Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Vendredi 17 juin 2011 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (37)

    The Tree of Life : entre extase et désespoir

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    Ça avait pourtant si bien commencé. Quelque 45 minutes après l’exergue biblique – «Où étais-tu quand je jetai les fondations de la Terre?» (Livre de Job, chapitre 34) – je me préparais à réviser mon Top 10 personnel à vie. Mais l’extase a vite laissé place à la confusion, à l’ennui, à la colère et finalement au désespoir. En d’autres mots, Terrence Malick m’a causé un douloureux blue balls cinéphilique. Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer? Je me le demande encore…

    Comme dans les quatre autres films du cinéaste (surtout les deux plus récents), The Tree of Life présente des personnages et des situations qui tiennent lieu de concepts, de canaux de réflexion philosophique, spirituelle ou métaphysique. Ainsi, les deux personnages centraux, M. et Mme O’Brien (Brad Pitt et Jessica Chastain) enrobent les notions conflictuelles de la nature et de la grâce, respectivement. Comme on peut lire dans L’Imitation de Jésus-Christ, oeuvre du moyen-âge prisée par les chrétiens laïcs :

    Il y a deux voies dans l’existence : la voie de la nature et la voie de la grâce. Il vous faut choisir celle que vous suivrez. La nature est avare et aime mieux recevoir que donner; elle cherche son bien particulier et personnel. La grâce est généreuse et universelle; elle ignore son intérêt propre, se contente de peu et croit qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.

    Déchiré entre ces deux voies se trouve Jack, le fils aîné de la famille, qu’on voit la grande majorité du temps sous les traits du formidable acteur enfant Hunter McCracken, alors qu’il grandit dans une banlieue de Waco, au Texas, dans les années 1950. Le grand Jack ( interprété par Sean Penn dans de brèves apparitions), aujourd’hui un architecte bien nanti, est hanté par son passé et par la mort de l’un de ses frères à l’âge de 19 ans. Le décès, jamais explicité, agit comme élément déclencheur de l’intrigue.

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    2011 : L’odyssée de l’espace

    Malick déploie les grands moyens pour illustrer le deuil. Son approche poignante et grandiose du sujet s’inspire à la fois de sa propre vie ainsi que de sa vision panthéiste du monde. En effet, Jack est l’alter-ego du cinéaste, qui fut également un fils aîné élevé dans le sud des États-Unis et qui a perdu l’un de ses frères à l’adolescence, un guitariste dépressif qui s’est enlevé la vie après qu’un accident l’eut privé de l’usage de ses mains. Pour Malick, qui croit que toute pensée, toute action entreprise par la Terre et l’Homme sont interconnectés, s’inscrivent dans une logique peut-être insaisissable par notre esprit, mais fondamentale quant à la signification de notre existence, il se doit d’y avoir une justification à un tel malheur sans nom.

    À la mort de l’individu, Malick rattache donc la Création de l’univers. Une convergence entre le cycle micro et macro de la vie qui donne lieu à l’une des séquences les plus impressionnantes de l’histoire du cinéma. Une constellation – c’est bien le mot – d’images et de sons semblant avoir été conçus par une force provenant de l’au-delà. Bon, certains se plaignent d’une illustration naïve ou simpliste de la Genèse, mais j’ai le goût de répondre que c’est tout à fait intentionnel: avec son évocation très personnelle de l’origine de la Vie, Malick rappelle l’essence du cinéma à ses débuts, cet émerveillement élémentaire que procuraient les premières images en mouvement. Ceci dit, inutile d’essayer d’étayer mes impressions en mots, il faut vraiment le voir pour le croire!

    Deux points que j’aimerais apporter cependant, et qui sont davantage d’ordre analytique. D’abord, le choix musical. Malick inclut pas moins de 37 extraits de musique classique dans son film (consulter la liste ici). Et le choix pour accompagner le Big Bang? Lacrimosa, tiré de Requiem For My Friend (2005), magnifique album de Zbigniew Preisner, compositeur attitré de Krzysztof Kieślowski. Une voix cristalline y entonne Oh! Jour plein de larmes. La Vie qui naît dans la douleur. Tout un constat! Et, pour revenir à la petite histoire du deuil, le seul qui est vraiment acceptable.

    Le second point, qui a beaucoup fait jaser dans les cercles de cinéphiles, concerne les références explicites à 2001 : A Space Odyssey. La vignette de la Création est définitivement une réponse au chef d’oeuvre de Stanley Kubrick, et à ses ambitions cosmiques. En particulier la scène du dinosaure qui découvre la compassion, établissant un parallèle avec celle du singe qui découvre le pouvoir. Des tableaux hautement symboliques et bruts qui rendent compte des premiers acquis de l’humanité, et des conséquences à venir pour l’évolution.

    Les références à 2001 transparaissent ailleurs. Par exemple, pour introduire la vignette de la Création, Malick lève son chapeau à Kubrick de belle manière. Un long travelling latéral, agrémenté d’effets de ralenti (ou de stroboscope), longe une rue contemporaine illuminée de néons multicolores: une scène hallucinante qui ramène à l’esprit l’imagerie du voyage astral de Bowman au début du chapitre Jupiter and Beyond the Infinite. Également, l’objet du titre du film de Malick rappelle l’objet emblématique de celui de Kubrick. En effet, l’arbre de la vie n’est-il pas une sorte de monolithe tentaculaire englobant la conscience éternelle de l’univers? Ce dernier est d’ailleurs filmé très affectueusement, quelques fois à l’aide de langoureux pans tarkovskiens; des racines jusqu’à la cime, de la terre jusqu’au ciel.

    Les quatre Éléments de la nature figurent en fait parmi les personnages principaux de The Tree of Life. Brad Pitt, plus solide que jamais (dans les deux sens du terme), privilégiant invariablement des habits bruns, beiges ou marron, obsédé par sa pelouse et son jardin, incarne la Terre. À l’opposé, la diaphane Jessica Chastain, qui pointe le ciel en s’exclamant que «Dieu y habite», qui n’est littéralement pas assujettie aux lois de la gravité, représente évidemment l’Air. On peut jouer longtemps à essayer d’identifier et d’interpréter les diverses manifestations de ces Éléments, des indices indispensables pour tenter de saisir le complexe écosystème malickien. L’exercice, aussi captivant soit-il, ne garantit cependant pas une expérience cinématographique des plus satisfaisantes.

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    Le magicien est nu

    Après la Grande histoire, au tour de la petite; le récit d’une famille ordinaire habitant un quartier qui l’est tout autant, et qui, à travers sa banalité même, vise à atteindre la Vérité universelle. On suit, si on veut, la dynamique d’un des pendants du balancier cosmique complété, de l’autre côté, par la vignette de la Création. Mais ce désir de dialogue circulaire entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, si prometteur dans la première partie du film, n’est en fin de compte jamais comblé.

