Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 30 août 2011 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (24)

    Le pari de Scorsese, l’amertume de Toback

    caan

    Martin Scorsese renoue avec Leonardo Di Caprio une cinquième fois pour The Gambler, remake d’un drame psychologique de 1974 mettant en vedette James Caan, a annoncé le Hollywood Reporter vendredi dernier.

    Le cinéaste de 68 ans refait également équipe avec le scénariste William Monahan, qui avait signé The Departed (2006), un autre remake qui a valu à Scorsese son premier Oscar du meilleur réalisateur. Inspiré de la nouvelle Le joueur de Dostoïevski, The Gambler raconte l’histoire d’un professeur d’anglais estimé par ses élèves qui succombe à la dépendance au jeu.

    Le film, réalisé par le défunt réalisateur britannique Karel Reisz, a été produit par Irwin Winkler. Ce dernier assurera la production du remake. Le scénariste de la version originale, par contre, ne fera pas partie de la nouvelle aventure. En fait, on n’a même pas pris la peine de l’informer du projet. Et il n’est pas content.

    James Toback – dont le plus récent film, le documentaire intimiste Tyson (2008), a remporté un franc succès sur le circuit festivalier – a fait part, dans une lettre publiée sur le site Deadline, de son «incrédulité» par rapport à ce brusque développement, et critique la «rudesse» et le «manque de respect» de l’équipe derrière le remake.

    Beaucoup plus qu’un exutoire contre un système cruel, la lettre de Toback, écrite avec passion et urgence dans un style scénaristique, est une chronique captivante de la culture hollywoodienne des années 1970. Il y raconte la genèse de The Gambler, cette histoire qui est en fait la sienne, les rencontres avec des producteurs charismatiques à l’égo démesuré, l’extase de la création, les caprices d’artistes (Reisz ne voulait RIEN savoir de Robert De Niro pour le rôle-titre), les mirages de gloire et les coups de poignard dans le dos.

    Ce qui révolte Toback n’est pas tant le fait qu’on fasse un remake de son film le plus personnel, mais bien cette attitude strictement pécuniaire par rapport à l’art qui prédomine à Hollywood. Tant que l’on possède les droits de l’oeuvre, on fait ce qu’on veut avec; la civilité, on s’en balance, résume-t-il.

    L’affaire The Gambler marque un net contraste avec un autre film de Toback qui a eu droit à un remake: Fingers (1978), son premier long-métrage en tant que réalisateur, qui a été adapté par Jacques Audiard sous le titre De battre mon coeur s’est arrêté (2005). Le cinéaste français s’est rendu à New York pour discuter en détail de Fingers avec Toback, avant d’entamer la production.

    Bien sûr, les Français ont toujours eu un différent ensemble de valeurs régissant la propriété intellectuelle, basé sur cette notion poignante que le travail d’un écrivain ne peut être altéré par personne y compris celui qui a payé de l’argent pour se l’approprier. La présente expérience me rappelle des souvenirs d’un banquier qui possédait [mon film] Harvard Man (2001) et m’a dit une fois: «Pour vous il s’agit d’un film. Pour moi, c’est une paire de chaussures. Ma paire de chaussures. Et je ferai tout ce que je veux avec elle.»

    La lettre est à lire ici.

    Voici une scène de The Gambler (malheureusement, le film n’existe pas en DVD) :


    • Encore un film qu’il faut que j’ajoute a ma longue liste de film a voir… je n’y arriverai jamais si vous faite des posts trop souvent comme ca!

    • Bah, ne désespérons pas. L’avantage avec l’opportunisme d’Hollywood, c’est que, si le film de Scorsese fonctionne, les chances sont fortes pour que l’original sorte enfin en DVD, histoire de surfer sur la vague.

    • Je suis à 100 % d’accord avec James Toback. Que dirait Martin Scorsese si quelqu’un se mêlait de faire un remake de ‘Taxi Driver’ sans lui en glisser un mot ?D’autre part, je ne comprend pas cette manie hollywoodienne de refaire des remakes à tout bout de champ au lieu de développer des idées originales. Les jeunes scénaristes et les réalisateurs d’aujourd’hui n’ont rien de neuf à dire ?

