Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 21 février 2012 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (68)

    Oscars: une affaire de vieux hommes blancs

    Homer-Simpson-and-the-Stonecutters[12]

    Le club sélect de l’Académie des arts et des sciences du cinéma a depuis longtemps été perçu comme une société secrète où les décisions de la plus haute importance – «Et l’Oscar du meilleur … est décerné à… !» – se prenaient derrière des portes closes et impénétrables. Or, il suffisait de faire quelques coups de téléphone, plus précisément quelques milliers de coups de téléphone, afin de lever le voile sur ce faux mystère.

    Dans ce reportage titanesque du Los Angeles Times, 5100 membres votants de l’Académie (sur un total de 5765) ont été individuellement identifiés. Les résultats de cette enquête impressionnante se révèlent néanmoins peu surprenants. 94% d’entre eux sont Blancs et 77% sont des hommes. Les Noirs et les Latinos constituent moins de 4% du groupe. Leur âge moyen est de 62 ans – seulement 14% des membres ont moins de 50 ans

    Cette homogénéité qui ne reflète aucunement le public en salle représente le plus grand sujet de discorde, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de l’Académie. Certains, comme Denzel Washington, insistent pour une forme «d’équilibre» dans le processus d’adhésion. «Si le pays est 12% Noir, rendons l’Académie 12% Noire. Si la nation est 15% Latino, rendons l’Académie 15% Latino. Pourquoi pas?», a affirmé le lauréat de l’Oscar du meilleur acteur pour Training Day (2001).

    D’autres, en contrepartie, ne croient pas que l’Académie devrait prendre en compte les questions démographiques. Frank Pierson, récipiendaire de l’Oscar du meilleur scénario pour Dog Day Afternoon (1975), a déclaré : «Je ne vois aucune raison pour que l’Académie représente la population américaine en entier. C’est là le rôle des People’s Choice Awards. Nous représentons les professionnels du milieu, et si ça ne reflète pas la population générale, tant pis».

    Mais laissons de côté les enjeux sociaux; ce qui nous intéresse vraiment est de savoir comment l’identité monolithique de l’Académie déteint sur le choix des nominations et lauréats en ce qui a trait à la cérémonie des Oscars (et ce qui, par extension, rend cette fameuse remise de prix désuète et monotone aux yeux de nombre de cinéphiles).

    L’âge et le sexe ont aussi provoqué des questions. Les dirigeants de Sony Pictures ont dit l’année dernière qu’ils croient que leur film sur Facebook, The Social Network, a perdu la course au profit de The King’s Speech parce que les voteurs plus vieux ne se sont pas sentis concernés par une histoire à propos de l’internet. Cette année, certains croient que le drame sur le 11-Septembre de Stephen Daldry, Extremely Loud & Incredibly Close, a été sélectionné dans la catégorie du Meilleur film parce qu’il a su séduire des hommes d’âge mûr.

    À noter que ce dernier titre est un des films qui a provoqué le plus de réactions férocement négatives de la part de la critique cette année. Est-ce à dire qu’un vieil homme blanc est automatiquement quelqu’un qui est complètement déconnecté de la réalité? Du moins, cette réalité qui prend en compte le «goût des autres». (Rappelons-nous de Crash qui a coiffé Brokeback Mountain au fil d’arrivée il y a quelques années ou, en 1999, l’année où les Oscars ont perdu toute crédibilité à mes yeux : Shakespeare in Love qui bat The Thin Red Line).

    ryan-gosling-oscarsVoici le point de vue d’Andrew O’Hehir de Salon, qui propose à la fin de son texte ses choix pour son Alternate Universe Academy Awards, alliant les critères «populistes» des MTV Movie Awards ainsi que ceux, «élitistes», du sondage d’indieWIRE.

    Depuis les deux dernières décennies, le goût de l’Académie s’est éloigné de plus en plus de celui du grand public. Et tandis que le mérite artistique est un concept intrinsèquement nébuleux et subjectif, je ne crois pas que c’est ce qu’ils utilisent non plus. Sérieusement, membres de l’Académie – allons prendre un café, et ensuite vous pouvez vous asseoir et me regarder dans le blanc des yeux et me dire que War Horse ou Midnight in Paris ou Extremely Loud & Incredibly Close (pour l’amour de Dieu!) sont de meilleurs films que Melancholia ou Take Shelter ou Coriolanus ou Drive ou n’importe lequel des 30 films auxquels je peux penser?

    À propos – et c’est tout aussi important – essayez de me convaincre que ces films nominés sont un meilleur exemple de ce que Hollywood fait le mieux que ces gros, spectaculaires et immensément populaires films que sont Harry Potter and the Deathly Hallows: Part 2 ou The Twilight Saga: Breaking Dawn Part 1 ou Mission: Impossible — Ghost Protocol. Désolé, mais non. Les voteurs des Oscars choisissent des films qui font se sentir bien les gens qui travaillent dans l’industrie, et ce, pour des raisons qu’un psy très bien payé pourrait peut-être élucider.

    > Mise à jour : la réaction de O’Hehir au reportage du L.A. Times

    Daniel «Harry Potter» Radcliffe propose une des meilleurs explications quant au raisonnement des membres de l’Académie – cette suspicion du populisme conjuguée à une quête de réconfort dans les valeurs sûres – dans cette entrevue : «Je ne crois pas que les Oscars aiment les films commerciaux ou pour enfants, à moins qu’ils ne soient réalisés par Martin Scorsese. Je regardais Hugo l’autre jour, et me suis dit : Pourquoi est-ce qu’il a été nominé et nous pas. J’étais un peu vexé».

