Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 28 février 2012 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (59)

    David Lynch, maître de la terreur suggestive

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    Une discussion cinéphilique typique peut se présenter comme suit : «Quel est le personnage le plus terrifiant de l’histoire du cinéma?». Voici un sujet maintes fois débattu, et vastement documenté. Le vénérable American Film Institute a dressé sa propre liste, AFI’s 100 Years… 100 Heroes and Villains. Au haut du classement, on retrouve certaines figures peu avenantes comme Hannibal Lecter, Darth Vader, HAL 9000 et Alex de A Clockwork Orange.

    Voilà des choix fort logiques, mais si vous me demandiez quels personnages du grand écran je craindrais le plus dans une ruelle sombre et déserte, je désignerais sans hésiter le duo de choc que sont Mystery Man et le Cowboy, deux créations issues de l’esprit dérangeant de David Lynch que l’on retrouve dans Lost Highway (1997) et Mulholland Dive (2001), respectivement (voir extraits plus bas).

    Ce qu’il y a de particulièrement fascinant avec ces personnages est le fait qu’on ne les voit jamais agir de manière terrifiante. Leur seule apparence inquiétante et leurs mises en garde ambigües suffisent à nous emplir d’un indélébile sentiment de terreur. Lynch s’en remet à l’imagination du spectateur pour provoquer l’effroi. Et c’est terriblement plus efficace que tous ces méchants/monstres (trop) démonstratifs ayant parsemé l’histoire du cinéma.

    Lynch n’est bien évidemment pas le seul qui pratique ce que j’appellerais la terreur suggestive. Un des exemples les plus fameux est l’aileron dans Jaws (1975), alors que Steven Spielberg exploite au maximum le potentiel de suspense et d’horreur en maintenant l’objet de la menace en grande partie hors champ pendant 81 longues minutes. Paradoxalement, dès que le requin se dévoile en entier, la tension se relâche…

    D’autres cinéastes ont misé sur la suggestion comme procédé philosophique dans leur approche de la mise en scène et de la scénarisation. Un exemple contemporain serait Quentin Tarantino, en particulier dans ses premiers films, Reservoir Dogs (1992) et Pulp Fiction (1995). Il s’agit en partie d’exercices brechtiens dans lesquels les personnages donnent l’impression d’avoir une vie mouvementée, colorée et dangereuse mais qui, en pratique, ne font que parler ou réagir à leurs exploits, laissant le soin au spectateur de déterminer la réelle portée (ainsi que la véracité) de leurs assertions. Ce qui permet notamment de mythifier les personnages en question, leur donnant une aura de mystère psychologiquement et artistiquement bien plus intéressante (les criminels de Reservoir Dogs ne sont-ils pas aussi factices que leurs pseudos de couleur? Marsellus a-t-il vraiment tabassé Antoine pour avoir donné un massage de pied à sa femme? Qu’y a-t-il dans sa mallette?, etc.)

    Pour revenir à Lynch, je crois que ce qu’il y a de si efficace dans l’illustration de ses personnages sombres est qu’ils se rattachent à la logique des rêves, ou plutôt des cauchemars, et nous atteignent ainsi dans notre subconscient. Le fait qu’on ne voit jamais Mystery Man ou le Cowboy à l’oeuvre s’explique parce qu’ils représentent les composantes refoulées de l’imagination des protagonistes, ils en sont leur extension. Comme dans un rêve, alors qu’on est à la fois témoin passif et l’unique créateur de notre environnement onirique, on fait face à des situations parfois désagréables qu’on tente de réprimer de diverses manières et dont on se sent (faussement) libéré au réveil. Cette idée que notre plus grand sentiment de terreur relève de notre propre conscient, aussi enfoui soit-il, est ce que Lynch réussit à dramatiser comme aucun autre cinéaste n’est capable de faire.

    À lire aussi :

    > Blue Velvet : derrière la palissade…
    > Messieurs Herzog et Lynch, qu’avez-vous fait?
    > Une suite à Mulholland Drive?


    • En termes de psychanalyse, ne devrions-nous pas plutôt parler d’«inconscient» que de «subconscient»?