    The Tree of Life est essentiellement – on s’en rend compte lentement et péniblement – un drame familial intimiste conventionnel à la recherche désespérée d’un souffle épique. Les scènes de discorde (et, plus rarement, de plénitude) familiale souffrent du refus persistant de Malick de fouiller la psychologie de ses personnages et d’établir une tension dramatique soutenue. Des attributs, il est important de le préciser, que le cinéaste à toujours réussi à balayer du revers de la main sans jamais affecter la qualité exceptionnelle de son oeuvre. Cette stratégie s’avère malheureusement faillible pour une première fois.

    Contrairement à tous ses autres films, les propos poético-philosophiques de The Tree of Life ne sont ancrés dans aucune mémoire historique collective. Le toujours évasif Malick se montre cette fois-ci inatteignable, et fait penser à un inconditionnel du tango qui rejette étrangement tout partenaire de danse. Le spectateur a ainsi droit à une série de moments très détaillés dans l’évocation d’atmosphères et de lieux, mais absolument alléatoires et énigmatiques quant à la compréhension plus large du discours général. Il en résulte une sorte de lyrisme hermétique qui ne peut être apprécié pleinement que par une seule personne: Malick lui-même.

    L’absence de clarté narrative n’est pas un problème en soi (voir Lynch, Godard, Greenaway, Denis Côté, etc.). Ce qui exaspère ici c’est cette sensation que Malick a quelque chose de si Important à nous communiquer qu’il se montre insistant, pesant. Pour bien passer son message sur la dichotomie grâce/nature (s’agit-il là vraiment des seules voies de l’existence?), il n’hésite pas à donner dans la répétition, et rompt momentanément le lien de confiance qu’il a si soigneusement établi avec son public au cours des trois dernières décennies. Il faut admettre qu’après huit scènes de souper de famille tendu, vingt-deux scènes d’enfants qui jouent dehors et/ou font des mauvais coups, et quarante cinq scènes de Jessica Chastain qui met ses pieds dans l’eau, on commence à avoir la tête lourde…

    Mais ces épanchements de la part d’un des plus grands réalisateurs en vie, tout aussi lassants soient-ils, ne devraient pas suffir à décourager ses plus ardents défenseurs (dont je fais partie). La goutte, ou plutôt devrais-je dire, l’avalanche qui fait déborder le vase nous frappe de plein fouet durant le dernier acte, un dénouement duquel je ne suis toujours pas ressorti indemne. Malick le philosophe, le poète, le grand sage, le maître de l’art de la suggestion, fait soudainement place à Malick l’ésotérique, l’adepte du New Age. La séquence finale, une représentation démonstrative et kitsch de l’au-delà (ou autre lieu parallèle) qui semble tout droit sortie d’une vidéo d’Enya ou d’Enigma, est tout simplement consternante. Sean Penn, qui n’a clairement aucune idée de ce qu’il fait devant un cadre de porte planté en plein milieu d’un désert ou sur une plage peuplée de «figurants non désirés de Zabriskie Point», comme le dirait Anthony Lane, donne carrément l’impression de partager notre désespoir…

    Cette volte-face artistique, cette grave faute de goût, incite à remettre en question notre évaluation de l’oeuvre d’un cinéaste que tant de gens considèrent comme un idole. Aussi absurde que la conclusion de The Tree of Life puisse paraître, elle revêt un caractère foncièrement sincère. Malick se met à nu comme jamais auparavant et est fort probablement conscient des réactions que son choix pour le moins étonnant provoquerait. En ce qui me concerne, dans mes pires moments de doute, il me fait penser au magicien d’Oz: cette voix si impressionante et autoritaire qui n’était en fin de compte qu’illusion. Dans mes meilleurs moments, cependant, je ne vois là qu’un chagrin temporaire. L’amour, lui, continue de persister.

    De retour le 4 juillet.


    • Ça semble avoir été douloureux, mais il s’agit d’une excellente critique. Merci.

    • Ouff ! une déception donc… mais bon vos attentes n’étaient-elles pas trop élevées? Je crois que les jeunes cinéphiles vont moins apprécié que ceux qui ont connu les années 50. Ceux qui ont été le plus touchés par ce film semblent être ceux qui ont eu une enfance semblable à celle de Jack. (Voir la critique de Roger Ebert.)

      Je trouve dur votre jugement sur le new-age, comme si ce n’était que de la merde. J’ai toujours trouvé l’oeuvre de Malick new-age sur les bords et c’est une des raisons pourquoi je l’aime tant. La contemplation, la méditation, le moment présent, le tout cosmique, ce n’est pas une vision kitch du monde, à mon avis (même si ce n’est pas du tout mon mode de vie). Vous ne devez pas être un grand fan de Jacques Languirand! Mais peut-être que Malick prêche beaucoup trop pour sa paroisse et qu’on peut se sentir bousculer par l’insistance du cinéaste à nous faire comprendre sa vision du monde.

      Il y a des films dont le sens nous échappe complètement au départ et que l’on revoit, qu’on lit quelques bouquins, qu’on expérimente la vie, qu’on vieillit, et peu à peu, le film commence à prendre sens. Et peut-être qu’il y en a pas de sens non plus. Tout ce que je dis est plutôt prétentieux, j’en conviens.

      J’irai certainement voir le film en fin de semaine, je suis tout de même content de vous avoir lu avant de le voir, car, je crois que vous baissez mes attentes. Même si les deux Marc ont également émis quelques réserves. Je serais tellement déçu d’être déçu !

      (en passant Malick est en train de travailler sur un montage de 6 heures, selon Emmanuel Lubezki dans Les Cahiers du Cinéma de ce mois-ci.)

    • Vraiment Josef, je suis déçu que le film vous ait fait telle impression. Celle de tous ceux qui semblent n’être pas rentré dans le film. Depuis un mois que je l’avais vu, j’attendais votre sentiment.

      Vous vous souvenez de votre note sur les épiphanies. Il y a des séquences, qui en sont de véritables.. Toute la séquence du retour à Dieu de Jack (”Déjà je t’entendais. Je ne savais pas que c’était toi”), suivi par celle du père qui comprend qu’il est passé à côté de son existence (”Toute cette gloire que je n’ai pas vue. [...] Vous êtes la seule chose que je n’ai pas ratée”)

      Cette épiphanie, a le tort d’arriver avant celle , disons formelle, des rivages de l’éternité. Et cette séquence après une telle épiphanie semble de trop pendant quelques secondes (c’est sans doute cela qui lui vaut trop de critique). Mais, non durant la séquence je change d’avis et à la revoir et revoir, malgré son étrangeté, son irréalité si peu commune chez Malick, elle dit tant de chose sans un mot prononcé (et après tout nous avions ce genre de séquence dans 8 1/2 ou Underground, sans que personne n’y trouve à redire)

      Quant au sens de l’oeuvre et tout ce que Malick y développe, il y a beaucoup à dire, c’est peut-être le plus riche de ses 5 métrages. A ce titre je reproduirai ou vous transmettrai sans doute, les mots passionnant d’une amie réécrivain, qui a travaillé avec nombre de grands cinéastes.

