n’est qu’interprétation.

      Mention honorable à Michael Caine, qui a réussi à me ”mettre une poussière dans l’oeil”.

    • Bonjour M. Siroka,

      Mon commentaire risque de ne pas être publié mais je me lance..

      ** MÉGA SPOILER **

      Les critiques de cinéma ont selon moi joué un rôle dans ce film.

      Je m’explique :

      Depuis que ce film est sortie que l’on parle de trilogie, que l’on parle du point final de Nolan sur Batman…

      Or,

      Rien n’est plus faux… Une suite sera au cinéma d’ici 2 ans, c’est certain et évident !

      J’ai vu le film aujourd’hui jeudi et j’ai adoré… MAIS …

      « À cause » des critiques je m’attendais à une fin complètement différente, au point final de Batman selon Nolan comme il a été mainte fois suggéré dans les critiques cinématographique

      À moins que ce soit moi qui ai la berlue

      Mais bon…
      Un film à voir sans faute ! Un mélange de Star Wars, de Rocky, de Occupy wall street et de Batman bien sur…

    • Jozef, t’as un courriel…?

      Oui, il est inscrit dans la colonne en haut à droite de ma page. -js

    • La polémique, c’est pas mal plus payant que faire de l’art. Faut pas penser que Nolan est inconscient des codes qu’il a placé dans son film. Alors non, on ne peut pas interpréter strictement du point de vue artistique. Mais c’est pas pour autant que ça ait du sens ou que ça soit révolutionnaire. On brasse de vieilles idées qui fonctionnent, les leviers politiques auxquels les spectateurs réagissent habituellement, comme la menace soviétique qui ramène à la guerre froide (pas innocent “l’exil” dans le fleuve gelé, beaucoup de références à l’époque soviétique. Plus Russe que français. L’accent vaguement slave de Bane. La menace nucléaire, etc.

      Ça aurait été un film politique beaucoup plus percutant si, comme l’a dit Jozeph, la révolte citoyenne avait été justifiée par un climat sociologique étudié et bien présenté, développé devant la caméra. On a actuellement affaire à un peuple qui embarque dans l’utopie anarchiste sans élément déclencheur, sans motif véritable et sans l’élément d’impulsion qu’un observateur social de talent eut pu exploiter avec bénéfice. Leurs raisons de se révolter contre le pouvoir semble absurde, elle n’est pas expliquée, c’est comme si l’explication appartenait au monde réel (OWS, le 99%), qui se chargerait de fournir les clés de compréhension du comportement des citoyens. Un film à interpréter dans son contexte historique? Ou une méthodologie un peu paresseuse? Wall Street, la bourse, faut dire que c’est un film très actuel. À la limite opportuniste.

    • Les américains n’ont pas la culture pour qu’on leur donne des référents aussi éloignés que la révolution française de toute façon, alors il faut piger plus près de nous.

    • “The Dark Knight Rises est un drôle de phénomène: un divertissement ultra populaire qui glorifie le 1% au détriment du 99%. ”

      Vraiment? Les tribunaux révolutionnaires, les juges à plumes (le passage ubuesque le plus fin du film au demeurant) et leurs exécutions sommaires, c’est ‘glorifié’ ? Le NYPD (symbole de loi et d’ordre par excellence) qui se prend des balles en plein buffet pour évincer une bande de pouilleux du parquet de la bourse (”il n’y a qu’une police”), ça glorifie la révolution go-gauchiste ?

      Hé bien, on a pas vu le même film; du moins, pas avec le même regard, ça c’est sûr… Du reste, c’est ce qui explique que ce n’est pas si paradoxal que ça, ce succès. Casser du courtier boursicoteur, ça plaît à bien des Américains cossus qui ont vu la valeur de leur maison passer de 800 mille à 400 mille…

      “Les plus vicieux pourraient voir en lui un avertissement des conséquences d’une gauche extrême au pouvoir”

      Il faut être ‘vicieux’ pour voir ça ?

      Sinon, Nolan a toujours le même problème. Il ne sait pas écrire. Il est presque aussi bon que Michael Bay pour les effets, mais il a l’immense défaut de se prendre très au sérieux. Du coup, ça donne des films aux scénarios absolument, totalement, invraisemblables (comme tous les films d’action du genre) mais avec des répliques ’songées’ et de la psychologie lourdingue. Memento annonçait de grandes choses, pourtant.

    • Je suis allé voir le film hier soir en IMAX et je crois qu’il faut y aller en IMAX, on parle ici d’une technologie beaucoup plus interessante que le 3D.

