Jozef Siroka

Archive, septembre 2011

Vendredi 30 septembre 2011 | Mise en ligne à 14h15 | Commenter Commentaires (3)

Le court du week-end: The 3 Rs

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La Viennale (21 octobre – 3 novembre) ne fait peut-être pas partie de la crème des festivals de cinéma internationaux, elle se distingue cependant par la qualité de ses vidéos promotionnelles, qui constituent de véritables court métrages en soi. À l’honneur cette année: David Lynch, qui ne déçoit pas avec une oeuvre turbulente qui démontre qu’il n’a toujours pas épuisé ses ressources.

The 3 Rs est d’autant plus précieux que, selon de déprimantes rumeurs, le maître de l’inquiétante étrangeté songerait à abandonner le cinéma de fiction. On se réconforte quand même avec cette entrevue que Lynch à accordée à Rolling Stone, citée par Les Inrocks (merci à M. ghost pour le tuyau), dans laquelle il mentionne travailler «sur un autre nouveau film, mais rien n’est encore fait pour l’instant».

(D’ailleurs, suivez l’hyperlien menant au site du magazine français pour y voir un autre court de Lynch, Dream # 7).

Quelques bandes-annonces notables de la Viennale :

Empire (2010) de Apichatpong Weerasethakul

Fire & Rain (2009) de James Benning

Une catastrophe (2008) de Jean-Luc Godard

My Last Minute (2006) de Leos Carax

Viennale Walzer (2004) de Agnès Varda

À lire aussi :

> Le court du week-end: The Grandmother
> La crise de la dette, vue par David Lynch
> Une suite à Mulholland Drive?
> Un premier documentaire pour David Lynch

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Mardi 27 septembre 2011 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Commentaires (20)

Drive : variations sur les surfaces

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À mi-chemin dans Drive, premier essai aux États-Unis du cinéaste danois Nicolas Winding Refn, un gangster prénommé Nino (Ron Perlman) examine une voiture de course modifiée. Visiblement déçu, il demande au garagiste, Shannon (Bryan Cranston), pourquoi elle a un air si banal, alors qu’il a mis une petite fortune dessus. Et ce dernier de rétorquer: c’est la mécanique élaborée, dissimulée en dessous de la carrosserie qui la rend si efficace, et non le design visible. En d’autres mots, c’est l’être qui compte, et non le paraître.

Voilà une des nombreuses pointes auto-dérisoires qu’on retrouve dans cette oeuvre inclassable, alliant avec une dextérité jouissive clichés du cinéma d’action hollywoodien et sensibilité de films d’auteur européens. Refn, qui s’est fait un nom avec avec l’ultra stylisée et violente trilogie Pusher (1996-2005), ainsi que le classique culte instantané Bronson (2008), est, contrairement à Shannon, principalement concerné par le pouvoir de l’esthétique. Ce qui n’est pas dire que Drive est une belle coquille vide; plutôt, que le travail de surfaces minutieux suffit à lui seul pour inculquer au film une surprenante dimension existentialiste. On ne parle cependant pas d’un existentialisme qui concerne à priori l’homme, mais bien le cinéma… de genre.

Refn est le dernier venu d’une longue lignée de cinéastes étrangers (Fritz Lang, F.W. Murnau, John Schlesinger, Werner Herzog, Roman Polanski, etc.) qui, ayant connu la gloire en leurs terres natales, viennent braquer leur lentille sur l’expérience américaine. Ce qui l’intéresse en particulier, ce n’est pas tant les thèmes de la solitude et du crime dans une grande métropole colorée, ou les possibilités et plaisirs cinétiques reliés à un film de chars, comme Drive a été promu. Ces éléments sont bien sûr présents, et d’ailleurs exploités de manière très satisfaisante – le sens du rythme et du suspense du récipiendaire du Prix de la Mise en Scène à Cannes est admirable. Mais ce n’est pas ce qui rend Drive si significatif. L’objectif premier de Refn est en fait de déconstruire les rouages de ces innombrables films similaires, bons ou mauvais, qui l’ont précédé et de saisir les raisons qui nous poussent d’y revenir sans cesse, membres de l’industrie et du public compris.

