Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 28 mai 2012 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Commentaires (13)

    Pas d’amour pour les ricains…

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    S’il y a un thème unificateur autour du palmarès cannois, c’est bien l’absence de prix pour les productions américaines. Moonrise Kingdom de Wes Anderson, The Paperboy de Lee Daniels, Killing Them Softly de Andrew Dominik, Lawless de John Hillcoat et Mud de Jeff Nichols n’ont pas su charmer le jury présidé par le cinéaste italien Nanni Moretti. Il en va de même pour deux co-productions anglo-saxonnes, Cosmopolis de David Cronenberg (Canada, France) et On the Road de Walter Salles (Brésil, États-Unis). Seul Ken Loach a réussi a représenter la langue de Shakespeare au palmarès, avec sa comédie écossaise The Angels’ Share (Prix du jury).

    Le pays le plus représenté en compétition officielle repart donc bredouille*. Doit-on y voir un «message clair» anti-Hollywood, comme le suggère Marc-André Lussier dans son compte-rendu d’hier? N’oublions pas que certaines des Palmes d’or les plus célébrées ont été remportées par nos voisins du sud: The Conversation, Taxi Driver, Apocalypse Now, Pulp Fiction

    Reculons de 5 ans. La sélection officielle 2007 comptait également cinq productions américaines : Death Proof de Quentin Tarantino, No Country for Old Men des frères Coen, Paranoid Park de Gus Van Sant, We Own the Night de James Gray et Zodiac de David Fincher. Cette année-là, seul Van Sant a été primé, mais encore fallait-il créer une catégorie spéciale pour l’occasion, le Prix du 60e Anniversaire…

    Il s’agissait pourtant de candidats très solides. Et on pourrait même dire que Gray, Fincher et (pour certains) les Coen avaient débarqué à Cannes avec leurs oeuvres les plus accomplies en carrière. Doit-on en conclure que le président du jury Stephen Frears manifestait de l’anti-américanisme? Ou parle-t-on d’un simple concours de circonstances? En d’autres mots, les États-Unis ne devraient pas le prendre personnel.

    D’ailleurs, et ne l’oublions pas, faire partie de la sélection officielle du plus grand festival de la planète est un honneur en soi, une victoire en quelque sorte. Et parions que des jeunes cinéastes prometteurs comme Dominik et Nichols n’ont pas effectué leur dernière visite sur la Croisette.

    Enfin, prix à Cannes ne rime pas nécessairement avec critiques positives. Et l’un des films les plus acclamés cette année fut Killing Them Softly de Andrew Dominik. Le cinéaste néo-zélandais poursuit son exploration acérée du mythe américain après The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford (2007), probablement le plus grand film «oublié» de la dernière décennie.

    Entrevue ici, et extrait «explicateur du titre» ci-dessous.

    * Le film américain Beasts of the Southern Wild a remporté la Caméra d’or, prix qui récompense le meilleur premier long métrage, toutes compétitions confondues. La Caméra d’or est remise durant la soirée de clôture, mais n’est pas mentionnée au palmarès officiel.


    • L’absence de films américains parmi les vainqueurs s’explique peut-être en partie par un certain “snobisme” des membres du jury à leur égard, mais peut-être aussi par leur manque d’audace (j’exclue Paperboy) et surtout par la qualité de leurs compétiteurs. Au-delà des Collines aurait pu tout rafler, tout comme Amour et De rouille et d’os… et s’il s’agit réellement d’un snobisme envers Hollywood, et bien je dis bravo : c’est le contrepoids idéal au conservatisme et au chauvinisme des Oscars!

      Je veux voir Killing Them Soflty [et les autres films américains en nomination], mais je ne m’attends pas à un top3 en 2012…

      N.B. No Country for Old Men aurait pu/dû remporter la palme ultime. Dans le cas de Zodiac par contre, ce ne fut ni mon préféré de Fincher, ni mon préféré cette année là…

    • Je lis votre liste Jozef, et exception faite d’Anderson, il n’y a pas un films cité qui ne traite des deux sujets suivants : la violence (physique) et le gangsterisme.

      Faudrait p’t-être qu’ils apprennent à se réinventer un peu les ricains, non?

      Y a-t-il réellement sujet plus emblématique que celui de la violence quand vient le temps de penser aux grandes oeuvres américaines? De Birth Of A Nation, à Elephant, en passant par The Godfather… Ça serait comme demander aux français de retirer la bouffe, le vin et l’adultère de leur cinéma… -js

    • @Procosom

      «Au-delà des Collines aurait pu tout rafler, tout comme Amour et De rouille et d’os…»

      Votre remarque me fait réaliser qu’avant qu’on vienne réglementer la chose, même si cela était techniquement possible, il était très mal vu qu’un film vienne tout rafler à Cannes. Officieusement, il fallait faire la part des choses. Le seul jury à avoir accordé tous les suffrages à un même film fut celui de Roman Polanski qui ne s’était pas gêner pour décorer BARTON FINK de la palme d’or, du prix de la mise en scène et du prix d’interprétation masculine. Depuis le temps, pour éviter ce genre de balayage, le Festival a instauré des règlements officiels sur le protocole à suivre pour assurer une certaine représentativité dans son palmarès.

