
S’il y a un philosophe contemporain qu’on pourrait qualifier de vedette, c’est bien Slavoj Žižek (prononcer slavoÿe gijèque). Le penseur slovène, 62 ans, qui se distingue par son apparence hirsute et son débit rapide marqué par un fort accent balkan, est traité comme une star sur les campus universitaires, où ses conférences savantes et divertissantes sur la culture populaire, teintées d’un anti-conformisme fièrement affirmé, excitent les étudiants avides de héros intellos. Il est, dans la forme, un vénérable héritier de Charles Bukowski.
Résumer l’immense oeuvre de Žižek serait une tâche des plus colossales. Voici un extrait d’un article de Libération (qui n’est plus en ligne) qui donne un bon aperçu de l’homme:
Éclairer «la rupture de Hegel avec l’idéalisme kantien» en se référant à la «révolution cinématographique accomplie par David Lynch», passer de Leibniz au cyberespace, gyrovaguer entre le «grand Autre» de Lacan, Lénine et Matrix, la pornographie et la commedia dell’arte, l’intolérance et le multiculturalisme, l’opéra, le 11 Septembre, Saint-Paul, l’Irak, The Full Monty, Toni Negri, Tony Blair, la «perversion du christianisme», Schelling et Kieslowski, les gender studies, Adorno, X-Files, les tendances New Age, le postmodernisme, la postpolitique, etc.

Žižek se sert régulièrement de films pour appuyer ses nombreuses théories philosophiques. Dans le documentaire The Pervert’s Guide to Cinema (2006), il nous convie à une enquête psychanalytique visant à décoder le «langage caché» du cinéma. Une leçon qu’il approche avec le plus grand sérieux. Il dit en entrevue à Time Out London, dans un article des plus enthousiastes à propos de son film:
Afin de comprendre le monde d’aujourd’hui, nous avons besoin du cinéma; littéralement. Ce n’est qu’à travers le cinéma que l’on obtient cette dimension cruciale que nous ne sommes pas prêts à confronter dans notre réalité. Si nous recherchons ce qui, en réalité, est plus réel que la réalité même, regardons la fiction cinématographique.
Je propose ci-dessous le segment «Sex and Fantasy», tiré du Guide. En étudiant certaines scènes de Persona (1966) de Ingmar Bergman, Eyes Wide Shut (1999) de Stanley Kubrick, La Pianiste de Michael Haneke (2001), Trois Couleurs: Bleu (1993) de Krzysztof Kieslowski et Lost Highway (1997) de David Lynch, Žižek entreprend de percer la plus grande énigme d’entre toutes, celle du désir féminin.
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