Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Vendredi 8 juin 2012 | Mise en ligne à 11h00 | Commenter Commentaires (20)

    L’écume des jours vu par Michel Gondry

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    L’oeuvre de Boris Vian a toujours été perçue comme impossible à filmer. Il y a bien eu quelques tentatives de transférer les écrits du fameux auteur fantaisiste sur grand écran, mais rien qui aura marqué l’histoire, loin de là. Ce constat est cependant en voie de changer.

    Une adaptation ambitieuse de son roman le plus populaire, L’écume des jours, est en cours en ce moment à Paris, sous la direction de Michel Gondry. Le réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind et du sous-estimé The Science of Sleep, plasticien bricoleur hors pair, est probablement le meilleur candidat pour rendre justice à la vision débridée de Vian.

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    Le film, qui prendra l’affiche en octobre en France, jouit d’une distribution de haut vol. Audrey Tautou incarne la protagoniste, Chloé, femme idéale et idéalisée qui tombe gravement malade lorsqu’elle découvre un nénuphar dans ses poumons. Son amoureux, Colin, amateur de jazz et réticent «cultivateur» de fusils, est interprété par Romain Duris.

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    On retrouve dans les seconds rôles notamment Gad Elmaleh (au centre sur la photo), Vincent Lindon, Jean-Pierre Darroussin et Omar Sy, tout récent lauréat du César du meilleur acteur pour Intouchables. Ce dernier incarne Nicolas, le cuisinier et confident de Colin. L’ancienne Miss Météo sur Canal +, la Québécoise Charlotte Le Bon (à droite) joue Isis, bourgeoise amoureuse de Nicolas, qui ne répond pas immédiatement à ses charmes…

    > Photo-reportage à consulter sur le site du Monde


    • Gondry + Vian = Je veux voir ça!!! J’ai toujours trouvé que Gondry était à son meilleur lorsqu’il ne signait pas lui-même le scénario. La science des rêves est un film intéressant, mais les idées se bousculent et on finit par perdre le fil de toute l’histoire. Avec un roman aussi solide que L’écume des jours, je ne vois pas comment il peut rater son coup.

    • Boris Vian est un auteur de génie et un des grands paroliers de chanson de l’histoire, toutes langues confondues.

      C’est bon de voir qu’on s’intéresse à son oeuvre d’un point de vue cinématographique. Cependant, je suis perplexe face à cette ribambelle d’adaptations de romans, toujours plus nombreuses.

      Même si certains des meilleurs films sont des adaptations, je me demande ce que les cinéastes ont de différent des autres artistes, pour toujours vouloir raconter l’histoire d’un autre à leur manière.

      Les romanciers ne font pas des adaptations de films eux.

      Et la dimension visuelle n’est pas un argument si valable, puisque la majorité des gens s’entendent pour dire qu’un film adapté est rarement à la hauteur du livre (à part Kubrick, qui est un maître de cette facette): les images seront toujours plus faibles que notre imagination.

      Concernant L’écume des jours, mon image mentale du nénuphar de Chloé ou du champs de fusils de Colin ne peut qu’être amoindrie par une représentation visuelle limitée par les moyens techniques actuels.

      Et une autre question, plus pessimiste: Pourquoi le nombre de romans adapatés augmente-t-il sans cesse? Est-ce qu’on en fait des films parce sinon, les gens ne les liraient pas sinon?

      Je pense spécialement à LOTR, qui avec ses 1000 pages, rebutait les lecteurs mainstream, qui se contentaient de Bilbo le Hobbit avant que la machine ciné-marketing se mette en marche.

      J’ai beau admirer des adaptaions comme Godfather, Apocalypse Now, Shining ou Blade Runner, il y a un coin de mon esprit qui perçoit dans la majorité des innombrables “remakes de livres” une certaine paresse intellectuelle, tant que la part du cinéaste que du spectateur qui s’en contente.

    • @kurtz
      Parce que ce ne sont pas tous les cinéastes qui sont écrivains. Il leur faudrait écrire et concevoir le film en plus. Si il a plus de plaisir à filmer qu’à écrire, pourquoi il devrait se morfondre dans l’écriture ?
      C’est comme dire qu’un ingénieur est paresseux parce qu’il a trouvé une application pratique à une découverte d’un chercheur.
      Il faut respecter les talents et ce qui fait plaisir aux gens.

    • «Concernant L’écume des jours, mon image mentale du nénuphar de Chloé ou du champs de fusils de Colin ne peut qu’être amoindrie par une représentation visuelle limitée par les moyens techniques actuels.»

      Il faut avoir une assez haute estime de sa propre imagination pour écrire une telle chose…

      N’est-ce pas le propre du cinéma d’être un «art concert», mosaïque de différentes formes artistiques qui se prête particulièrement bien au jeu de la réinterprétation, donc de la reprise.

