
En lisant le synopsis de Warrior, on se dit immédiatement: Ce film aurait pu faire un paquet d’argent… si seulement il y avait eu The Rock et Vin Diesel en tête d’affiche. Et puis, en regardant le film, dès la première scène, on se rend bien compte que le réalisateur, Gavin O’Connor, n’avait pas nécessairement quelque chose à vendre, mais avait sincèrement quelque chose à dire.
L’histoire, on la connaît déjà. Deux frères aux tempéraments opposés, connaissent de graves problèmes personnels, doivent faire face à un passé trouble, et recherchent leur salut avec leurs poings. Des variations sur le sujet, on en a vues à la pelletée. Ce qui est charmant avec Warrior, c’est que pour se démarquer de ses nombreux cousins cinématographiques, le film ne tente pas de transcender le genre du «drame sportif inspirant». Au contraire, il ne lève pas le nez sur ses codes archiconnus, mais s’assure cependant de les appliquer avec un remarquable souci de professionnalisme, élevant ce type de film au maximum de son potentiel.
On retrouve avec plaisir dans Warrior tous les éléments fondamentaux nécessaires pour un «bon film»: bon scénario, bonne direction d’acteurs, bonne direction photo, bon montage, bonne musique, etc. Rien d’extraordinaire, mais une série de petits blocs créatifs qui, solidement empêtrés les uns par dessus les autres, procurent une expérience des plus satisfaisantes. Je considère Warrior comme un triomphe du cinéma middlebrow, dont l’ambition n’est pas de révolutionner le monde, de mystifier l’élite intellectuelle, mais de fournir une oeuvre honnête qui respecte foncièrement l’intelligence du grand public. Un fait bien trop rare de nos jours.
Warrior est également ce qu’on pourrait appeler un film de son époque. Pour faire écho à mon post sur 25th Hour, le film se sert de l’Histoire récente comme d’un canevas dramatique, ou poétique. Les deux protagonistes incarnent chacun les deux principales crises américaines du 21e siècle : les interventions militaires futiles au Moyen-Orient et le crash économique. Brendan, le «bon frère», père de famille aimant et professeur admiré au secondaire, est en voie de perdre sa maison. Tommy, lui, est un vétéran de la guerre en Irak, qui a sur sa conscience la veuve pauvre de son frère d’armes tombé au combat. Le destin des deux frangins, qui ne se parlent plus depuis de longues années, finira inévitablement par se croiser lors d’un méga tournoi d’arts martiaux mixtes qui promet 5 millions $ au vainqueur.

À l’instar de Spike Lee, O’Connor n’exploite jamais les thèmes sociaux en question à fins de ponctuations émotionnelles faciles ou de revendications populistes. Son message s’articule plutôt autour de personnages crédibles, nuancés, attachants, en proie à des problèmes quotidiens auxquels la plupart d’entre nous (les 99%!) peuvent s’identifier. Le fameux combat final n’aurait pratiquement pas d’impact si on ne ressentait pas l’humanité, la vulnérabilité, des héros pugilistes. Et c’est là que le pari du cinéaste de ne pas faire appel à des stars du cinéma d’action s’est montré payant. En engageant des acteurs peu connus mais de très haute qualité (l’Australien Joel Edgerton, qu’on a pu voir dans Animal Kingdom, et le Britannique Tom Hardy, qu’on verra dans la peau de Bane dans The Dark Knight Rises), il évite de tomber dans le violence porn, et s’accorde l’opportunité d’un souffle davantage anthropologique. Warrior est d’abord et avant tout une remise en question de la virilité et de sa place dans la société contemporaine. Un Fight Club sans les prétentions métaphysiques.
La zone de combat dans Warrior, l’octogone, n’est pas seulement un lieu servant à démontrer les prouesses athlétiques de surhommes. Il s’agit également d’une belle métaphore d’une Amérique meurtrie, dont les habitants, abandonnés par leurs institutions, leurs politiciens – leur civilisation même – régressent noblement à un état primitif afin de réclamer le rêve américain auquel ils persistent toujours à croire. Ces gladiateurs modernes ne disposent plus que de leurs propres corps pour survivre; il s’agit de leur seul et unique catalyseur d’énergie positive, physiquement destructrice mais spirituellement créatrice. Warrior est en quelque sorte une célébration à la gloire de l’humain originel, et c’est à la fois absolument authentique et émouvant.

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intrevorwetrust
31 janvier 2012
15h33
Hum. Ma curiosité est piqué. Ça s’ajoute à la liste.
