Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 20 septembre 2011 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (5)

    Wuthering Heights: retour à l’état animal

    wuthering-heights-movie-image-01

    Digne héritière du kitchen sink drama, la Britannique Andrea Arnold est une des cinéastes les plus intéressantes du moment. Avec ses deux premiers long métrages, Red Road (2006) et Fish Tank (2009), tous deux récipiendaires du Prix du Jury au Festival de Cannes, elle a su imposer un style tranché et affirmé, qui rappelle à la fois Loach pour le naturalisme de l’interprétation et la nervosité de la caméra, Haneke pour le climat d’angoisse existentielle, Antonioni pour la dynamique psychologique entre les protagonistes et l’espace qui les entoure, ou Kieslowski (en particulier sa période polonaise) pour les touches poétiques irriguées à même la réalité la plus banale et maussade.

    Avec son nouveau film, Wuthering Heights, adaptation en costumes de l’unique roman d’Emily Brontë, elle change drastiquement de décor et d’époque: les quartiers ouvriers paumés d’aujourd’hui laissent place aux landes désertes et venteuses de la fin du 18e siècle. La rage et le mal de vivre d’âmes blessées carburant à l’instinct établit, cependant, une continuité dans l’oeuvre de la réalisatrice de 50 ans.

    «Les personnages sont définis par la nature et par ce paysage très sauvage et rugueux dans lequel ils habitent. C’est pour cela que le film donne cette sensation animalistique des fois. Quand on va au fond des choses, nous sommes tous essentiellement des animaux», a déclaré Arnold en conférence de presse à la Mostra de Venise, où Wuthering Heights a eu sa première mondiale.

    wutheringfirstlook

    Le chef-d’oeuvre de Brontë, considéré comme l’un des plus grands accomplissements de l’histoire de la littérature (il s’agit du roman préféré d’André Gide), a été adapté nombre de fois au cinéma. Le personnage principal, Heathcliff, jeune orphelin accueilli dans une famille aisée du nord de l’Angleterre, a notamment été campé par Laurence Olivier (1939), Timothy Dalton (1970) et Ralph Fiennes (1992).

    La version d’Arnold marque la première fois que Heathcliff sera interprété par un acteur noir, le nouveau venu James Howson. Un casting qui peut paraître anticonformiste, mais qui est en fait très fidèle à l’esprit de Brontë, qui décrit son tragique héros comme un «gitan au teint basané».

    Intégré à l’âge de 6 ans dans une famille habitant une ferme isolée, Heathcliff s’éprend rapidement de la fille du propriétaire, Catherine, interprétée par la séduisante Kaya Scodelario de la télésérie Skins. Au gré des années, les deux jeunes vivront un intense amour platonique jusqu’à ce qu’un mariage de convenance et des rivalités familiales finissent par assombrir leurs vies.

    trailer-for-wuthering-heights-andrea-arnold-kaya-scodelario

    Le compte-rendu d’AFP et la bande-annonce :

    Pendant plus de deux heures, le film, dans lequel il n’y a que très peu de dialogues et aucune musique, exhalte cette passion, dans un décor sauvage de lande et de marécages comme on les imagine dans le roman, où la nature devient un personnage à part entière.

    Heathcliff, enfant battu, est victime d’une extrême violence et du racisme au sein de la famille et à l’extérieur. Mais l’amour qu’il a pour Cathy le sauve, jusqu’à ce que cette dernière décide d’épouser un autre homme. S’ensuivront la mort et la folie…

    La pluie, la neige, la brume, le vent, la bruyère, les arbres, la boue, les insectes ou les fruits filmés en gros plan, semblent être des attributs des personnages, dont chaque mouvement et chaque regard semblent essentiels.

    Éléments gothiques et sensuels, la lune et le sang reviennent de manière récurrente. Andrea Arnold passe d’un personnage à un autre avec des mouvements de caméras très rapides comme pour filmer une sorte d’urgence.

    Les droits de distribution pour l’Amérique du Nord de Wuthering Heights ont été
    acquis lors du Festival de Toronto. Le film devrait prendra l’affiche début 2012.


    • Visionné à Toronto. Film hors normes dont un visionnement ne suffit probablement pas à saisir toute la complexité sensorielle. D’autant plus que les dialogues, vaut-il mieux de s’en tenir à cet euphémisme, sont distribués au compte-gouttes. Très rigoureuse dans sa démarche, Arnold dépeint par moments une atmosphère qui ne va pas sans rappeler, bien qu’anachroniquement, celle de certains films de Melville (vraiment!!) le bleuté du ciel, le spleen existentiel, le mutisme des personnage intériorisant leur souffrance…. bref, je ferme ma gueule, ce film, vous l’aurez compris est un incontournable et est à mille lieux de Fish Tank.

    • Il faut se rappeler de l’importance des «Hauts de Hurlevent» dans le merveilleux scénario de Réjean Ducharme pour le film «Les bons débarras, 1980» de Francis Mankievicz. Pour le sentiments exacerbés,les personnages et une métaphore de l’ambivalence du peuple québécois c’est un classique. Un des meilleurs films québécois, toutes époques confondues. DOP : Michel Brault.

    • Après ce chef d’oeuvre qu’était Fish Tank, mes attentes sont beaucoup trop élevé. Mais je ne crois pas que je serai déçu.

      Bon ça y est, je bave.

    • Je vous signale amicalement une faute de grammaire :

      Il aurait fallu écrire «jusqu’à ce qu’un mariage de convenance et des rivalités familiales finissent et non«finiront»

      Corrigé, merci – js

    • HS

      Nouveau court métrage, complètement siphonné, de David Lynch: http://www.youtube.com/watch?v=DezEGKp5U3M

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