      Je crois que c’est un film qui s’avère meilleur à chaque vision Josef, et je ne peux que chaudement vous recommander de le voir et revoir..

      (Un de vos lecteur français)

    • Ça manque dramatiquement de robots-tueurs-zombie-extra-terrestres, ce machin!!! :^))))))))))

    • je ne suis pas un crétin, mais le film a l’air assez compliqué avec ses symboles et ses métaphores..pourtant the Thin red line est dans mon top 5.

      Je vais sans doute le voir quand même, que pour apprécier l’oeuvre en général.

    • Pour quelqu’un qui avoue avoir trouvé le film hermétique, votre critique est pourtant fort développée. Auriez-vous pigé votre info sur le net, M. Jozef?

    • Josef,

      On sent une déception mais cette déception demeure tout de même assez controlée dans vos propos. La question que je me pose est la suivante: Si Malick n’était pas le réalisateur de ce film, seriez-vous plus dur à l’endroit de ce film?

    • Cette réaction me semble un peu forte. Je vous croyais plus indulgent.

      Si le film frôle la mince ligne qui sépare poésie et new age cheap, il ne tombe jamais dans le second aspect, me semble. La finale, qui oui peut sembler un peu kitch, survit pas la sincérité avec laquelle elle est filmée.

      “un drame familial intimiste des plus conventionnels” je doute un peu. Les segments ‘drame familial’ du film vivent dans le murmure, les regards, d’infimes détails qui ne sont que rarement, voire jamais montrés dans un film du genre. Jamais les yeux n’ont été montrés de la sorte au sein d’une cellule familiale.

      Je revois le film ce soir. Je relirai votre texte ensuite, question de voir si je suis en accord avec certains aspects.

      Je peux par contre compatir pour le côté “désillusion complète”. J’ai aussi vécu des moments de grande trahison avec certains cinéastes que j’aime tant. Mais là, moi je suis du côté de Bob De Niro.

      Oui, entièrement en accord avec votre 3e paragraphe. J’aurais dû plus nuancer, mais le temps m’a manqué (les conditions dans lesquelles j’ai écrites ce texte étaient, disons, très inconfortables…). L’enfance, en particulier, est magnifiquement rendue, grâce à une caméra ultra-mobile, des images lumineuses, un montage elliptique, qui reflètent la curiosité insatiable de ceux qui apprennent à découvrir le monde. Je trouve cependant qu’après ces moments de béatitude, Malick ne sait plus où nous mener, reste statique, finit par se faire redondant. C’est la première fois que je sens que Malick fait du Malick, que son approche s’essouffle et qu’il puise quasi paresseusement dans son répertoire pour étirer un film qui aurait été bien plus efficace sous forme de court métrage. C’est aussi un peu ça que je veux dire par Conventionnel. -js

    • Josef,
      J’irai voir le film en fin de semaine, mais en attendant, je voulais seulement te remercier d’écrire d’aussi beaux textes, d’y mettre tant d’effort de réflexion, je considère que tu va bien au-delà du simple travail journalistique; on sent vraiment ta passion envers l’oeuvre de Malick. Reste à voir si je serai d’accord avec tes propos (je risque sans doute d’apprécier les élément “New Age” plus que toi!), malgré que ça n’enlève rien à ta plume. Le plus beaux texte que j’ai lu de ta part jusqu’à présent!

    • J’abonde dans le même sens qu’elisef… Les références aux systèmes philosophiques sous-jacents (ici, le panthéisme) sont toujours les bienvenus en ce qui me concerne. Cinéma et philosophie ont en commun de proposer des visions du monde. Hollywood a la sienne. Malick aussi.

    • Bien que nuancé, votre article aurait peut-être mérité un SPOILER ALERT…

    • Les plus grandes déceptions sont le corollaire proportionnellement directe d’attentes tout aussi élevées, démesurées, voire mirobolantes.

    • C’est vraiment un très bon texte, Jozef, pour plein de raisons. Bravo.

      Je reviens avec + de commentaire plus tard, je dois relire encore! (et, idéalement, j’aurais aimé voir le film, mais bon… haha)

    • Je vais m’abstenir, en ce chaud vendredi soir, de commenter sur la critique de ce film. Pour deux raisons:

      1) Je ne l’ai pas encore vu, ce film, qui est somme toute intriguant.

      2) Il y a quelque chose d’assez poignant dans ce texte, comme si je n’avais jamais assisté à une désillusion, une déception aussi profonde d’un individu vis-à-vis un film, ou même une oeuvre d’art en général. J’ai l’impression d’assister à une peine d’amour cinéphile, par le trou de serrure d’un blogue. Je me sens presque coupable de voyeurisme!

      Nous sommes loin ici d’une quelconque critique qui veut descendre en flamme un film pour le plaisir de… Non, j’ai l’impression de lire une authentique déception ”de trippes”, où bizarrement l’effort d’objectivité se bat en duel contre une sincère poussée subjective. Weird!! Mais j’aime ça énormément. J’ai même le goût d’aller voir le film ne serait-ce que pour en discuter…

      Oups. Je viens de commenter sur la critique, finalement…

      Bon, donc je voulais surtout attaquer un angle philosophique de la chose qui m’intéresse au plus haut point. Brièvement, tout de même:

      ”Ce qui exaspère ici c’est cette sensation que Malick a quelque chose de si Important à nous communiquer qu’il se montre insistant, pesant. Pour bien passer son message sur la dichotomie grâce/nature (s’agit-il là vraiment des seules voies de l’existence?)”

      Il y a quelque chose de récurrent dans ces ”messages si important à communiquer”, par les cinéastes, mais aussi de tout artiste, quel qu’il soit.
      Par contre, je considère le cinéma comme étant la forme d’art potentiellement la plus puissante, il est normal de penser que le cinéaste est le plus à même de réussir extraordinairement ou… d’échouer avec fracas. Dans une gênante ”nudité”, justement.

      J’ai étrangement vécu ce genre de déception (en rapport avec un contenu potentiellement profond, mal communiqué/réalisé/assimilé) avec des films comme Matrix 2 & 3 et Antichrist ou Inception plus récemment. Mais jamais de l’ampleur que semble avoir vécu Jozef… Mais je pense pouvoir imaginer la ”douleur”. Comme si nous voulions capter ce message, comme si nous étions près du but, si près du but! Et pouf! Une trajectoire différente du cinéaste nous fait subitement perdre une connection dont nous constatons avec surprise toute la valeur.

      C’est même au delà du feeling de déception ou de ‘trahison’, c’est l’impression d’échec de la communication. Comme si la même longueur d’onde était perdue.

