Jozef Siroka

Archive, juin 2012

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L’expédition du Prometheus, un vaisseau spatial qui se rend à l’autre bout de l’univers dans l’espoir d’y trouver des réponses sur l’origine humaine, est décrite comme l’une des plus ambitieuses du genre jamais entreprises. Il en va de même pour le film du même nom de Ridley Scott, qui semble vouloir marquer à nouveau d’une pierre blanche le genre de l’horreur/science-fiction qu’il a fameusement établi avec son chef d’oeuvre Alien, il y a plus de trois décennies.

Prometheus est un film sérieux et par moments grave, qui ne craint pas d’incorporer des questions existentielles à l’intérieur d’un divertissement à grand déploiement. On s’entend, Scott n’a nullement la prétention de se la jouer Kubrick, mais son odyssée de l’espace au budget extravagant vise autre chose que le simple spectacle pyrotechnique. Qu’on ait aimé ou pas le résultat final, l’on se doit d’admettre que les blockbusters estivaux visant à stimuler l’intellect sont une denrée aussi rare que désirable. Et c’est tout à l’honneur du cinéaste britannique de 74 ans. Ceci dit, l’on est aussi en droit de se demander quelle est la véritable portée du discours mythologico-philosophique de son film, qui tente de capitaliser sur l’héritage d’Alien.

La prémisse est assez intéressante. L’archéologue Elizabeth Shaw (Noomi Rapace), une Ripley un peu plus fragile et beaucoup plus naïve, croit avoir découvert dans une grotte un message de nos créateurs, une bande d’albinos musclés qu’elle surnomme les «ingénieurs». Malgré ses convictions scientifiques, cette dernière demeure tout de même attachée à sa foi religieuse, serrant la croix autour de son cou lorsque sujette à d’intenses doutes ou épreuves. Charlie Holloway, son compagnon sentimental et professionnel, joué par un acteur sosie de Tom Hardy (moins le charisme), est un archéologue un peu plus pragmatique. Le couple de scientifiques réussit à persuader un homme d’affaires milliardaire (Guy Pearce sévèrement maquillé) d’accepter cette «invitation» cosmique pour le moins intrigante.

Le voyage intergalactique dure deux ans. Tous les passagers à bord sont en animation suspendue, leur état surveillé par David (Michael Fassbender), un androïde dernier cri aux desseins ambivalents. Les premiers instants de Prometheus, dans lesquels David vaque à ses occupations et loisirs quotidiens – lire les rêves de Elizabeth, jouer au basket, regarder compulsivement Laurence d’Arabie – figurent parmi les plus captivants du film, et rappellent la douce poésie du début d’Alien. C’est quand sonne l’heure du réveil que ça commence à se gâter.

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L’expédition compte une bonne douzaine de voyageurs: géologues, biologistes, médecins, pilotes, etc. À leur réveil ils semblent tous plus ou moins blasés, désireux d’en finir au plus vite avec leur contrat. Un scientifique tatoué à l’air menaçant – qui pourrait être un figurant abandonné sur la table de montage de Lockout, récent thriller de série B plutôt divertissant se déroulant dans un pénitencier spatial – annonce agressivement d’entrée de jeu qu’il ne compte pas se faire d’amis, et qu’il est là uniquement pour l’argent. Le capitaine du vaisseau, Janek (Idris Elba, de la série The Wire), a l’air le plus plaisant parmi tous les personnages secondaires, mais on aurait aimé le voir davantage développé, et non pas uniquement défini à travers des accessoires : il décore un arbre de Noël et joue une sorte d’accordéon, il est donc Authentique.

Scott a régulièrement été accusé au cours de sa carrière d’être un cinéaste froid, à la limite sans âme (dans cette optique, il n’est pas surprenant que ce soit David le robot qui se montre le personnage le plus intéressant et nuancé de son film). Il n’est pas tant concerné par la psychologie des personnages que par leur manière de vivre dans, et de réagir à, un environnement dense et complexe comme lui seul sait les créer. À cet égard, le look de Prometheus est tout simplement splendide. Pas un détail dans le design visuel n’a été laissé au hasard. L’atmosphère angoissante et lugubre verse parfois dans le sublime; le 3D accentuant subtilement l’effet de claustrophobie. On apprécie en particulier l’insistance du cinéaste sur la fabrication de décors physiques, usant au minimum les effets numériques; le monde fantastique apparaît d’autant plus tangible, rappelant la menace organique et sexuelle qu’avait su si bien traduire le designer H.R. Giger dans la série des Alien.

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Le qualité plastique de Prometheus est si enlevante, qu’on en vient presque à faire abstraction des très graves lacunes scénaristiques. En fait, ma première réaction lorsque j’ai quitté la salle a été de regretter la fin banalement démonstrative construite autour de révélations-chocs superflues, d’ennuyeuses courses-poursuites et d’explosions de mise. Je me suis dit que ce dénouement hollywoodien venait porter ombrage au reste du film, qui misait davantage sur l’ambiguïté, l’émerveillement, la fine évocation de mystère, le développement de thèmes matures par le biais de la science-fiction. Avec du recul, on se rend compte que Prometheus est en fait un somptueux film de série B. C’est un film d’idées, certes, rempli de scènes individuelles fascinantes, mais la structure du récit est au mieux arbitraire et les motivations de la plupart des personnages semblent fuir autant que possible tout semblant de vérisimilitude.

Faire la liste des incongruités narratives de Prometheus serait une tâche colossale, et contiendrait de nombreux spoilers, chose dont je me suis abstenu de faire dans mon texte. D’ailleurs, une analyse satirique tout a fait jouissive des trous du scénario est disponible sur le site Digital Digging, et j’invite tous ceux qui ont vu le film à la lire. Quelques extraits pris au hasard :

Le prétexte pour le suspense est souvent forcé, greffé maladroitement à la trame narrative.