      Bref, Mystery Man m’a d’autant plus donné froid dans le dos lorsque j’ai appris que Robert Blake avait lui-même été condamné pour meurtre (corrigez-moi si je me trompe)…

      J’ai justement «googlé» la différence entre sub- et in- juste avant de mettre en ligne. Je pense que j’ai employé le bon terme, mais je peux me tromper! Et, en effet, Blake a été accusé du meurtre de sa femme en 2002, mais a été acquitté au criminel dans un procès controversé. Détails ici. -js

    • J’ajouterais le hobo calciné de Mulholland Dr. D’Abord pour son apparence pas très appétissante, et ensuite pour la forme de son apparition.
      Il s’agit du pire scénario de cauchemar envisageable, celui de raconter un rêve étrange que tu as fait, puis qu’il se réalise devant tes yeux, te faisant littéralement mourir de peur.
      L’ambiance sonore de cette scène, le cadrage et la manière dont le «monstre» entre dans le cadre me hantent encore.

    • Un qui fout carrément les jetons, c’est la version Depp de Willy Wonka, avec sa face de poupée et son rictus permanent. Très certainement inspiré de Michael Jackson dans le style weardo…

      http://www.youtube.com/watch?v=YprASQ8D-Uc

    • @longueuil1993

      Je suis tout à fait d’accord avec ce commentaire. Cette scène là est terrifiante à souhait!

      Voici le lien vers la scène en question – js

    • Les personnages de David Lynch, en effet. Frank dans Blue Velvet ne donne pas sa place, même si moins ‘’suggestif” et plus ”action”.

      Aussi, le personnage de Mister Frost par Jeff Goldblum est franchement très inquiétant (le film a peut-être mal vieilli depuis, remarquez…)

    • Du côté série télé, le personnage Gus Fring dans Breaking Bad est vraiment savoureux. Il réussi à glacer le sang par un étrange contraste de calme, de politesse, de mutisme et d’une froideur calculée digne d’un requin blanc. D’ailleurs, la série en entier est ce qu’il y a de plus raffiné, de subtil, depuis Mad Men, IMO.

    • The mystery man dans Lost highway, terrible! Le plan séquence où il avance avec le son qui se vide…

      bon pour un choix récent, et modeste, j’y vais avec Niels Arestrup dans “Le prophete”, qui joue un chef de clan en prison.

    • Pour compléter votre analyse, il faudrait lire “L’inquiétante étrangeté” de Freud. je ne sais pas si vous faites exprès de ne pas le mentionner, mais l’analyse que fait Freud de la nouvelle de E.T.A. Hoffmann “L’homme de sable” ressemble beaucoup à votre analyse des films de Lynch ici. Si ce n’était pas prévu, c’est tout à votre honneur.

      Je connaissais l’expression «Inquiétante étrangeté», qu’on utilise régulièrement pour décrire l’oeuvre de Lynch, mais pas l’analyse sur la nouvelle de Hoffman. -js

    • Le mystery man de Lynch est très inquiétant, mais on dirait que je ne ressent pas la terreur de la même façon qu’avec d’autres vilains beaucoup plus tangibles.

      Mes personnages les plus terrifiants sont surtout ceux des films de mon enfance, des films relativement moyens, mais qui me faisaient vraiment peur à ce moment.

      Je pense à la fanatique de Misery, au fameux Candyman, à Freddy Kruger.

      Il y a De Niro dans Cape Fear qui m’a vraiment fait peur aussi.

      Mais pour revenir à Lynch, il sait vraiment comment entrer dans dans votre zone de confort et la perturber. J’ai une amie qui a déjà été malade après une crise de panique en regardant Inland Empire…

    • Le personnage joué Javier Bardem dans ”No country for old men” me vient automatiquement à l’esprit quand je pense à un personnage terrifiant. Son discours au proprietaire de la station-service me glace le sang à chaque fois.

    • Les vilains de Lynch sont vraiment particuliers. Ils entretienent souvent un lien fort avec de l’innommable, source de terreur s’il en est. Voilà pourquoi ils suggèrent plutôt qu’ils ne violentent. Un manque est créé chez le personnage (chez nous) et c’est sur lui qu’en définitive échoue l’agressivité; Pullman devant le Mystery Man, Watts et Théroux devant les leurs. L’envers de ça, c’est Frank Booth dans Blue Velvet, aucune suggestions, sans équivoque, il nomme et fait; c’est tout aussi terrifiant, étant donné qu’ici le héro est un adolescent en plein éveil sexuel.

      Le vilain suggestif au suçon, Telly Savalas dans Lisa and the Devil. Sinon, beaucoup d’enfants mon suggéré la terreur au cinéma.