      Et c’est pourquoi, j’en suis convaincu, que les films m’ayant le plus marqués, de façon durable, sont ceux qui me permettent de nager ad vitam eternam dans mes propres perceptions, grâce à un non-dit, un mystère dans la forme, qui m’empêche de palper les limites du contenu, si limite il y a. Comme les trop rares Blade Runner et Space Odissey 2001 de ce monde…

      Finalement, tout ça est très semblable aux fantasmes… Dont souvent toute la valeur s’évanoui au contact de la réalité. Se bercer d’illusion est peut-être finalement essentiel à notre vie.

    • Très beau texte, même si je ne partage pas cette déception. Au contraire, quel grand film!

      Je ne pense pas que Malick refuse dans ce film-ci la psychologie, en fait c’est son film le plus travaillé à ce niveau, c’est même très freudien, mais comme dit longueil1993, tout cela passe par des gestes discrets, des regards (et des mains, il y a tant de mains dans ce film!) Les personnages suivent une courbe narrative, surtout Jack et le père, je ne vois donc pas de répétition, les scènes de jeu enfantin sont quand même très différentes de la séquence des 400 coups.

      Pour la Nature/Grâce, on peut dire que c’est les seules voies de l’existence de la même manière que l’on pourrait dire que dans ses autres films il n’y a que le Bien / Mal. Ce qui est, évidemment, superficiel: tout est présenté avec ambiguïté, on ne peut rien réduire à : voici la Nature, voici la Grâce, Malick filme toujours la frontière entre les deux. Par exemple le fameux dinosaure: plusieurs y voit de la compassion, mais ce peut être aussi une démonstration de pouvoir, une humiliation (j’ai le pouvoir de te tuer maintenant, mais je ne le fais pas, ne l’oublie pas). L’image peut tenir autant de la Nature que de la Grâce, et dépendant de notre interprétation, elle trouve différents échos dans le film: tenir sa victime sous sa patte, c’est ainsi que Brad Pitt élève ses enfants, et c’est ainsi qu’il veut qu’ils prennent leur place dans la vie. C’est aussi Jack qui voit son père sous la voiture, qui semble hésiter à le tuer, scène miroir du dinosaure, Jack apprenant ainsi le pouvoir qu’il détient sur son père, il voit enfin sa fragilité, et c’est à partir de ce moment qu’il peut se délivrer de son joug et en arriver à la compassion (Je te pardonne). Bref, la majorité des images hésitent entre les deux pôles Nature / Grâce, sans s’y loger définitivement.

      En passant, selon Lubezki dans le dernier Cahiers du Cinéma, Malick est en train de travailler sur un nouveau montage, qui devrait durer 6 heures! Et il veut ajouter surtout des scènes de l’enfance… là j’ai un peu peur que ça devienne vraiment répétitif.

    • Ce film ferait un très joli économiseur d’écran…

    • Malick brise encore une convention du cinéma: qu’un film ça doit émouvoir! Malgré tout j’ai beaucoup aimé. Voici ma critique.

      «Nos pas dans l’univers.

      La version du dernier film de Terrence Malick qui a été primé à Cannes arrive quelques semaines plus tard sur les quelques écrans du Québec. Étant un admirateur de l’oeuvre du cinéaste, j’attendais sa sortie avec beaucoup d’impatience. Avant même son visionnement, j’ai lu beaucoup sur la préparation de ce film et biensûr, j’ y ai suivi attentivement les commentaires après sa sortie. Plusieurs parlaient d’un chef-d’oeuvre, d’autres d’un bon film, mais plutôt inégal, et certains commentaires criaient au navet. On a dit ça de The Thin Red Line et The New World, alors…, mais j’espèrais que ce film frôle plus le chef-d’oeuvre que le bon film inégal. Qu’en est-il vraiment?

      Dans cet univers de préquels, de suites, de remake et de revivals, disons que ce film détonne par beaucoup de ce qui se fait à Hollywood, mais est-on vraiment surpris de ça ? Poême symphonique autant épique qu’intimiste, The Tree of Life, est une expérience unique. Il rappel en effet plusieurs classiques du cinéma dont le 2001 de Kubrick ou Citizen Kane de Welles, mais c’est seulement parce que tous les grands films ont tous ce petit quelque chose d’unique qu’aucun autre a. Parce que, disons le, The Tree of Life est un grand film. Et à quoi reconnait-on un grand film? Parce qu’il vous hante plusieurs heures voir plusieurs jours après son audio-visionnement (l’expérience auditive est aussi importante chez Malick que l’expérience visuelle).

      Ce film d’une ambition folle, s’efforce de nous montrer la beauté de la vie dans sa complexité. Ma vie, votre vie, la vie sous toutes ses formes, la vie avec un grand V. Le miracle de ce grand V. C’est avec cette perspective là que Malick tisse le récit d’une famille américaine croyante. Au fond qu’est-ce que ce drame familiale par rapport à l’infini de l’univers? Soit elle est banale (nous sommes rien, que de la poussière parmi des poussières d’étoiles), ou au contraire, elle est extraordinaire, miraculeuse (où chaque battement de notre coeur et chaque battement d’ailles de papillon est un cadeau précieux). À cela, l’auteur-cinéaste propose à travers ses personnages deux voies: celle de la nature et celle de la grâce. Quel chemin doit-on emprunter? Suivre l’une ou l’autre de ces voies ou peut-être créer sa propre voie? De quel côté on se situe le plus? Qui qui m’a le plus influencé? Quelles sont mes croyances? Est-ce que je mène une bonne ou une mauvaise vie? Est-ce que l’existance se résume à cela? Voilà quelques questions (et il y en a plein d’autres) que le film m’a forcé à réfléchir. Il m’a poussé à faire de l’introspection. Ce film a une portée universelle, mais aussi très personnelle qui demande beaucoup d’effort introspectif, voir de remise en question. Ce n’est pas un exercise que tous sont prêts à faire. Chacun a ses résistences, moi-y compris. Il est essentiel ne ne pas tout comprendre The Tree of Life. Tout comme 2001 A Space Odyssey, si tu prétends avoir tout compris de ce film et bien c’est que tu n’as rien compris. Quand on croit avoir tout compris, on ne se pose plus de question. On se dit: ça y est, j’ai tout compris. Point final. Ça s’arrête là. Fini les questionnements. On se met ainsi en position de fermeture et rarement un film demande autant d’ouverture à celui qui le reçoit que The Tree of Life. Contrairement à ce que certain prétendre, The Tree of Life n’est pas un film chrétien. Biensûr, la religion chrétienne est présente et il y a des citations et des évocation du livre de Job, mais ce livre peut être interprété de plusieurs façons, pas uniquement par une vision chrétienne. Au fait, y’a-t-il un dieu ? Ce n’est pas parce qu’un film parle de dieu qu’il offre a une réponse claire à cette question. On voit bien dieu où on veut bien le voir. Peut-être est-il absent? Que cela change-t-il? À nous? À l’univers?

