Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 26 avril 2011 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (12)

    Nom d’une pipe! Vous êtes renvoyé!

    Ren? Magritte, The Treachery of Images, 1928–29, Restored by Shi

    Elvis Mitchell, un des critiques de cinéma américains les plus éloquents et populaires, a été congédié ce week-end par le site spécialisé Movieline, où il occupait le poste de critique en chef adjoint depuis trois mois. Les raisons de la discorde n’ont pas été dévoilées, mais tout porte à croire qu’une pipe importune aurait en fait précipité son renvoi.

    Voici un extrait de sa désormais infâme critique négative du film Source Code :

    It’s up to Jeffrey Wright, as the administrator supervising the Source Code — the machine that keeps firing Colter back, back, back to the recent past — and his eccentric brio to keep the silliness from piling up like ash from his pipe. That’s how you know this film is science fiction — someone is smoking indoors in the United States — and that Wright is a martinet whose malevolence must be checked.

    (C’est à Jeffrey Wright, en tant qu’administrateur supervisant le code source – la machine qui ramène sans cesse Colter à son passé récent – et à son brio excentrique d’empêcher la sottise de s’accumuler comme les cendres de sa pipe. C’est comme ça que vous savez que ce film est de la science-fiction – quelqu’un fume à l’intérieur aux États-Unis – et que Wright est un être impitoyable dont la malveillance doit être vérifiée.)

    Seul problème, il n’y a pas de pipe dans le film. Le réalisateur de Source Code, Duncan Jones, a promptement réagi sur Twitter :

    Find it odd Movieline choose to complain about Jeffrey Wright smoking a pipe, something in an old draft of the script thats not in the film.

    (Je trouve curieux que Movieline se plaint de Jeffrey Wight qui fume une pipe, un élément dans une ancienne version du scénario qui ne se trouve pas dans le film.)

    Qu’est-ce qui a donc bien pu se produire? Mitchell se serait-il fié à cette ancienne version du scénario pour rédiger sa critique (on peut en lire un extrait au bas de cette page)? Dans ce cas-ci, on se demande bien quel bénéfice cela lui aurait procuré: certainement pas une économie de temps!

    L’explication la plus plausible est qu’il s’est rendu à la projection, a eu une urgence ou un empêchement qui l’a contraint à quitter avant la fin, et s’est servi du scénario en question pour «compléter» le film dans sa tête. Un procédé certes pas des plus éthiques, mais on est tout de même loin du crime au premier degré. Plusieurs critiques, dont David Edelstein de New York Magazine, affirment d’ailleurs l’avoir croisé dans la salle cette journée fatidique du 24 mars. Mitchell, quant à lui, a promis une explication. On attend toujours.

    Cette histoire a suscité beaucoup de réactions sur la ciné-blogosphère, la plupart mesquines, établissant une corrélation suspecte entre cet accroc professionnel et sa vie personnelle (ce qui a mené à cette réponse vibrante de la part de Kim Voynar de MCN). Mitchell, un homme plus grand que nature, en irrite plusieurs par sa flamboyance, son mode de vie huppé ou ses amis jet-set. Sa maladresse aura au moins permis de le remettre à sa place, celle de journaliste modeste qui ferait mieux de garder profil bas, enfiler du corduroy, et remercier tous les jours le bon dieu d’être payé à regarder des films.


    • Vous avez probablement raison. Il a tenu quelque chose pour acquis mais sans avoir vu. Bref, he «assumed».
      Or, comme le disait si bien un «méchant» dans un méchant film: «Assumption is the mother of all fuck-ups».

    • C’est peut-être que Mitchell en avait mis du bon dans sa pipe avant d’aller voir le film, ou d’écrire son texte, ou les deux… :-)

      Sérieusement, cet exemple démontre que la frontière entre le privé et le public rétrécit comme une peau de chagrin, qu’en plus des qualités professionnelles il faut être un enfant de choeur. Que tout se joue de plus en plus dans les apparences.

      Et ce néo-puritanisme affecte autant la gauche que la droite.

