
Martin Scorsese renoue avec Leonardo Di Caprio une cinquième fois pour The Gambler, remake d’un drame psychologique de 1974 mettant en vedette James Caan, a annoncé le Hollywood Reporter vendredi dernier.
Le cinéaste de 68 ans refait également équipe avec le scénariste William Monahan, qui avait signé The Departed (2006), un autre remake qui a valu à Scorsese son premier Oscar du meilleur réalisateur. Inspiré de la nouvelle Le joueur de Dostoïevski, The Gambler raconte l’histoire d’un professeur d’anglais estimé par ses élèves qui succombe à la dépendance au jeu.
Le film, réalisé par le défunt réalisateur britannique Karel Reisz, a été produit par Irwin Winkler. Ce dernier assurera la production du remake. Le scénariste de la version originale, par contre, ne fera pas partie de la nouvelle aventure. En fait, on n’a même pas pris la peine de l’informer du projet. Et il n’est pas content.
James Toback – dont le plus récent film, le documentaire intimiste Tyson (2008), a remporté un franc succès sur le circuit festivalier – a fait part, dans une lettre publiée sur le site Deadline, de son «incrédulité» par rapport à ce brusque développement, et critique la «rudesse» et le «manque de respect» de l’équipe derrière le remake.
Beaucoup plus qu’un exutoire contre un système cruel, la lettre de Toback, écrite avec passion et urgence dans un style scénaristique, est une chronique captivante de la culture hollywoodienne des années 1970. Il y raconte la genèse de The Gambler, cette histoire qui est en fait la sienne, les rencontres avec des producteurs charismatiques à l’égo démesuré, l’extase de la création, les caprices d’artistes (Reisz ne voulait RIEN savoir de Robert De Niro pour le rôle-titre), les mirages de gloire et les coups de poignard dans le dos.
Ce qui révolte Toback n’est pas tant le fait qu’on fasse un remake de son film le plus personnel, mais bien cette attitude strictement pécuniaire par rapport à l’art qui prédomine à Hollywood. Tant que l’on possède les droits de l’oeuvre, on fait ce qu’on veut avec; la civilité, on s’en balance, résume-t-il.
L’affaire The Gambler marque un net contraste avec un autre film de Toback qui a eu droit à un remake: Fingers (1978), son premier long-métrage en tant que réalisateur, qui a été adapté par Jacques Audiard sous le titre De battre mon coeur s’est arrêté (2005). Le cinéaste français s’est rendu à New York pour discuter en détail de Fingers avec Toback, avant d’entamer la production.
Bien sûr, les Français ont toujours eu un différent ensemble de valeurs régissant la propriété intellectuelle, basé sur cette notion poignante que le travail d’un écrivain ne peut être altéré par personne y compris celui qui a payé de l’argent pour se l’approprier. La présente expérience me rappelle des souvenirs d’un banquier qui possédait [mon film] Harvard Man (2001) et m’a dit une fois: «Pour vous il s’agit d’un film. Pour moi, c’est une paire de chaussures. Ma paire de chaussures. Et je ferai tout ce que je veux avec elle.»
La lettre est à lire ici.
Voici une scène de The Gambler (malheureusement, le film n’existe pas en DVD) :
Lire les commentaires (24) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 