    • je n’aime pas trop les ‘méchants’ de Lynch, ils sont trop onérique, ils sont à la limite du rêves, ou plutôt du cauchemars. un peu comme Freddy. Trop Freudien.

      je préfère ceux qui viennent chercher des craintes plus humaines. qui sont insidieux et plus facile a projeter sur notre entourage.
      mon top 3, Jaws, Jack Torrance et la mère d’Aurore l’enfant martyre.

    • Cher Jozef

      Je vais vous épargner des milliers de dollars en séances de psychanalyse et vous dévoiler votre peur la plus profonde, la plus intime, la plus horrible.

      Vous avez peur des gens qui n’ont pas de sourcils.

      Normal, puisque les sourcils sont comme les pédales d’un piano nommé visage. Sans eux, toute communication faciale devient incertaine, louche, déstabilisante. Et si ce visage non sourcillé vous fait croire que le pire pourrait vous arriver, sans les sourcils vous ne savez pas à quel point il est sérieux. D’où votre terreur.

      Voilà. Ne me remerciez pas, c’est tout naturel.;-)

      Non, permettez-moi d’insister: merci beaucoup! Quel éclairage inestimable ;) -js

    • L’Ismael sans sourcils de Fanny et Alexandre!

    • On peut se demander pourquoi le mystery man doit montrer comment il peut se dédoubler; l’effet de la scène est saisissant, or quel est son but? Est-ce seulement un exercice de style? (combien je peux aller loin dans le monstre cinématographique, dixit Lynch). Le seul jeu de l’acteur en vaut la chandelle: on croirait assister à l’une des apparitions du démon, dans un cadre mondain pour majeur vraisemblance (donc duplication de l’horreur). C’est tout à fait le genre de scène qui aurait pu se dérouler à trois mètres de nous, dans une fête; pour une raison ou l’autre, nous n’aurions pas capté un seul mot de ce qui y aurait été dit, cependant.

      Quant au cowboy, on sent que ça ne lui dérangerait pas de faire du tort au jeune professionnel à lunettes.

    • Le clown dans Poltergeist est terrifiant en passant ;o)

      Et aussi le 6e sens où la tension grimpe et grimpe…

    • Je viens de me rendre compte que je nomme 2 films où il est question d’esprit

      ** Frisson dans le dos **

    • @pierrea

      J’avoir l’avoir bien rit, celle-là.

      HS

      Au cas où certain douteraient que Promotheus n’aille vraiment rien ou peu à voir avec Alien….

      http://blog.ted.com/TED2023/

    • J’aimerais juste souligner un petit détail qu’un prof de direction photo à Concordia m’a fait remarquer jadis. Observez l’éclairage du champ et contre-champ dans le clip de Lost Highway. Vous remarquerez que la lumière sur le visage de Bill Pullman vient de sa gauche alors que sur Robert Blake, elle vient aussi de sa gauche… !

      Je doute fort que cela soit une erreur de la part du directeur photo Peter Deming, mais plutôt un subtile détail que le spectateur absorbe inconsciemment et qui ajoute au caractère dérangeant de la scène.

    • Hans Gruber dans les méchants… je suis comblé!

    • Est-ce que quelqu’un d’autre ici se rappelle du terrifiant Billy Mahoney, le petit garçon qui bat Kiefer Sutherland dans ses rêves dans le thriller de 1990 Flatliners ? (voir le film suivant à partir de 1:44) Ce petit fils de p*te m’avait bien valu 2 ou 3 cauchemars à l’époque !

      http://www.youtube.com/watch?v=gzbgWFpBnr4&feature=related

    • Oui raph1001, c’est donc qu’il doit y avoir identité entre Mystery Man et Pullman, l’ubiquité qu’il lui présente est en réalité la sienne propre. Un effet semblable a lieu dans Rosemary’s baby, lors du souper chez les voisins où la mise en scène force l’identification des deux couples en enfreignant la règle de l’axe.

    • Moi, c’est tout le monde (!) dans Eraserhead. Je me sens physiquement et psychologiquement mal quand je repense à ce film.

      Il y a également Michael Keaton dans Pacific Heights. Ca me mets hors de moi de voir la terreur qu’il fait subir à ses victimes.

    • Whoopi Goldberg n’a pas de sourcils…

    • Bob dans Twin Peaks aussi.

      Est-ce qu’on connait les prochains projets de Lynch?