    • Il y a souvent de telles erreurs dans les critiques, ce n’est pas comme si les textes sont écrits avec les films à portée de main, je ne peux pas croire qu’il s’est fait renvoyer simplement pour avoir pensé une pipe là où il n’y en avait pas. L’explication la plus plausible, quant à moi, c’est qu’il a mauvaise mémoire, ou qu’il complète mentalement le personnage hyper-stéréotypé de Wright, à qu’il ne manque effectivement qu’une pipe pour être un scientifique crédible radotant ses hilarantes théories sur la physique quantique (aparté: je n’ai jamais compris pourquoi il fallait absolument justifier de tels concepts en passant par des théories “crédibles”, j’en n’ai rien à foutre du pourquoi il peut remonter dans le temps! À moins qu’il s’agisse d’un film d’anticipation réaliste, j’aime autant que les scientifiques disent : “we just can”)

    • Il s’est endormi pendant la projection? Il n’était “pas en état”?

      Quand quelqu’un dit: “je vais expliquer ce qui s’est passé” mais qu’il ne l’explique pas tout de suite, je me dis toujours qu’il est en train de travailler (peut-être avec l’aide d’experts) sur le mensonge le plus crédible qu’il peut imaginer.

    • C’est pour cela que je ne me fie pas aux sélections officielles de festivals de cinéma, car je sais que grand nombre de films sont regardés en fast-forward par le comité. Donc, à moins que tu sois un cinéaste connu ou les bons contacts, tu peux faire un bijou de film qui va passé complètement inaperçu. Certains critiques dans les festivals regardent souvent aussi des films en fast-forward au marché du film, donc, se méfier si un critique vous lance qu’il a vu 100 films pendant 2 semaines.

    • «mais tout porte à croire qu’une pipe importune aurait en fait précipité son renvoi.»

      Moi qui ai d’abord cru à un mini Monicagate bien croustillant, je suis déçu…

      Sinon, Jozef, dites-moi que vous ironisez lorsque vous parlez de «remettre à sa place» le critique dans ses «corduroy», si? Je ne voudrais pas être déçu une seconde fois…

      Je pensais au début y aller d’un «Ce n’est certainement pas la première fois qu’une pipe coûte un poste professionnel…», mais Cyberpresse est un lieu familial. Sinon, bien sûr, j’ironise. Notez l’italique; un petit truc que j’ai piqué à Houellebecq (qui s’inspire clairement de Flaubert, le maître des italiques ironiques) dont je suis en train de dévorer le dernier roman. – js

    • Très drôle de voir Jozef laisser planer le sens de “pipe” jusqu’au milieu de son billet. Comme quoi il n’est pas au-dessus de certains trucs bien rodés.

    • J’ai vu Code source au cinéma. Plutôt bon comme film.

      Cependant, question paradoxe temporelle réaliste, on est encore loin de ‘L’armée des douze singes’.
      Dites-moi, Jozef, durant le film, j’ai vu le nom ‘Frédéric DeGranpré’. Est-ce que notre acteur québécois a joué dans le film?
      De plus, est-ce que la production est canadienne? Car j’ai vu beaucoup de noms francophones dans le générique.

      Oui, il joue un certain «Sean Fentress Reflection» d’après IMDb. Le film a été tourné à Chicago et à Montréal. Les effets spéciaux ont été faits par une boîte montréalaise, j’ai fait un portrait de son fondateur ici (il travaillait d’ailleurs sur Source Code quand je l’ai rencontré). -js

    • En fait, Jack Gyllenhaal joue Frederic DeGranpré, c’est le corps de ce dernier qu’il emprunte.

    • @jeanfrancoiscouture
      Ou entendu souvent en latin :
      “When you ASSUME, you make an ASS of U and ME”

      @phildragonbleu
      Même si ce sont des films légers, un des très bon paradoxe temporel (plusieurs en fait), furent dans la trilogie de Back to the Future.

    • “Sérieusement, cet exemple démontre que la frontière entre le privé et le public rétrécit comme une peau de chagrin, qu’en plus des qualités professionnelles il faut être un enfant de choeur. Que tout se joue de plus en plus dans les apparences. Et ce néo-puritanisme affecte autant la gauche que la droite.”

      Tout est dit de l’époque! Le corollaire c’est que la seule subversion aujourd’hui c’est ne rien laissé filtrer de sa vie privée.

    • Elvis Mitchell a une émission à la radio américaine oû il interview des gens du
      cinéma, pas mal intéressant : The Treatment on KCRW, facile à trouver sur le web

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