Redbelt de Mamet (http://www.imdb.com/title/tt1012804/) disponible su Netflix, est à mon avis un chef d’oeuvre et un pied de nez suprême à toute l’industrie des The Rock et Vin Diesel. À voir absolument !
lebron
31 janvier 2012
15h39
Un des bons -et peu nombreux- films de 2011!
mr_arcteryx1
31 janvier 2012
15h50
@ intervorwetrust
Tu n’auras jamais si bien dit. Red Belt est un chef d’oeuve, point à la ligne.
tabarly
31 janvier 2012
17h02
Je ne suis vraiment pas du type ufc, mais c’est certainement un des meilleurs film de 2011.
Les acteurs sont fantastiques. Edgerton et Hardy sont excellents, Nick Nolte parfait, même le coach de Brendan est bon.
Un film du type qui m’a foutu les larmes aux yeux c’est pas peu dire. Même ma blonde a aimé.
melo_carmelo
31 janvier 2012
17h38
Warrior, bon film, aux personnages attachants, au jeu extrêmement crédible (chapeau à Nick Nolte); avec une finale, toutefois, un peu tirée par les cheveux, assez décevante en ce qui me concerne, où le film de sport prend malheureusement – inévitablement? – le dessus sur la chronique réaliste sociale-familiale.
unholy_ghost
31 janvier 2012
18h59
Y avait pas le même film avec des boxeurs?
The Fifgter? Warrior lui fait une clef de bras solide avant d’y passer un brutal KO… -js
pierl
31 janvier 2012
19h03
si vous aime Tom Hardy, vous devriez jeter un coup d’oeil a Bronson; Good stuff
Oui j’ai vu, c’est intéressant, mais je ne suis pas prêt à entrer dans le gros fanclub des inconditionnels de ce film. J’ai bien mieux aimé Drive, du même réal… -js
dusk
31 janvier 2012
19h46
Warrior est un très bon film, qui marche malgré les clichés (très) lourds grace aux 3 superbes performances principales et une excellent réalisation.
@pierl
Bronson est un film correct, mais la performance de Hardy vaut en effet le coup d’oeil. Une des meilleure de la décennie. Jozef l’a dans le mille concernant Drive.
@intrevorwetrust
Redbelt. Un autre grand Mamet completement sous-estimé, tout comme Spartan.
unholy_ghost
31 janvier 2012
19h55
“The Fifgter? Warrior lui fait une clef de bras solide avant d’y passer un brutal KO…”
Te crois sur parole, je n’irai pas vérifier…
cinematographe
31 janvier 2012
20h02
Y avait surtout un bien meilleur film (un grand même) avec deux fils et un père dans la police, avec exactement la même relation paternelle et fraternelle, se terminant sur l’exact même réplique entre les deux frères (I love you), plus ou moins réconciliés dans des circonstances très similaires. Hommage ou plagiat, je ne sais pas, mais O’Connor aime beaucoup James Gray.
J’ai trouvé Warrior correct, assez peu d’intérêt au-delà des trois acteurs principaux. Le scénario, souvent schématique, accumule les symboles sans savoir quoi en faire, les personnages sont presque entièrement déterminés par UN événement dans leur passé, et O’Connor ne sait pas toujours ce qu’il fait avec sa caméra. J’ai préféré the Fighter, pas beaucoup plus, mais je ne vois pas en quoi Warrior serait si supérieur.
Et Bronson est très très bon, presque du niveau de Drive.
unholy_ghost
31 janvier 2012
20h31
Méga-spoiler!
hlynur
31 janvier 2012
20h51
Le même réalisateur nous avait offert au préalable deux films de sport plus bancals dans la veine «crowd-pleaser».
En espérant que Warrior ne constitue pas l’aboutissement de sa démarche, on se croise les doigts pour qu’il poursuive sur sa lancée.
Aparté:
Nick Nolte… Art imitating life comme ils disent.
Le talent est certes intact, mais le bonhomme semble blen loin de son titre de «sexiest man alive»…
À propos de la vie rock & roll de Nolte, lire sans faute cette fascinante entrevue dans GQ. – js
cinematographe
31 janvier 2012
20h51
Oups!
Double spoilers en plus…
frederic_clement_qc
31 janvier 2012
20h55
Hardy qui aligne les rôles « d’animal sauvage » (Bronson et Warrior, où il est littéralement mis en cage dans chacun), ça cadre bien avec l’énergie sauvage qu’il dégage. Bien hâte de voir ce que ça donnera face à « l’animal dressé » du style Actors Studio qu’est Christian Bale dans le prochain Batman. Un casting inspiré…
guy777
31 janvier 2012
21h14
Excellent film !
jackbauer
1 février 2012
00h58
Ah alors j’irai le voir! Vous m’avez faire découvrir avec grand bonheur New World, j’ai déjà hâte de voir ce que me réserve cet autre film.
jeanph1l
1 février 2012
10h56
Pas vu encore The Warrior (fait parti de ma “to see” liste) mais dans la même veine je vous recommande Crying Fist. C’est un film de boxe Coréen que j’ai vu à Fantasia il y a quelques années. Disons qu’on est loin de Rocky.
