Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 27 mars 2012 | Mise en ligne à 1h30 | Commenter Commentaires (19)

    The Hunger Games: le jeu du sans risque

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    Le box-office avait faim, et il s’est rassasié ce week-end avec The Hunger Games et ses 155 millions $ d’entrées en salle. Un record en ce qui concerne les recettes pour un film qui n’est pas une suite. Et le tout en 2D s’il vous plaît!

    J’ai participé à ce happening cinématographique, vendredi après-midi. En fait je me préparais à quitter le cinéma Banque Scotia, lorsque, arrivé au deuxième étage, j’ai été aspiré dans un vortex d’enthousiasme juvénile. Une cohorte de jeunes et de moins jeunes visiblement excités se massaient devant les nombreuses salles présentant le film-événement du printemps; et je ne suis pas du genre à refuser un party, aussi impromptu soit-il.

    Il n’y avait peut-être pas d’alcool servi à cette fête, mais j’en suis néanmoins sorti la tête étourdie. Pour être franc, je ne pourrais vous proposer de critique en bonne et due forme aujourd’hui (je vous conseille cependant trois excellentes analyses qu’on retrouve chez The Playlist ainsi que Dead Spin, ici et ici). La raison étant que je n’ai jamais été en mesure de regarder le film dans son ensemble, ayant été trop distrait par certains choix de caractérisation et de mise en scène assez suspects (j’y reviendrai plus tard).

    Oui il y a le récit original, une adaptation du roman dystopique de Suzanne Collins, qui présente un univers futuriste dans lequel 24 ados issus de 12 districts appauvris mènent une lutte à la mort dans le cadre d’une télé-réalité perverse. Une prémisse qui pique assurément la curiosité. Et les performances sont très bien; la magnétique et sensuelle Jennifer Lawrence, probablement l’actrice la plus prometteuse de sa génération, appuyée par de vieux pros comme Donald Sutherland, Stanley Tucci et Woody Harrelson, qui apportent tous une riche dimension à ce nouveau tweenbuster.

    Mais ces éléments n’ont pas suffi à me faire oublier le travail convenu et parfois frustrant accompli par le réalisateur et co-scénariste Gary Ross (Seabisuit), un typique «employé de studio» au service d’une entreprise aux ambitions nettement plus considérables que l’achèvement d’une quelconque vision artistique. On parle en effet de la survie d’une compagnie de production et de distribution canadienne, Lions Gate, qui a tout misé sur The Hunger Games. Le pari a été payant, et c’est tant mieux pour ce sympathique studio. Mais pour s’assurer de remplir les coffres, on a misé sur une déprimante stratégie qui prévaut depuis trop longtemps à Hollywood: l’élimination de tout risque. La possibilité d’une franchise de divertissement de premier plan s’est par conséquent volatilisée.

    Dès le départ, on se trouvait face un obstacle sensible: comment vendre sans scrupule au grand public un film qui a pour propos central le meurtre sanglant de deux dizaines d’enfants? Au moins deux ruses ont été employées pour éviter autant que possible la polémique.

    Conflit manichéen : Les 24 participants des Hunger Games sont choisis par une cruelle loterie qui signifie presque certainement une mort brutale et tragiquement prématurée. Qu’a cela ne tienne, le film cantonne ces participants en trois catégories morales distinctes, au lieu de les présenter comme un bloc de malheureuses victimes d’un régime despotique. On retrouve donc les Anonymes, ces personnages à peine identifiés pour lesquels le spectateur ne peut ressentir aucune connexion (il s’agit d’un raccourci narratif inévitable, pas de reproche ici) ; les Héros, Katniss, son compagnon de district Peeta et une fillette-adorable-au-grand-coeur ; et les Méchants, une bande de blondinets respirant la vigueur et la santé qui font penser à des Aryens en mission dans un camp de jeunesse, n’ayant aucun souci au monde sinon de démontrer leurs aptitudes de survie naturelle ainsi que leur désinvolture face au meurtre. Conclusion: aucune ambiguité émotionnelle n’est permise. Que le meilleur gagne, oui, mais surtout, pas de pitié pour les perdants. Pour paraphraser une fameuse citation de George Orwell, flagrante inspiration pour Suzanne Collins, «Tous les [joueurs] sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres».