    • @ gl000001

      Cela dépend de quel point de vue on se place. Si on voit le cinéma avant tout comme une esthétique, un regard, une représentation d’art visuel, bref, comme une oeuvre avant tout audio-visuelle, on ne peut effectivement pas parler de paresse ou reprocher au cinéastes leur manque d’originalité ou d’imagination.

      Mais si le récit nous importe, si la psychologie des personnages, leur évolution et la force des ressorts dramatiques sont notre centre d’intérêt, force est de constater que lorsqu’un scénario est adapté d’un roman, la création artistique est présente, mais à un degré moindre que celui dont film ne se base pas sur un récit préfabriqué. J’adore l’esthétique cinématographique, mais le récit, l’intrigue, la narrativité sont aussi importants pour moi.

      De plus, je distingue les adaptations vraiment créatives (qui sont l’exception, ex: Apocalypse Now), des tentatives de coller au récit de la façon la plus réaliste possible (LOTR)

      Vous dites “Si il a plus de plaisir à filmer qu’à écrire, pourquoi il devrait se morfondre dans l’écriture”

      Et si c’est le montage qui l’emmerde? Doit-il faire monter ses films par d’autres? Et si au fond filmer ne l’intéresse pas plus qu’il faut et qu’il préfère diriger des acteurs?

      Un film est une oeuvre et dans mon échelle d’appréciation de la créativité, plus un artiste y mets du sien, plus cette oeuvre a de la valeur. Je ne parle pas de paresse en général, mais de paresse intellectuelle ou encore de manque de créativité.

      Vous faites une comparaison (plus ou moins juste selon moi) avec les ingénieurs et les savants. Je vous renvoie le même genre de comparaison: Un auteur-compositeur-interprète comme Richard Desjardins vs une interprète comme Céline Dion: tous deux ont du talent et ont travaillé fort, mais je crois que les chansons de Desjardins sont des oeuvres à part entière et que la créativité dans ce cas est totale.

    • @ samev

      La reprise, c’est ce que Tarantino ou De Palma font dans leur films.

      La réinterprétation c’est quand Coppola prend une histoire qui se passe en Afrique coloniale du 19e siècle et crée Apocalypse Now.

      Quand Peter Jackson scénarise Tolkien, il ne fait ni un ni l’autre.

      L’imagination est par définition infinie et l’image est toujours finie, peu importe dans quel cerveau on se place.

      Je ne suis pas en train de dénigrer toutes les adaptations de l’histoire du cinéma. Toutefois, je crois qu’il y en a trop par rapport aux scénarios originaux. De plus, je crois que la plupart ne font que tenter de reproduire le récit initial de la façon la plus fidèle possible, ce qui est parfois difficile et un effort louable, mais a moins de valeur à mes yeux qu’une oeuvre crée de toute pièce dans l’esprit de l’artiste.

    • Je déteste ce roman de Boris Vian et je déteste les films de Michel Gondry. Ça commence ben mal mon affaire…

      Sérieux, il faut prévoir des masses de mièvrerie pâtissière, de néo-kitsch boursouflé et de surréalisme aussi cute que bourgeois.

      Michel Gondry et Jean-Pierre Jeunet, même combat?

      Vous risquez de vous faire des ennemis mon cher astyanax! Mais rabaisser Gondry au niveau de Jeunet c’est un peu méchant quand même… -js

    • Qui a écrit le scénario de L’Écume des Jours?
      Je suis entièrement d’accord avec le fait que Gondry est à son mieux lorsqu’il n’écrit pas lui-même les scnéarios (e.g. Eternal Sunshine of the spotless mind… quoi qu’il n’a pas, non plus, écrit The Green Hornet…!!).

      Un certain Luc Bossi, il vient de la télé, a co-écrit un seul long métrage. -js

    • Astyanax, vous oubliez qu’en plus il y a Audrey Tautou et Romain Duris, quoi de plus rebutant? Il ne manque plus que Yann Tiersen…

      Mais Gondry et Jeunet, faut pas exagérer, je l’aime bien Gondry quand il est avec son pote Kaufman. Sinon, bof, effectivement.

    • Je viens de me rendre compte que je mélangeais Gondry avec Jonze, alors à part Eternal Sunshine etc., non, vraiment rien.

    • Jozef, vous écrivez: ”Mais rabaisser Gondry au niveau de Jeunet c’est un peu méchant quand même…”

      Vraiment? Au contraire, je dirais que Jeunet est un cinéaste bien plus complet que Gondry, qui est seulement un ”original”, un styliste de talent. Jeunet, qui est stylistiquement intéressant, est aussi un ‘’storyteller” hors-pair, ce que malheureusement Gondry n’est pas, comme plusieurs de ces comparses venant du videoclip d’ailleurs. Il leur faut toujours un scénariste de talent, sinon ça ne vole pas haut…

    • @kurtz

      J’ai tendance à partager votre point de vue.

      Moi je fais un parrallèle avec le monde de la musique où il y a les auteurs-compositeurs-interprètes et les interprètes!