pierl
1 février 2012
13h48
JS & Dusk :
je parlais en effet de la performance de Hardy et non du film qui est pseudo orange mecanique
rencontre les premieres scenes de Baron Munchausen.. haha
sebrango94
1 février 2012
14h32
Excellente analyse Mr.Siroka, j’ai adoré Warrior, probablement le meilleur film de l’année selon moi. J’ai adoré Nolte, Edgerton, mais surtout Hardy qui est vraiment une star émergente (incroyable dans Bronson, excellentm mais sous-utilisé dans Inception et à ma grande surprise je l’ai trouvé meilleur que Oldman dans Tinker Tailor Soldier Spy alors que personne n’en a vraiment parlé. À surveiller dans les prochaines années avec Fassbender (pas de nomination pour Shame=rédicule)et Gordon-Levitt!
p.s: @ Josef Siroka étant un gros fan de Scorsese, je serais curieux de savoir votre impression sur Hugo…c’était visuellement très beau et un bel hommage au cinéma, mais en tant que fan de Scorsese ce film m’a déçu, on aurait dit une sorte d’hybride de film familial et en même temps pour les cinéphiles…Qu’en avez-vous pensé?
Je n’ai pas vu Hugo, mais je dois dire que mon intérêt pour Scorsese a chuté depuis ses colllabo avec DiCaprio. J’en parle en détail ici. – js
annickguenette
5 février 2012
13h02
“dont l’ambition n’est pas de révolutionner le monde, de mystifier l’élite intellectuelle, mais de fournir une oeuvre honnête qui respecte foncièrement l’intelligence du grand public ” C’est tellement bien dit. Cette catégorie de film dans lequel se placent à mon avis et grand plaisir de plus en plus d’oeuvres avec le temps est l’une de mes préférées au cinéma. Et il est toujours fascinant de constater que “humanité” rime toujours avec “vulnérabilité”. J’ai hâte de voir ce film. Merci pour la très bien écrite critique.
rpapi
5 février 2012
14h49
Autre fait intéressant à noter qui à probablement échapper à ceux qui ne sont pas fan du sport: c’est le premier film à mon avis à avoir des scènes de combats d’art martiaux mixte aussi réalistes.
Ce n’est pas un hasard; j’avais vu en entrevue que le meilleure coach actuel dans ce sport (Greg Jackson, le coach de Georges Saint-Pierre notamment) à collaborer étroitement à ce film.
Le résultat? Au lieu d’être un festival de K.O. comme beaucoup de film portant sur les AMM, ce film offre un bon dosage entre de la boxe, du kickboxing, de la lutte et du Jiu-jitsu.
Le fait que les deux frères possèdent des styles totalement opposé, mais parfaitement en diapason avec leurs personnalités respective n’est sûrement pas un hasard.
Ce film à mon avis est le film de référence en ce moment pour ce sport.
(Aussi, bonus : La vie du frère prof est basé plus ou moins sur la carrière du combattant et ex-champion Rich Franklin, un prof de math devenu combattant pro d’arts martiaux mixte)
procosom.com
17 mai 2012
17h29
Et bien, je semble être prédestiné à ne pas avoir la même opinion que les autres depuis quelques temps!
J’ai préféré The Fighter à Warrior. Vrai que les 2 acteurs principaux ont été incroyablement bons et crédibles (surtout après avoir vu le montage du film avec entrevues et entraînement), mais point de vue scénario, c’était trop télégraphié et surtout trop peu élaboré. Je ne parle même pas du dernier 30 minutes qui était écrit dans le ciel (et c’est correct ainsi, bravo pour ne pas avoir tenté de réinventer le genre). Je dis simplement que les crises américaines à la base de l’intrigue et du build-up ont justement été traitées comme une série de clichés. Par ailleurs, là où j’ai clairement préféré Rocky à Warrior, c’est qu’on voyait davantage le quotidien du guerrier alors que dans Warrior, le film commence trop brusquement sans qu’on sache ce qui a mené au conflit familial (et les flashbacks sont minimes par la suite, trop peu éloquents du moins!).
Bref, un bon film crédible, authentique (dans la mesure de ma connaissance limitée du sport) avec 2 solides performances d’acteur, mais point de vue scénario/intrigue/suspense/originalité, je donne l’avantage à Fighter, à Rocky, à Wrestler et à Fight Club pour ne nommer que ces 4 là.
Ceci dit, je suis 100% d’accord avec cette phrase de Jozef :
“Je considère Warrior comme un triomphe du cinéma middlebrow, dont l’ambition n’est pas de révolutionner le monde, de mystifier l’élite intellectuelle, mais de fournir une oeuvre honnête qui respecte foncièrement l’intelligence du grand public. Un fait bien trop rare de nos jours.”
Bravo, un énoncé parfait qui résume à 100% ma pensée!