    Le mot de la fin à A.O. Scott du New York Times qui, dans sa discussion annuelle sur le sujet avec sa collègue Manohla Dargis, y est allé de cette observation typiquement juste et élégante (et qui rejoint les propos de O’Hehir) :

    Je ne reproche pas à The Artist sa probable victoire. C’est un film charmant, aimable – un film en amour avec les films ainsi qu’avec son propre charme, et par ailleurs rempli de ce cosmopolitisme affable que l’Académie a tendance à aimer. À l’instar de The King’s Speech, The Artist pourrait définir ce que constitue un film à Oscars aujourd’hui: bien fait, émotionnellement accessible et distribué par la Weinstein Company. Les gens qui les voient les apprécient pour la plupart. Mais les films que les gens aiment – tant les films singuliers et ambitieux qui déclenchent les passions et les arguments, que les films de genre immensément populaires et dispendieux qui représentent la vache à lait d’Hollywood – sont confinés aux marges. Ce qui pourrait expliquer pourquoi les Oscars semblent si petits ces temps-ci.

    Je ne sais pas si je peux dire que je comprends dorénavant mieux les rouages des Oscars, mais une chose est certaine dans mon esprit: tout cela n’a pas grand chose à voir avec le cinéma.


    • Bonne photo, quoique déprimante….

    • Tout d’abord, au sujet de la composition de l’Académie, il est clair que cela influence leurs choix.

      Cependant, je ne crois pas que le facteur ethnique soit aussi important que certains voudraient penser. Les étasuniens ont parfois tendance à vouloir polariser les débats autour des questions ethniques (un peu comme au Québec nous le faisons autour des questions linguistiques)

      Je pense que beaucoup de films seront ignorés ou mal évalués simplement parce que la culture cinématographique des membres de l’Académie a probablement été forgée par les âges d’or des années 1950 et 1970. Ce faisant, ils ont tendance à privilégier un mode narratif et une direction artistique très classique, axée sur les ressorts dramatiques et l’esthétisme léché, mais pas trop appuyé.

      Par opposition, les prix européens, où l’étalon est plutôt construit (entre autres) à partir de la nouvelle vague des années 1960, va valoriser l’éclectisme stylistique, l’innovation et les scénarios plus cérébraux.

      Ceci dit, je n’ai aucune preuve scientifique de ce que j’avance, évidemment, ce n’est qu’une hypothèse. De plus, il est difficile de mesurer l’ampleur des jeux de coulisse, mais on peut supposer qu’ils ont un impact certain.

      Donc, je ne crois pas que ce soit la composition monolithique de l’Académie qui soit si importante, mais plutôt la trajectoire cinématographique des États-Unis qui a dicté le modèle dominant à suivre et les standards de qualité qui en découlent.

    • Passablement d’accord concernant les réflexions de Daniel Radcliffe. Alors que “Lord of the Ring” a égalé un record de statuettes (11) avec “Ben-Hur” et “Titanic” je crois, rien de tel ne semble se profiler à l’horizon pour la saga “Harry Potter”. Et que dire de Ryan Gosling et des autres. Etrange !

    • La cérémonie de 1999 m’a également choquée, mais comme je n’avais pas vu Thin Red Line, ce n’était pas pour la même raison. Dans mon cas c’était le choix de Gwyneth Paltrow sur Cate Blanchett dans Elizabeth qui m’avait vraiment choqué. Par contre, mon point tournant est 1995: Forrest Gump qui rafle tout quand Pulp Fiction était en nomination. Mais on pourrait s’amuser pendant des heures à décrier le choix des “winners”.

      1981 : Ordinary People qui bat Raging Bull… -js

    • C’est fini Harry Potter et Daniel Radcliffe aura d’autres occasions de démontrer son talent. Quand même, comparer n’importe quel film d’Harry Potter à Hugo relève d’une certaine mauvaise foi.

      Il n’a pas comparé «n’importe quel» Harry Potter, mais bien le dernier, avec Hugo. – js

    • Je me souviens de mes premiers oscars à 12 ans. Je n’ai pas compris à l’époque pourquoi Annie Hall avait remporté au détriment de Star Wars. Bien que ce soit assurément 2 classiques au demeurant très différents. Ce fut le début d’une longue frustration année après année.

    • On comprend la bourgeoisie de l’Académie qui a son équivalent chez toutes les plaques tournantes du Cinéma dans le monde (regardez ici avec nos Jutras, notamment Starbuck qui a préféré à Café de Flore), sauf à Cannes où le Jury change à chaque année, mais depuis quelques années le jupon dépasse !
      Il y a bien sûr les exemples classiques de Shakespeare in Love, American Beauty, Crash, Slumdog Millionnaire et King’s Speach mais cette année on dirait franchement que les membres de l’Académie sont partis en classe neige tous ensemble pendant le mois de Décembre et ont oublié de voir certains films. Drive ? Ides of March ? The Girl with The Dragon Tatoo? Corolianus ? Take Shelter ? La tendance de la dernière décennie (tout commence avec Shakespeare en 99…) a faire une mauvaise évaluation des films (et de son ambassadeur; je fais référence au départ d’Eddie Murphy à l’animation) et non une mauvaise représentation du public, semble atteindre un sommet cette année. Jozef a bien raison, on dirait que l’Académie se campe dans un rôle autre que critique pour favoriser un certain talent, peut-être celui d’influencer toute une industrie, celui de Harvey Weinstein ? La “business” des films mauvais, pré-fabriqués par certains hommes d’affaires, a complètement pris le dessus sur une industrie de grands talents. Il faut célébrer plus que jamais aujourd’hui, justement, les talents qui nous poussent comme individus à aller plus loin. Il ne faut pas oublier que nous avons, comme spectateur, comme consommateur, le pouvoir ultime sur ces productions. Louez-vous donc “Drive” pour consoler notre ami Gosling et écoutez-le dimanche soir, pendant les (0)Scars animé par la momie Crystal ! Osons choisir avec notre argent et notre temps !

    • “tout cela n’a pas grand chose à voir avec le cinéma.”

      Voilà, tout est dit.

    • L’académie a toujours pencher vers des films qui ne font pas trop de vague. Je pense à l’horrible Titanic ( visuellement génial) qui a tout ramasser en 1997. En ce qui concerne, Ryan Gosling. Il n’est pas mauvais dans Drive mais il joue essentiellement le rôle de Clint Eastwood dans ses films du début des années 70 c’est à dire l’homme de peu de mot. Drive est un bon petit film de série B sans plus. Le récent Animal kingdom est nettement plus intéressant…

    • 5765 membres votants, je n’aurais pas pensé qu’il y en avait autant. C’est beaucoup trop, c’est normal d’arriver avec des films convenus avec autant de voteurs.