      The Tree of Life c’est un peu ça (ou pas) et beaucoup d’autres choses également. Le simple plan du pied de bébé naissant me fait penser à plein de choses. Quelle trace, quelle emprunte laisserons-nous sur cette terre? Le père qui regarde ce pied se demande-t-il la même chose? Quel ambition aura-t-il pour son enfant? Je me garderai de faire de la psychologie. The Tree of Life c’est ça et aussi autre chose.

      Il semble désormais presque futile de parler des caratéristes plus formels de The Tree of Life. Et pourtant, quel spectacle! À ce niveau, il ressemble bien aux deux derniers films du cinéaste: cinématographie éblouissante faite d’éclairage presqu’uniquement en lumière naturelle et une multitude de mouvements de caméra. Elle est si aérienne cette caméra: elle volle, elle flotte, elle plonge, elle rampe, elle nage, elle virevolte, elle s’élance, elle balance, elle fonce, elle fixe. Elle est partout! Les acteurs sont souvent filmés de semi-profil ce qui semble laissé paraître un doute constant chez eux, une étrange ambiguïté. Et quels acteurs! On ne parlera jamais assez du jeune Hunter McCracken, acteur non professionnel qui ébloui par sa présence à la manière d’une Q’Orianka Kilcher dans The New World, ce film lui appartient presque. Mais ça serait injuste envers le reste de la distribution qui est à tout point remarquable. Les autres enfants acteurs sont tous très crédibles, Brad Pitt est solide comme jamais, Sean Penn est peu présent, mais fait un travail remarquable et la révélation est bien Jessica Chastain qui a une grâce infinie à l’écran. On lui souhaite beaucoup de beaux rôles dans sa carrière future. Presque toutes leurs scènes ont été tournées à la fois avec du dialogue et à la fois muète. Malick a retenu beaucoup de moments muets et j’adore ça!

      Les superbes partitions musicales d’Alexandre Desplat sont presqu’inexistantes dans le film, le cinéaste leurs a préféré des partitions déjà existantes surtout puisées du répertoire classique. Peut-être que dans une version longue du film, la musique de Desplats sera plus mise en valeurs. Si on se fie à The New World, ça ne sera pas le cas! Parce qu’évidemment, il y aura une version longue. On parle d’une version de 6 heures entre les branches. J’ai de forts doutes que ça ira jusque là, mais je suis convaincu qu’il y aura une version plus longue. Et meilleure encore! Parce que oui, le film semble avoir été coupé à son maximum pour sa sortie «commerciale» (avec plusieurs guillemets). Même si le film ne m’a pas parru incomplet dans son ensemble j’ai senti des coupures évidentes. On le sait, Malick l’avait fait pour The New World, il est évident qu’il l’a fait pour The Tree of Life. Cela dit, voir ce film au cinéma est essentiel, et pas juste pour la séquence de la création de l’univers! Que dire de ces séquences spectaculaires. Malick a fait un collage de séquences expérimentales déjà existantes et en a créé plusieurs autres avec la supervision de Douglas Trumbull (présent sur au générique de 2001 et de Blade Runner, entre autres) et vivre cette expérience au cinéma est unique (choisissez un moment où il y a le moins de morons possible, et ça comprend les vieilles dames sourdes). Et que dire du montage et du travail sonore? Ces deux éléments ont toujours été chers au cinéaste, mais ici on trouve avec The Tree of Life, l’apogée, la quintessence de son oeuvre en ces matières. Peut-être qu’un jour on va arrêter d’étudier Eisenstein pour se concentrer sur Malick !

      Voilà, il y aurait tant à dire sur ce film. Peut-être est-ce juste moi ou bien j’y ai vu un mirage. Ce que le film est, il n’est pas cela à la fois. Insaisissable. Transcendant.

      À vivre et revivre.»

    • Derrière le grandiose et le sublime des images qui défilent, on déplore souvent la candeur de la voix-off qui les accompagne… cette petite musique qui nous enchantait dans The Thin red line et The New World multiplient encore les interrogations métaphysiques sur le sens de la vie (et je ne sais trop), mais son ésotérisme verse ici souvent dans un mysticisme a priori naif et insondable…

      C’est un film hors-norme, dont la vision singulière mérite sans conteste plus d’un visionnement pour être appréhender dans toute sa splendeur; encore là, ne serait-ce pas là la marque d’un grand film que ne de pas se donner aux tous premiers abords ? Un film aussi dense et aussi riche ne pourrait faire autrement.

      Bien sûr, c’est aussi un film d’une beauté inouïe qui recèle des moments de cinéma que seul un cinéaste lui-même touché par la grâce peut nous offrir; la caméra de Malick m’épate à tout coup; la fluidité de sa caméra réussit à capter des moments d’une si grande intimité sans jamais apparaître intrusive, elle longe les murs, les êtres, la nature tel un corps céleste qui trace elle-même un sillon dans la cellule familiale; et là, ponctuellement, le cinéma devient transcendant, quasi extatique et on remercie l’Éternel qu’il y ait des artistes comme T.M..

    • Je suis allée le voir avec ma famille hier, et tous se sont entendus que c’était un film absolument magnifique. Chacun à aprécié certains éléments différemment des autres, mais je n’ai pas vécu ce trou que plusieurs ont ressenti. En fait, j’ai pleuré un bon moment à la fin, mais sans trop savoir pourquoi. Normalement un déclanchement émotif est provoqué par quelque chose du coeur, mais il m’a semblé être touché à un autre niveau, spirituel peut-être, et je ne peux trop expliquer.

      L’approche de la relation père-fils comme celle du Dieu-homme était parfaite. Je n’ai pas lu le texte de Job dans la bible, mais mon frère l’ayant lu, il m’a dit que l’essence du film y repose; c’est un dialogue entre Dieu et l’homme.

      J’aurais aimé voir ajouté quelques minutes de plus des merveilleuse images de la création au 2/3 du film, et j’aurais retranché quelques minutes de la vie des enfants, je crois que la rupture entre la première et deuxième partie du film aurait été moins net. Il s’agit d’une opinion très personelle bien sûr.

      Un tel film doit sans doute aller chercher encore plus les hommes ayant vécu ce genre d’enfance, cette époque, car je n’ai pas cet attachement de créé avec le film, malheureusement (étant une femme de 28 ans). Mais je ne l’ai pas trouvé aussi distant que certains, même si on est placé dans le rôle d’observateur. La beauté parle plus que l’émotion, mais la psychologie ne s’en trouve pas vraiment affecté pour autant. Faut-il apprécier et comprendre l’artistique pour ainsi donc s’y retrouver? Voilà qui exclurait une grosse tranche de la population en général.

