Jozef Siroka

Archive, mai 2012

TheCanyons-High-Res_picnik

En pré-production sur son nouveau long métrage intitulé The Canyons, Paul Schrader en a profité pour livrer une petite pensée sur l’état du cinéma indépendant via la page Facebook de son film.

THE CANYONS. Le matériel est du Bret Easton Ellis classique. Basé sur les personnages, basé sur les dialogues, explicite en parole, si ce n’est en action. Deux pôles visuels sont en train d’émerger dans le monde du petit budget: d’un côté, Fallen Angels de Wong Kar-wai. De l’autre, Les Amours imaginaires de Xavier Dolan. Les deux styles mélangent les approches, utilisent la caméra épaule, travaillent économiquement. Les deux sont composés en opposition au faux vérité. On pourrait les distinguer en disant que Fallen Angels aspire au point de vue des personnages, tandis que Les Amours imaginaires à celui du réalisateur. Une troisième voie? De meilleurs exemples provenant du monde du petit budget? Paul S.

Un commentaire intéressant de la part de Schrader, comme on en a l’habitude. En effet, le scénariste de Taxi Driver et de Raging Bull est un des penseurs les plus articulés issus de l’industrie, ayant écrit de nombreux essais illuminants sur le 7e art au cours des quatre dernières décennies.

Il y a d’ailleurs quelque chose de touchant de voir le vénérable cinéaste de 65 ans, transportant un bagage d’expérience des plus respectueux, sonder le public pour des conseils sur son prochain film. (À noter qu’en plus de son travail sur papier, Schrader est un réalisateur accompli, ayant signé des oeuvres fortes et sombres sur la condition masculine, notamment Blue Collar, Mishima, Affliction et Auto Focus).

The Canyons se présente comme une expérience foncièrement indépendante. La production, dirigée par un ancien de chez Lions Gate, Braxton Pope, est en train de lever des fonds à l’aide d’un appel au public. L’idée est de s’affranchir de toutes sortes de pressions qu’on rencontre dans les studios, de garder un contrôle créatif absolu, voire idéalisé.

Les donateurs sérieux seront récompensés de belle manière. Par exemple, ceux qui fournissent 5000 $ auront droit à une critique de leur roman par Bret Easton Ellis, ou à une critique de leur scénario par Paul Schrader, en personne ou via Skype. Pour 10 000 $, Schrader vous enverra en plus une pince à monnaie autographiée par Robert De Niro sur le plateau de tournage de Taxi Driver (plus de détails ici, dans la colonne de droite). En date d’aujourd’hui, le projet a amassé 141 750 $, fournis par 813 donateurs.

Basé sur un scénario original de Ellis, The Canyons se penche sur les désirs et ambitions de cinq jeunes dans la vingtaine, Christian, Ryan Tara, Gina et Lindsay, qui tentent de percer à Hollywood. La description succinte sur la page IMDb du film donne un aperçu assez clair de l’entreprise : «Youth, glamour, sex and Los Angeles, circa 2012.»

Une audition en ligne a été lancée en mars dernier. La description de la tâche inclut de la nudité, mais la production assure qu’elle n’est pas de nature obscène. On ne sait pas encore à quelle étape le processus est rendu, ni si la star du X, James Deen, qui était pressenti pour un rôle masculin, s’est joint à l’aventure. Le tournage aura lieu du 9 au 31 juillet.

Voici une vidéo dans laquelle Schrader, Pope et Ellis discutent de leur «projet narratif».

Lire les commentaires (6)  |  Commenter cet article






Lundi 28 mai 2012 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Commentaires (13)

Pas d’amour pour les ricains…

6a00d8341c630a53ef016305b8ce99970d-600wi

S’il y a un thème unificateur autour du palmarès cannois, c’est bien l’absence de prix pour les productions américaines. Moonrise Kingdom de Wes Anderson, The Paperboy de Lee Daniels, Killing Them Softly de Andrew Dominik, Lawless de John Hillcoat et Mud de Jeff Nichols n’ont pas su charmer le jury présidé par le cinéaste italien Nanni Moretti. Il en va de même pour deux co-productions anglo-saxonnes, Cosmopolis de David Cronenberg (Canada, France) et On the Road de Walter Salles (Brésil, États-Unis). Seul Ken Loach a réussi a représenter la langue de Shakespeare au palmarès, avec sa comédie écossaise The Angels’ Share (Prix du jury).