      Exemple, la plupart des gens vont être d’accord avec la qualité d’un film comme Hugo. Tu ne votes pas contre Hugo. Par contre un film comme Driver est plus controversé et c’est certains qu’un grand pourcentage des voteurs ne voudront pas le considérer.

      Et la solution ce n’est pas celle de Denzel Washington. La solution serait de créer un comité d’environ 15 personnes, pas plus. Par contre ce devrait être les sommités du milieu. Ils se réunissent ensemble et ils décident des gagnants.

    • “1995: Forrest Gump qui rafle tout quand Pulp Fiction était en nomination / 1981 : Ordinary People qui bat Raging Bull”

      Les Oscars sont remplis de ces exemples choquantes. Mes “favorites”:

      1956: “Around the World in 80 Days” qui bat “Giant”.
      1998: “Shakespeare in Love” qui bat “Thin Red Line”.
      1989: “Driving Miss Daisy” qui bat “Born of the Fourth of July”.
      2002: “Chicago” qui bat “The Pianist”

      Et bien entendu LA plus rigolote injustice de l’histoire des Oscars:

      1941: “How Green Was My Valley” qui bat … “Citizen Kane”.

      Parfois un excellent film gagne, mais ne l’aurais pas mérité comparé à certains films de la même année (parfois sans même une nomination). Par exemple en 1969 avec Midnight Cowboy (un très très bon film), mais comparé à The Wild Bunch ou Easy Rider… ouch.

    • Ce qui est rigolo, c’est que HOW GREEN WAS MY VALLEY est un film magnifique. Un des chef-d’oeuvre de Ford en ce qui me concerne. C’est vraiment pas un bon exemple.

    • @ winslow: j’avoue ne pas être un grand fan de Ford, en fait pas du tout (à part The Grapes of Wrath) donc ça a dû influencer mon opinion pour cet exemple… Je respecte son immense influence par contre (il fut une grande inspiration pour mon réalisateur favoris, Kurosawa, et plusieurs autres en fait) et quand j’ai visité Monument Valley et que je me suis tenu debout sur le John Ford’s Point, j’ai eu un frisson :)

    • “1941: “How Green Was My Valley” qui bat … “Citizen Kane”.”

      Ce qui est rigolo, c’est ce que vous dites. Ce Ford est magistral.

    • Il n’y a pas beaucoup de films meilleurs que War Horse ou Midnight in Paris cette année. Certainement pas 30 en tous cas. M’font toujours rire les critiques amerloques.

    • Je dirais que le problème ne sont pas le biais implicite que les oscars ont envers certain types de films parce qu’il va toujours y avoir des débat sur tel ou tel film devrait gagner ou pas selon tel ou tel critère.

      Le vrai problème c’est plutôt qu’on accorde trop d’importance aux oscars en général. On les considère comme si c’était LE seul vrai prix à remporter pour un film.

    • Pour moi mon moment “jamais plus” est arrivé en 1993 avec Malcolm X qui n’a même pas été mis en nomination dans la catégorie du meilleur film. Finalement Unforgiven remporte la statuette, le film parfait pour les messieurs qui compose l’Académie.

    • Je suis d’accord avec kurtz, la composition ethnique des Oscar n’a qu’une influence mineure sur le résultat des votes. Les Oscar, comme tout gala du genre, célèbrent une industrie, pas un art. On ne cherche pas à nommer le “meilleur” film de l’année, mais celui qui est le plus en phase avec l’idée que l’on se fait de cette industrie. the Artist va gagner parce que c’est une célébration du passé de cette industrie, qui en plus vient de l’extérieur (la France), ce qui le met en plus haute estime que Hugo ou War Horse, qui sont aussi des hommages au passé.

      Crash et Shakespeare in Love sont des films minables, mais ils ont été généralement très bien reçus à leur sortie en salles, le backslash est venu avec les Oscar. “Le goût des autres” est toujours pris en compte par les Oscar, il n’y a aucun gagnant qui a été descendu par la critique ou qui a eu un succès public médiocre. On exagère toujours lorsqu’on dit les Oscar déconnectés de la réalité, ils ne le sont pas plus qu’un large pan de la critique (qui ne se gêne pas pour critiquer les Oscar…)

    • Unforgiven est un chef d’oeuvre, dans le top 5 des meilleurs films américains des années 90. Malcom X? Bof…

    • La première partie de Malcolm X est totalement clichée et indigeste… Unforgiven sans être parfait représente très bien le genre Western.
      Pour ma part je n’ai rien trouvé de spécial dans le Harry Potter 7-B. En fait c’est à mon avis la deuxième pire adaptation du roman de J.K Rowling et n’a pas du tout sa place dans la liste des meilleurs films.
      Il est vrai que l’Académie plébiscite souvent des films qui ont rapport avec l’histoire du cinéma ou l’histoire en général. Bien souvent des films plus originaux ou éclatés vont se faire damer le pion à la fin de la course. Cependant, je crois que Martin Scorsese a très bien exprimé la course au meilleur film l’an dernier lorsqu’il a présenté un prix. Le gagnant rejoindra “Forrest Gump”, the “French Connection”, “Kramer vs Kramer” et les autres rejoigneront “Citizen Kane” “Apocalypse Now” et “Pulp Fiction”. (Je ne me souviens plus des titres exacts)
      Ainsi, peu importe qui sera le gagnant de la cérémonie, l’histoire se chargera de déterminer les véritables classiques du cinéma.

