
Peut-être depuis Che, mon intérêt et mon appétit envers les films «sérieux», les faire, s’est vraiment amenuisé. Je sens que je veux avoir plus de plaisir en tant que cinéaste et j’aimerais faire des trucs qui sont plus plaisants pour le public. Je n’ai pas besoin d’être pris plus au sérieux que je le suis. Je n’ai plus besoin de prouver ma bonne foi par rapport aux films-importants. Ainsi, depuis Che, je suis à la recherche de trucs plus amusants. Même Contagion est pour moi un «film de genre». Je veux dire, il s’agit là de ma propre version du film d’horreur catastrophe. C’est comme ça que je le ferais. Depuis Che, je n’ai pas fait ce que je considérerais être un film sérieux selon les standards de l’Académie. Je n’y vois plus l’intêret.
- Steven Soderbergh, qui réplique en entrevue à IndieWIRE aux critiques qui relèguent son nouveau thriller d’action Haywire, en salle vendredi prochain, au film de série B.
(Photo: une scène de Magic Mike, comédie sur l’univers des danseurs nus que le cinéaste en pré-retraite est en train de tourner et qui sortira cet été).
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pierrea
17 janvier 2012
06h39
Presque une suite logique au billet précédent, sur Tarantino.
Moi, j’applaudis à tout rompre. Comprenez-moi, j’ai pratiquement été élevé dans la religion du cinéma “sérieux”. Quand je vois une affiche de film pleine de lauriers (”Official Selection of Machin Festival”, “One of the year’s 10 Best!”, etc.), tout de suite je regarde de plus près. Combien de films qui se croient sérieux sont vraiment plus originaux que certains autres, pas du tout du tout primés ou même sélectionnés. Que de conventions et de lieux communs! Presque toujours une belle photo, et des acteurs et actrices de talent, mais autrement c’est encore la même dpse d’”art” qui va avec le décaf frappucino chez Starbuck. Un film de “bon goût”. Ou encore le film indie “jeune” où tout le monde est déraciné, paumé ou “excentrique” — en fait, commençons par “excentrique” car il faut la dose réglementaire de marginalité pour faire vibrer certains spectateurs, eux-mêmes revendiquant une identité “tout à fait Moi”.
Si un réalisateur “sérieux” décide de choisir des projets plus ludiques, c’est déjà intéressant, bien que rien ne garantisse que le film va l’être. Certains aspects du cinéma sont un art à eux seuls. Prenons Bob Fosse. Qui peut faire des films comme Bob Fosse aujourd’hui? Ne me parlez pas de ses descendants directs, comme le type qui a fait Chicago, une pâle imitation. Qui peut faire un film comme All That Jazz aujourd’hui, hein?
unholy_ghost
17 janvier 2012
07h19
Personne. Chicago est une merde.
cinematographe
17 janvier 2012
09h03
Le pire, c’est les films “excentriques”, parce qu’il ne s’agit jamais d’une véritable marginalité, l’excentricité est toujours sympathique, jamais vraiment troublante ou inconfortable. On fait semblant d’être anti-conformisme et en marge d’Hollywood, alors qu’on suit un autre système de conventions, un autre conformisme d’autant plus exaspérant qu’il fait semblant de ne pas l’être. Beurk. Il n’y a bien que van Sant qui a réussi à faire un grand film en suivant ce modèle, mais c’est parce qu’il sait filmer des acteurs, ce n’est pas donné à tout le monde.
J’ai vu Contagion récemment, excellent! C’est un film tout à fait sérieux, sans guillemet.
rafc
17 janvier 2012
10h24
Contagion est effectivement un film très sérieux (le film de genre peut (doit) être envisagé sérieusement). Je ne partage peut-être pas le même enthousiasme que cinématographe pour ce film – que j’ai trouvé quelque peu commandé, faiblard, éparpillé, même un peu paresseux – mais l’absurdité du sujet et les moralités mises en jeu par ses effets (contagieux) donne matière à réflexion; le vivant à la merci du hasard; le sacrifice de l’individu au profit de la communauté…
la_soldate
17 janvier 2012
11h41
Soderberg fait des films ludiques depuis des années, je pense à Out Of Sight, un de mes films popcorn préféré. En autant qu’il continue à faire des films intelligents, j’achète. Je suis certaine qu’il reviendra aux films sérieux lorsqu’il trouvera un sujet qui le passionne.