    • Moi c’est définitivement Zelda…la soeur tout croche de Rachel dans Pet Sematary.
      Hisssshhhhh!!! Un genre de Iggy Pop en robe de nuit.

      http://video.google.com/videoplay?docid=-5893739435612059933

      Et une version ”vintage”:
      http://www.youtube.com/watch?v=oV4nwwgVEc4

    • Pour compléter le trio des personnages terrifiants de Lynch, je suggère Inland Empire. La scène de la vieille dame qui rend visite à Laura Dern au début du film relève du même procédé de cadrage que Mystery Man et le Cowboy. J’ai trouvé cette scène aussi troublante que celle du Mystery Man de Lost Highway.

      D’ailleurs, Inland Empire possède son lot de scènes terrifiantes. J’ai vraiment hâte de savoir quel sera le prochain projet de Lynch.

    • Je suis d’accord avec la terreur suggestive de D. Lynch, par contre les deux personnages auxquels vous referrez sont dans Lost Highway…

      Celui de Mulholland Dr. qui fout la trouille est incontestablement celui-ci:

      http://www.youtube.com/watch?v=Zmu71H_6UAA

      Le Cowboy est dans Lost Highway? -js

    • J´ai adoré John Doe dans se7en interprété par Kevin Spacey, il aussi Roger ‘Verbal’ Kint alias Keyser Söze.

      Buffalo Bill interprété Ted Levine dans le Silence des Agneaux est assez terrifiant.

      Comme méchant j´ai toujours eu un faible pour Hans Gruber. Allan Rickman aussi le Sheriff de Nottingham comme personnage sympa.

      Deux personnages de détraqués que j´aime bien et tous les deux jouer par Gary Oldman. Il y a Stanfield dans Léon et Drexl Spivey dans True Romance.

      Vincenzo Coccotti interprété par Christopher Walken est aussi très aimable! Alex Forrest interprété par Glenn Close dans Fatal Attraction était quand même pas mal comme siphonnée!

      Max Cady dans Cape Fear interprété par Robert DeNiro

    • En fait, le Mystery Man, c’est l’inquiétante étrangeté: le double, les puissances diaboliques, ce qui, selon Freud, “ne fait pas partie de la maison mais qui cependant y demeure”. C”est l’inquiétante familiarité.

    • Le père dans Twin Peaks devient aussi terrifiant que Bob. On vit bien la terreur de sa fille.

      Lou Cipher dans Angel Heart (De Niro). La terreur tranquille du diable qui attend sa proie.

      La marionnette dans le sketch final de In the dead of night de Cavalcanti mais vous êtes tous trop jeunes pour avoir connu..

    • Trelkovsky lorsqu’il se voit au travers de la fenêtre dans la bâtisse d’en face, dans The Tenant… ça frappe fort!

      http://www.youtube.com/watch?v=acVTOXnkYEE&feature=related

      et une scene ou j’ai fait vraiment le saut, dans mulholland drive lorsque les détectives parlent dans le restaurant et qu’on focus sur ce qu’il y avait en arrière du bloc et soudainement….

      http://www.youtube.com/watch?v=nzWDzGxqqa0&feature=relmfu

      !!

    • @saturnin45

      Le clown de Poltergeist se classe effectivement dans le même groupe que les méchants de Lynch. Il ne fait pas grand chose, sauf à la fin, mais on sait qu’il est dangereux malgré son air inoffensif, on le sait au fond de nous, même si le film pourrait se terminer sans qu’il ait fait quoique ce soit. Je déteste ce clown. ;)

    • Tout le succès du film No Country For Old Men se trouve là: dans la suggestion de la violence.

      Vous remarquerez que la violence de ce film n’est pratiquement jamais montrée. On y voit le résultat de la violence mais pas la violence elle-même. L’une des scènes les plus violente de ce film est à mon avis une scène où il n’y en a pas du tout à l’image. Cette scène extrèmement réussie ou Javier Bardem, que le spectateur sait capable d’extrême violence, qui se fait revirer par une femme qui le trouve impoli, Bardem est visiblement irrité, s’avance vers elle afin de probablement lui faire un mauvais parti et une chasse de toilette se fait entendre tout près lui faisant réaliser que si il la tuait, il y aurait des témoins et que ça n’en vaudrait peut-être pas la peine.

      Toute la tension de cette scène est tout simplement très intense.

    • Le nain de Twin Peaks souriait et riait alors que c’était pas très drôle !! Grrr..!! Et que dire de son pas de danse !!

