
La lutte (1961) de Michel Brault est un classique incontesté du cinéma direct. Pas seulement dans la sphère de notre cinéma national, mais dans l’histoire du 7e art en général. Un film accompli à tout point de vue; technique, esthétique, thématique. Il s’agit également d’une oeuvre terriblement divertissante.
Le synopsis fourni par l’ONF :
Ce documentaire propose une incursion dans le monde de la lutte professionnelle à Montréal. Les combats, simulés et spectaculaires, se déroulent au Forum de Montréal, mais aussi à l’arrière-scène, lieux où se pratique cet art guerrier. Les caméras attentives aux moindres détails captent les bons et les méchants lutteurs qui s’empoignent, se frappent, rugissent et grimacent, rivalisant d’ingéniosité pour le plus grand plaisir des spectateurs.
Le protagoniste du film est Edouard Carpentier, héros du peuple québécois à l’ère de la Révolution tranquille. L’homme fort est décédé l’année dernière. Sa biographie, impressionnante, est à lire ici.
Voici un extrait de l’analyse de La lutte écrite par mon ancien prof à Concordia, Donato Totaro, tirée du recueil Guide to the Cinema(s) of Canada :
La lutte est un des films phare du courant cinéma vérité issus de l’unité francophone de l’ONF. [...] La voix du cinéaste est ressentie partout. Le film est rempli d’humour, de réflexivité (l’interjection d’intertitres rappelant le cinéma muet), et d’ironie. S’inspirant de l’étude des mythes de Roland Barthes, La lutte est un examen engagé d’une forme de divertissement de la classe ouvrière, imprégné de catharsis émotionnelle et de violence ritualiste. À travers une série de gros plans remarquables, nous sommes témoins d’un public fièrement impliqué dans une bataille manichéenne entre le héros et le méchant, leurs émotions gouvernées par le rythme du match de lutte. La musique stylisée (orgue, clavecin) assimile l’aréna de lutte à un sanctuaire. La lutte démontre comment le sport, avec ses aspects ritualistes, en est venu à signifier la nouvelle religion séculaire d’un Québec moderne et urbain.
«Dans un party on rencontre Roland Barthes»
Michel Brault raconte comment une rencontre fortuite avec le philosophe Roland Barthes a changé son approche du film, ce dernier insistant que la lutte est une sorte de fiction nécessaire, qui sert d’«exutoire à la foule».










jeanfrancoiscouture
5 novembre 2011
13h37
Merci pour ce joli retour dans le temps. Au moment où ce film a été tourné, j’avais 14 ans et j’accordais une certaine crédibilité à la lutte, malgré ce que les adultes de mon entourage pouvaient en dire.
Quelques petites remarques:
J’avais oublié qu’il y avait une prise que Michel Normandin appelait «élargissement du rictus» (sic). Elle est bonne, non?
«Get your tickets ready» disaient les préposés à l’admission. Ça, on ne voyait pas ça lors de la télédiffusion de la lutte. Étrange tout de même. Lors des matchs, on n’entendait que du français dans la foule. Mais c’était bien avant la Loi 101!
Vous saviez qu’ Édouard Ignacz Wieczorkiewicz est décédé récemment et n’eût été d’une dame et amie qui l’a en quelque sorte accompagné sur «les derniers milles», il aurait fini seul dans une fosse commune?
Hé oui! Il s’agissait bien de cet Édouard Carpentier que tant de gens ont adulé. «Sic transit gloria mundi» aurait dit le frère Conrad, mon sarcastique prof de latin de ces années-là.
vanbasten
5 novembre 2011
14h19
Bref la LNI n’a rien inventé au niveau du théâtre interactif inspiré par le sport
annickguenette
5 novembre 2011
17h31
J’adore ce court métrage… merci de le faire découvrir ou re-découvrir. C’est un vrai trésor, un petit chef-d’œuvre national. Tant de petits bijoux oubliés…. Merci et bon weekend ;o)
la_roy
5 novembre 2011
17h53
Superbe vidéo. Visuel/son étrange par endroit. Les archives presque vivantes d’un Québec…
guy-antoine
5 novembre 2011
21h40
J’ai vu ce film pour la première fois en 2006 dans un cours au Cégep de l’Outaouais. Notre professeur nous montrait du cinéma direct de Groulx, Brault, Claude Jutra et le cinéma vécu de Perrault.
Tout comme mes confrères et consoeurs, au départ, je ne voyais pas vraiment l’intérêt de regarder Les Racquetteurs, Lonely Boy, le film sur Paul Anka ou de lire du Roland Barthes. Puis un matin nous sommes arrivés en classe et, l’un à la suite de l’autre, nous avons visionné Golden Gloves, Normétal, La Lutte, Au Pays de Neufve-France, Voir Miami, etc. C’est à ce moment-ci que j’ai saisi l’importance de ce cinéma dans notre patrimoine et surtout ses qualités cinématographiques
La Lutte et Golden Gloves restent pour moi des films qui dépassent – de très peu – tous les Raging Bull, Million Dollar Baby ou Wrestler de ce monde parce qu’on y voit des gens du réels qui sont mythifiés par leurs paroles et leurs geste.
Cependant, quelqu’un sait où je pourrais trouver le film Normétal de Gilles Groulx? Je n’ai malheureusement jamais revu ce film très expressionniste, qui rappelle beaucoup le Metropolis de Fritz Lang, où on met en opposition le monde d’en-haut, celui des enfants qui se préparent pour Noël et qui est tout blanc, au monde d’en-bas, celui des hommes dans les mines et qui est tout noir. Il n’est pas disponible sur le site de l’ONF et c’est grandement dommage… Je souhaite tant revoir ce documentaire un jour!
patatoconcombre
6 novembre 2011
00h28
Normétal ici?
http://www.youtube.com/watch?v=m1S4tiV322M
tracteur
7 novembre 2011
21h38
Tu va mourir aujourd´hui, demain et après demain!
Ne jamais oublier que la lutte à déjà été plus populaire que le hockey au Québec. Yvon Robert était une plus grande vedette que Maurice Richard.