Jozef Siroka

Archive du 12 janvier 2012

Jeudi 12 janvier 2012 | Mise en ligne à 20h00 | Commenter Commentaires (16)

Slavoj Žižek: professeur pervers

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S’il y a un philosophe contemporain qu’on pourrait qualifier de vedette, c’est bien Slavoj Žižek (prononcer slavoÿe gijèque). Le penseur slovène, 62 ans, qui se distingue par son apparence hirsute et son débit rapide marqué par un fort accent balkan, est traité comme une star sur les campus universitaires, où ses conférences savantes et divertissantes sur la culture populaire, teintées d’un anti-conformisme fièrement affirmé, excitent les étudiants avides de héros intellos. Il est, dans la forme, un vénérable héritier de Charles Bukowski.

Résumer l’immense oeuvre de Žižek serait une tâche des plus colossales. Voici un extrait d’un article de Libération (qui n’est plus en ligne) qui donne un bon aperçu de l’homme:

Éclairer «la rupture de Hegel avec l’idéalisme kantien» en se référant à la «révolution cinématographique accomplie par David Lynch», passer de Leibniz au cyberespace, gyrovaguer entre le «grand Autre» de Lacan, Lénine et Matrix, la pornographie et la commedia dell’arte, l’intolérance et le multiculturalisme, l’opéra, le 11 Septembre, Saint-Paul, l’Irak, The Full Monty, Toni Negri, Tony Blair, la «perversion du christianisme», Schelling et Kieslowski, les gender studies, Adorno, X-Files, les tendances New Age, le postmodernisme, la postpolitique, etc.

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Žižek se sert régulièrement de films pour appuyer ses nombreuses théories philosophiques. Dans le documentaire The Pervert’s Guide to Cinema (2006), il nous convie à une enquête psychanalytique visant à décoder le «langage caché» du cinéma. Une leçon qu’il approche avec le plus grand sérieux. Il dit en entrevue à Time Out London, dans un article des plus enthousiastes à propos de son film:

Afin de comprendre le monde d’aujourd’hui, nous avons besoin du cinéma; littéralement. Ce n’est qu’à travers le cinéma que l’on obtient cette dimension cruciale que nous ne sommes pas prêts à confronter dans notre réalité. Si nous recherchons ce qui, en réalité, est plus réel que la réalité même, regardons la fiction cinématographique.

Je propose ci-dessous le segment «Sex and Fantasy», tiré du Guide. En étudiant certaines scènes de Persona (1966) de Ingmar Bergman, Eyes Wide Shut (1999) de Stanley Kubrick, La Pianiste de Michael Haneke (2001), Trois Couleurs: Bleu (1993) de Krzysztof Kieslowski et Lost Highway (1997) de David Lynch, Žižek entreprend de percer la plus grande énigme d’entre toutes, celle du désir féminin.

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Jeudi 12 janvier 2012 | Mise en ligne à 1h00 | Commenter Commentaires (18)

La photo (historique) du jour

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(pour voir l’image en meilleure résolution, cliquez ici)

En faisant de la lecture de rattrapage, je suis tombé sur cette fascinante photo qui accompagne un article de David Denby (oui, ce même David Denby) paru dans le New Yorker en mai 2009. Avec deux livres récemment parus à l’appui, le critique y défend l’héritage du cinéaste Victor Fleming, qui a été relégué dans l’ombre par la politique des auteurs; le notoire courant intellectuel préférant nettement ses contemporains tels Otto Preminger, John Ford, Howard Hawks ou Ernst Lubitsch, dotés d’une approche plus «artistique».

Mais revenons au sujet qui nous intéresse: cette photo aux allures d’une peinture baroque de Rembrandt ou de Georges de La Tour, qui capte une atmosphère angoissante à travers une mise en scène faussement banale. On se trouve sur le plateau de tournage de Gone With the Wind (1939), alors que Fleming vient d’être engagé en catastrophe pour secourir une production en déroute (il venait de s’acquitter d’une tâche semblable quelques semaines plus tôt avec The Wizard of Oz).

On remarque que tous les hommes présents (à l’exception du cinéaste) braquent leur regard sur une Vivien Leigh stoïque, au profil à la plastique parfaite, qui semble retenir du mieux qu’elle peut une émotion incandescente (à moins que ce ne soit son corset qui l’indispose). Mais que dénote-t-on à travers ces regards intenses?

Les techniciens à l’arrière plan semblent observer, non sans une certaine amertume, un univers qui leur est interdit. Leigh ne leur est pas plus accessible en personne qu’elle ne le serait sur grand écran. Clark Gable, quant à lui, semble un peu plus médusé: quel tour de mon très large chapeau de séducteur devrais-je sortir afin de pouvoir goûter à ses charmes? Il y a là un mélange de tension sexuelle et de sourde hostilité absolument captivant.

Comme on dit, une image vaut mille mots. Lesquels seraient les plus justes?

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