      Le couronnement de “L’Artiste” étant pratiquement déja assuré cette année, on peut tout simplement conclure à des raisons conjoncturelles pour sa victoire. Bien que ce film techniquement très réussi n’aurait été considéré qu’un parmi tant d’autres dans les années 30-40 (de par son scénario), il vient en 2012 exploiter le sentiment que plusieurs ressentent vis-à-vis de notre cinéma actuel. Les productions de masse à coups de centaines de millions de dollars truffés d’effets spéciaux et d’effets 3D pour nous faire oublier la simplicité/stupidité du scénario. “L’Artiste” nous ramène à une époque révolue où tous les artifices modernes n’étaient pas nécessaires et où la simplicité du scénario n’était pas nécessairement une entrave à un bon film si l’on avait de bons acteurs et une mise en scène soignée. Avec la sortie du patron d’Universal cette année qui déplorait la “merditude” de ses propres films et une volonté de retourner en arrière, je crois que le film d’Hazanavicius vient tout simplement résumer le sentiment commun.

      P.S: Drive is the most over-rated movie of the year.

    • Je viens de voir Ze Artiste. Je me suis endormi. Quelques bonnes idées, mais pas la magie du muet.

    • C’est drôle, je lisais Philippe Sollers, qui généralement est un bon critique et qui n’aime pas beaucoup le cinéma, et qui racontait que Shakespeare in Love est un pur chef-d’oeuvre. J’ai ricané.

    • @chiwaw,21 février 2012,21h47: «1989: “Driving Miss Daisy” qui bat “Born of the Fourth of July”.»
      ++++

      Je partage votre évaluation. «Driving…» est un «feel good» movie alors que l’autre constitue un énième jugement plutôt féroce sur la «nation guerrière», et bien fait en plus. Perso, j’aurais salué «Born on…»

      Par contre, ce choix de l’Académie ne serait-il pas le reflet de ce que j’appellerais une certaine fatigue du sujet «jugement sur la guerre du Vietnam» et aussi sur les dérives de l’excès de «patriotisme»? En effet, des films comme The Deer Hunter, Coming Home, Full Metal Jacket, Apocalypse Now et bien d’autres avaient déjà, si on peut dire, fait le tour du sujet encore et encore. Et avaient récolté des nominations ainsi que des statuettes en quantité.

      Et quand on constate l’accueil fait quelques années plus tard à ce bon Forrest Gump qui s’est plutôt permis d’apporter un côté »feel good» à cette guerre, ceci ne confirmerait-il pas cela?

      Sans être un exégète des motivations profondes de l’Académie, il me semble que c’est une explication qui se tient,….un peu. Qu’en penseront les blogueurs qui ont l’air de s’y connaître bien mieux que moi?

    • J’avoue que j’ai bien aimé Shakespeare in Love. Pas le film de l’année mais j’ai passé un bon moment.

      J’ai trouvé King’s Speech très bon également.

    • Beaucoup de propos interessants mais ce critique qui dit pouvoir nommer 30 films meilleurs que Midnight in Paris et War Horse et franchement de mauvaise foi!

    • Qui a du temps à perdre avec les Oscars ?

    • Le plus ironique dans tout ça, c’est que la majorité des gens le long du “spectrum” de cinéphiles semblent “chialer” contre les Oscars: qu’ils soient cinéphiles extrêmes appréciant seulement les films “indie” (e.g. en 2011: Drive, Interrupters, Weekend, Pariah, etc.) à ceux qui aiment les mega Blockbusters (en 2011: à la Twilight, Transformers, Fast-Furious8, etc.). Ces amateurs de cinéma, aussi diamétralement opposés soient-ils, s’entendent sur le fait que les Oscars sont devenus, avec le temps, sans pertinence ou presque (pour ce qui est du cinéma).

      Il va toujours y avoir des désaccords sur le choix du meilleur film par l’Académie; je suis d’accord sur le fait que depuis 10-15 ans, ces désaccords semblent de plus en plus forts et de plus en plus fréquents (e.g. Shakespeare in Love vs. Thin Red Line; Crash vs. Brokeback M.; King’s Speech, etc.).

      Le temps est le seul vrai déterminant des “grands” vs. “bons” films. Pensez à Citizen Kane, Clockwork Orange, Raging Bull, Pulp Fiction, Fargo, Taxi Driver, GoodFellas, Network, ou encore à certains films oscarisés tel Annie Hall, Deer Hunter, Lawrence of Arabia: ces films ont tous “passé” le test du temps. C’est, selon moi, le seul vrai déterminant d’un grand film.

    • Driving Miss Daisy, c’est un feel good racist movie, comme Intouchables cette année.

      Born of the 4th of July n’est pas terrible, surtout une année où il y avait tant de grands films: Crimes et délits, The Abyss, Do the Right Thing, Black Rain, Baron of Munchasen, etc.

    • @cinematographe

      « Crash & Shakespeare in Love sont des films minables » & « Unforgiven est un chef d’œuvre »
      Habituellement, je suis d’accord avec vos propos, mais aujourd’hui vous semblez vous être inspiré du style très tranché de Unholy_Ghost! Crash n’était pas minable (malgré qu’il n’aurait peut-être pas dû gagner; honnêtement, de combien supérieur Brokeback Mountain lui était-il?) et je ne crois pas que Unforgiven était un chef-d’œuvre. D’ailleurs, à bien y penser, Shakespeare in Love n’était pas du tout minable non plus; il était clairement supérieur à la moyenne (et à nouveau n’aurait pas dû gagner!), mais de là à le qualifier de film minable…

      J’ai clairement préféré Pulp Fiction (un chef d’œuvre selon moi) à Forrest Gump (un très bon film selon moi), mais ce n’est pas parce que l’un figure parmi les meilleurs que l’autre est nécessairement merdique!!!

      Pour certains, le film de 92 c’est Reservoire Dogs; pour moi, le film de 92, c’est Mon Cousin Vinny (blague… mais j’ai bien aimé tout de même!!!)

      @ atticusfinch & Kurtz

      D’accord avec vous !

      @Unholy_Ghost

      The Abyss était très bon, mais comme feel good movie, c’est pas mal le prototype parfait!

      Quant à Black Rain, à l’époque âgé de 12 ans, j’ai attendu en vain sa traduction française (tout comme Next of Kin qui ne fut jamais traduit, pas plus que Brother Where are Thou que j’ai vu en fds; excellent!); faudra bien que je le loue un jour!!!

