Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à lapresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 6 septembre 2011 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (13)

    Frénésie du mouvement, cinéma du «chaos»

    arton27

    Évolution ne veut pas toujours dire amélioration. Pour preuve, il n’y a qu’à considérer la nouvelle tendance du cinéma d’action contemporain: montage stroboscopique, mouvements de caméra étourdissants et bande sonore cacophonique. Un surplus d’information conçu pour immerger le spectateur dans le film mais qui, en réalité, finit plus souvent qu’autrement à le désorienter et à l’abrutir.

    Cette «zone de guerre audiovisuelle» est mise à l’examen dans un nouvel essai vidéo (voir plus bas) produit par l’académicien Matthias Stork. Il y cite notamment la théorie de «continuité intensifiée» élaborée par David Bordwell dans son remarquable livre The Way Hollywood Tells It, une étude fouillée du langage cinématographique de l’époque moderne (à partir des années 1960).

    Bordwell identifie quatre traits qui qualifient le nouveau style: montage rapide, extrémités bipolaires de la longueur des lentilles, dépendance au gros plans, et vaste gamme de mouvements de caméra. Ironiquement, soutient l’auteur, les avancées technologiques ont eu pour effet de réduire les choix artistiques des réalisateurs et, par conséquence, d’atténuer le plaisir des cinéphiles.

    (Les arguments de Bordwell sont multiples et convaincants, et je vous incite à vous procurer son livre, ou du moins à en lire un résumé publié sur son blog. D’ailleurs, on peut lire ici les 18 premières pages. Enfin, Sylvain Lavallée s’inspire du livre en question pour un des ses posts datant de décembre dernier).

    Pour revenir à notre essai, Stork soutient que les techniques classiques, qui ont dominé le cinéma durant son premier siècle, ont été «perverties» au courant de la dernière décennie.

    Les blockbusters contemporains, en particulier les films d’action, troquent l’intelligibilité visuelle pour une surcharge sensorielle; il en résulte un style marqué par l’excès, l’exagération et l’abus. Le cinéma du chaos singe l’illettrisme des bandes-annonces. Il se compose d’un barrage de scènes de haute voltige. Chaque plan carbure à l’adrénaline, a l’allure d’un point culminant hystérique d’une scène. Le cinéma du chaos est un crescendo interminable de panache et de spectacle. C’est une esthétique fusil de chasse, tirant une décharge de technique sensationnaliste qui taille en pièces le style classique. Les réalisateurs qui travaillent dans ce mode ne sont pas intéressés par la clarté spatiale. Il importe peu où vous vous trouvez, et il importe à peine si vous savez ce qui se passe à l’écran.

    L’essai qui suit est plutôt intéressant, mais n’apporte pas grand chose de significatif au cinéphile le moindrement attentif. Il s’agit cependant d’une excellente introduction à certaines questions fondamentales, à savoir qu’est-ce qui a mené le cinéma jusque à ce «chaos», et quoi faire pour y rétablir un peu d’ordre.

    Mise à jour :

    Chaos Cinema Part 3 from Matthias Stork on Vimeo.

    La transcription de l’essai se trouve ici.


    • Le premier film dont je me souviens à avoir utiliser cette technique était Saving Private Ryan pendant les scènes de combat. Et dans ce cas précis, il me semble que ça servait bien le film…

    • Ah, non, pas Saving Private Ryan, je suis ce video de Stork depuis un bout, les réactions que cela suscite, et Saving Private Ryan surgit tout le temps dans les commentaires, mais j’ai revu le film il y a quelques jours et à part un léger tremblement de la caméra (pas si appuyé en plus), on est très loin du chaos. Les plans sont longs, les mouvements souples, il n’y a rien de frénétique sinon la densité de l’action mais elle se déroule à l’intérieur d’un même plan, bref c’est filmé comme n’importe quelle autre scène d’action de Spielberg, ça n’a rien à voir avec du Greengrass. Spielberg est le meilleur exemple d’anti-cinéma chaotique et il n’est pas près de s’y mettre (il a déjà dit qu’il n’aimait pas ce style, que cela peut être bien utilisé, mais que ça ne servirait pas ses propres films).

    • @ dr strange

      Vous avez raison pour SPR, mais ce n’est pas la norme. De plus dans ce film, les plans saccadés sont entrecoupés de pauses sonores et de ralentis, ce qui les rend digestes.

      La plupart des films d’action sont maintenant handicapés par un montage déchiqueté et loin de faire “entrer le spectateur dans l’action”, cela crée plutôt une distance et de la confusion.