      2 personnes sont parties à mi-chemin du film. Vraiment, ce n’est pas un film pour tout le monde! Je trouve d’ailleurs très dommage que certains se lance sur le film à cause du “hype” et ne cherche pas plutôt à savoir si le film leur convient. On entre pas dans le monde de Malick comme dans un blockbuster Hollywoodien! La lenteur et l’absence d’histoire à de quoi déconcerter plus d’un cinéphile. Heureusement je ne suis pas des leurs, sinon quel plaisir gâché se serait!

    • Bien que j’aime beaucoup certains de ses films au point d’être habité par certaines de ses images, je ne peux pas dire que je me sens en présence d’un vrai géant du cinéma. Un film comme New World est formidable, mais parfois la narration est de trop. Même chose pour certaines séquences de Thin Red Line, avec ses flashbacks si explicatifs. Ce sont pourtant deux de mes films préférés des 10 ou 15 dernières années. Il a un côté didactique parfois frustrant pour ceux qui aiment mieux tirer leurs conclusions sans trop d’indices narratifs ou d’images rétrospectives. Dans The Hurt Locker, certaines séquences sont un peu comme ça (la vie du démineur aux É-U), mais ça reste un film où on ne cherche pas à souligner, qui laisse de public comprendre à travers toutes les sensations qu’offre le film.

      La réception de The Tree of Life ne m’étonne pas. Un jour, Malick allait trop tenter d’expliquer. Et pas n’importe quoi : le sens de la vie. C’est extrêmement ambitieux. À ranger aux côtés des films épiques qui visent trop haut? On sent que Malick aurait dû se garder une petite gêne.

    • Vous avez raison, M. Siroka. J’ai moi aussi vécu de superbes moments d’extase en voyant ce film mais aussi pas mal de longueurs et quelques fautes de goût dans les choix de Malick. Cette scène finale sur la plage est d’un kitsch absolu et c’est tout-à-fait vrai que Sean Penn n’avait pas trop l’air de savoir quoi ressentir devant cette porte! MDR! D’ailleurs, je peux comprendre sa frustration d’avoir été coupé au montage! N’importe quel acteur talentueux aurait en effet fait l’affaire. Je crois d’ailleurs que la scène finale aurait peut-être mieux fonctionné avec une musique qui se suffisait à elle-même. Une musique d’accompagnement d’une scène kitsch ne fait que décupler son état. On aurait pu nous faire jouer un grand Lux Eterna ou quelque chose comme ça. Et surtout, au prix qu’ils ont payé leurs acteurs, ils auraient pu engager un choeur qui chante juste! Ça m’a vraiment agacé dans la scène finale. Indigne d’une oeuvre se voulant aussi métaphysique et à aussi gros budget.

    • Je suis allé voir le flm une première fois la semaine dernière. Je dois avoué que je n’étais pas tout à fait certain de savoir quoi en penser ; je le classais du côté des bons (indéniable!), mais le chef d’oeuvre annoncé ? Pas certain encore… À force de lire les critiques le concernant, j’étais (je crois) trop occupé à trouver des arguments aux commentaires que j’avais lu ; à vouloir les comprendre et les analyser. À trop analyser, peut-être avais-je oublié de “vivre” le film ?

      Cependant, au cours des jours suivants, il s’est produit un phénomène étrange. Un peu comme si le film avait implanté une idée, une réflexion qui avait grandi tranquillement. Je suis retourné le voir une seconde fois.

      Une des grands expériences cinéma que j’ai vécu.

      The Tree of Life ne se regarde peut-être pas avec la tête finalement..!

    • J’ai été voir “Tree of Life” il y trois jours; les images, la musique, les thèmes du film ne cessent de me hanter l’esprit depuis. J’ai rarement vu une aussi belle direction photo jumelée à une musique aussi envoutante.
      Je suis pleinement d’accord avec vous sur le fait que la première partie du film est sensationnelle, une expérience grandiose qui nous rappelle (voir même complémente) 2001 de Kubrick. Par contre, je suis un peu en désaccord avec vous sur la 2e partie du film; oui, il y a certaines répétitions peut-être inutiles lors de ce passage de +- 90 minutes où la vie de cette famille “ordinaire” Texane des années 1950 est étalée. Mais les images sont tellement sublimes, les jeux de lumière, la musique… tout est magnifique dans ce film. Et dans cette “deuxième” partie du film, j’ai été marqué par la façon dont Malick traite l’évolution de Jack (enfant), comment il nous fait entrer dans son esprit et nous montre comment l’enfant est perturbé. J’ai trouvé génial comment il a abordé ce sujet.
      Enfin, est-ce que le film, avec toutes ses séquences/parties fait parfaitement sens? Peut-être pas. Comme le dit A.O. Scott dans sa revue du film, est-ce cela importe? :
      “But the imagination lives by risk, including the risk of incomprehension. Do all the parts of “The Tree of Life” cohere? Does it all make sense? I can’t say that it does. I suspect, though, that sometime between now and Judgment Day it will”.
      Je vais continuer de digérer le film et je le ré-écouterai ensuite. Probablement plus d’une fois. À ce moment, je serai plus en mesure de dire où je place ce film.

    • On a dit la même chose a propos de 2001 quand il est sortis. Vous êtes dans le champ monsieur Siroka.

    • Je suis de retour du visionnement de ce film!
      J’ai lu votre critique avant de voir The Tree of Life, mais maintenant je comprends exactement vos impressions. J’ai resté sur ma faim …
      Malgré tout c’est beau de voir une salle de cinéma plaine à craquer (en arrivant tout juste vous ne trouvez plus une bonne place!) ou pendant la projection il reigne une silence religièuse.

    • Un film un peu ennuyant comme le sont parfois les heures de l’enfance et de l’adolescence. Personnellement les scènes de la création (et même si les images sont magnifiques) ont brisé un rythme déjà précaire. Sur le plan cinématographique, j’ai pensé à India Song de Marguerite Duras (en haute définition, ce film aurait été à couper le souffle) mais en moins achevé. Et pourtant…
      Les comédiens sont bons mais c’est surtout la qualité de l’image qui prévaut. Et comme j’adore voir de belles images, j’ai été comblé. J’avais vu Les Moissons du ciel dans les années 70 et j’avais eu la même impression que pour The tree of life. Le plumage semble toujours plus beau que le ramage. Dommage. Mais on peut toujours se rabattre sur The thin red line qui est un magnifique Malick.

    • Je suis hors-sujet car je n’ai pas encore vu le Malick et je me garderai bien de commenter (à part pour dire qu’il n’y a pas de filmographie parfaite et c’est tant mieux).

      Mais comme la voix-over du film nous rappelait Malick justement et que la bande-annonce du “film” avait été discutée ici, je vous laisse un lien vers le petit dernier de Spike Jonze.

      http://mubi.com/films/scenes-from-the-suburbs

    • “Le spectateur a ainsi droit à une série de moments très détaillés dans l’évocation d’atmosphères et de lieux, mais absolument alléatoires et énigmatiques quant à la compréhension plus large du discours général.”