      @tous

      Les Oscars ne sont qu’un autre baromètre parmi tant d’autres ; ils ne sont ni pire ni mieux qu’un festival du film d’horreur, du FNC, de Sundance ou d’un quelconque obscure festival. Ils consacrent des films répondant à leurs critères subjectifs de ce que constitue un bon film. Pour moi, c’est lorsqu’un film remporte des prix dans plusieurs festivals qu’il se démarque vraiment de la masse. Perso, j’ai adoré Le Quattro Volte en 2010, mais pour certains aspect bien particuliers. Il ne faut pas s’attendre à ce que les Oscars l’encensent, alors qu’un film comme Fighter, King’s Speach ou Biutiful font plus facilement consensus et c’est tout à fait normal que ce soit ainsi.

      Mes 2 films de 2012 : La peau que j’habite et Melancholia

    • @ProCosom.com

      Shakespeare in Love est dans mon top 5 des films que j’ai eu envie à chaque instant d’appuyer sur stop pour passer à autre chose et que je regrette encore de ne pas avoir fait…

      Et pour Unforgiven, c’est l’un des rares films des dernières années que je peux utiliser “chef d’oeuvre” sans hésitation, c’est la pièce maîtresse d’un des plus importants réalisateurs contemporains.

    • @cinematographe

      Dans ce cas, faudra que je revoie Unforgiven que j’avais trouvé bon sans plus la dernière fois que je l’ai vu.

      Quant à Shakespeare, chacun a droit à ses films fétiches et ses films maudits. Pour Unholy, c’est le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, vous c’est Shakespeare in Love, moi pour les dernières 5 années disons, c’est ex aequo Wanted (2008) & Hobo with a Shotgun!

    • Oups, j’ai oublié Indiana Jones 4 parmi mes films maudits… ex aequo avec les 2 autres!

    • Il ne faut pas oublier la réception des films lorsqu’on évoque ces erreurs abérrantes dans les prix. Le temps qu’un film prend à s’implanter dans l’imaginaire collectif n’est jamais le même: voir Citizen Kane vs How Green was my Valley. Thin Red Line ne pouvait peut-être simplement sortir grand vainceur d’une telle cérémonie; ses avancées, entre autre au niveau du montage, étaient peut-être trop nouvelles, trop rapides? Le noir et blanc de Raging Bull trop audacieux pour l’époque? Le jury n’a pas d’excuse, il doit voir toutes les oeuvres, mais il reste confronté à ce genre de délais dans la réception, qui peut varier d’une semaine à des décennies. Des films comme Valhalla Rising ou Drive, ou Curling plus près chez nous, vont peut-être gagner, avec les années, une reconnaissance plus épanouie et plus fidèle à leurs valeurs, voire à leur influences.
      Crash est bel et bien minable.

    • Rien à redire sur les Oscars ces deux dernières années, le meilleur des films en nomination a gagné.

      Pour Shakespeare In Love, ce film est une intelligente comédie et est bourré de références à l’oeuvre de Shakespeare, la plupart passant totalement au-dessus de la tête du commun des cinéphiles. Pour une fois qu’une comédie gagne le gros prix, on ne peut pas se plaindre. Il y a eu de plus gros vols que ça: LA Confidential, Crouching Tiger Hidden Dragon, The Queen (ou Pan’s Labyrinth), Goodfellas, Crimes and Misdemeanors, Hannah and her sisters, The Purple Rose of Cairo…

    • La politique des quotas c’est le fun quand on l’applique chez les fonctionnaires, dans les universités ou chez Mc Donald.

      Si on choisit un fonctionnaire par rapport à la couleur de sa peau, son handicap ou son sexe plutôt que son talent, ça n’est pas très grave: le fonctionnaire, même avec trois bras, aura certainement un rendement négatif, les quotas ne pourront même pas empirer la situation.

      Comme beaucoup de diplômés finissent chômeurs ou dans le “prolétariat du tertiaire”, là encore, quelques diplômes donnés en cadeau n’auront pas d’impact statistique.

      Jusqu’ici tout va bien…

      Le problème, c’est quand nos Calinours-généreux-avec-l’argent-qu’ils-n’ont-jamais-gagné-eux-mêmes viennent se mêler d’un business rentable comme Hollywood et veulent appliquer leurs recettes idéologiques rescapées d’un kolkhoze.

      Les vieux hommes blancs qui composent l’Académie et/ou la Weinstein Company ont gagné leurs places à force de talent et de travail. Ils ne sont pas là grâce à des quotas, mais parce qu’ils ont fait d’Hollywood une industrie rentable.

      Une industrie qui n’a pas besoin de subventions gérées par des Calinours et des fonctionnaires pour exister.

      D’ailleurs, si j’avais 1 000$ à placer, je les confierai plus à ces vieux hommes blancs de l’Académie ou de la Weinstein Company plutôt qu’à des gens choisis par quota ou à des journalistes-fonctionnaires comme Andrew O’Hehir ou A.O. Scott.

      Derrière la réussite d’Hollywood et du système de l’Académie (où est la concurrence? Cannes? Please…), il y a du travail, pas des calinourseries.

      Mais les personnes aux idées simples voient juste la lumière des projecteurs, pas ce qu’il y a derrière:

      “Pour dire la vérité, 400 pages imprimées font 80 000 pages à la main. Le lecteur n’est pas forcé de le savoir. Il ne doit même pas le savoir. C’est l’affaire de l’auteur à effacer le travail. Vous mettez le lecteur dans un paquebot. Tout doit être délicieux. Ce qui se passe dans les soutes, ça ne le regarde pas. Il doit jouir des payasages, de la mer, du cocktail, de la valse, de la fraîcheur des vents. Tout ce qui est mécanique, ou servitude, ou service, ne le regarde pas du tout.” Céline

    • Parlant de Shakespeare. Le Molière avec Romain Duris et Fabrice Luchini est vraiment bon. De la comédie de haute voltige.