      Cette excuse bidon sert le plus souvent à camoufler l’incapacité du réalisateur à rendre crédible une scène d’action surchargée d’événements tape-à-l’oeil qui n’ont pour but que de surenchérir sur ce qui s’est déjà fait avant.

      Les scénarios d’action sont de plus en plus éloignés du réalisme, ce qui force le réalisateur à créer ce type de montage, facile et bourré de retouches et d’imagerie synthétique.

      Ce type de cinéma peut vraiment être assimilé à du “junk food”. Vite fait, vite consommé et des calories vides.

    • Je n’ai pas lue tout l’essai mais Il y a un passage que je retiens : ‘Les réalisateurs qui travaillent dans ce mode ne sont pas intéressés par la clarté spatiale. Il importe peu où vous vous trouvez, et il importe à peine si vous savez ce qui se passe à l’écran’.

      Il a raison, c’est le feeling que procure le cinéma du chaos et je pense que c’est encore pire dans le cinéma 3D. D’ailleurs c’est difficile de se souvenir des scènes d’un film 3D. Tout ce qui reste en tête c’est une impression floue et vague.

      Exemple, j’ai été voir Captain America. J’ai bien aimé mais et j’ai de la difficulté a me souvenir des scènes. Des flashs mais rien de vraiment concret ou marquant.

      @cinematographe

      D’accord avec toi a propos de SPR.

    • L’arrivée des caméras légères, des lentilles où l’on pouvait « zoomer » sans se déplacer ainsi que de l’informatique a inévitablement modifié la façon de tourner et de monter un film.

      Pour le mieux?

      Pas toujours…

      Des films comme Cloverfield, ou plus récemment Battle Los Angeles nous montrent bien que la caméra peut faire partie de l’action, mais parfois, trop c’est trop!

      Un bon cadrage, une bonne composition, un travelling efficace qui soutien l’action, voilà ce qui manque à beaucoup de film, tournés comme des vidéoclips à la sauce Much Music des années 90.

    • Cette technique est aussi un truc très efficace pour “cheaper” sur les effets spéciaux… et en faire plus avec un budget X. Si la caméra “saute” et que celui qui la tient se sauve pendant l’action, on n’a pas besoin d’avoir autant de détails. En fait, ne pas voir ou voir très peu le “monstre-robot-tueur-extraterrestre-zombie” met un peu plus de stress et fait faire des sauts, ce qui est plus souvent qu’autrement l’effet recherché…

      Mais oui, en effet, on sauve aussi très souvent sur la qualité du scénario…

    • Le cinéma est le reflet de notre époque comme dit le vieil adage.

      On se plaignait déjà dans les années 90 d’un cinéma «MTV», si je puis m’exprimer ainsi, où le montage n’était que coupes par dessus coupes, par dessus coupes (cut, cut, cut) (Speed, Léon, Fight Club, etc). Aujourd’hui, avec l’avènement de YouTube et la rapidité à capter le «réel» par une caméra intégrée dans les cellulaires, iPod et autres gadgets et la rapidité avec laquelle la nouvelle génération absorbe toutes ces images, il est donc presque naturel que le cinéma se soit adapté à cette façon de faire.

      Le spectateur connait et comprend les codes du «cinéma de chaos» parce qu’il en a déjà visionné des centaines sur le web. Que ce soit un tsunami en Asie, un tremblement de terre à Haïti ou un tornade aux États-Unis, il y a toujours quelqu’un pour capter l’évènement via son cellulaire et le mettre sur la toile. La caméra bouge dans tous les sens, l’image est pleine de grains, on n’y distingue absolument rien mais on sait très bien ce que l’on regarde.

      N’empêche que les films d’action veulent donner l’impression d’être pris-sur-le-vif pour que le tout semble être «plus réaliste» et non pas «cinématographique» comme c’était le cas et la norme il y a dix ou quinze ans de ça.

    • Quand on regarde la bande-annonce d’un film d’action rempli d’effets spéciaux, on a l’impression qu’on va en avoir “plein la vue”… et on ne se trompe pas, sauf que ce n’est pas le plein la vue auquel on pense.