      @saturnin
      (Attention Spoilers)
      Nolan en a fini avec Batman et ce film était effectivement la conclusion de sa trilogie. Bien sûr que les studios voudront ramener la thématique autour de Batman parce-que c’est profitable mais nous n’assisteront pas à un Dark Knight 4 et Nolan ne sera pas impliqué, à moins que ce ne soit que comme producteur, s’il a confiance aux scénaristes et au réalisateur. D’ailleur, dépendant du résultat de Man of Steel, Nolan pourrait vouloir offrir l’univers Batman à Zack Snyder. Par contre, la fin du film est claire, Batman n’est plus et on n’ouvre pas la porte à un nouveau Batman mais plutôt à Robin. On apprend à la fin que son vrai nom est Robin John Blake. Donc, s’il y a une sorte de suite, j’ai comme l’impression qu’elle sera axée autour de Robin oeuvrant dans l’univers de Batman.

      Quant au grandes analyses socio-politiques, c’est généralement assez bidon. Les divers débats présentés par Nolan sont davantage personnels que sociétals et la société n’a qu’un rôle de figurant dans les dilemnes moraux des personnages.

    • @teamstef

      Batman est masqué… ce qui, aujourd’hui, implique ce que vous savez. Vue le sang froid du spvm je lui déconseille la visite.

      Sinon,
      ca reste l’histoire imaginaire d’un type déguisé en chauve souris qui assasine d’autres types nées de la cuisse du diable et inexplicablement haineux et violents. PAN PAN.

      Dans 10 ans on le regardera comme le robocop où robocop devient un quasi résistant communiste le 3? ou le rambo 3 où Rambo nous fait l’appologie des moudjahidins afghans,

      Les scénaristes et réalisateurs US font du divertissement, ils sont à l’image de leur société: influencé, et influencable, politiquement correct. Celui ci n’est pas plus malin que les autres, la mort de Heath Ledger plus la tuerie plus les discussions centenaires sur les armes à feu plus cette discussion qui peut être faite pour tous les films d’actions, ca dépasse de loin cette trilogie…

      Entre le travail des personnages des Comics et ceux des Mangas, il y a un monde -un gouffre- qui s’appelle la naiveté,

      et cette série d’un comic doit être jugé pour ce qu’elle est : un très beau divertissement technique. La technique seule c’est marrant mais ca vieilli mal quand le fond est absent…

      en plus au milieu on change d’actrice principale.

    • J’ai vu le film hier, j’allais écrire à quel point l’analyse “de droite” de Batman est ridicule, mais datsyuk l’a déjà très bien fait. Un ou deux points à rajouter quand même:

      Franchement, associé Bane à Robespierre c’est n’importe quoi: Bane n’a aucun projet de révolution sociale, il veut juste détruire une ville, pour des motifs de vengeance personnelle essentiellement. Le seul but de Bane est de prouver que Gotham est aussi pourri qu’il le pense, comme Ra’s al Ghul et le Joker avant lui. Robespierre pouvait être inspirant, Bane ne veut que rabaisser, la réaction de la foule est en conséquence. De toute façon, penser que le 99% est vilipendé dans ces films c’est lire exactement l’inverse de ce que les trois films disent explicitement à plusieurs reprises: Gotham est corrompu, oui, mais les citoyens ont du bon et peuvent se lever (oui, rise, c’est même écrit dans le titre). Pour l’anarchie, on repassera: Gotham a été cinq mois sans gouvernement, sans autorité, et il n’y a même pas un amoncellement de poubelles dans les rues, pratiquement pas de vitres brisées! Le film ne présente pas l’anarchie, mais une ville qui continue de vivre malgré qu’elle soit en état de siège. Il n’y a pas 99% de la population qui s’est joint à Bane, il n’y a que ses hommes de main qu’il a probablement pigé dans cette cave imaginaire d’où proviennent tous les hommes de main indifférenciables de l’histoire du cinéma.

      Batman n’est pas un individu exemplaire, la phrase est répétée au moins cinq fois dans ce film, et elle est dite aussi dans les deux précédents: Batman peut être n’importe qui. Batman est une idée, un symbole, ce n’est pas un individu. Ces films ne sont pas la glorification d’un individu venant à la rescousse du monde, Nolan veut montrer le pouvoir de la fiction à alimenter l’espoir et à faire vivre l’homme moyen qui est pris dans un monde misérable. C’est tout le personnage de Joseph Gordon-Levitt, un orphelin influencé par Batman, qui est vertueux grâce à ce que Batman lui a montré. De plus, c’est le premier film où Batman ne peut pas agir seul, il doit absolument se trouver des alliés (même son véhicule volant à la forme d’une sorte de ruche, avec ses alvéoles connexes montrant l’idée de la communauté nécessaire). Le film présente tout le contraire de l’individualisme.

      Ceci dit, c’est assez ordinaire, et le IMAX bof pour moi (quand les images reviennent en scope normal, tout le monde devient obèse!), mais il y a au moins une grande scène (la sortie de prison, le premier vrai morceau de mise en scène dans un film de Nolan), par laquelle Nolan semble nous dire qu’il veut faire avancer son cinéma dans une nouvelle direction. On verra bien.

    • Euh, à corriger: le pouvoir de la fiction à inspirer n’importe qui, pas seulement l’homme moyen.