    • Lynch est particulièrement fascinant mais outre ses personnages, j’ai un faible pour le regard tourmenté de Norman Bates alias Anthony Perkins. Du grand art…

    • Effectivement Mystery Man en est tout un.

      Ce qui m’a fait faire des cauchemars, ce sont les films avec des Cyborgs tueur. Déjà quand j’étais plus jeune, je ne supportait les cyborgs sans visage qu’on pouvais voir dans la femmes bioniques.
      Mais celui qui m’a fait peur c’est le Gunslinger dans Westworld. Il n’y a rien de subconscient, mais ce faire poursuivre par un Cyborgs qui va continuer sans relâches, même abimé. J’étais jeune :)

    • Il y a une différence majeure entre le palmarès du American Film Institute (qui fait la liste des 100 meilleurs “méchants”, et votre palmarès qui parle de personnages “terrifiants”. Darth Vader ne terrifie personne de plus de 7 ans, mais c’est quand même un grand “villain” du cinéma. Pas étonnant que les personnages de Lynch ne se retrouvent pas dans le palmarès de l’AFI. Ils sont terrifiants certes, mais trop ambigus, trop mystérieux, pour être véritablement considérés comme “villains”. Il y a dans la liste de l’AFI l’idée manichéenne du Bien contre le Mal. Le cinéma de Lynch va au-delà de cette dichotomie.

    • John Carpenter est pas mal aussi dans la figure du Mal élusif: il y a toujours un vilain clairement identifiable, mais il n’est qu’un avatar représentant quelque chose de plus grand que lui, ou les origines du Mal sont floues, les identités poreuses, ou encore ce qui semblait rationnelle (la folie diagnostiquée de Michael Myers) devient irrationnel (il est immortel). On ne sait jamais contre quoi on se bat dans ses films. the Thing, avec ce monstre informe empruntant le corps des personnages, en est le plus bel exemple. Très sous-estimé Carpenter à mon avis.

      Carpenter, un des grands, et un des seuls cinéastes dont je me suis tapé la filmo intégrale. Avez-vous vu son moyen-métrage télé Cigarette Burns? Peu vu mais saisissant, l’histoire d’un propriétaire de salle paumé qui part à la recherche d’une copie de film qui rend les spectateurs déments! Avec en bonus Udo Kier dans le rôle d’un collectionneur de films millionnaire et forcément très suspect… -js

    • Moi, le seul cinéaste dont j’ai vu la filmo intégrale, je crois que c’est Charles Laughton!

      Non, je n’ai pas vu ses derniers. Intrigant, un nouveau In the Mouth of Madness avec un film plutôt qu’un livre… Le dernier, the Ward, est sorti directement en vidéo, c’est un peu triste (peut-être que c’est vraiment moche).

      Il est dispo à la Boîte Noire, dans un DVD «double feature»… -js

    • C’est drôle que vous mettiez en ligne ce blogue ce matin car j’ai justement vu pour la première fois Lost Highways en fin de semaine et Blue Velvet hier soir. Je dois dire d’emblée que je n’ai pas vraiment apprécié L.H. et que j’ai trouvé plutôt moyen Blue Velvet. En fait, je crois que c’est le style en général de Lynch que je n’apprécie pas particulièrement; on jurerait parfois que le style lent et insidieux ont préséance sur tout le reste dans ses films.

      Perso, Monsieur Mystère m’a laissé plutôt froid; beaucoup trop insaisissable, abstrait, voire absurde avec son maquillage blanc pour générer une véritable tension/crainte. Faut dire que le scénario comme tel – cette dérive hallucinatoire pré-exécution – ne m’a absolument pas touché (contrairement à l’excellent Memento qui mise également sur le sentiment d’illusion et de « flottaison », à The Others, au 6e Sens ou même à Mulholland Dive que j’ai préféré), que je n’aime absolument pas Bill Pulman (surtout les longues séquences silencieuses durant lesquelles on est supposé ressentir quelque chose par le jeu d’acteur de Pullman!) et que Patricia Arquette me laisse plutôt froid. Quant à Frank dans B.V., bof; un vilain parmi tant d’autre, ni meilleur ni pire. Son obsession et son style lui ont conféré une personnalité intéressante et distincte, mais sans plus! Et ses acolytes sont tellement pas crédibles (Raymond notamment!) : plus cliché que les bad boys de Retour vers le Futur, c’est tout dire!!!

