Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 28 avril 2011 | Mise en ligne à 12h15 | Commenter Commentaires (8)

    Interlude musical: I’m Easy

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    En cette journée grise et maussade (et je ne parle pas que de la température) il m’est apparu soudainement à l’esprit le refrain de I’m Easy, que l’on retrouve à mi-chemin dans Nashville (1975), le chef d’oeuvre de Robert Altman et facilement l’un des meilleurs films américains des années 1970. Keith Carradine, comme quelques unes de ses 23 co-vedettes, a écrit, composé et interprété sa chanson. La sienne s’est cependant démarquée à l’extérieur du cadre de la fiction: I’m Easy s’est vite transformé en single à succès et a fini par remporter l’Oscar de la Meilleure chanson originale.

    Prise hors contexte, la scène ci-dessus perd quelque peu de sa force; mais elle fonctionne quand même bien de manière autonome. Il suffit de savoir que Carradine incarne une star du country qui passe le plus clair de son temps à séduire de jolies demoiselles. Sa ballade, qu’il dédie à «quelqu’un de spécial», est adressée à au moins quatre femmes présentes dans la salle et illustre, avec force ironie, sa nature manipulatrice.

    Le reste est l’affaire d’Altman qui, avec son formidable oeil pour cerner le comportement humain, réussit à la fois à isoler ses personnages dans leurs lubies propres (grâce au montage et à une caméra mobile), tout en les unissant dans la duperie qui les accable (grâce à une lentille qui «applatit» l’image et ramène toutes les zones au même niveau).

    À noter la performance d’une subtilité exemplaire de Lily Tomlin, la femme au foyer dans le fond de la salle, qui transmet tant avec si peu. On peut également voir dans la scène les habitués d’Altman Geraldine Chaplin, dans la peau d’une reporter hystérique aux idées de grandeur, et Shelley Duvall, qui joue une étudiante Peace and Love insouciante.

    > À lire : Quelques extraits de critiques élogieuses de Nashville, dont celle de Pauline Kael et de Roger Ebert (la version complète est ici). Si quelqu’un réussissait à me trouver la fameuse critique de Kael, j’en serai très reconnaissant, le New Yorker l’a désarchivée de son édition gratuite en ligne…


    • “Une lentille qui applatit l’image”, belle formule pour évoquer entre autre la maîtrise du zoom chez Altman et sa formidable compréhension du pouvoir de la profondeur de champ, qu’elle soit élimée ou amplifiée.
      Plus d’un de ses films concourent selon moi aux “meilleurs des ’70s”
      Thieves Like Us
      3 Women
      Images

      C’est drôle, aujourd’hui j’écoute justement Memphis de Petula Clark, peut-être pour les même raisons que Jozef.

      McCabe & Mrs. Miller est quant à moi le chef d’oeuvre absolu de Altman. Et pour ce qui est du rendu de l’image, bien sûr, il y a le zoom mais aussi le fait qu’il utilise des longues focales (telephoto lens) pour filmer l’action dans des endroits clos, ce qui est assez inhabituel. Pour certaines scènes de Buffalo Bill, il avait l’habitude d’envoyer le caméraman à près de 1 km du plateau de tournage, et communiquait par walkie-talkie. -js

    • C’est un peu ce que j’essayais d’exprimer par profondeur de champ élimée (longues focales en lieu restraint) ou amplifiée (distance géographique du point de vue (Images en regorge)).

      McCabe bien sûr est époustouflant. Mais je crois préférer la crudité de Thieves et les touches surnaturelles, rares chez le cinéastes, de 3 Women et Images.

    • De mon côté, je suis complètement vendu à The Player dans sa filmographie. Le regard critique d’Altman sur sa propre industrie était tout simplement génial même si ça demeurait relativement gentil. Et comment passer à côté de son plan-séquence d’ouverture de 7 minutes 47 secondes.

    • Short Cuts, inspiré des nouvelles de Carver, n’était pas mal du tout non plus…

    • Merci!
      Ce satané temps froid, gris, maussade, venteux qui vient de nous voler tout le mois d’avril nous aura donc permis de voir et entendre cette belle séquence.

      Moi, c’est «Piano man» que je ressors à l’occasion quand j’ai «mon voyage».

      Et tout ça me fait regretter encore davantage de ne pas être moi-même musicien.

      Bon printemps, enfin ce qui en tient lieu.

    • Tout à fait d’accord Jozef, McCabe & Mrs. Miller est un chef d’œuvre absolu. Keith K. y tient un mini-rôle d’un jeune cowboy au gun rouillé qui vient au bordel pour un peu de plaisir et est abattu d’une manière absurde par un punk du Klondike de l’époque.

      La brutalité mélangée à la tendresse de ce film est incomparable. Tout comme la qualité de sa direction-photo.

    • Vous savez qu’à la fin de sa vie, le projet dont Altman se disait être le plus fier était Tanner ‘88 ! Ça jette tout de même un éclairage sur l’ensemble de l’oeuvre.

      fruitloops, t’as vu Thieves Like Us? sinon ce film est pour toi…

    • Quelqu’un se rappelle-t-il de la très discutable (pour être poli !) version française de “I’m Easy” ? Ça s’appelait “C’est pas mon genre” et l’interprète était Michèle Richard.

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