
Il fait bon être amateur de Terrence Malick par les temps qui courent. Il y a d’abord cette Palme d’or, qui atténue les craintes des cinéphiles les plus anxieux parmi nous. «Non, il ne s’est pas brûlé les ailes! L’espoir de Grandeur persiste, etc.». Il y a ensuite cette sensation que Malick a finalement décidé d’accélérer la cadence pour de bon. Il a 67 ans le monsieur quand même. Ne peut plus se payer le luxe de se faire désirer comme par le passé (seulement 5 films depuis 1973). Aujourd’hui, au contraire, le temps semble lui manquer.
Le producteur Bill Pohlad, celui-là même qui a accepté le prix suprême au Festival de Cannes, a affirmé mercredi dernier que Malick est en train de développer un documentaire IMAX intitulé Voyage of Time. Le film, qui sera narré par Brad Pitt, s’annonce comme une extension de la vignette d’une vingtaine de minutes illustrant la création de l’univers dans The Tree of Life. Le Los Angeles Times précise :
Voyage of Time va se pencher sur les premiers signes de vie, les bactéries, les cellules pionnières, le premier amour, la conscience, l’ascension de l’humanité, la vie, la mort et la fin de l’univers.
Le plan d’affaires, abondamment enrichi d’images de méduses, d’embryons de crocodiles, de nébuleuses, d’une fente du canyon de l’Utah, et du satellite de Jupiter, Ganymède, comprend des lettres de témoignage de Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et Steven Spielberg, qui promet que Voyage of Time sera «une combinaison mémorable d’art et de science qui saura autant inspirer qu’éduquer.»
L’intrigant documentaire devait initialement «accompagner» la sortie de The Tree of Life (17 juin au Québec). Mais les producteurs ont eu peur de créer de la confusion auprès du public avec cette stratégie de distribution inusitée. «Il était important de ne pas cannibaliser The Tree of Life», a déclaré Pohlad, qui assure du même coup que «Nous voulons le faire. [Malick] doit juste trouver le temps de le faire».
En attendant Voyage of Time, Malick doit apporter les touches finales à son sixième long-métrage, dont le tournage a eu lieu cet automne dans sa ville natale de Bartlesville, en Oklahoma. Le drame romantique, qui met en vedette Rachel McAdams, Rachel Weisz, Olga Kurylenko, Ben Affleck et Javier Bardem, est simplement décrit comme «une puissante et émouvante histoire d’amour» (j’en parle plus en détails ici).
Selon le LA Times de vendredi, il s’agirait du film le plus «expérimental» du cinéaste, dont l’évolution artistique se manifeste notamment par une structure narrative de plus en plus éclatée. La date de sortie en salle du Untitled Terrence Malick Project n’est pas encore annoncée, mais tout porte à croire qu’il prendra l’affiche plus tôt que tard. La raison en est simple : il compte entamer le tournage d’un nouveau film cet été ou, au plus tard, cet automne. À suivre…
Flash-back
Lecture fortement recommandée : Badlands : An Oral History, un recueil de témoignages sur la production «turbulente» du premier long-métrage de Terrence Malick, tourné durant l’été 1972, publié dans la plus récente édition de GQ. Un passage cocasse :
MARTIN SHEEN
Lou Stroller made some comment about Mrs. Malick, and Terry was not having it, and beat the hell out of him. In true Texas style—he was so Texas. Didn’t even hesitate, just started swinging. They were down like two buffalo—they were big guys—and they were on the ground, rolling around, and Terry just whupped him. Oh, I acted outraged—”What a breakdown of discipline, this fighting on the set!”—but I couldn’t have been prouder of him. Can you imagine? If more directors would beat up their producers, we’d have a lot more artistic freedom.
Ci-dessous, le cinéaste fameusement reclus dans un petit rôle à mi-chemin dans Badlands. Sheen, encore :
One day an actor didn’t show up to play a part, so Terry did. He’s so self-conscious, and he did not want to be in the film, and he told me he was going to re-shoot his character. I assured him that I would never shoot that scene with anyone but him. We’d had this extraordinary time together, and I knew that he would never go on camera again the rest of his career.
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