
«Je suis un invité dans votre pays, et n’ai pas à vous dire ce qui est bien et ce qui est mal. [Mais] je ne peux devenir citoyen d’un pays qui pratique la peine capitale. En aucune circonstance l’état ne devrait être en position de tuer quelqu’un.» – Werner Herzog, lors d’une conférence de l’IFC (Variety)
Le nouveau documentaire de Werner Herzog, Into the Abyss: A Tale of Death, a Tale of Life, dresse le portrait de deux individus reconnus coupables d’un triple meurtre dans le village de Conroe, au Texas. Michael Perry a été condamné à la peine de mort, tandis que son complice, Jason Burkett, purge la prison à vie. Le mobile de leur crime? Une Camaro rouge qu’ils voulaient conduire pour s’amuser un soir…
L’iconoclaste cinéaste allemand de 69 ans assure que son propos n’est pas de nature politique: «Ce n’est pas un film militant contre la peine capitale. [...] J’ai dit à mes interlocuteurs que je n’étais pas dans la business de la culpabilité ou de l’innocence et que ce film n’est pas une plateforme pour prouver leur innocence», dit-il en entrevue au Los Angeles Times.

Comme toute l’oeuvre de Herzog, Into the Abyss est plutôt une enquête sur les recoins sombres de l’aventure humaine. «Bien sûr que cela me fascine de regarder profondément dans l’abîme de l’âme. Partout où l’on regarde, à gauche et à droite, il y a un abîme», décrit typiquement l’auteur de Grizzly Man et de Fitzcarraldo.
Produit par Discovery Channel, Into the Abyss, qui a obtenu des critiques élogieuses au Festival de Telluride ainsi qu’au TIFF, prendra l’affiche le 11 novembre dans certaines villes nord-américaines. La sortie du film a été devancée question de profiter de la recrudescence d’intérêt pour le débat entourant la peine capitale; il n’y a qu’à penser à l’affaire Troy Davis, ou à la fierté exhibée par le gouverneur du Texas, Rick Perry, et ses supporters par rapport au taux important d’exécutions dans son État…
La bande-annonce, mise en ligne hier, contient d’intéressants extraits de critiques. Le plus juste d’entre eux, synthétisant à merveille le travail d’Herzog ainsi que les qualités fondamentales de tout bon cinéaste, provient de Roger Ebert: «In this film, [Herzog] simply looks. He always seems to know where to look.» Le texte en entier à lire ici.
> La bande-annonce en HD ici.
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vene777
27 octobre 2011
15h59
Les documentaires de Herzog sont toujours captivants. Herzog fait réfléchir avec ses réfléxions et ses questions.
goupil
27 octobre 2011
19h02
Roger Ebert: «In this film, [Herzog] simply looks. He always seems to know where to look.»
On pourrait dire la même chose des documentaires de Frederick Wiseman.
Voir Crazy Horse, qui n’est pas un film sur le amérindiens, en passant. Mais sur le show de filles à poil le plus célèbre du monde. Présenté au festival du doc à Mtl en ouverture.
Wiseman ratisse depuis 40 ans les paramètres de notre société. Il s’installe pendant des mois dans un milieu avant d’amener la caméra. Ensuite il filme et ramasse des heures de stockshot puis il monte. Regardez sa filmo sur imdb, vous serez surpris.
Cela dit, j’ai hâte de voir le travail de Herzog!
Il touche
hlynur
28 octobre 2011
04h54
Ce film m’a réellement donné froid dans le dos…
Bien qu’Herzog a un parti pris tout de même palpable tout au long du film, il a su notamment nuancer son point de vue en interviewant des intervenants qui, sans manifester la hargne vindicative et réactionnaire du militant conservateur, expriment de manière posée, persuasive et réfléchie leur croyance et leurs convictions pro peine capitale avec une rationalité qui pourraient convaincre même ceux qui s’opposent à la loi du Talion.
Herzog ne se fait pas arbitre, mais son intervention, sa présence (remarquable par son inimitable voix à la narration) et la simple existence de ce film nous laisse clairement comprendre que le documentaire est (malgré-lui?) pro-vie sans pour autant céder à l’écueil du FILM CROISADE; de toute façon, il en aurait été autrement surprenant avec Herzog derrière la caméra.
germanicus
28 octobre 2011
07h13
Herzog a décidé de s’attaquer à un sujet très original (la peine de mort au Texas) en utilisant un angle rarement utilisé (suivre le point de vue du meurtrier) au cinéma ou en littérature.