      J’avoue ne pas avoir une grande estime des interprètes qui, pour moi, ne sont pas de véritables artistes. J’inclus tout le monde de la musique classique ici! Les chanterus et chanteuses de talent sont pour moi de bons artisans, tout simplement!

      Alors que je voue un plus grand respect à un auteur-compositeur-interprète!

      Et tout comme le milieu du 7e art, dans le monde de la musique, les personnes ayant le plus de succès proviennent en grande partie de la catégorie des interprètes!

    • @ kurtz et @ Littleviking26

      Je partage vos point s de vue. Toutefois, avoir plus de succès, du coup de $$$, n’équivaut en rien avec la reconnaissance. Malgré ses millions de diques vendus, Dion n’arrive pas, par exemple, à la cheville de Cohen.

      Moi non plus, j’ai très peu d’intérêt pour les inteprètes qui ne sont que des artisans.

    • Je suis d’accord sur le fond avec Kurtz, c’est-à-dire que l’adaptation au cinéma (ou au théâtre) d’une oeuvre littéraire constitue une voie “facile” par rapport à la conception d’une idée originale et d’un scénario original. Ceci dit, il y a tellement de facettes dans la conception d’un film qu’il est utopique de croire qu’une seule personne puisse tout faire. Déjà, de scénariser et diriger, ou de jouer et diriger, ou de photographier/filmer et diriger est un exploit; pouvoir en plus développer une idée originale spécifiquement pour un film est [malheureusement] quasiment un luxe!

      N.B. j’aime bien Audrey & Romain; reste à savoir si l’histoire dans ce cas spécifique sera à l’eau de rose ou non…

    • @ Jozef

      «Vous risquez de vous faire des ennemis.»

      Bah! Ça m’est égal. En autant que je puisse conserver votre respect et votre amitié…

      Sinon, je l’ai déjà dit ici: Gondry est un clippeur génial, mais un cinéaste parfaitement vain et laborieux. C’était quoi déjà le titre de cette chose imbuvable avec Gael Garcia Bernal dans le rôle d’une gigantesque paire de mains? Enfin, passons…

    • @kurtz
      C’est certain qu’un auteur-compositeur-interprète a plus de “mérite” qu’un simple chanteur. Mais regarder le “mérite” artistique n’est utile que si on veut faire une hiérarchie de créateurs. Ce qui compte en premier pour nous, c’est de savoir si l’oeuvre (film, chanson) est agréable. Elle peut l’être peu importe l’origine de sa création.

      Je trouve ça drôle que vous parliez de Desjardins comme un excellent auteur-compositeur-interprète car, à mon avis, il n’entre pas dans cette catégorie. Il a de sérieuse carences du coté “interprète”. Il rend bien les émotions, du coté technique vocale c’est moyen et le timbre de sa voix, c’est vraiment pas fort.

      Ce qui n’empêche pas que ça soit agréable de l’écouter parce que notre “grille d’analyse” a une certaine élasticité. La beauté des textes compense pour le nasillard de sa voix. Un cinéaste aura bien dirigé ses acteurs par exemple et ça compensera pour le fait que c’est une adaptation d’un roman.

    • Pour ma part, je préfère une adaptation éventuellement boîteuse plutôt qu’un scénario mal ficelé tiré d’une idée bancale ou d’un énième “remake”. D’ailleurs, certains bouquins sont à mes yeux une source logique et intarissable de possibilités au niveau de l’image mais cela dit, beaucoup exigent une touche hors du commun. Personnellement, j’attends toujours avec impatience un cinéaste digne de l’oeuvre de H.P. Lovecraft.

    • Si vous allez voir le lien, les diverses photos sont assez hallucinantes. Je suis un grand amateur de Vian et j’ai très hâte de voir le film! D’ici, on peut bien parler. L’important sera le résultat.

    • @cinematographe

      Human Nature est sous-estimé. Mais c’est un autre scénario de Kaufman, alors effectivement, Gondry fait des bons films lorsqu’il lui est associé. J’ose généraliser : Gondry fait de bons films lorsqu’il travaille avec un bon scénario, alors sous l’hypothèse que le roman de Vian sera scénarisé convenablement, ce pourrait être un bon film. Bref, c’est au conditionnel, mais le potentiel est là.

    • J’aime énormément la variation poétique et très personnelle de Charles Belmont en 1968, retrouvant “le coeur” du roman, comme disait Prévert. Pas de gadgets ni d’effets spéciaux, une récréation par un langage particulier , les décors et couleurs, la bande son très inventive, et une distribution éclatante (dixit Michèle Vian) d’acteurs très jeunes, de l’âge des personnages du roman. Jacques Perrin, Marie-France Pisier, Sami Frey, Annie Buron sont d’une grande fraîcheur. Cette adaptation est une recréation par les moyens du cinéma, reconnue par beaucoup, dont Jean Renoir.
      On peut voir photos, extraits vidéo, avis critiques sur le blog de Charles Belmont http://charlesbelmont.blogspot.fr/

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