Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 15 février 2012 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (11)

    À propos du prologue de Midnight in Paris

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    Avec Midnight in Paris, Woody Allen a signé un de ses plus grands succès en carrière. La critique, qui s’était montrée généralement moins compatissante envers le légendaire cinéaste depuis quelque 15 ans, a été majoritairement élogieuse. Le public, quant à lui, a répondu à l’appel avec des entrées en salle record pour une oeuvre de Allen. Enfin, pour couronner le tout, les membres de l’Académie ont cité Midnight in Paris dans quatre catégories, dont celle du Meilleur film. Une première distinction du genre pour Allen depuis Hannah and Her Sisters, il y a un quart de siècle.

    Grand admirateur de Woody, j’admets que j’étais pas mal vendu d’avance avant d’appuyer sur play, il y a quelques jours. J’étais cependant un peu nerveux pendant le générique puisque j’avais lu à plusieurs reprises des remontrances au sujet du prologue, qui était invariablement décrit comme une série de cartes postales filmées par un cinéaste-touriste hébété par la grandiloquence de la Ville Lumière.

    Je dois dire que je ne partage aucunement ces opinions négatives. Au contraire, cette séquence est selon moi le meilleur élément du film. J’y ai vu une sorte de collage faussement naïf qui se veut une mise en garde contre les effets pervers de la nostalgie, ce qui s’est avéré en fin de compte un des thèmes principaux du film, mais qui est explicité d’entrée de jeu de manière bien plus éloquente et artistique qu’à travers le récit qui suit.

    Au gré de recherches sur le web, je suis tombé sur cette merveilleuse analyse écrite par Kent Jones de Film Comment, qui articule mes impressions à ce propos bien mieux que je ne saurai le faire :

    La séquence d’ouverture de Midnight in Paris suscite forcément des comparaisons avec la glorieuse symphonie urbaine en miniature de Manhattan (1979) et, peut-être à première vue, de la perplexité. Alors que le film antérieur construit un magnifique crescendo au rythme enlevant de Rhapsody in Blue, le prologue de Midnight, accompagné par Si tu vois ma mère de Sidney Bechet, est plus mystérieux.

    Tandis que l’on se déplace à travers ces paysages de Paris, on cherche en vain l’étincelle de la romance, le geste parfait ou la disposition des formes et des couleurs qui évoquent instantanément l’image; le Paris de la légende accumulée – impressionnisme + [Eugène] Atget + Nouvelle Vague. Les distances demeurent trop grandes, la lumière est un peu trop plate et uniforme, la musique un peu trop taquine. Ce n’est pas que Allen a choisi les lieux les moins pittoresques de Paris, mais qu’il a arrangé et photographié ces espaces qu’on connaît, aussi gracieux soient-ils, comme des récipients vides en attente d’être remplis.

    Dans Manhattan, le personnage projette ses propres envies et désirs sur la ville («To him, no matter what the season was, this was still a town that existed in black and white and pulsated to the great tunes of George Gershwin»), et il est évidemment en parfaite harmonie avec le réalisateur. Dans ce cas-ci, il n’y a pas de narration en voix-off, et le réalisateur jette calmement et assurément les bases d’un film qui, nous le verrons bientôt, est tout à propos de la projection romantique.

    (Photo : Woody Allen et son directeur photo Darius Khondji durant le tournage de Midnight in Paris)

    À lire aussi :

    > Woody Allen: le documentaire «ultime»


    • Bonjour monsieur Siroka.

      Pour “Midnight in Paris”, j’ai entendu des mauvaises critiques du travail de Owen Wilson. Son interprétation m’a au contraire beaucoup plu.

      Pas tout à fait dans le sujet, mais avez-vous remarqué à quel point le prologue de “Another woman” est semblable à celui de “Les fraises sauvages” ?

      Me rappelle pas bien du prologue d’Another Woman (pourtant j’ai le DVD chez moi), mais je me rappelle cependant de la scène du dîner très bergmanesque à mi-chemin dans Crimes and Midemeanors. -js

    • Tout à fait d’accord avec vous Josef, je ne vois aucune naiveté dans cette intro. Des tics
      ”Allenien”, oui, mais pas de cartes postales convenues. D’ailleurs je crois que le ton est
      volontairement romantique, étant donné la suite du film…

      Je me permets de changer de sujet, car j’aimerais (si c’est possible) avoir votre opinion
      sur ”Fool for Love” de Altman. Qu’en pensez-vous? Bon je joue franc jeu, pour moi il
      s’agit d’un chef-d’oeuvre totalement sous-estimé, du calibre de Paris-Texas par exemple.
      Si jamais vous avez le temps, et le goût de commenter, j’aimerais bien. A +