Ils atterrissent donc, après avoir trouvé le vaisseau extraterrestre en regardant à travers la fenêtre. Ils s’y rendent dans un véhicule tout-terrain d’apparence sécuritaire, dans lequel ils auraient tous pu s’y installer. Au lieu de cela, deux d’entre eux décident de s’y rendre avec des vélos de l’espace, parce que s’ils ne l’avaient pas fait, il n’y aurait eu aucun moyen qu’ils puissent finir séparés du groupe principal.

Le manque flagrant de curiosité et de passion de la part des scientifiques est à mon avis le défaut le plus frustrant du film.

L’équipe est réunie. Deux bonhommes en avant parient qu’il s’agit d’une expédition de terraformation. Apparemment ils ne savent pas pourquoi ils sont ici. On penserait qu’ils manifesteraient un peu de curiosité en faisant leurs bagages et en disant au revoir à leurs proches. Ou en embarquant dans le vaisseau spatial. Ou en entrant en animation suspendue. Mais non.

«Où vas-tu chéri?»

«Ha ha. Qui sait? J’imagine que je le saurais tôt ou tard. Ou pas. Peu importe.»

«Quand est-ce que tu reviens?»

«Ha ha. Je reviens?»

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Enfin, comme je disais plus haut, le film pose beaucoup de questions et fournit peu de réponses. Maintenant, et c’est là qu’il risque d’y avoir un chaud débat : parle-t-on de questions ayant une réelle valeur philosophico-intellectuelle, ou vise-t-on simplement à embrouiller le spectateur et faire passer les nombreuses énigmes pour de la profondeur? Une séance de pré-prod imaginaire entre Scott et le scénariste de Lost :

Damon Lindelof : «On va donc avoir un vaisseau extra-terrestre accidenté, et un tas de personnes qui ne se connaissent pas, et il y aura plein de choses inexpliquées qui vont se produire, et des formes vivantes traversant les lieux à toute allure, et ce sera hyper-confus. Comme Lost, mais dans l’espace.»

Ridley : «Lost. Mais dans l’espace. Hmmm. Lost. Mais dans l’espace. J’aime. Comment devrait-on l’intituler?»

Damon Lindelof : «Prometheus

Ridley : «Brillant! Mais pourquoi? Non, tout simplement brillant! En autant qu’il y ait beaucoup de dialogues informatifs punchés.»

Damon Lindelof : «Je ne fais pas vraiment ça. J’ai tendance à y aller avec une séquence déroutante impliquant des éléments potentiellement interconnectés, qui donne l’impression d’avoir du sens, mais qui n’en a pas. De cette façon, les gens en parlent très longtemps sur internet. C’est la partie que j’aime. J’aime aussi quand les gens disent des trucs comme : «Ne le condamne pas si vite – il s’agit peut-être de la première partie de quelque chose de plus gros». Peut-être vais-je en écrire un autre, et ensuite les gens vont aussi en parler sur internet. Très longtemps. Parce que j’aime ça.»

Les rumeurs d’une suite à Prometheus vont déjà bon train. Entrevue avec Lindelof ici.

Comme dessert, et sur le même sujet, voici un marathon de questions posées par M. Plinkett lui-même! La vidéo a fait pas mal de buzz sur le web, même le vénérable Roger Ebert l’a mise en ligne sur son blog. Lindelof, bon joueur, assure sur Twitter qu’il peut répondre à «au moins quatre de ses questions». La critique complète de Red Letter Media est à consulter ici.

(Affiche vintage via Cucaracha-Borracha)

De retour le 8 juillet.

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Lundi 11 juin 2012 | Mise en ligne à 10h30 | Commenter Commentaires (7)

Arrêt

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Il est venu le temps de l’entracte estival. De retour le 9 juillet.

(Ma critique de Prometheus sera en ligne dimanche.)

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Vendredi 8 juin 2012 | Mise en ligne à 11h00 | Commenter Commentaires (20)

L’écume des jours vu par Michel Gondry

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L’oeuvre de Boris Vian a toujours été perçue comme impossible à filmer. Il y a bien eu quelques tentatives de transférer les écrits du fameux auteur fantaisiste sur grand écran, mais rien qui aura marqué l’histoire, loin de là. Ce constat est cependant en voie de changer.

Une adaptation ambitieuse de son roman le plus populaire, L’écume des jours, est en cours en ce moment à Paris, sous la direction de Michel Gondry. Le réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind et du sous-estimé The Science of Sleep, plasticien bricoleur hors pair, est probablement le meilleur candidat pour rendre justice à la vision débridée de Vian.

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Le film, qui prendra l’affiche en octobre en France, jouit d’une distribution de haut vol. Audrey Tautou incarne la protagoniste, Chloé, femme idéale et idéalisée qui tombe gravement malade lorsqu’elle découvre un nénuphar dans ses poumons. Son amoureux, Colin, amateur de jazz et réticent «cultivateur» de fusils, est interprété par Romain Duris.

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On retrouve dans les seconds rôles notamment Gad Elmaleh (au centre sur la photo), Vincent Lindon, Jean-Pierre Darroussin et Omar Sy, tout récent lauréat du César du meilleur acteur pour Intouchables. Ce dernier incarne Nicolas, le cuisinier et confident de Colin. L’ancienne Miss Météo sur Canal +, la Québécoise Charlotte Le Bon (à droite) joue Isis, bourgeoise amoureuse de Nicolas, qui ne répond pas immédiatement à ses charmes…

> Photo-reportage à consulter sur le site du Monde

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