
Un cadre chez Disney a lancé un cri d’alarme qui a fait grand écho lors d’une conférence de l’industrie il y a deux semaines. Le nombre moyen de spectateurs par salle est en train de chuter depuis 2005; il faut donc combattre cette tendance déclinante avec des blockbusters encore plus gros et bruyants!
L’idée est de produire plus de tentpole, a affirmé Andy Hendrickson, «chief technical officer» chez Disney. Un tentpole étant, selon le conférencier, «Un film qui implante le désir de le voir chez tout le monde dans toutes les avenues de distribution. Le seul genre de film sur lequel on peut dépenser 100 millions $ en marketing», rapporte Variety.
Et quelle serait la recette pour élargir la marge de profit des studios? «Les gens disent: “Tout dépend de l’histoire”, a poursuivi Hendrickson. Quand on fait des films tentpole, bullshit!». Pour prouver son point, il a présenté un tableau des meilleures recettes au box-office domestique de l’histoire.
1. Avatar
2. Titanic
3. The Dark Knight
4. Star Wars
5. Shrek 2
6. E.T.: The Extra-Terrestrial
7. Star Wars: Episode I – The Phantom Menace
8. Pirates of the Caribbean: Dead Man’s Chest
9. Toy Story 3
10. Spider-Man
22. Alice in Wonderland (2010)
Prenant en exemple le succès de Disney Alice in Wonderland, il a noté: «L’histoire n’est pas vraiment bonne, mais c’est le spectacle visuel qui a fait courir les foules. Et Johnny Depp n’a pas nui».
Résumé: scénario, s’en fout. Amenez-moi des vedettes et des images spectaculaires, et je remplis vos coffres. La théorie fait beaucoup de sens d’un point de vue business. Et, quoique je ne partage pas l’engouement corporatiste d’Hendrickson, je dois dire que je suis en grande partie d’accord avec sa philosophie.
En effet, après plus d’un siècle de cinéma, on peut dire que la banque de récits a pas mal été épuisée. Les histoires les plus banales peuvent d’ailleurs donner lieu à d’excellents films. Tout est dans la manière de la raconter; à travers la mise-en-scène, le montage, la direction des acteurs, l’utilisation de la musique, etc. Le scénario est bien entendu un facteur, mais il n’est qu’un élément de plus à prendre en compte dans la vaste panoplie du langage cinématographique.
Un exemple contemporain. Je viens de terminer Moneyball de Michael Lewis. Cette histoire d’un gérant de baseball qui a réussi à rendre son équipe compétitive malgré la modeste masse salariale mise à sa disposition, est originale, dynamique, pertinente, captivante. Le film du même nom, avec Brad Pitt en vedette, prendra l’affiche le 23 septembre. Et, pour être franc, plus que les compétences du très fiable Aaron Sorkin, qui a assuré l’adaptation, c’est davantage la vision du réalisateur Bennett Miller qui m’importe. Avec Capote (2005) dans son CV, disons qu’il est permis de s’attendre à un coup de circuit…
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