    • Intéressant ce texte de Toback au sujet de la création d’un film : tous ces pourparlers et coups bas entre le producteur, le scénariste, le réalisateur, l’acteur : quel film formidable cela ferait! Incroyable aussi cette histoire de chèque à signer. Mais combien triste aussi de constater ce manque total de respect envers la propriété intellectuelle des autres ravalée ici au niveau (monétaire) d’une paire de chaussures.

    • Un film, un seul, le plus intemporel de tous les temps, résume tout ce que Toback dit.

      The Player. Je le regarderai encore ce soir!

    • @ chandelier

      T’as plus de chances de faire de l’argent quand tu utilises une marque connue ou une formule mille fois éprouvée.

      Ouais, mais c’est pas comme si The Gambler avait faut sauter la banque. J’avais d’ailleurs jamais entendu parler de ce film avant de lire la nouvelle du remake… -js

    • Je ne comprends pas trop là.
      Un scripteur c’est pas comme un écrivain de film?
      C’est quoi le deal normal, ils vendent le scénario et ça finit là, comme un contractuel qui fait sa “job”?

    • De deux choses l’une, soit Scorsese se croit tout permis, soit il considère que sa carrière est finie et qu’il peut s’amuser et se remplir les poches de pognon. Tant qu’à faire des remakes…

    • @melo_carmelo

      Ce n’est pas tant Scorsese qui décide du processus de production puisque (dans la plupart des cas) il ne l’est pas lui-même, comme dans le cas présent.

      Le «move» du réalisateur n’est peut-être pas le meilleur ici mais Irwin Winkler aurait aussi pu consulter M. Toback étant donné qu’il retourne travailler sur le même film 35 ans plus tard.

      Un film, que ce soit Scorsese ou n’importe quel autre réalisateur qui fonctionne dans un système Hollywoodien n’est pas totalement maître de son art et de son oeuvre. Nous ne sommes plus dans les années 70.

    • Il FAUT lire : 1983 : Adventures in the Screen Trade: A Personal View of Hollywood and Screenwriting, de William Goldman, un scénariste-romancier hot de cette époque (Marathon Man, Butch Cassidy and the Sundance Kid, The Princess Bride, Misery, etc..)

      RE : http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Goldman

      Fascinant, ça se lit comme un roman, et c’est souvent meilleur que la majorité des fils mentionnés.

      … et voir aussi Barton Fink, des frères Cohen. Incontournable.

      La manie des remakes dans la Mecque du cinéma est aussi sans doute dû à la manie des Américains de poursuivre tout le monde, tout le temps. Et depuis qu’on raconte des histoires autour d’un feu paléolithique, jusqu’au e-book et écrans de cinéma, il y en quelques-unes qui se recoupent… et les innombrables avocats du copyright sautent sur l’occasion comme la misère sur le pauvre producteur. Donc, de manière générale, il préfère officialiser le plagiat, payer maintenant, plutôt que beaucoup plus… plus tard.

    • … par ailleurs, ce film semble exister en DVD:

      http://nelligan.ville.montreal.qc.ca/search~S58*frc?/Ythe+gambler&searchscope=58&SORT=D/Ythe+gambler&searchscope=58&SORT=D&extended=0&SUBKEY=the%20gambler/1%2C55%2C55%2CB/frameset&FF=Ythe+gambler&searchscope=58&SORT=D&1%2C1%2C

    • Le joueur est le premier Dosto que j’ai lue. Je suis confiant que Scorsese devrait en faire quelque chose d’intéressant. Une des qualités du joueur est de faire comprendre les mécanismes psychologiques des personnes qui ont des problèmes de jeux (Dosto avait lui-même des problèmes de jeu).

      Si Scorsese aborde le film sous cet angle ca pourrait donner quelque chose de très intéressant. C’est le genre de personne qui est taillé sur mesure pour lui. Un genre de Travis Bickle a la sauce Dosto qui a des problèmes de jeu et qui est joué par DiCaprio.

    • On vit dans une époque de remake…c’est juste ça qu’on nous sert…

      Bob Gale (Back to the Future) avait raison…on ne nous sort rien de nouveau…parce que les producteurs sont frileux. Ils y vont avec des choses qui ont marché, au lieu d’essayer d’innover. Le cinéma peut rapporter beaucoup, comme il peut faire perdre beaucoup…

      Quand à Toback, ne lui en déplaise, c’est la réalité du scénariste. Une fois vendu, l’autre peut en faire ce qu’il veut.