      Il est donc de plus en plus rare de voir un film remporter ne serait-ce que deux prix. Je pense même que c’est proscrit. Ce qui est à mon avis un brin problématique; certaines œuvres d’exception se démarquent parfois à un point tel qu’elles mériteraient qu’on fasse entorse au règlement. Par exemple, cette année, même si Emmanuelle Riva ou J-L Trintignant aurait dû se mériter un prix d’interprétation, la récompense suprême ayant été accordé à Amour, on a plutôt jugé bon de souligner le travail d’autres comédiens. Pourquoi ? À cause de technicalités protocolaires qui ont probablement empêcher le jury de consacrer les interprètes d’Haneke.

      Bref, comme le fait remarquer JS, le couronnement des frères Coen a beau remonté à 1991, il nous prouve encore que même si les américains sont rentrés bredouille en 2012 (après avoir remporté la palme l’an dernier et en 2003 si je ne m’abuse), l’institution cannoise n’en n’est pas pour autant dans une passe antiaméricaine. Tel en témoigne de toute façon leur surexposition (six films !!!!) en compét’ et le fait que certaines «(…) Palmes d’or les plus célébrées ont été remportées par nos voisins du sud: The Conversation, Taxi Driver, Apocalypse Now, Pulp Fiction…»

      Au contraire, à la lumière de l’histoire du palmarès du festival, je serais même tenté de dire que les Français ont une tendance américanophile assez prononcée. Si quelqu’un peut être accusé d’antiaméricanisme, ce serait de toute façon davantage le jury et non pas les sélectionneurs et/ou les délégués qui choisissent les films en compét’. Il est capitale de dissocier la subjectivité du jury (soit celle qui relève du «concours de circonstances») et celle de l’institution qui, en ce qui me concerne, assure constamment un minimum de deux films américains en compétition.

      Par contre, même si «(…) faire partie de la sélection officielle du plus grand festival de la planète est un honneur en soi», je peux vous assurer qu’une fois acquise, cette sélection est à relativiser et que la compétitivité de certains egos boursouflés (et même ceux de certains cinéaste plus modestes) se laissent facilement galvanisés par l’enflure cannoise.

    • P.S.: Je vous confirme que les USA est la nation la plus palmée avec 21 palmes d’or avec seulement onze palmes pour ses deux dauphins (la France et l’Italie)…

    • @JS : Quand je disais que violence & gangsterisme sont des thèmes ultra-classiques du cinéma américain, j’y incluais bien sur les meilleurs films.
      Les cinéastes font souvent de très bons films quand ils s’éloignent un peu de leurs lieux commus. Un film de gangsterisme d’Audiard est certainement plus intéressant que la quasi-totalité des films américains du même gernre. Ou encor, un film comme Sideways (dont la thématique pourrait être qualifiée de franchouillarde) est fort intéressante dans un contexte américain. Enfin, Hynlur parle de Barton Fink; un excellent film américain qui sort des thémes habituels.

    • Probablement un petit préjugé défavorable envers les Américains. Par contre je pense que c’est surtout une manière différente de voir le cinéma.

      On est habitué a la vision Américaine, c’est-a-dire celle ou Hollywood est le centre de l’univers cinématographique et tout ce que gravite autour est peu important. Le meilleur exemple c’est les Oscars. Tu as une catégorie ‘foreign langage’ qui englobe à peu près tout ce qui se fait ailleurs dans le monde.

      A Hollywood le cinéma c’est ce qui sort des studios américains plus 4 – 5 films notables provenant des pays étranger. A Cannes c’est le contraire. Le cinéma c’est tout ce qui se fait dans le monde plus 4 – 5 films notables provenant des studios d’hollywood.

    • @_renaud : Faites-vous allusion à ce qu’on appelle souvent le point de vue de Dieu – omniscient et omniprésent? En effet. J’ai horreur des films à la ‘24′ où l’on passe d’une scène de crime au poste de police, au domicile du personnage principal, à un studio de télé, au bureau du président… Don’t think too much and don’t worry; just enjoy the ride. Comme l’art s’adresse à nous humains, j’ai une nette préférence pour le cinéma traité avec scénario et positionnement de caméra calqués nos perceptions – avec la perte de repères et les questionnements psychologiques qui en découlent. À cet égard, j’ai beaucoup aimé The Tree of Life; un film [américain] fortement ancré dans les expériences initiatiques de l’enfance.