Ceci dit, j’ai adoré Chicago, l’ai vu plusieurs fois. Fait que, hein! LOL.
cinematographe
17 janvier 2012
11h49
@rafc
Il y a de belles idées dans Contagion: filmer l’irrationnel de la manière la plus rationnelle et responsable possible, ou la manière de couper toute émotion, toute empathie avec les personnages. Le film ouvre avec la mort de la femme de Matt Damon, et il ne parvient pas à vivre son deuil avant la toute fin. La nature du virus empêche tout contact humain, on ne peut plus se donner la main, on doit s’isoler, et Soderberg nous fout dans cette perspective paranoïaque dès les premières images, on ne voit jamais l’humain mais les possibilités de contagion. Quand Damon regarde les photos de sa femme à la fin, c’est ce qui est très beau: on la revoit dans une situation qu’on a déjà vu (le casino), mais cette fois on n’a plus la perspective parano, on la voit en train de s’amuser, de vivre, on ne cherche plus le virus. L’émotion apparait à ce moment, avec celle de Damon qui se permet enfin de pleurer. Aussi, le virus est réprimé quand les personnages cessent d’être égoïstes, quand l’individu pense à la communauté et ne se préoccupe plus seulement de sa propre survie, quand la scientifique teste le vaccin sur elle, quand Fishburn réalise qu’il a fait du favoritisme, etc. S’il n’y a pas là un portrait de la société contemporaine…
orangemecanique
17 janvier 2012
12h33
C’est ridicule d’affirmer comme Soderbergh le fait qu’un “film sérieux” exclurait le plaisir. Il m’est 1000 fois plus plaisant et joyeux de regarder un film comme Che qu’un film comme Ocean Eleven. Soderbergh devrait assumer qu’il a tout simplement décidé de se la couler douce en faisant des films pour la masse épaisse tout en récoltant un max de fric.
Cette étiquette de “film sérieux” est trompeuse car conventionnelle, et normalisé (comme en fait foi l’évocation des “standards de l’Académie). On s’en fout des standards ! Un film sérieux pour moi, c’est un film qui me fait vivre des émotions sérieuses, c’est-à-dire puissantes, troublantes, tragiques, qui ont une résonnance profonde dans mon esprit. Ça c’est le plaisir, la joie ! Et non une merde que je vais avoir oublié dans 2 jours, prétexte pour me gaver de pop-corn (cela dit, j’aime le pop-corn).
bohmer
17 janvier 2012
13h02
Pour un film de série B, Haywire débute tout de même avec un bon 73 sur Metacritic…
rafc
17 janvier 2012
16h06
La perspective paranoïaque est bien construite dans Contagion, c’est vrai. Le communautarisme américain (dont on a déjà discuté ici) aussi bien démontré; sa fragilité comme sa force. Mais Soderberg ne m’a pas ému avec la série de photos finale. (?) Peut-être y en a-t-il une de trop? Trop extradiégétique?
teamstef
17 janvier 2012
16h57
@orangemecanique
Le plaisir et la joie peuvent être atteinte également de façon ludique comme Ocean’s eleven et non pas seulement dans le sérieux et le tragique. Pas besoin d’être une masse épaisse pour accepter le plaisirs et la joie que peuvent apporter un cinéma plus léger.
cinematographe
17 janvier 2012
17h10
C’est vrai que c’est plus le jeu de Damon qui m’a emu que Soderbergh, mais je ne vois pas ce qu’il y a d’extra-diégétique dans ces photos.
orangemecanique
17 janvier 2012
17h23
@Teamstef
Bof. C’était ennuyant. Scarface est pour moi un bon exemple de cinéma qui allie le léger et le tragique.
rafc
17 janvier 2012
17h30
M’expliquer vendrait peut-être un punch, mais, c’est plutôt le montage omniscient déclenché par une des photos qui m’a agacé. L’impénétrable absurdité de la contagion aurait pu être encore plus prenante, et le dénouement plus sublime.
ProCosom.com
17 janvier 2012
18h00
J’ai détesté Chicago moi aussi! Pas vu Contagion encore; et hop sur ma liste de films regarder!