      Quelle impatience, venant d’un fan de Malick! Parce qu’elles vous semblent aléatoires et énigmatiques ne veut pas nécéssairement dire qu’elles le sont… On dirait que vous faites le même genre de critique que ceux qui ont détesté les autres films de Malick desquels ils n’étaient pas capable d’extriquer le sens.

      J’y suis allé cette semaine, et j’en suis ressorti bouche-bée. Évidemment que je n’ai pas tout compris, les films de Malick étant toujours un peu énigmatiques, mais cette phrase, que vous avez sorti de nulle part, m’apparaît comme extrêmement à l’opposé de ce que j’ai ressenti :

      “Contrairement à tous ses autres films, les propos poético-philosophiques de The Tree of Life ne sont ancrés dans aucune mémoire historique collective.”

      Étant moi-même un inculte de la philo de Heidegger qui est présente dans plusieurs films précédents de Malick, je me suis beaucoup plus facilement senti connecté à ce film par ma propre “mémoire” ainsi que par l’expérience de voir d’autres enfants grandir qu’à n’importe quel film de Malick avant celui-ci (excepté peut-être Badlands).

      Je trouve aussi relativement étrange que beaucoup de critiques considèrent ce film comme étant froid, alors qu’il m’a fait pleurer plus que n’importe quelle des oeuvres précédentes du même réalisateur…

      ” Il faut admettre qu’après huit scènes de souper de famille tendu, vingt-deux scènes d’enfants qui jouent dehors et/ou font des mauvais coups, et quarante cinq scènes de Jessica Chastain qui met ses pieds dans l’eau, on commence à avoir la tête lourde…”

      Mais quel film avez-vous vu, vraiment? Quarante scènes de Jessica Chastain qui met ses pieds dans l’eau? J’ai de la difficulté à m’en rappeller plus d’une. C’est pas un texte comme ça qui va encourager les gens à laisser de côté leurs comfortables Transformers et cie…

    • J’aurais personnellement pris une heure entière de ces images de création de l’univers et d’émergence de la vie sans broncher. Elles m’ont littéralement éblouies. L’étrangeté (et le culot!) de mettre une séquence (de quoi, 20 minutes?) aussi inhabituelle après avoir entamé son film sur un modèle plus ou moins conventionnel m’a épatée.

      Bonnes observations, M. Siroka, mais permettez-moi de proposer une interprétation qui pourra peut-être changer le regard que vous portez sur le film.

      Avant tout, qu’on me pardonne d’enfoncer davantage le clou de l’analyse heideggerienne pour un film de Malick! Mais, diable, que ce film l’est, heideggerien! Là où vous voyez du New Age cheap ou de la bouillie religieuse, j’y vois autre chose de plus sérieux et de plus pertinent. Vous partiez pourtant bien en parlant de la dimension macro/micro du film et de l’émerveillement face à de telles images, mais vous vous arrêtez à la fscination face à l’image en mouvement, alors que j’y vois un émerveillement tout court. C’est d’ailleurs le point sur lequel insiste Malick dans tous ses films: à travers la myriade de plans de végétaux, d’animaux, d’insectes, d’êtres en mouvement, il nous invite à nous étonner. Pourquoi? Parce que ces choses sont, voilà tout. Ce n’est pas pour rien qu’on donne au cinéma malickien le qualificatif de philosophique, puisque la philosophie est fille de l’étonnement (cf. Platon) et qu’une tentative d’émerveiller le spectateur est constante chez lui.

      Je vous avoue n’avoir pas encore compris exactement la scène finale sur la plage (nous mourrons tous? les images issues de l’imagination de Jack adulte?), mais pour ce qui est de ce que dit la mère (”I leave it to you”), je crois qu’on peut facilement échapper à une interprétation biblique/religieuse. En fait, le Dieu dont on parle tant dans ce film n’est pas utilisé comme le dieu chrétien (je parle pour le film; la famille est indubitablement religieuse/croyante – c’est une famille texanne des années 1950 après tout). Même l’épisode à l’église avec le commentaire sur Job est assez peu religieux quand on y pense.

      “I leave it to you.” Le “you”, à qui les personnages s’adressent très souvent d’ailleurs, est à mon sens assez impersonnel et dénué de toute notion de divinité (vous avez parlé de panthéisme). La création de l’univers nous montre à quel point nous, humains, sommes petits, passagers, apparemment sans importance. Mais en même temps, la vie de Jack (et votre vie, la mienne, celle des autres) nous semble remplie d’événements intenses, de complexité, d’une foule de moments dignes qu’on s’y attarde, etc. Les deux énoncés sont vrais et complémentaires.

      La vie ne nous doit rien. Nous sommes des êtres jetés dans le monde (Heidegger) sans but, sans destin tracé. Nous souffrons sans raison, le malheur arrive aux gens “bons” (même le prêtre le dit), etc. Notre condition implique l’émerveillement, mais aussi la souffrance et la mort (nous sommes aussi des êtres-vers-la-mort). La vie arrive, c’est tout. Tout comme l’univers est arrivé, et nous devons vivre avec cela (et sachant cela, malgré cela). Ce qui nous a créé nous laisse à nous-mêmes en se retirant (notion encore une fois très heideggerienne: « Ce vers où l’oeuvre [au sens d'oeuvre d'art, mais aussi de simple création] se retire, et ce qu’elle fait ressortir par ce retrait, nous l’avons nommé la terre. » dans “Holzwege”). Le créateur laisse sa création être, mais ne disparaît pas (parce qu’il est toujours rappelé). Dans la scène finale, nous assistons à la version micro de ce que nous avons vu auparavant dans le cosmos. La mère qui a créé ce garçon le laisse à être. “I leave it to you” est une réaction face à sa mort; elle le laisse être, mais cela implique aussi le laisser aller vers sa mort (ce qui est survenu prématurément). C’est un deuil dans l’acceptation de la vie et de son complément, la mort, conséquence inévitable du laisser-à-être tout aussi inévitable.

      Malick est donc très humble dans sa célébration du phénomène de la vie. Malgré sa fascination et son invitation insistante à l’émerveillement, il demeure modeste en tant qu’humain en montrant la mort, l’infinie petitesse de l’homme (un rapide coup de vent souffle du sable après avoir entendu “Unless you love, your life will flash by”; ce souffle est l’existence de l’homme à l’échelle cosmique), la grandeur de l’univers, la fragilité de la vie (à travers les images du premier poupon, le plan d’une feuille sur le sol qui s’envole soudainement, poussée par le souffle du vent: fragilité de la vie), etc. Nous sommes des visiteurs sur la terre, notre condition est passagère. Le plan final vient appuyer mon interprétation: un pont. Il faut passer.

      Il y aurait aussi tant à dire au sujet de la lumière dans ce film… L’importance des lanternes, des bougies, de l’éclaircissement (jusque dans la création de l’univers, apparaissant avec la lumière) et ce que cela signifie, l’éclaircie…

      Film génial avec quelques longueurs (particulièrement les scènes d’enfance), mais qui a tant à dire pour peu qu’on soit à son écoute.