    • @waddle
      Votre mauvaise foi est tellement grande que je vous soupconne de ne meme pas avoir vu les films. Batman n’assasine personne, ca fait partie de son dilemne. De plus, Nolan a amene le film de super-heros a un niveau jamais atteint. Ils vieilliront tres bien. Pour terminer, c’est quoi cette histoire d’actrice principale? Katie Holmes etait tres secondaire initialement et sa rempacente est morte dans le deuxieme. Ce changement d’actrice secondaire au tiers de la trilogie etait insignifiant dans l’ensemble de l’oeuvre.

    • En passant, apres un seul visionnement de la fin de la trilogie, j’ai la sensation qu’une de vos critique du deuxieme opus a ete detruire par ce dernier Batman. En effet , je mesouviens que vous, et certains blogueurs, critiquaient le montage chaotique des scenes d’action impliquant le joker et yvoyaient un signe d’une certaine incompetance de la part de Nolan. De mon cote, j’y voyais un signe volontaire du chaos entourant le joker. Il me semble, apres un seul visionnement, que les scenes d’action du troisieme opus ne presente pas ce montage chaotique, ce qui, a mon humble avis, viendrait demontrer que c’etait un geste volontaire de la part de Nolan. Bane n’est pas le symbole du chaos comme l’etait le joker.

    • Je repensais à la scène des policiers : faudrait quand même prendre la peine de la comprendre comme il faut. Il ne faut pas la prendre au pied de la lettre, Nolan ne dit pas ainsi: “voyez comme ces flics sont valeureux, seulement eux peuvent sauver Gotham”. D’abord, ces policiers, ce ne sont pas l’élite, ce sont les types qui donnent des tickets pour parking illégal. Ensuite, ça fait deux films qu’on nous répète sans cesse qu’il n’y a rien de plus corrompu à Gotham que le département de police. Cette scène, en fait, ne sert qu’à montrer le pouvoir de Batman en tant que symbole à élever l’individu, à l’amener à se relever de la misère pour changer le monde.

      C’est quand même clair: comme Batman, les flics sont pris dans un trou pendant cinq mois. Ils sortent du trou grâce à Batman, ils se lèvent (Rise, encore) grâce à lui, et trouvent leur inspiration en lui. C’est la première fois de la trilogie que l’on voit cet effet direct de Batman sur les citoyens de Gotham, il a enfin ce statut de symbole de justice qu’il tente d’être, sans succès, depuis le premier film. Que ces flics, corrompus à l’os, décident de sortir de leur trou et de nettoyer Gotham, c’est la démonstration que Batman l’homme n’est plus nécessaire, ces citoyens n’ont besoin maintenant que de Batman l’idée. Nolan utilise des policiers plutôt que des concierges ou des hôtesses de l’air parce que Batman est un symbole de justice, pas de propreté ou de service à la clientèle. Et en ce sens, ces policiers en rang, tout propre et valeureux, sont une meilleure idée visuelle de la justice qu’une bande de professeurs d’université.

      Batman meurt à la fin du film pour devenir enfin complètement cette idée qu’il doit être, c’est le sacrifice de l’homme qui permet à l’idée de vraiment prendre place en tant qu’idée, immatérielle. C’est la scène des policiers qui justifie ce sacrifice (en plus du personnage de Blake, qui en passant n’est pas le porte-parole de la police, il doit constamment se battre contre ses collègues), qui démontre à Batman que sa présence physique n’est plus nécessaire à Gotham.

    • Batman un héros de droite? Parfois, j’imagine, mais pas sûr que ce soit dans l’oeuvre de Nolan: Batman est contre la peine de mort et ne tue pas, il affronte dans le crime organisé des capitalistes débridés, Ras Al Ghul est un puritain qui comme Dieu veut détruire le Sodome et Gomhorre qu’est Gotham City, il défend des valeurs conservatrices que Batman rejette,le Joker est un anarchiste ni de droite ni de gauche, la police se tourne contre Batman à la fin du second film, elle est d’ailleurs constituée de nombreux éléments corrompus, etc. Ah oui, et dans le premier film on parle de long en large de la pauvreté qui crée du désespoirs et des criminels. S’il est eut-être de droite, je vois mal comment il pourrait être d’extrême-droite.

    • @cinematographe
      Pour ce qui est de la fin, même si Nolan laisse lgèrement ouverte les 2 options, je ne crois pas que Batman est mort. Je ne vois pas pourquoi Alfred l’imaginerait avec Catwoman alors qu’il a quitté Wayne avant qu’une véritable relation se développe entre ces 2 personnages. De plus, Fox parle du pilote automatique défectueux dès le départ sans que ce soit en réponse à une question à ce sujet. Et on apprend à la fin que Wayne l’a réparé.

    • @teamstef

      Je voulais dire: Batman est mort, mais Bruce Wayne, lui, est bien vivant, c’est certain (quoique sous une autre identité, et en ce sens il est mort aussi).

    • Mon dernier message laisse un gros spoilers dans la colonne de droite des commentaires récents… On peut pas rajouter un mot au début, genre spoilers?

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