      Le top des vilains Machiavéliens est sans contredit Darth Vador.

      Pour ce qui est des freaks, mon préféré est clairement Javier Bardem dans No Country for Old Men pour le style et sa dimension psychologique/ténébreuse, mais les suivants m’ont également traumatisé à un certain point (tel que déjà mentionné par d’autres) :

      • Freddy Kruger (le 1er; j’avais 11 ans quand je l’ai vu, inutile d’en rajouter!)
      • La freak dans Misery
      • Hanibal Lecter (le 1er)
      • John Doe dans se7en
      • Hans Gruber
      • Le p’tit docteur freak dans Hostel
      • La « méchante » dans The Ring (les 2 version : Jap, mais surtout américaine)
      • Joe Pesci dans Goodfellas

      Bref, pour moi, le concept clé est « suggestive/obvious violence/terror with a purpose ». La violence gratuite comme dans Hobo with a Shotgun, très peu pour moi… et la terreur supposément ténébreuse comme dans les films de Lynch, trop distancé/impersonnel/impalpable et j’ajouterais trop artificiellement forcé!

    • On pense aussi à The Fog qui est la suggestion même de la terreur; l’insaisissable terreur impalpable qui encore devient irrationnelle.

    • @zaro

      Bien vu pour les cyborgs tueurs. J’ai fait quelques cauchemars au sujet de Terminator 1 quand j’étais plus jeune!

    • Moi c’était les tritons dans Demetan…

    • On en a peu parler mais cette scène de Fire Walk With Me m’a toujours fait frémir.
      On a surtout l’occasion de revoir de vieilles connaissances…

      http://www.youtube.com/watch?v=Jrof3j72EpA

      Qu’en pensez-vous?

      Elle résume à elle seule le pouvoir de Maître Lynch sur nos émotions ;)

    • …et Von Rothbart dans le dessin animé du Lac des cygnes.

    • Ce qui se cachait dans la maison du film Opération beurre de peanut.

    • Personne n’a trouvé la sorcière de Blair witch project effrayante ?
      Pour rester dans les “films suggestifs” y a les psychopathes de Funny games qui me reviennent.
      En fait, peu de vilains ne m’ont fait réellement peur parce que les metteurs en scène trouvent toujours un moyen de les rendre sympathiques. Dans le cas des films que j’ai cités, c’est difficile, étant donné que dans le premier, son existence elle-même n’est jamais certifiée et dans le deuxième, leur anonymat (ils changent de noms pratiquement à chaque scène) et leur absence apparente d’objectif clair (autre que la violence gratuite) les rendent insaisissables. Quoiqu’on puisse encore dans ce second cas, rentrer dans leur jeu et prendre le film comme une comédie sadique (non, je ne suis pas psychopathe).
      En écrivant, je me suis souvenu du “meurtrier” ou hypnotiseur de Cure de Kiyoshi Kurosawa qui provoque un malaise grandissant le long du film. De plus, il me semble qu’en tant que possible symbole de l’inconscient, ce personnage est beaucoup plus pertinent que L’homme mystère, par exemple, à cause d’une plus grande modestie stylistique chez Kurosawa. De ce point de vue-là, Lynch (que j’adore par ailleurs) peut avoir un côté artificiel et appuyé.

      Pour ceux qui n’ont pas vu les films de Kiyoshi Kurosawa et qui sont en mal de frissons, je vous invite sincèrement à les (re)découvrir (à la prochaine intégrale de ses films à la cinémathèque française à partir du 13 mars, par exemple).

    • Oubliez ces monstres fictifs, tout terrifiants qu’ils puissent sembler. Vous voulez voir l’horreur bien réelle, sournoise, se cachant sous des dehors faussement “repentants” : louez le documentaire DELIVER US FROM EVIL (2006) et écoutez le père O’Grady parler de son passé de pédophile avec une choquante insouciance, le tout entrecoupé des témoignages de ses ex-victimes et des parents de celles-ci croulant sous la culpabilité d’avoir fait confiance à ce monstre qui a brisé la vie de leur enfants …

      Merci pour la suggestion. Et pour ce qui est de l’horreur quotidienne dans les docu, avez-vous vu le perturbant et sublime Brother’s Keeper (1992)? -js

    • Je pense qu’il faut faire une différence avec la notion de vilain en tant que personnage et la terreur suggestive dont parle Jozef. Lorsque leur personnage prend une part importante et active d’un film et qu’il est bien développé, la plupart des vilains suscitent une certaine sympathie, ou du moins, on est capable d’établir un lien avec le personnage.