L’intrigue de Drive et, jusqu’à un certain point, les caractéristiques psychologiques des protagonistes, représentent les facettes les moins intéressantes du film. Il y a le mystérieux et héroïque Driver (Ryan Gosling), cascadeur sur des plateaux de tournage le jour, et chauffeur à louer pour des braqueurs la nuit. Il est, bien entendu, Le Meilleur dans ces domaines respectifs. On retrouve aussi la fille d’à côté, la vulnérable Irene (Carey Mulligan), qui s’éprend de Driver, un bandit sadique (Albert Brooks, inquiétant dans un rôle à contre-emploi), un vol qui tourne mal, une valise remplie d’argent sale, des menaces, et beaucoup de comptes à régler sanglants. En somme, Drive englobe les archétypes de bon nombre de fictions hollywoodiennes qui ont dominé le grand écran depuis les débuts du 7e art, allant des westerns de John Ford, aux films noir avec Humphrey Bogart, en passant par les plaisirs coupables du 80s Action.

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Driver est un homme de peu de mots. Il ne délie sa langue de manière soutenue qu’à deux reprises pendant le film, et c’est pour répéter le même mantra: «If I drive for you, you give me a time and a place. I give you a five-minute window, anything happens in that five minutes and I’m yours no matter what. I don’t sit in while you’re running it down; I don’t carry a gun… I drive.» Ce règlement auquel se doivent de se plier ses éventuels employeurs d’un soir agit davantage comme l’écho d’un film cool et viril qu’une prédisposition ancrée dans la réalité. On semble en effet entendre le credo de Neil McCauley (Robert De Niro) dans Heat (1995) de Michael Mann, un chef d’oeuvre néo-noir et une influence majeure de Drive: «A guy told me one time, “Don’t let yourself get attached to anything you are not willing to walk out on in 30 seconds flat if you feel the heat around the corner.“».

Mais cantonner Drive au simple rang de pastiche ne lui rendrait pas entièrement justice. Comme le dit avec justesse Wesley Morris du Boston Globe dans sa critique, «Le propos de Drive n’est pas tant les autres films. Il s’agit de la perception par Refn de la filmitude de la vie». Dans de nombreux entretiens, le cinéaste de 40 ans décrit Driver comme quelqu’un qui se définit comme le héros d’un conte de fées. Il est un chevalier ou un cowboy solitaire moderne, se portant à la défense de la demoiselle en détresse, conduisant des chevaux chromés à quatre roues se nommant Impala ou Mustang…

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Vivre comme dans un film peut toutefois nous mener dans un complexe labyrinthe moral, où les actions et les fantasmes donnent parfois lieu à un cocktail malsain. Et c’est en cela que les trajectoires des personnages de Refn divergent de celles des créatures «pulpeuses» de Quentin Tarantino, par exemple, qui échappent à tout dilemme éthique en tapissant leurs expériences d’un humour uniformément ironique.

Une scène, plus que toute autre, cristallise, avec une économie phénoménale, les obsessions du cinéaste danois. On se trouve dans un ascenseur baigné d’une lumière jaune ocre alarmante, qui transporte vers le rez-de-chaussée (l’abîme?) Driver, Irene et un homme de main au dessein louche se croyant faussement incognito. La tension, paroxystique, est d’abord d’ordre sexuel: les deux amoureux échangent un premier baiser langoureux, filmé en ultra ralenti sur fond de musique envoûtante, avec le danger imminent hors cadre. Le relâchement de cette tension est ensuite sèchement transféré vers un grotesque acte de violence – une rupture de ton qui ferait rougir David Lynch – alors que Driver démolit le Méchant sans crier gare, à la stupéfaction d’Irene et du spectateur. L’existence filmique, aussi sensuelle soit-elle, comporte des conséquences bien concrètes.

À mon avis, Refn répond avec Drive à la fameuse question de François Truffaut: «Le cinéma est-il plus important que la vie?» Sa thèse est peut-être entièrement étayée à l’aide de jeux de surfaces; tour à tour hypnotisantes, éthérées et glissantes. Il réussit néanmoins, à travers une approche à la fois agressivement fabriquée et foncièrement sincère et, il faut l’admettre, par une magie qui m’échappe, à élever le superficiel au rang d’essentiel. Ni plus ni moins une des plus belles lettres d’amour aux images en mouvement.