      De la propriété intellectuelle, c’est de la propriété, point. Si je vends ma maison, j’ai pas le droit de venir me plaindre des couleurs que le nouvel occupant mets sur ses murs.

      Toback n’avait qu’à se négocier des droits sur son scénario. Mais quand tu commences, tu t’arranges avec ce que tu peux avoir. Croyez moi, j’en sais quelque chose…

      Ça fait toujours mal au coeur vendre un bébé qu’on a mis des mois à concevoir. Mais c’est la vie. Si Toback voulait garder son film, il n’avait qu’à s’auto-produire.

    • Monsieur Sykora faites vos devoirs svp. Ce film est disponible en DVD depuis 2002. Vous pouvez l’emprunter dans une bibliothèque de la ville de Montréal ainsi qu’à la Grande Bibliothèque et surement dans un club vidéo près de chez vous.

      D’accord, c’est possible, mais dites-moi, pourquoi ce ton hautain? «Faites vos devoirs!» Et vous, faites les vôtres, et apprenez à écrire correctement le nom des gens quand vous les interpelez.

      Je me suis fié à l’info de Toback pour dire que le DVD n’existe pas.

      Perhaps the home video crew at Paramount will consider making The Gambler available on DVD and Blu-Ray which it presently isn’t.

      – js

    • Et vous, faites les vôtres, et apprenez à écrire correctement le nom des gens quand vous les interpelez.

      Disponible dans tous les bons Bescherelle

    • Monsieurantoine99, plutôt désolant ce bitching anonyme et inutile sur ce blogue par ailleurs fort intéressant.

      J’ai écrit que ce DVD SEMBLAIT exister, selon le moteur de recherche Nelligan, mais il se peut que ce soit en format VHS, que l’indexation de cette bibliothèque SOUVENT ne distingue pas adéquatement.

      Donc, rangez l’artillerie lourde et ne descendez pas le messager et/ou sa version. Et sachez que politesse et petite gène seraient de mise : il n’y a pas eu mort d’enfant.

    • Les plaintes des scénaristes sur l’intégrité de leur ouvrage me laissent froids. Le scénario n’est pas l’oeuvre; un cinéaste peut faire ce qu’il veut avec.

    • @monsieurantoine99

      Je n’ai pas réussi à trouver ce film dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque Nationale. Pourriez-vous me donner le lien indiquant où se trouve ce film? Merci.

    • @M. Sikora
      Désolé pour votre nom. J’ai écrit à la va vite hier soir mais ce n’est pas excuse. Aussi, je ne voulais pas vous choquez avec ma mention « faites vos devoirs ». C’est seulement qu’un journaliste doit vérifier ses dires avant d’avant d’affirmer quelques chose. Sans rancunes.

      @lejukebox
      Sikora est un verbe? J’ai cherché dans le Bescherelle sans succès.

      @fruitsloops
      Je n’ai pas lu votre message hier. Bref, il est disponible au 2 endroits mentionnés. Je n’ai tiré sur personne, j’ai seulement avisé d’un fait.

      @philgra
      voici le lien (titre en français – Le flambeur): http://iris.banq.qc.ca/alswww2.dll/APS_PRESENT_BIB?Style=Portal3&SubStyle=&Lang=FRE&ResponseEncoding=utf-8&no=0002952901&Via=Z3950&View=ISBD&Parent=Obj_378051314895057&SearchBrowseList=Obj_378051314895057&SearchBrowseListItem=42399&BrowseList=Obj_378051314895057?Style=Portal3&SubStyle=&Lang=FRE&ResponseEncoding=utf-8&BrowseListItem=42399&QueryObject=Obj_378031314895057

    • @ monsieurantoine99

      Siroka Antoine, Siroka…

    • …et hors sujet, j’ai été voir Rise of the apes hier et j’ai trouver ça excellent! Un bon gros blockbuster bien écrit et bien réalisé. Encore une fois, Andy Serkis fait du bon boulot derrière les “cg”.

    • Pardon de ma dyslexie, Monsieur Siroka. Milles excuses. Merci taila

    • @ monsieurantoine99

      > interpelez >> interpellez

      Le verbe interpeller garde deux L à toutes les formes.

    • Le film existe sur DVD il en reste 2 à vendre sur Amazon.ca

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