Enfoncer des portes ouvertes, tel semble être le destin des cinéastes (de talent pourtant) de la génération baby-boom.
Il aurait pu faire le même film en Chine, mais non, il a choisi le Texas. Il aurait pu également filmer les conséquences des trois condamnations à mort décrétées sans jugement par ceux qui “voulaient s’amuser un soir”. Il aurait pu filmer les familles condamnées à vivre dans le manque d’êtres chers pour une histoire de Camaro rouge, mais non.
Qu’Herzog ait ses opinions c’est normal, mais qu’il peche par manque d’originalité, à son niveau c’est impardonnable. À moins qu’il ait voulu s’auto-caricaturer. La vieillesse est un naufrage…
maxime_turgeon
28 octobre 2011
07h50
@germanicus
À lire votre commentaire, et en le comparant à l’article ci-haut, on dirait que vous “manquez le point” du film. Pour citer M. Siroka : “Comme toute l’oeuvre de Herzog, Into the Abyss est plutôt une enquête sur les recoins sombres de l’aventure humaine.” Alors je vous poserai la question suivante : avez-vous vu le film avant de forger votre opinion?
germanicus
28 octobre 2011
10h38
@maxime_turgeon
http://www.youtube.com/watch?v=8JE1uHQeyV4
teamstef
28 octobre 2011
15h37
Je n’ai pas eu la chance de voir ce documentaire qui est assurément excellent.
Par contre, j’ai un peu de difficulté lorsque vous écrivez “Le mobile de leur crime? Une Camaro rouge qu’ils voulaient conduire pour s’amuser un soir…” Ces 2 types voulaient voler une voiture et ils ont décider de tuer, en les tirant à plusieurs reprises sans raison valable, une femme de 50 ans, un jeune homme de 16 ans et un autre de 18 ans. Quel était leur crime? Posséder une voiture que ces 2 hommes désiraient.
Je ne suis pas du tout pour la peine de mort, je trouve seulement que votre description de leur mobile manque de justesse!
Que voulez vous dire par «un peu de difficulté»? Je ne fais que citer le synopsis du film… -js
teamstef
28 octobre 2011
16h03
Le “un peu” était sarcastique…
Je n’avais pas vû de guillemets qui m’auraient indiqués qu’il s’agissait de la citation du synopsis alors je croyais que ça venait de votre plume…ou clavier….
Donc, j’ai beaucoup de difficulté avec le synopsis d’Herzog.
kurtz
28 octobre 2011
18h25
Sur le choix “cliché” de Herzog…
Je pense que faire un film sur la peine de mort en Chine ou en Iran ne donnerait pratiquement aucun moyen à Herzog d’aller au fond de son sujet, vu l’état de la liberté d’expression dans ces pays. De plus, Herzog est connu aux USA et sa notoriété lui a probablement assuré un accès privilégié qu’il ne pourrait obtenir dans un endroit moins occidentalisé comme un pays africain ou asiatique.
Par ailleurs, il semble que la peine de mort est toujours un sujet d’actualité, puisque malgré les milliers de documentaire redondants portants sur le même sujet ;-) , cet enjeu génère toujours autant de débats et de déchirements, sans parler des exécutions qui continuent.
De plus plus plus, le Texas est selon moi LE lieu par excellence où tourner sur la peine de mort, puisque cet État moderne, industrialisé, prospère, démocratique, occidental et laïc utilise toujours ce moyen de punir les crimes. Pas d’excuse de manque de démocratie ou d’instabilité politique pour les États-Unis; on peut ainsi jeter un oeil philosophique sur la pulsion de mort des sociétés humaines sans masquer cette dernière sous le voile de l’ignorance ou du sous-développement.
Enfin, pour un maître comme Herzog, s’attaquer à un “cliché” comme la peine de mort au Texas est un défi encore plus grand en raison du nombre d’oeuvres traitant du sujet. Parions qu’il saura nous surprendre et creuser là où aucun autre ne s’est rendu.
guillaumeh
29 octobre 2011
18h05
@germanicus
http://www.youtube.com/watch?v=O8MqXXX3jOA
Tant qu’à faire dans les réponses insignifiantes…