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    Montrer sans (trop) montrer : L’aspect du film qui m’a le plus décontenancé – j’en ai développé une véritable obsession: l’utilisation quasi-systématique du gros plan. Cette stratégie de mise en scène s’explique dans un premier lieu par la nécessité de diluer la violence graphique: la réalité des nombreux meurtres étant déléguée autant que possible au hors champ, le cadrage chevrotant accentuant la suggestivité de l’horreur. OK, c’est un film pour ados, va pour le gore édulcoré. Mais ce qui est plus difficile à digérer est le fait que Gary Ross semble sincèrement obnubilé par cette technique, qu’il utilise à toutes les sauces. Quand Katniss chante à sa petite soeur, va chasser avec son arc, prend le train, se fait interviewer par un animateur de talk-show, monte dans un arbre… TOUT est cadré ridiculement serré, comme dans un série B, alors qu’on tente d’illustrer un maximum d’univers avec un minimum de moyens pour les décors et effets visuels. Parle-t-on ici d’un grave manque d’imagination de la part du réalisateur, d’une absence de confiance en ses capacités? À moins qu’il ne s’agisse d’un procédé visant à aplanir l’esthétique visuelle du film? Quoi qu’il en soit, c’est d’un réel ennui. Le gros plan est un privilège, détient le rôle de ponctuation dans une trame narrative. Lorsqu’on abuse de cet outil, il engourdit le langage filmique et, dans mon cas du moins, abrutit le spectateur.

    Ceci étant dit, je ne veux pas donner l’impression que The Hunger Games est un mauvais film. Il contient son lot de qualités, mais en raison de certains choix trop calculés et sanitaires n’est pas parvenu, à mon avis, à réaliser son plein potentiel. Ce qui n’est pas le cas d’un autre film pour ados toujours à l’affiche, exploitant également le thème des jeux de jeunesse dangereux mais qui, contrairement au sujet à l’étude, a embrassé à pleins bras la prise de risque. Je parle du film de party apocalyptique Project X qui, de par le délire dans sa conception et son exécution, a réussi à rendre justice à une certaine folie de l’esprit adolescent. Et, selon le New York Times, mériterait même un prix Nobel pour son «courage». Une qualité que détient certes la vaillante Katniss, mais qui manque cruellement aux maîtres du jeu tirant les ficelles derrière la caméra.


    • Pas mauvais du tout comme film. On est loin de Battle Royale, mais quand même, je préfère voir les jeune se garocher sur un tel film (ou même les Harry Potter) que sur des merdes comme Twilight…

      Jennifer Lawrence, à moins de bifurquer dans un mur de brique, va connaitre toute une carrière…

      Et pour Project X, j’ai apprécié le gamble. Et le faire avec du “handheld” en plus… et ca marche. Tout comme Chronicle, un petite surprise (quoique Chronicle est un meilleur film)

    • “Jennifer Lawrence, probablement l’actrice la plus prometteuse de sa génération”. J’incluerais l’actrice Saoirse Ronan (The Lovely Bones et Hanna) dans cette catégorie.

    • Bon matin,

      Je suis plutôt d’accord avec les points faibles que vous soulevez : manque de nuance des personnages, et d’autres trop typé (les blonds aryens), trop de gros plans successif (c’est fatiguant à la longue de voir les moindres petites défauts de la peau maquillée)s et suspense édulcoré dans la suggestion de la violence plutôt que dans l’acte de violence.

      Encore une fois, une histoire pleine de promesses mais une réalité qui laisse le spectateur sur sa faim.