    • @scories

      Je ne connais pas de film avec un point de vue plus omniscient, véritable caméra-Dieu, que Tree of Life!

    • @cinematographe : Je ne prétendrai certainement pas être un expert de la question, mais pour ce qui est de Tree of Life, j’ai souvenir de mouvement de caméras très esthétiques certes, mais d’une subjectivité somme toute très humaine. Ceci dit, je reconnais qu’il ne s’agit pas là du film le plus naturaliste, linéaire et réaliste que je connaisse. On est loin du Voleur de Bicyclette.

      Lorsque je fais allusion à l’omniscience, c’est par exemple lorsqu’un scénario nous fait alterner d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre (du genre ‘Independance Day’). À l’inverse, un film comme ‘Sign’ a tenté d’adopter uniquement la perspective de celui qui vit la même situation, ce qui donne un résultat nettement plus intriguant à mon humble avis. Enfin, si je me trompe dans les termes, j’aimerais bien qu’on m’explique. Merci.

    • Désolé, je fais toujours des coquilles; c’est un peu gênant.

    • @scories

      Non, les termes sont bons, vous les utilisez bien (quoique je ne pense pas que _renaud faisait référence à cela, il disait plutôt que les films américains ne parle que des américains, peu importe le point de vue). Pour Tree of Life, la question est très complexe, comme toujours chez Malick, je ne pense pas que la caméra adopte la position d’une subjectivité humaine, elle mélange plusieurs perspectives, celles des personnages, oui, mais il y en a aussi une autre plus omnisciente. Le film présente quand même la naissance de l’univers, je ne vois pas comment on peut être plus omniscient!

    • @cinematographe

      C’est d’ailleurs cet aspect que j’ai bien aimé de Tree of Life : cette métaphore ou mise en perspective de la vie de l’humain (perspective humaine) par rapport à la naissance de l’univers (perspective omnisciente). Par contre, ce que je reproche justement au film, c’est de ne pas avoir davantage élaboré la seconde; c’est comme s’il ne s’agissait que de flashes pour souligner encore davantage la « petitesse » de l’existence et de l’évolution. Bref, trop esthétique et trop peu élaboré à mon goût!

      Concernant l’analyse de Scories, je dirais que cet aspect « omniscient » (God view dans le language du jeu vidéo) dont il parle sied davantage aux téléséries américaines et aux films grand publics (i.e. Hollywoodiens)… et c’est vrai que c’est navrant de facilité, je déteste 95% de ces « produits » cinématographiques. Toutefois, il ne faut quand même pas exagérer non plus : certains films « hollywoodiens » demeurent tout de même de très grande qualité et ne sombrent pas tous systématiquement dans cette perspective « omnisciente » désolante. Par ailleurs, certains films délaissant totalement cette approche pour favoriser davantage le suivi systématique d’un personnage et de sa perception sont parfois très lourds. L’approche doit simplement être conforme avec le scénario et ce qu’on veut faire ressentir au spectateur…

    • @procosom

      Peu élaboré! Cette séquence de création du monde est très riche: oui, on peut y voir un rapport entre l’infiment petit et l’infiniment grand, mais on peut aussi remarquer qu’à la création du monde succède la naissance de Jack, comme si à chaque naissance la création se rejouait. On peut aussi y voir une référence au livre de Job (le film est une illustration de Job) et la réponse de Dieu à la mère qui demande, juste avant la séquence de création, Where are You? Il y a aussi beaucoup de parallèles entre la séquence de création et la vie familiale des O’Brien, notamment dans la séquence des dinosaures: la rivière où on les voit semble être la même qui coule pas loin de la maison familiale, ce fameux dinosaure posant son pied sur la tête d’un autre est un écho à la scène où Brad Pitt est sous sa voiture et son fils constate que la vie de son père ne tient à rien, etc.

      Et il y a de très grands films “omniscients”, c’est bien de mettre en doute à partir d’une perspective subjective, mais quant à moi c’est encore mieux de confronter à égalité des perspectives divergentes.

      Pour le sujet du jour, difficile d’interpréter quoique ce soit dans la décision du jury avant d’avoir vu ces films, mais à partir des oeuvres de ces cinéastes, il n’y a que le Nichols et le Dominik qui me semblent mériter leur place en compétition. Precious, c’était atroce, Hillcoat c’est correct sans plus et j’aime bien Anderson, mais pas au point de lui remettre une palme. Où est James Gray? Chez les ricains, c’est peut-être lui que j’attends le plus.

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