Le pays le plus représenté en compétition officielle repart donc bredouille*. Doit-on y voir un «message clair» anti-Hollywood, comme le suggère Marc-André Lussier dans son compte-rendu d’hier? N’oublions pas que certaines des Palmes d’or les plus célébrées ont été remportées par nos voisins du sud: The Conversation, Taxi Driver, Apocalypse Now, Pulp Fiction

Reculons de 5 ans. La sélection officielle 2007 comptait également cinq productions américaines : Death Proof de Quentin Tarantino, No Country for Old Men des frères Coen, Paranoid Park de Gus Van Sant, We Own the Night de James Gray et Zodiac de David Fincher. Cette année-là, seul Van Sant a été primé, mais encore fallait-il créer une catégorie spéciale pour l’occasion, le Prix du 60e Anniversaire…

Il s’agissait pourtant de candidats très solides. Et on pourrait même dire que Gray, Fincher et (pour certains) les Coen avaient débarqué à Cannes avec leurs oeuvres les plus accomplies en carrière. Doit-on en conclure que le président du jury Stephen Frears manifestait de l’anti-américanisme? Ou parle-t-on d’un simple concours de circonstances? En d’autres mots, les États-Unis ne devraient pas le prendre personnel.

D’ailleurs, et ne l’oublions pas, faire partie de la sélection officielle du plus grand festival de la planète est un honneur en soi, une victoire en quelque sorte. Et parions que des jeunes cinéastes prometteurs comme Dominik et Nichols n’ont pas effectué leur dernière visite sur la Croisette.

Enfin, prix à Cannes ne rime pas nécessairement avec critiques positives. Et l’un des films les plus acclamés cette année fut Killing Them Softly de Andrew Dominik. Le cinéaste néo-zélandais poursuit son exploration acérée du mythe américain après The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford (2007), probablement le plus grand film «oublié» de la dernière décennie.

Entrevue ici, et extrait «explicateur du titre» ci-dessous.

* Le film américain Beasts of the Southern Wild a remporté la Caméra d’or, prix qui récompense le meilleur premier long métrage, toutes compétitions confondues. La Caméra d’or est remise durant la soirée de clôture, mais n’est pas mentionnée au palmarès officiel.

Lire les commentaires (13)  |  Commenter cet article






Samedi 26 mai 2012 | Mise en ligne à 13h00 | Commenter Commentaires (2)

Le court du week-end : A Therapy

prada-therapy-ad-roman-polanski

Venu au Festival de Cannes présenter une version restaurée de son formidable mélodrame en costumes Tess (1979), Roman Polanski en a profité pour dévoiler sa plus récente création: un court métrage pour la marque de luxe Prada, intitulé A Therapy.

On parle d’un sketch comique de trois minutes et demie bien efficace, avec Helena Bonham Carter dans le rôle d’une riche héritière verbomotrice, et Ben Kingsley dans celui d’un psychothérapeute muet. Le geste final de ce dernier se veut d’ailleurs un clin d’oeil au personnage de Trelkovsky, que le cinéaste polonais a incarné avec brio dans mon préféré de ses films, Le locataire (1976).

Après Martin Scorsese, David Lynch, Wes Anderson ou Wong Kar-wai (voir ici), Polanski rejoint le groupe sans cesse grandissant des auteurs qui se frottent au monde de la pub. Il a déclaré au sujet de son expérience :

Un jeu, une pensée, qui grâce à l’amitié et au respect mutuel a pu devenir réalisable. Quand on m’a demandé de faire ce film pour Prada, je ne pensais pas vraiment pouvoir être moi-même, mais la réalité a été tout autre. J’ai pu réunir des gens que j’aime beaucoup. Je me suis attardé sur ce que le monde de la mode représente aujourd’hui, et le fait qu’il y ait tant de stéréotypes. C’est tout à fait fascinant et en même temps, un peu effrayant. Mais quoi qu’il en soit, ces deux côtés ne peuvent être ignorés. C’est vraiment intéressant de réaliser qu’il y a encore de la place pour l’ironie, de l’intelligence et de l’humour. Et je peux vous assurer une chose, Prada est une des marques qui rassemble toutes ces qualités.

À noter que Polanski entamera à la fin de l’année le tournage de D., long métrage basé sur l’affaire Dreyfuss. Détails ici.

À lire aussi :

> Le court du week-end: Deux hommes et une armoire

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • publicité

  • Calendrier

    avril 2008
    L Ma Me J V S D
    « mar   mai »
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    282930  
  • Archives

  • publicité