Liens intéressants à consulter :

> Entrevue de Nicolas Winding Refn à Cinema Scope
> Entrevue de Ryan Gosling à Vulture
> Drive : anatomie d’une scène
> Only God Forgives : la prochaine collabo Gosling-Refn
> Télécharger la bande originale de Drive sur iTunes

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Mardi 20 septembre 2011 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (5)

Wuthering Heights: retour à l’état animal

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Digne héritière du kitchen sink drama, la Britannique Andrea Arnold est une des cinéastes les plus intéressantes du moment. Avec ses deux premiers long métrages, Red Road (2006) et Fish Tank (2009), tous deux récipiendaires du Prix du Jury au Festival de Cannes, elle a su imposer un style tranché et affirmé, qui rappelle à la fois Loach pour le naturalisme de l’interprétation et la nervosité de la caméra, Haneke pour le climat d’angoisse existentielle, Antonioni pour la dynamique psychologique entre les protagonistes et l’espace qui les entoure, ou Kieslowski (en particulier sa période polonaise) pour les touches poétiques irriguées à même la réalité la plus banale et maussade.

Avec son nouveau film, Wuthering Heights, adaptation en costumes de l’unique roman d’Emily Brontë, elle change drastiquement de décor et d’époque: les quartiers ouvriers paumés d’aujourd’hui laissent place aux landes désertes et venteuses de la fin du 18e siècle. La rage et le mal de vivre d’âmes blessées carburant à l’instinct établit, cependant, une continuité dans l’oeuvre de la réalisatrice de 50 ans.

«Les personnages sont définis par la nature et par ce paysage très sauvage et rugueux dans lequel ils habitent. C’est pour cela que le film donne cette sensation animalistique des fois. Quand on va au fond des choses, nous sommes tous essentiellement des animaux», a déclaré Arnold en conférence de presse à la Mostra de Venise, où Wuthering Heights a eu sa première mondiale.

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Le chef-d’oeuvre de Brontë, considéré comme l’un des plus grands accomplissements de l’histoire de la littérature (il s’agit du roman préféré d’André Gide), a été adapté nombre de fois au cinéma. Le personnage principal, Heathcliff, jeune orphelin accueilli dans une famille aisée du nord de l’Angleterre, a notamment été campé par Laurence Olivier (1939), Timothy Dalton (1970) et Ralph Fiennes (1992).

La version d’Arnold marque la première fois que Heathcliff sera interprété par un acteur noir, le nouveau venu James Howson. Un casting qui peut paraître anticonformiste, mais qui est en fait très fidèle à l’esprit de Brontë, qui décrit son tragique héros comme un «gitan au teint basané».

Intégré à l’âge de 6 ans dans une famille habitant une ferme isolée, Heathcliff s’éprend rapidement de la fille du propriétaire, Catherine, interprétée par la séduisante Kaya Scodelario de la télésérie Skins. Au gré des années, les deux jeunes vivront un intense amour platonique jusqu’à ce qu’un mariage de convenance et des rivalités familiales finissent par assombrir leurs vies.

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Le compte-rendu d’AFP et la bande-annonce :

Pendant plus de deux heures, le film, dans lequel il n’y a que très peu de dialogues et aucune musique, exhalte cette passion, dans un décor sauvage de lande et de marécages comme on les imagine dans le roman, où la nature devient un personnage à part entière.

Heathcliff, enfant battu, est victime d’une extrême violence et du racisme au sein de la famille et à l’extérieur. Mais l’amour qu’il a pour Cathy le sauve, jusqu’à ce que cette dernière décide d’épouser un autre homme. S’ensuivront la mort et la folie…

La pluie, la neige, la brume, le vent, la bruyère, les arbres, la boue, les insectes ou les fruits filmés en gros plan, semblent être des attributs des personnages, dont chaque mouvement et chaque regard semblent essentiels.

Éléments gothiques et sensuels, la lune et le sang reviennent de manière récurrente. Andrea Arnold passe d’un personnage à un autre avec des mouvements de caméras très rapides comme pour filmer une sorte d’urgence.

Les droits de distribution pour l’Amérique du Nord de Wuthering Heights ont été
acquis lors du Festival de Toronto. Le film devrait prendra l’affiche début 2012.

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