Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Samedi 3 mars 2012 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (4)

    Le court du week-end: Têtes parlantes

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    Considéré comme l’un des cinéastes les plus importants de l’histoire de la Pologne, Krzysztof Kieślowski (1941-1996) est également, avec Roman Polanski, celui qui a obtenu le plus de reconnaissance à l’échelle internationale, grâce notamment à sa formidable trilogie Trois Couleurs (les deux hommes ont d’ailleurs gradué de la fameuse École nationale de cinéma de Łódź).

    Voici un passage tiré de WikiPedia relatant ses débuts :

    Il n’aborde pas la fiction, considérée alors comme un mode bourgeois, mais le documentaire, plus en conformité avec le modèle économique de la Pologne de l’époque. Il en réalise une vingtaine, sous forme de courts-métrages, de moyens-métrages ou de documentaires de télévision. Bien intégré dans la société polonaise, il se servira de ses films pour dévoiler les incohérences internes du système. On trouve ainsi généralement dans ses documentaires d’un côté, des individus, riches de leurs forces, de leur détermination et de l’autre la bureaucratie décalée et inopérante par rapport à cette force vive.

    Ses choix artistiques sont une réponse personnelle à l’opacité du système, à la propension de ce dernier à faire taire la contestation et à enfermer la société dans un non-dit collectif. «Ce qui m’intéressait en Pologne pendant les années 70, c’était le monde non représenté. Je voulais décrire ce monde. Vous ne savez pas ce que c’est en France de vivre dans un monde sans représentation». Il s’agit donc pour lui de ne montrer que ce qui est autorisé par la censure, mais en accentuant, par le montage, le son, les choix de prise de vue, les aspects de la réalité qui laissent deviner les rouages implicites du système et les sentiments profonds des individus. La finesse et la force de son regard, la façon dont il le communique au spectateur, malgré les grilles de la censure, font de lui «un des plus grands documentaristes de l’après guerre ».

    Kieślowski a retenu l’attention à l’extérieur des frontières à la fin des années 1980 avec Le Décalogue, une série de 10 téléfilms de 1 heure chacun explorant la dure réalité du prolétariat polonais à travers le prisme des commandements bibliques (précisons d’emblée que Kieślowski était athée, une anomalie dans le plus catholique des pays d’Europe). Deux des films ont par la suite été distribués sous forme de long-métrages, Tu ne tueras point et Brève histoire d’amour. On y découvrait un cinéaste disposant d’un sens de l’observation tout à fait remarquable, combinant le caractéristique «pessimisme polonais» à un délicat et subtil lyrisme, versant parfois dans le symbolisme et même le métaphysique, mais sans jamais se montrer précieux ou pontifiant. Son sujet principal a toujours été l’humain; sa fragilité, sa force, ses doutes, son éternelle quête d’identité et de salut dans un monde cruel dénué de repères moraux.

    Stanley Kubrick a bien su résumer la portée du cinéma de Kieslowski. En parlant du Décalogue : «Ces films ont la très réelle habileté à dramatiser leurs idées, avec un talent si éblouissant qu’on ne réalise que bien plus tard à quel point ils ont profondément atteint notre coeur».

    Je propose pour ce week-end son court-métrage Têtes parlantes (1980), un documentaire de 14 minutes d’une simplicité presque radicale, une sorte de radiographie sociologique présentant les espoirs et désirs d’une variété d’individus (de 1 à 100 ans) à l’orée de la révolution Solidarność, qui allait permettre d’engendrer la chute du communisme dans le bloc de l’Est.



    • Très bel article sur mon cinéaste prféré qui nous a malheureusement quitté trop tôt. L’un des sujets de prédilection de Kieslowski était également l’hasard et les coincidences.

    • Kieslowski, très grand cinéaste; on le voit d’ailleurs dans la photographie tenant à la main ce qui l’a mené à la tombe à la mi-cinquantaine. Dommage car la nouvelle trilogie qu’il préparait (Enfer, Purgatoire, Paradis) — même s’il avait déclaré être en retraite après “Trois Couleurs” — donnait des frissons seulement d’y penser. Ces trois nouveaux films ont d’ailleurs été réalisé par d’autres cinéastes avec des résultats plutôt décevants.

    • Y a-t-il eu des reprises de ce concept ailleurs et en d’autres temps? Ce serait peut-être révélateur ou surprenant sur certains plans et prévisible sur d’autres, mais dans l’ensemble, ce serait intéressant de voir la distance et la similitude dans l’humanité.

    • la_roy. sans être une reprise, Place de la République (1974) de Louis Malle emprunte un peu le même concept: à la volée, des questions sont posées à des passants et des discussions se développent.

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