
C’est le temps des vacances: un bref voyage en Californie, avec détour incontournable par la «ville du péché». Je profite de l’occasion pour vous proposer une analyse comparative de Casino (1995) publiée dans le numéro courant de GQ. Beaucoup qualifieront cet article de contrarien, puisque l’auteur y avance que l’épique de Martin Scorsese sur le Las Vegas des années 1970 est en fait supérieur à son grand frère Goodfellas (1990), film aux thèmes et à l’approche similaires qui lui a toujours désavantageusement fait de l’ombre. J’ai un peu de difficulté à trancher sur ce débat, que je considère plus ou moins pertinent; le terme «meilleur» me paraissant inadéquat lorsqu’il est question de mesurer deux oeuvres aussi géniales.
Regards
Je vous laisse avec une des mes scènes préférées de Casino, celle du coup de foudre. Je pense en particulier ici au visage de Robert De Niro lorsqu’il craque pour Sharon Stone. Son jeu, d’un minimalisme exquis, est si parfait qu’il pourrait faire l’objet d’une thèse de doctorat. J’exagère à peine.
Ceux qui ont déjà vu le film comprennent d’autant plus l’importance de cette situation: c’est le début de la fin pour le personnage de De Niro (Ace Rothstein) et, par extension, de l’emprise de la mafia sur les activités à Las Vegas. Le déclin n’est pas seulement d’ordre émotionnel – tomber en amour cul par dessus tête pour une escorte de luxe ne se termine généralement jamais très bien. Mais il est aussi d’ordre philosophique. Ace se fait prendre à son propre jeu, celui des apparences. Comme il le dit en voix off plus tôt dans le récit: «This is the end result of all the bright lights, and the comp trips, and all the champagne, and free hotel suites, and all the broads and all the booze. It’s all been arranged just for us to get YOUR money.» Le personnage de Stone (Ginger) est un maillon de cet artifice élaboré. Et, le pire, c’est que Ace le sait très bien. Il ne peut simplement pas résister. Il s’agit probablement de la première fois de sa vie que le coeur de cet homme profondément discipliné prend le dessus sur sa raison. Et cela aura été une fois de trop…
Mais je reviens à cette expression fascinante du visage d’Ace, à ce regard troublé, qui finit par abdiquer au pouvoir de la séduction. Mais c’est plus que ça. C’est la manière avec laquelle Scorsese introduit la scène, avec une réflexion sur la dynamique des regards. Son talent phénoménal pour construire la tension psychologique, l’amener au zénith, et ensuite la relâcher de façon absolument satisfaisante. C’est des moments de ce genre qui me rappellent pourquoi, et à quel point, j’aime le cinéma.
De retour en poste le 5 décembre.
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