    • @rafc

      Si vous considérez vraiment Crash (2004) comme un film minable (« minable » signifiant, désolant, pitoyable, donc classé entre 0 et 3 sur 10 disons; à ne pas confondre avec « faible » qui signifie en-dessous de la moyenne ou « médiocre » qui signifie moyen, sans se démarquer de la masse!), film que je considère pourtant comme étant meilleur qu’au moins 80% des films que j’ai vus dans ma vie (donc classé n’importe où entre 6 et 9 sur 10 selon les critères servant à l’évaluation), j’aimerais bien obtenir la liste exhaustive de tous les films que vous avez vus dans votre vie et que vous considérez supérieurs à Crash. Je suis persuadé que j’y trouverais plusieurs « anomalies »!

      Mon impression est qu’il y a beaucoup d’élitisme et de mauvaise foi dans vos propos (et dans ceux de plusieurs autres amateurs du 7e art) car Crash et ses équivalents est un peu trop mainstream à votre goût… vous me faites d’ailleurs penser à un bon ami à moi, fervent de cinéma d’auteur, qui refuse catégoriquement de regarder tout film de Quentin Tarantino (tout spécialement les 2 Kill Bill) par principe car Q.T. n’a apparemment pas donné tout le crédit requis à l’auteur original et ce pour plusieurs de ses films. Pourtant, comment peut-on se priver volontairement de Pulp Fiction et Kill Bill (la scène dans l’hôpital au début du 1er est jouissive!).

      Dans la vie, tout n’est pas nécessairement noir ou blanc, surtout en matière de préférences cinématographiques. On peut très bien apprécier Nuit #1 et Melancholia entrecoupés de Kill Bill et Starsky & Hutch (2004)!

      @ kirk09

      Bien d’accord avec vous : Star Wars s’est fait voler, rien de moins!!!

    • Salut Pro. Je ne note pas les films avec une note d’un à dix. Mes goûts sont, comme vous le laissez entendre, très anormaux et de spectre étrange, comme toute personne le moindrement sensible. Une seule raison, aussi personnelle soit-elle peut rendre un film minable à mes yeux ou encore exeptionnel. Pour répondre à votre deuxième paragraphe, mon idole est Pierre Ménard (cela dit sans élitisme aucun).

    • Permettez moi d’être en désaccord avec l’idée que la composition ethnique de l’Académie n’a rien a voir avec les nominations. Ça explique les nomination de pablum indigestes comme The Help ou The Blind Side, et j’inclue aussi Crash. Si vous avez une histoire concernant une minorité et que vous voulez qu’il se rende aux Oscars, il ferait mieux d’avoir un (ou une) protagoniste blanc(he) ou qu’il soit conté du point de vu blanc (comme Mississipi Burning) afin que les membres de l’Académie ne soient pas aliénés.

      Ceci dit, j’adore les western et avait aimé Unforgiven donc j’étais contente qu’il gagne.

      Malgré tout, je trouve que l’Académie ne reconnaît pas assez les films plus commerciaux, LOTR étant le dernier à ce que je sache. Je sais que certain, *tousse*Cassivi*tousse*, trouvent que ce genre de film n’ont pas leur place aux Oscars mais je crois qu’un film commercial bien mené y a sa place.

      Et petite tangente par rapport au sujet de ce billet, un article chez Slate au sujet des documentaires qui sont les grands négligés des Oscars.

      http://www.slate.com/articles/arts/culturebox/2012/02/tabloid_senna_the_interrupters_and_other_documentaries_overlooked_by_the_academy.html

    • @la_soldate

      Le racisme latent des films que vous avez nommé semble passer inaperçu pour bien du monde, peu importe la couleur de peau. Precious était soutenu à fond par Oprah et Tyler Perry et, même s’il n’y a pas de Blancs sauveurs dans ce film, le portrait de la communauté noire n’y était pas moins stéréotypé. De toute façon, il s’agit de cas qui surgissent de temps à autre, peu représentatif de ce que les Oscars favorisent en général, et qui ne se rendent rarement jusqu’aux grands honneurs. La composition ethnique influe les nominations, c’est certain, mais je ne crois pas que la différence soit majeure.

    • Crash, c’est comme le gars qui commence toutes ses phrases par “J’suis pas raciste, mais…”

    • @ cinematographe: WOW, c’est bien la meilleur synthèse que j’ai entendu de Crash! :-D

    • Il y a une couple d’années je me suis lancé dans une expérience qui m’a bien ouvert les yeux. Ça a commencé quand je me suis amusé à regarder le ImDB Top 250, et voir combien de films dans cette liste j’avais vu. Je crois que ça tournais autour de 150. Il y a avait donc 100 films que je n’avais pas vu pourtant considéré par le public de ce site comme des chef d’oeuvres.

      Pendant un an je me suis donc mis à TOUT regarder ce que je n’avais pas vu de cette liste. Ce fut une expérience magnifique et mémorable. Les grands films que j’ai vu, à couper le souffle. Peut-être seulement 4 ou 5 déception.

      Quand j’en suis arrivé à bout, j’étais accro, et j’ai décidé de me lancer dans une nouvelle liste. Cette fois la liste de tout les gagnants des Oscars.

      Ouf.

      Ayoye.

      J’ai fait quelques bonnes découvertes ici et là mais peu. Il faut dire que les meilleurs films Oscarisés étaient déjà dans le ImDB Top 250, mais j’ai trouvé tout de même que ça faisait beaucoup de films médiocres ayant mérité un prix si élogieux.

    • @ ProCosom.com: “refuse catégoriquement de regarder tout film de Quentin Tarantino [...] par principe car Q.T. n’a apparemment pas donné tout le crédit requis à l’auteur original et ce pour plusieurs de ses films.”

      À ce que je sache, Tarantino n’a jamais caché, au contraire clame haut et fort qu’il pige allégrement chez les géants qui l’ont précédé. Peu de cinéastes de cette génération a une connaissance cinématographique aussi large et profonde que QT.