      Je dois admettre que je n’ai vu que très peu de films d’Altman issus de sa période «traversée du désert» dans les années 1980. Je me rappelle d’avoir commencé Beyond Therapy, mais j’ai dû l’arrêter après une trentaine de minutes. Sinon, merci de la suggestion, je compte me louer ce Fool for Love à ma prochaine visite à la Boîte. -js

    • Ma conjointe et moi, nous avons regardé Midnight in Paris avec notre fils avec sous-titre. Vraiment pourri comme travail.
      Mais dans l’ensemble j’ai personnellement bien aimé. Je suis loin d’être un admirateur de O. Wilson, mais je trouve qu’il a fait un travail honnête.

    • C’est vrai que ça ressemble au début de Manhattan. On progresse d’un Paris pour touriste au Paris du quotidien… et puis la pluie commence à tomber, la nuit vient et avec elle, le Paris du mythe, capitale de l’amour et de la beauté. Je n’y vois malheureusement pas autant de symbolisme que vous, juste un effet de progression vers minuit. Après tout, il faut être pas mal naïf pour croire qu’on trouvera le Paris mythique de tous ces films et romans en plein jour.

    • Belle analyse Jozef. Je m’y étais penché aussi sur mon site, une courte analyse que vous pouvez trouver ici. http://zabmag.com/2012/01/paris-a-minuit/

      Ceci dit, j’aime bien le générique, mais si on le compare avec Manhattan, il s’agit d’un prologue qui accompagne les vieux jours de Woody et qui traduit une image un peu décalée de Paris (qui est beaucoup plus vivante, métissée, prise dans des embouteillages…) Avec Manhattan, Woody était dans la fleur de l’âge et il voulait déclamer au monde entier son amour pour NY. Ici, ce n’est pas le cas.

      Lâche pas ton bon blogue ! OB

    • J’abonde également
      Belle analyse Jozef.

      Pour avoir rester 5 ans à Paris, cette intro n’est pas une série de cartes postales, mais des détails de cette ville merveilleuse mais archi-connue

      Un bon Allen

    • Très pertinent et plutôt d’accord avec vous Jozef même si parfois je trouve la réputation de Woody Allen un tantinet surfaite.

    • Paris filmée comme un touriste hébété par la grandiloquence de la ville lumière, dans ce prologue ?

      Mais je pense que c’est précisément ça le point. Le personnage principal EST un touriste. Tout le film est une déclaration d’amour à cette ville, un long plongeon hypnotique dans sa beauté et son atmosphère. Ce n’est pas un film sur la vie de quartier parisienne à ce que je sache !

    • si seulement tout le film m’avait titiller autant que ce prologue…
      je ne le place pas, le film, dans les bons crus de Allen, malheureusement.

    • J’ai pensé la même chose que vous pour ce qui est du prologue. Ceux qui étaient avec moi avaient envie de vomir et moi je trouvais ça génial. Le cinéma, ça a ça de merveilleux… chacun y voit vraiment ce qu’il peut… avec son humeur et ses propres références et attentes…

    • Essentiellement, Woody filme une charmante créature en congé de maquillage.

      Plusieurs réputations citadines sont surfaites tandis que d’autres sont injustement martelées. Par exemple, une ville que je trouve superbe comme touriste, c’est Québec; mais pour avoir vécu 2 ans dans le vieux, on se rend vite compte que Québec est magnifique environ 6 semaines par année, mais que les trappes à touristes sont présentes à longueur d’année. Bref, après 48 heures de séjour, je me morfonds. Paris est à quelques égard – bien que la comparaison est difficile à soutenir notamment à cause de la taille et de la température – similaire (superbe, mais en même pas si agréable les jours ouvrables, les jours gris et pluvieux, etc.. Perso, je préfère Rome – plus dynamique – et Bucarest, le petit Paris de l’Est – plus abordable et déstabilisante!) et c’est cet aspect que W.A. peint dans le prologue… évidemment, il met la table à cette prise de conscience d’un des membres adoptés de cette famille d’Américains prétentieux et aseptisés typiques!

      Bref, subtile prise de position qui introduit parfaitement le film qui suit, mais n’en faisons pas tout un plat. Le prologue et le film sont très sympathiques et j’ai bien aimé les acteurs (O. Wilson, C. Bruni et Adrien “Rhinocéros” Brody notamment), mais on est loin de parler d’un chef d’oeuvre et certains personnages m’ont laissé sur mon appétit (celui de Marion Cotillard entre autres que j’adore en général).

      Bref, sympathique film du sympathique W.A. dont la réputation est un tantinet surfaite comme l’a fait remarquer guy777.

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