      Dans le cas de la terreur suggestive, il s’agit plutôt d’un inconfort crée par le réalisateur à l’aide de différents moyens dont des personnages qui restent toujours un peu flous, inquiétants et imprévisibles afin de permettre à l’imagination du spectateur de faire le reste du travail. Dans ce cas, les personnages seuls ne sont pas suffisants car souvent accessoires, ils servent de véhicule. Il faut les enrober avec une ambiance, un trame sonore, des plans appuyés, une photographie distincte, etc.

      Je pense que David Lynch est certainement un maître en la matière. Me vient à l’esprit également le style de Michael Haneke, non pas pour ses personnages ou bien pour la terreur suggestive, mais plutôt, dans son cas, je dirais un inconfort suggestif. À chacun des ses films, je sort à la fin avec un malaise relativement profond, plutôt insaisissable, mais qui est vraiment une signature qui lui est propre (comme Lynch a sa propre signature).

    • @axxon__n

      Bon point avec Funny Games; ce film m’avait d’ailleurs marqué pour le caractère très détaché, mais en même temps très sadique émotionnellement parlant (car en apparence plus accessibles) des 2 psychopathes. Territoires de Olivier Abou était également intéressant de ce point de vue.

      Aussi, comment passer sous silence Mr. Burns dans les Simpsons! :)

      Blague à part, j’aime beaucoup les concepts des films dans lesquels le “bad guy” ne sait pas qu’il est un bad guy. À cet égard, Memento était génial. Take Shelter était également puissant en ce sens qu’on ignorait jusqu’à la fin si on devait craindre le personnage principal ou le prendre en pitié. Kotoko (Shinya Tsukamoto) au dernier FNC était également dans la même veine.

      Enfin, pour revenir à la terreur suggestive, La casa muda (visionnement en salle un must!) était difficile à battre bien que cette terreur ne soit pas associée à un personnage en particulier…

    • Tony Soprano lorsque, pas de bonne humeur, il est assis au bar du Badabing…pas facile pour son barman.

      Le gros en guimauve dans Ghost Busters.

    • Rupert pumpkin dans The King of Comedy de Scorsese.

      Ce film sorti en 83, sans doute le plus sous-estimé de Scorsese, préfigure avec une terrifiante acuité une société où n’importe quel imbécile mu par le désir de célébrité peut réaliser son «rêve».Il n’a aucun talent particulier, pas de vie, comme on dit, mais c’est un archétype humain. Et il va réussir!

      Pumpkin me terrifie car on en rencontre tous les jours des comme lui. C’est la version réelle de Travis Bickle.

      Quand à la liste de l’AFI, c’est dans leurs normes : N&B, Bien et Mal, etc…

      AFI c’est la liste des «méchants» qu’on aime. Car on ne les rencontre jamais (ou très, très, très rarement) dans la réalité.

      Le mal est tellement plus rassurant quand il s’affiche clairement.

    • Oui, il faut absolument que je voie BROTHER’S KEEPER ! (faisant partie de ce sous-genre de documentaires troublants où s’inscrivent THE THIN BLUE LINE, PARADISE LOST 1, 2 et 3, ONE DAY IN SEPTEMBER, DELIVER US FROM EVIL et le dernier doc de Werner Herzog INTO THE ABYSS.

    • @procon.som

      Frank, un vilain parmi tant d’autres? Je remarque que certains de vos personnages terrifiants datent de votre enfance. Je doute qu’un adulte aurait vraiment peur de Freddy Kruger. Par contre, j’en connais plusieurs qui ont été absolument terrifiés par Frank. Frank, c’est comme la version cauchemardesque du type le plus f_cké que bien des adultes connaissent, il incarne une terreur exceptionnelle mais vraisemblable. À côté de ça, Freddy Kruger a l’air d’un épouvantail inoffrensif pour toute personne de plus de 20 ans.

    • Je me souviens d’avoir vu d’affilée en salle, à la même époque, mes 3 pires: Hannibal Lecter (1), Max Cady dans Cape Fear et la ‘folle’ dans Misery. Je commençais à sortir avec un gars à cette époque et il trippait sur ces films. Après le 3e film, je lui ai fait comprendre que s’il tenait vraiment à son chandail (j’avais tellement peur que je m’agrippais après lui….) et que je ne saute pas sur lui dans le cinéma, il ferait mieux de m’emmener voir autre chose, j’en avais plein mon casque. Au fond , c’était peut-être sa tactique pour que je me colle dessus, qui sait. Ça a été la fin de nos sorties de films ‘violents’ et le gars n’a pas duré tellement longtemps non plus. Ah!