      Et si votre ami se révolte à l’idée de copier les géants qui nous précède, il devrait peut-être écouter l’avis d’un certain Coppola… :-)

      http://www.youtube.com/watch?v=7X7cLCjxogM

    • Chiwaw, vous avez fait la liste des Cahiers du Cinéma?

    • 100 films: http://www.cahiersducinema.com/100-FILMS.html

      Leur liste annuelle depuis le début (68, année québécoise): http://alumnus.caltech.edu/~ejohnson/critics/cahiers.html

    • Ce débat me ramène à l’un des récents billets de M.-A. Lussier qui a pris la peine de souligner la sortie de Mathieu Kassovitz qui, fidèle à lui-même, et probablement frustré du succès en demi-teintes de son dernier film, ne s’est encore une fois pas gêné pour s’insurger contre une industrie du cinéma français de plus en plus à couteaux tirés avec un metteur en scène ayant pourtant connu une consécration très précoce.

      http://blogues.cyberpresse.ca/moncinema/lussier/2012/02/14/kassovitz-et-le-cinema-francais-la-guerre/

      Je me permets donc, le temps d’une réplique, de faire bifurquer le débat sur le cinoche français. D’autant plus que même si l’intervention de Kassovitz a du vrai, elle me semble également être d’une mauvaise foi des plus affligeantes. Bref, les déclarations incendiaires de M. Kassovitz me semble dans l’air de ce qui fut dit ici et nous prouve que dans ce genre de contentieux, certains intervenants ne semble pas toujours aider leur cause.

      Kassovitz vient de réaliser un film médiocre, ampoulé et d’un didactisme aberrant accueilli avec tiédeur par la critique et voilà qu’il se permet de venir pleurnicher devant des dizaines de millier de téléspectateurs sur le «conservatisme» d’une industrie qui «n’ose pas» et qui récompenserait uniquement les succès populaires…

      Comble de l’incohérence, Kassovitz était sur le plateau pour faire la promotion d’une comédie romantique fleur bleue et insipide calquée sur une kyrielle de nunucheries déjà-vues…

      C’est d’autant plus être mauvais prince que de savoir pertinemment que le cinéma français a justement tendance à souligner l’excellence d’un cinéma d’auteur (plus audacieux, intime, etc.), reconnaissance et consécration qui s’opère d’ailleurs très souvent au détriment d’un cinéma commercial qui doit presque toujours se contenter d’un plébiscite public et qui ne se gêne pas pour dénoncer l’élitisme d’une académie des Césars déconnectée de la faveur populaire et qui s’entêterait à faire fi de l’opinion spectatoriale.

      ***On soulignera, parmi tant d’autres, la montée au créneau de Dany Boon qui se demande probablement encore aujourd’hui comment un film qui a su enchanté le tiers de la population hexagonale (les Cht’is) n’a pas pu trouver grâce aux yeux des Césars…

      Notons néanmoins qu’un film comme Intouchables semble avoir trouvé une position mitoyenne sachant finalement concilier encensement public et une faveur critique s’étant finalement concrétisée en une flopée de nominations à la cérémonie annuelle des Césars.

      Bref, comme quoi il y a des (in)justes retours du balancier.

    • Hmm, pas une seule personne ici qui n’ose mentionner cette autre indéniable réalité qui pèse parfois lourd dans la balance et que Spike Lee a déjà souligné en 1998 alors qu’il était en nomination pour son excellent documentaire FOUR LITTLE GIRLS et qu’il y avait parmi les autres nominés le film THE LONG WAY HOME (un documentaire sur l’Holocauste). THE LONG WAY HOME remporta l’Oscar (bien sûr) et lorsqu’on demanda à Lee s’il était déçu, il a eu ces mots : ” No, because one of the films was a Holocaust film (The Long Way Home). I think 15 or 16 Holocaust films have won the short and feature-length categories. I’d rather be the Knicks playing the Bulls at the United Center down by 20 with 10 minutes left–those odds are better than going against a Holocaust film.” Pas faux … (Bonne chance à notre M. LAZHAR, en nomination entre autres contre IN DARKNESS, un film sur … l’Holocauste ! Yikes !!)

    • Je ne comprends pas pourquoi nous persistons à débattre ad nauseam année après année de cette pseudo pertinence, de la complaisance et de la promiscuité de ces remises de prix que nous savons tous incestueuses. Ça et là, on assiste à quelques soubresauts intéressants, Oldman nominé pour TTS, quelques rescapés de Sundance dignes de mentions dans les catégories d’interprétations (Jennifer Lawrence, John Hawkes, pour Winter’s bone, etc.) des choix plus ou moins «audacieux» qui suffisent à donner bonne conscience à une industrie où l’idiosyncrasie des nababs est portée aux nues et fait encore la loi.

      Mais au bout du compte, l’exercice auquel on se prête tient d’un certain enfonçage de portes ouvertes qui vient nous frétiller les tympans à la même période à chaque année.

      Toujours la même rengaine, chaque magazine sort les griffes l’un après l’autre: W aurait dû être nominé, X n’est là que pour la reconnaissance de l’ensemble de son oeuvre, Y mériterait de l’emporter, mais ça sera remis à Z parce que sa pudibonderie tombe davantage dans les bonne grâces d’Hollywood que la badboyness dudit Y.

      Comme l’un de vous l’a de toute façon mentionné, l’Oscar aura beau consacré Saving Private Ryan, l’Histoire, quant à elle, retiendra de toute façon The Thin Red Line.

      Et au fil d’arrivée, c’est tout ce qui compte.

    • @ghost
      Cette liste des Cahiers a été faite en quelle année? En y jetant un rapide coup d’oeil (et retrouvant plusieurs grands films), j’ai l’impression que le film le plus récent est Mulholland Dr qui date tout de même de 2001. Est-ce que cette liste date du début des années 2000, ce qui expliquerait l’absence de film des 10 dernières années ou bien Les Cahiers souffriraient-ils du syndrome de la nostalgie?

    • Et qui se souvient de CAVALCADE (1933), qui remporta l’Oscar du meilleur film contre l’immortel KING KONG ?!!