    • Après Heiddeger et Levinas, on est tenté de penser que Malick développe sa filmographie tel un parcours kierkegaardien. Suite aux deux films esthétiques des ‘70 (amours terrestres), on passe aux oeuvres éthiques que sont TRL et New World, pour enfin abouttir à un dernier opus religieux, un film sur la quiddité divine. Les répétitions (ou reprises), mains, littorals, eaux, cieux, arbres… sont de pures propulsions en spirales et sont littéralement un (le) chemin vers (de) la Grâce. Rien ne m’a dérangé dans ce grand film, on y danse sur les fils de la vision divine, forcément détachée, embrassante. Tout semble se passer comme si le père métaphorisait la conscience divine, en retard ou à la remorque de sa créature, qui se repent devant sa créature. Job représente pour Kierkegaard la figure ultime du stade éthique, le promontoire vers le divin, le littoral, le seuil derrière lequel il faut sauter. Nous sommes à l’opposé de la pseudo mystique de The Doors (le film) ou de celle véritablement new age du voyage astral de Contact. Nous assistons à l’éveil de la conscience divine, comment en représenter le balbutiments? sur le lieu de la rencontre de deux mondes où des mémoires se côtoient….
      La crise du père à table n’est pas tant une scène de psychologie qu’une scène symbolisant le rapport créateur/créature. Le petit garçon, à qui on vient de dire de se taire jusqu’à ce qu’il ait quelque chose d’important à dire, demande rapidement le silence du père qui s’étonne brusquement, le petit repond par une prière et s’en suit la colère. Dieu apprend à aimer dans ce film, c’est ce qui est puissant, et c’est aussi pourquoi les émotions humaines ne sont qu’effleurées, détaillées, petites… ça n’en fait pas pour autant un film froid.

    • Aubordunord, si tu es toujours un peu avec nous, as-tu vu le film?

    • si Malick ne s’attarde pas outre mesure sur les conflits familiaux (pensons spécialement au fils aîné) ne serait-ce pas tout simplement parce qu’au bout du compte, on comprend par le biais du fils devenu adulte et en pleine crise existentielle, que ce qui reste entre le père et le fils, c’est la tendresse? Celle-ci est extrêmement bien exprimée par le père (Brad Pitt), même dans ses plus grands moments de rigidité. Je vois “The tree of life” comme un film-testament: Malick nous dit que l’humain est bien petit et que l’important, c’est la tendresse, bordel!

    • Je n’ai aucun attachement religieux ou mystique. Je suis plutôt indifférente. J’ai été très très touchée par ce film. Durant les années 50, j’étais enfant, ce qui a permis un contact instantané avec les repères de la trame narrative. J’adore depuis 30 ans le travail de TM, sa sincérité, sa peur d’être un imposteur et sa drôle de timidité artistique.
      J’ai vu Tree of Life il y a quelques heures avec mon fils, et c’était un réel bonheur de voir en famille une oeuvre quand même très contemporaine qui ose avoir comme thème la lutte entre la nature et la grâce. Est-ce vraiment une lutte, pourquoi les opposer? À quand la version de 6 heures?
      Bref, je suis conquise et je n’ai qu’une seule petite réserve: et le doux dinosaure/jésus qui marche sur l’eau sans même la faire frémir, cela m’a laissée un peu perplexe.
      Merci à TM d’avoir choisi la musique de Preisner qui donna tant de lumière à Bleu; j’ai écouté son Lacrimosa plusieurs fois ce soir pour prolonger l’émotion et je crois cher Jozef que votre texte sur ce film est vraiment magnifique, bien documenté et tout, mais qu’il vous faut par dessus tout le revoir ce film, comme un critique de cinéma qui viendrait de naître, et peut-être en compagnie d’un être cher un peu âgé.

    • Événements dans la vie d’un jeune garçon : naissance (check), jeux avec la mère (check), premiers pas (check), naissance d’un petit frère qui vient bouleverser la dynamique familiale (check), jalousie envers le petit frère (check), première journée d’école (check), mort accidentelle d’un petit camarade (check), éveil à la marginalité lors d’une sortie en ville (check), premier béguin à l’école (check), exposition aux pesticides (check), flâneries en solitaire (check), flâneries entre copains (check), envie de parricide (check), carreaux vandalisés et autres mauvais coups avec les copains (check), chagrin à la veille d’un déménagement (check), déménagement en famille (check).

    • « MOI, VERSEAU! »
      …VOUS ENTREZ DANS MON ÈRE
      OÙ BRUSQUEMENT TOUT CHANGE
      J’INONDE L’UNIVERS
      DE MES IDÉES ÉTRANGES
      MOI JE SUIS SIGNE “D’AIR”
      URANUS EST MON MAÎTRE
      SANS TAMBOURS NI MANIÈRES
      D’OÙ LE FUTUR VA NAÎTRE
      ET JE SUIS “MAISON 11″
      CELLE DE L’AMITIÉ
      SOLIDE COMME BRONZE
      VOUS POUVEZ Y ENTRER…

    • Mon dieux, un autre mauvais film de Terence Malick! Ça n’est pas le premier pourtant.

      Après avoir souffert d’ennui (eh oui, mon cul ressentant ce que celui du personnage de Woody Harrelson devait ressentir) en regardant The thin red line, j’évite ce réalisateur à tout prix.

    • Je suis en peu en retard sur le sujet mais j’ai été voir Tree of Life hier. J’avoue que je m’attendais a pire. Même que j’ai trouvé ca très bon. C’est moins hermétique que je pensais et ca ne tombe pas trop dans le New Age non plus (c’ était ma plus grande crainte).

      Disons que Malick flirt avec le New Age sans jamais aller trop loin. C’est un film spirituel mais c’est plus religieux que New Age. D’ailleurs c’est une des choses que j’ai aimé du film, les questions philosophiques soulevées sont beaucoup par rapport a Dieu. Le genre de question que la famille typique des années 50 se posait. J’ai trouvé ca habile de sa part. Évidemment ses principaux thèmes sont toujours présents mais il nous amène ailleurs dans Tree Of Life.

      Pour les images et bien je m’attendais a quelque chose de plus spectaculaire mais ce n’est pas une critique. La bande-annonce laissait présager un festival de clichés Malikiens mais ce n’est pas si pire. Évidemment on reconnait sa signature mais ce n’est pas du beau juste pour faire beau.

      Par contre j’ai été surpris a quel point c’est un film personnel. On sent que Malick se dévoile, je dirais même qu’il se place en position de vulnérabilité.

      Pour la fin et bien la chose qui m’a le plus agacé c’est le fait qu’elle ressemble beaucoup a la fin de la série Lost. Le contexte est un peu différent mais le résultat est frappant de ressemblance.

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