      Une autre vilaine: l’autre détraquée dans Fatal Attraction. Gosh, détraquée pas à peu près celle-là…

      Bonne soirée et bons rêves tout le monde!!!

    • Dans Lost Highway, ce n’est pas le personnage dont on parle ici qui m’a semblé le plus effrayant. C’est l’histoire de la cassette vidéo. À mon souvenir, un couple reçoit dans sa boîte aux lettres une cassette vidéo, non identifiée et sans note d’accompagnement. Ils la mettent dans le lecteur : plan fixe sur leur immeuble à condo, puis plus rien. Le lendemain, ils reçoivent une autre cassette. Même image fixe de l’immeuble. Le mari dit : c’est la même cassette qu’hier. Puis, l’image se met en mouvement, la caméra s’approche de l’immeuble, y pénètre, jusqu’à la porte du condo, qui s’ouvre, puis jusqu’à la chambre à coucher, où le couple dort…. puis l’image s’arrête.

    • @pierrea Tout à fait ! Rares sont les vilains cinématographiques qui nous terrifient toujours une fois adultes, mais Frank est de toute évidence un de ceux-là ! On pourrait y ajouter : les deux hillbillies de DELIVERANCE, le mari violent de ONCE WERE WARRIORS, Ray Winstone dans NIL BY MOUTH, Harvey Keitel fou de rage dans ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE et Ben Kingsley dans SEXY BEAST. Au secours !!

    • @pierrea

      Vous avez raison pour quelques-uns des personnages terrifiants de mon enfance, dont Freddy. Par contre, à sa défense, le 1er film était plus terrifiant que les autres!

      Concernant Frank, c’est probablement car dans le film, justement à cause de l’aspect suggestif de la terreur propre à Lynch, Frank se veut un voyou psychotique obsédé qui parle de violence sans jamais réellement passer à l’acte. Il est comme à mi-chemin entre l’incarnation du mal de M. Mystère ou du Cowboy et le mafieux sanguinaire qui passe à l’acte sous la lentille de la caméra : pas assez “ténébreux” pour suggérer une crainte viscérale et inexplicable, mais pas assez sadique pour générer le dégoût envers ses méthodes cruelles (chose que Hobo W.A.S., film que j’ai détesté, a tout de même réussi à faire!). Et si on regarde l’aspect “détraqué-mental” de Frank, à nouveau je peux facilement penser à plus terrifiant : Gainsbourg dans Anti-Christ par exemple était plus effrayante car à la fois complètement déconnectée de la réalité, mais en même temps très plausible, voire accessible (”version cauchemardesque du type le plus f_cké que bien des adultes connaissent” pour reprendre votre expression).

      Perso, un personnage qui m’a fait beaucoup plus “peur”, ce sont les personnages de mafieux incarnés par Joe Pesci qui lui passe à l’acte. D’autre part, une scène en particulier qui m’a marqué à vie, c’est celle où un traitre se fait serrer le crâne dans un étau; ça c’est l’antithèse de la terreur suggestive, mais ce fut très efficace car j’en ai des frissons à chaque fois que j’y pense!

      Bref, à mon avis, Frank était assis entre 2 chaises : pas assez ténébreux et pas assez sadique pour réellement faire peur!

      Enfin, un aspect de la “terreur suggestive” qui n’a pas été mentionné jusqu’à présent, mais que je trouve très efficace lorsque bien jouée (i.e. par un autre acteur que Bill Pullman), c’est celle où on sent qu’un personnage est en train de craquer, mais on ignore quand il passera à l’acte. Sean Penn dans Carlito’s Way (superbe film en passant!) et à nouveau Charlotte Gainsbourg dans Anti-Christ de L.V.T. étaient tout simplement parfaits. On sentait qu’ils disjonctaient graduellement, mais on ignorait quand, dans quelle mesure et de quelle manière ils allaient passer à l’acte… et dans les 2 cas, le passage de la terreur suggestive à la “terreur manifeste” si je puis m’exprimer ainsi a été extrêmement soudain, surprenant, terrifiant et donc efficace!

      Carlito’s Way, quel film puissant quand j’y repense…

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