    • @cinematographe: je persiste à croire tout de même que cela reflète leur choix dans les films nommés. Je me rappellerai toujours lorsque Ernest Borgnine a affirmé que jamais il aurait voté pour une abération telle que Brokeback Mountain. Je ne crois pas qu’il soit dans la minorité.

      @twolaneblacktop: J’y ai pensé mais j’ai préféré me taire là-dessus. À la place je citerai ma mère qui, en voyant le film sur l’holocauste sur la liste des nommés pour le film étranger, a dit: “Bye, bye Mr Lazhar”.

    • @ unholy_ghost : très bonne idée, je viens justement de finir la AFI (ultra courte, seulement 2 films que je n’avais pas vu), et était donc à la recherche d’une nouvelle liste :)

      À vu d’œil il y a une tonne que je n’ai pas vu là dedans.

    • @Chiwaw,

      Je vous propose le top 1000 de They Shoot Pictures Don’t They qui se base sur un vote de nombreux réalisateurs/auteurs/critiques d’un peu partout dans le monde.

      Pour d’autres listes, vous pouvez vous inscrire sur Icheckmovies, on y retrouve pas mal toutes les listes importantes, officielles ou non (comme les 1000 films essentiels à voir selon Jonathan Rosenbaum).

    • chiwaw, c’est la meilleure liste que j’ai vu. Pour répondre plus haut, ils ont demandé à 78 critiques et historiens triés sur le volet de donner leur liste de 100. Pourquoi il n’y a pas de films récents? Peut-être parce que le temps n’a pas fait son oeuvre: chaque critiques aimaient des films récents différents. Par ailleurs, dans ce genre de liste, il n’y a souvent que des films depuis les années 70, puisque les gens qui les font sont généralement incultes…

    • chiwaw, si tu achètes le livre sur cette liste, il y en a plus que 100, puisqu’on a ceux qui suivent.

    • Il y a aussi la liste de Rate Your Music.

    • Je suis allé jeter un coup d’oeil à la liste de They Shoot… qui se tient annuellement. Elle à belle allure. Ce qui ma frappé, c’est qu’on remarque que tout recemment, Fritz Lang a doublé Ford pour ce qui a trait au nombre de film présents dans la liste, 16 Lang, 15 Ford.

    • Je récompense moi-même les artistes que j’aime en achetant leurs disques ou en allant voir les films en sale, ou encore, j’achète des DVD. En plus, comme je suis bizarre, les artistes que j’aime sont rarement nominés pour quoi que ce soit. Ces trucs de galas, je trouve ça lourd et ennuyeux, et je ne compte pas sur ça pour découvrir de nouvelles choses… Je me demande d’ailleurs si ces cérémonies sont aussi populaires qu’on le prétend. Et ou serait donc le but de supporter un jeu ou les dés sont pipés…

    • Je trouve assez amusant d’entendre Washington, qui a gagné deux oscars pour des performances correctes, mais qui n’en méritaient pas, se plaindre du racisme des Oscars… Sans parler d’Halle Berry dans monsters balls, un des films les plus chiants jamais nominés…

      Et Malcom X, ne me faites pas rigoler, cher monsieur… C’était un film totalement indigeste, très important pour la communauté noire, certes, mais nominé surtout pour cette raison… Unforgiven est devenu un classique. Malcom X? Euh…

      Tout est une question de goût, de toute façon… Il y aura toujours plus d’amateurs pour une comédie romantique bien ficelée que pour un film comme the thin red line, qui est magnifiquement joué, mais qui est long et chiant à se jeter par une fenêtre.. Idem pour Born on the fourth of july, qui est de loin un des films les plus dôles jamais tournée, Oliver Stone ou pas…. De là à faire passer ça avant L.A. Confidential ou Goodfellas, comme dans un des précédents commentaires, il y a de la marge…

      Peu m’importe qui gagne, car je n’attends pas le jugement des autres pour me faire ma propre idée d’un film, mais quand on commence à se dire: on devrait faire gagner celui-ci cette année, parce que ça fait longtemps qu’on n’a pas fait gagner un acteur de telle ou telle couleur, aussi bien mettre la clef sous la porte…

    • Oui, pas mal la liste de They Shoot, très classique et avec un peu trop de films américains (ce qui arrive quand il y a surtout des américains qui choisissent).

    • La liste des 1000 meilleurs films du NY Times est aussi interessante:

      http://www.nytimes.com/ref/movies/1000best.html

    • La liste du NY Times est particulièrement risible, tant qu’à moi.

    • Pourtant ils ont des chefs-d’œuvre comme Bettlejuice et Beverly Hills Cop.

      Non mais sérieusement, si tu veux mettre un Eddie Murphy au moins mets Coming To America, son classique.

    • Ça m’énerve quand je vois “Ran” dans les listes de grands films pour représenter Kurosawa. C’est un film bien, mais à des années lumières d’une TONNE de chef-d’œuvre que ce réalisateur nous a légué. Il doit bien y avoir au moins 15 ou 20 Kurosawa qui devraient être nommés avant celui-ci…

      Je n’ai pas vu tous les AK, mais mon préféré est Entre le ciel et l’enfer, sorte de thriller-film noir à la japonaise impeccable. -js

    • @ Jozef: Oui! “High & Low” est le film le plus Hitchcockien de Kurosawa et un de ses meilleurs à mon avis. La scène finale où Mifune fait face au criminel dans la prison me restera toujours gravé en mémoire…

    • @ Jozef: en fait si tu as aimé High & Low je te conseille fortement Stray Dog, qui est le Kurosawa Film Noir, encore meilleur que High & Low dans le genre policier/criminel.

      Et l’histoire va sûrement te rappeler quelque chose car il a inspiré plusieurs films: un jeune policier se rends compte qu’il a perdu (ou s’est fait voler) son revolver, et tente de retracer où il a bien pû le perdre, le forçant à s’aventurer dans le milieu criminel du Japon de l’après guerre.

      Une des première collaboration entre Kurosawa & Mifune, et une des mes préférés.

      Merci, c’est noté. -js

    • @JimD

      Je crois que Washington le méritait pour Training Day…

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