      Bon mais pas assez.

    • Dans mon cas, je n’ai pas vu le film mais je suis a la fin de la lecture du deuxième livre. J’avoue que j’hésite a aller voir le film de peur d’être déçu… car les livres, ils sont vraiment excellents

    • Bonjour Monsieur Jozef,

      Ne connaissant absolument rien de cette série de livres, j’ai été personnellement enchanté par ce film, à ce point que je l’ai vu en français, je retourne le voir en anglais ce soir (mais il s’agit plus que j’ai assez de connaissance de l’anglais pour comprendre en lisant sur les lèvres des personnages – gros plans oblige – et voir la distorsion entre les 2 langues et vouloir aller à la source) :)

      Personnellement, ce ne sont pas les gros plans qui m’ont plus agacé mais la caméra à l’épaule qui fait que lors de certaines batailles, on perd de la définition des images. Probablement que cela a été choisi comme ça pour éviter que cela soit trop explicitement violent mais comme spectateur cette technique étourdit et frustre un peu. Mais je ne suis pas assez conassainte en façon de faire du cinéma pour rendre compte de tous les aspects techniques qui ont été manqués.

      Mais pour l’ensemble, j’ai beaucoup aimé le films, les acteurs sont bons, la scénique de certaines scèmes sont très belles : l’entrée des jeunes au Capitole avec les costumes en feu de Katniss et Peeta est impresionnante malgré l’analogie flagrante avec les jeux romains qui eux ont réellement existés et qui étaient à tout le moins aussi barbares…. mais c’est une autre histoire. La tension est bien sentie et le fait qu’on ne sait pas si Katniss aime vraiment Peeta ou non, à cause du côté téléréalité de tout ça, fait que moi j’ai accroché solide:) Et je ne suis pas dans le public-cible mais une grande adulte au coeur d’ado :).

      Enfin, d’avoir vu le film et d’être aller me renseigner et lire des potins sur la série, m’ont donné le goût de lire la saga en attendant le 2ème film en novembre 2013. C’est loin!

      P.S.: Ce serait peut-être une idée de se lancer dans le sens de la thématique sous-jacente de la série?

    • Excellente analyse monsieur Siroka. Cela dit, je suis demeuré ambivalent face à ce film bien qu’au final et malgré une caméra sautillante, j’ai vraiment apprécié. Au moins, “Hunger Games” se situe au-dessus de la moyenne. A croire que les bouquins sont la bouée de sauvetage du 7e art. En passant, j’ai adoré les personnages incarnés par Shuterland et Harrelson. Belle brochette d’acteurs.

    • Il est inacceptable que la régie ai classé ce film général. Le fait que la violence ne soit pas explicite ne rend pas le sujet très dérangeant plus acceptables pour les plus jeune. Ça devrait être 13 ans et plus, voir 16.

    • Il serait intéressant de mentionner que les effets visuels ont été fait au Québec

    • Je n’ai ni lu le(s) livre(s), ni vu le film, alors je vais me garder une petite gêne avant de critiquer le film. Mais sur la base des previews et des critiques formulées, ce film me rappelle étrangement Running Man : un excellent livre de Stephen King qui rendait à merveille cet univers futuriste sombre et troublant, mais dont le film hyper-commercial aux couleurs toujours plus vives et brillantes les unes que les autres s’adressant à un public de 13+ ans fut tellement décevant et complètement à côté de l’histoire originale (surtout la fin).

      Y’a des limites à adapter une histoire originale au grand écran. On peut modifier le scénario, augmenter/diminuer l’importance de certains personnages secondaires, mais l’ambiance et l’univers doivent demeurer fidèles à l’œuvre originale, ce qui ne semble pas être le cas ici, surtout considérant les costume au croisement de Kill Bill & de American Gladiators que portent les protagonistes!