      Plein la vue dans le sens qu’on va être bombardé, oui. Mais dans le sens qu’on va admirer de belles images et être époustoufflé, ça non. Les plans spectaculaires des films d’action durent à peine plus longtemps que dans la bande-annonce. Et des que la caméra s’attarde enfin sur autre chose qu’un acteur en gros plan, la magie n’est pas au rendez-vous parce qu’on sait que c’est du CGI très conventionnel la plupart du temps. ET comme le montage frénétique recommence juste après le “long” plan de quatre secondes, on se sent tout simplement assailli. Le beau décor qu’on s’était promis de scruter est vite oublié pendant qu’on se fait trimbaler par le réalisateur vers le dénouement hyperkinétique d’une histoire habituellement calquée sur d’autres déjà vues cent fois.

      Certains films d’action réussissent quand même à transcender la formule. District 9, par exemple, fait appel à la plupart des conventions visuelles, mais les situations et le scénario sont vraiment intéressants, du moins jusque vers la fin du film, quand le réalisateur fait plus de compromis propres au genre.

      Les derniers Batman sont également fort impressionnants, donc il y a encore de l’espoir. Si on compare à d’autres genres, comme les westerns et les musicals par exemple, il est clair que pour une ou deux franches réussites, il y a eu beaucoup de “cinéma par numéros”. Cependant, la formule du film d’action est usée jusqu’à la corde dans son format actuel. Une réflexion s’impose car ce genre est de plus en plus dépendant de la technologie, qui est de plus en plus utilisée à la télé presque aussi bien. Je ne sais pas trop sur quelle merveille les films d’action miseront dans 20 ans — le 3d tactile, peut-être. Ça pourrait faire mal.

    • Exactement ce pourquoi j’ai décroché du dernier James Bond après 5 minutes…la poursuite d’ouverture était ignoble. Dommage d’avoir payé pour ça.

      Est-ce que ma mémoire est bonne ou bien c’était comme ça aussi dans le dernier Bourne ? Un autre de ces films qui gâche une belle série (mon humble avis).

    • Heureusement, certaines scènes d’action viennent nous montrer qu’il est encore possible de créer quelque chose de vrai….

      Des films comme Children of men, Death proof, Heat, Point Break (L’article fait référence à “The hurt locker” mais la plus grande scène d’action de Bigelow demeure selon moi la poursuite à pied de Point Break), The Town, Inception, Dark Knight, War of the worlds, Collateral, etc. Évidemment, on parle de réalisateurs de talent qui sont prêt à mettre les efforts requis à la construction d’une scène d’action efficace.

      Et entre de bonnes mains, le cinéma du “chaos” peut être réussi. On n’a qu’à penser à la trilogie Bourne.

    • @teamstef

      “Et entre de bonnes mains, le cinéma du “chaos” peut être réussi. On n’a qu’à penser à la trilogie Bourne.”

      J’aime beaucoup Greengrass, mais il dépassait la limite avec son “Green Zone”. Plusieurs fois, dans les scènes d’action, je ne pouvais qu’admettre être totalement désorienté . Le temps et l’argent mis dans la création de ces scènes complexes, et ce par des dizaines d’artisans, de techniciens et d’acteurs était donc, pour moi, complètement perdu. Dommage.

    • Ça fait des années que je sacre contre le chaos. Lors du dernier Spiderman, il y a une bataille entre deux édifices très étroit (avec la nouveau goblin vert je crois). Bon sang que j’étais en tabarnouche! On est à 2 pouces de l’action, tout revolle, éclate, etc. AYE! JE VEUX ÊTRE DIEU! Donnez-moi de l’espace pour apprécier les mouvements extraordinaire du superhéros!

      L’histoire se répète pour plein de film. Je suis cependant d’accord avec le cinéma du chaos pour les films de guerre où c’est… le chaos total! Pour le débarquement dans SPR ou pour pas mal tout le film Battle LA, on veut donner le sens d’étourdissement, la difficulté pour le soldat de discerner quoi que ce soit. On veut nous amener à leur niveau, et c’est correct. Mais bon, faudrai pas abuser…

    • fusil de chasse non, mitrailleuse. Avant il y avait DES rythmes au cinéma, maintenant il y en a presque juste un de possible. Regardez un film à l’envers… je veux dire, sur le mur derrière vous à la maison. Regardez la lueur de la télévision, son effet de stroboscopique de plus en plus rapide à mesure que les années avancent… c’est hallucinant. Noir. Blanc. Noir. Blanc. BOOM’! Le cinéma n’est plus un art, c’est une manière de changer le rythme cardiaque du spectateur, un travail sur les sens et les effets produits au cerveau. On ne demande plus au gens de regarder un film mais de le subir. C’est ça que les gens veulent, être dans un manège. Boom!

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