      J’ai hâte de le voir pour le démolir d’un malin plaisir en bonne et due forme :)

    • Je n’ai pas encore vu le film mais certaines de mes connaissances l’ont vu et me l’ont raconté… et il semble êtrer la réplique exacte du premier livre…

    • j’y connais pas trop en film coté technique mais ce que j’ai aimer le plus , c’est qu’on sentait la peur de la jeune actrice (l’héroine) IL rendait bien a l’écran la peur qu’elle éprouvait a l’idée de se faire massacrer, de mourir et tout. On voyait la peur l’habité tout au long de la préparation et j’ai adoré. J’ai trouvé que le traitement était réaliste. On n’a pas doter l’héroine de super pouvoir de karaté ou une force débile etc etc

    • ah j’oubliais, j’ai adoré la trame sonore. De plus, il y avait une musique qui était très très similaire a une chanson du groupe Indochine “J’ai demandé à la lune”.

    • Lire la critique de Mathieu Li-Goyette dans Panorama-Cinéma qui va dans le même sens, à propos de cette mise-en-scène poussive et bâclée:

      http://www.panorama-cinema.com/V2/critique.php?id=742

    • Vivement meilleur en anglais! En tout cas certaines répliques qui tombent à plats en français sont beaucoup plus puissantes en anglais. Mais je persisite, tout le film ou presque en caméra à l’épaule est inutile dans certaines scènes.

    • Je ne suis pas d’accord. Pour avoir lu les livres et lu des reportages sur le réalisateur, j’ai une autre opinion. Dans les livres, l’héroïne nous raconte l’histoire. De plus pour avoir entendu le réalisateur ou l’avoir lu. Il explique qu’il a voulu que le spectateur voit se que voit Katniss. Cela explique les plans en gros.
      De plus, dans les livres. Les tributs ne sont pas tous égaux. Ceux que vous appeler les méchants, le son vraiment dans le livre.

      Peut-être auriez vous compris plus le film si vous aviez lu les livres! Et je vous rappelle que nous voyons se que voit Katniss. Donc iriez-vous fraterniser avec des gens que vous aller tuer ou qui vont vous tuer.

      J’espère que vous comprenez mieux l’angle du réalisateur

    • Ennui total: aucune idée de mise en scène, action bâclée. Le pire: on fait une critique de la téléréalité tout en faisant les mêmes choix de dramatisation poussive. Et puis la dystopie est d’une laideur consommée comme la mise en scène: on dirait un gros bingo de tites madames aux cheveux colorés. Wouhou j’ai peur.

    • “on dirait un gros bingo de tites madames aux cheveux colorés”

      Excellent! C’est d’ailleurs l’impression que j’en ai eue après avoir visionné les previews…

    • Le but premier d’un film est le divertissement. Je constate que vous beaucoup d’entre vous aviez maugréé sur des facteurs techniques qui pour la plupart des lecteurs en on rien à faire. La caméra épaule, effectivement, elle est trop présente, au même titre que les gros plans.(Je n’ai pas lu les livres donc, je n’étais pas au courant au moment de la vue du film que cela était lié au point de vue de Katniss. Quoi que j’aurais préféré une caméra de son point de vue (ses yeux) plutôt que de sur utiliser cette technique.)

      Le film n’a de similitude avec Battle Royale que la tuerie de jeune bambin. Dans ce dernier, il est plutôt évident que ce n’est pas un film à l’eau de rose. Il n’y a pas de moral. Hunger games, lui, est grand public. On ne voit rien. Tous laisse place à l’imagination et au final, le film est bien. De là à en faire un deuxième, non , non et non encore.

    • >marty11, quand tu dis de la a enfaire un deuxieme, Non, as-tu lu le livre? parce qu’il y a une suite a l’histoire de katniss.

      bon film, il respecte le livre. Bon acteurs, mais il est vrais que la relation Katniss/peeta laisse a desirer dans le film.

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