Jozef Siroka

Archive, avril 2011

Samedi 30 avril 2011 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (3)

Le court du week-end: Jour sans joie

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«François se rend aux funérailles de sa mère en compagnie de sa femme Sophie. C’est un jour sans joie.»

Le quatrième court-métrage de Nicolas Roy, Jour sans joie (2009), est un voyage au fond de la misère humaine. Pas de concessions ici, pas de moralisation, pas vraiment de «message» non plus, sinon que «C’est toute de la marde, ostie, cette vie là c’est de la marde» comme le dit le protagoniste au début du film. Son exclamation prend la fonction d’une thèse qui est démontrée avec persistance tout au long du récit. Une véritable plongée dans le nihilisme, n’offrant aucun échappatoire, réalisée avec finesse et bénéficiant d’une interprétation de premier ordre. Ceci dit, un film plus facile à respecter qu’à aimer.

> À voir sur Tou.tv

Nicolas Roy a fait parler de lui ces derniers temps grâce à la sélection de son nouveau film, Ce n’est rien, au Festival de Cannes, où il est en lice pour la Palme d’or du court-métrage (Marc-André Lussier en parle plus en détail ici). Voici le synopsis et la bande-annonce :

«Michel s’occupe seul de sa fille Marie. Aujourd’hui, leur vie monotone tourne au drame.»

> Plus d’informations sur le site officiel du film.

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Jeudi 28 avril 2011 | Mise en ligne à 12h15 | Commenter Commentaires (8)

Interlude musical: I’m Easy

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En cette journée grise et maussade (et je ne parle pas que de la température) il m’est apparu soudainement à l’esprit le refrain de I’m Easy, que l’on retrouve à mi-chemin dans Nashville (1975), le chef d’oeuvre de Robert Altman et facilement l’un des meilleurs films américains des années 1970. Keith Carradine, comme quelques unes de ses 23 co-vedettes, a écrit, composé et interprété sa chanson. La sienne s’est cependant démarquée à l’extérieur du cadre de la fiction: I’m Easy s’est vite transformé en single à succès et a fini par remporter l’Oscar de la Meilleure chanson originale.

Prise hors contexte, la scène ci-dessus perd quelque peu de sa force; mais elle fonctionne quand même bien de manière autonome. Il suffit de savoir que Carradine incarne une star du country qui passe le plus clair de son temps à séduire de jolies demoiselles. Sa ballade, qu’il dédie à «quelqu’un de spécial», est adressée à au moins quatre femmes présentes dans la salle et illustre, avec force ironie, sa nature manipulatrice.

Le reste est l’affaire d’Altman qui, avec son formidable oeil pour cerner le comportement humain, réussit à la fois à isoler ses personnages dans leurs lubies propres (grâce au montage et à une caméra mobile), tout en les unissant dans la duperie qui les accable (grâce à une lentille qui «applatit» l’image et ramène toutes les zones au même niveau).

À noter la performance d’une subtilité exemplaire de Lily Tomlin, la femme au foyer dans le fond de la salle, qui transmet tant avec si peu. On peut également voir dans la scène les habitués d’Altman Geraldine Chaplin, dans la peau d’une reporter hystérique aux idées de grandeur, et Shelley Duvall, qui joue une étudiante Peace and Love insouciante.

> À lire : Quelques extraits de critiques élogieuses de Nashville, dont celle de Pauline Kael et de Roger Ebert (la version complète est ici). Si quelqu’un réussissait à me trouver la fameuse critique de Kael, j’en serai très reconnaissant, le New Yorker l’a désarchivée de son édition gratuite en ligne…

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Mardi 26 avril 2011 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (12)

Nom d’une pipe! Vous êtes renvoyé!

Ren? Magritte, The Treachery of Images, 1928–29, Restored by Shi

Elvis Mitchell, un des critiques de cinéma américains les plus éloquents et populaires, a été congédié ce week-end par le site spécialisé Movieline, où il occupait le poste de critique en chef adjoint depuis trois mois. Les raisons de la discorde n’ont pas été dévoilées, mais tout porte à croire qu’une pipe importune aurait en fait précipité son renvoi.

Voici un extrait de sa désormais infâme critique négative du film Source Code :

It’s up to Jeffrey Wright, as the administrator supervising the Source Code — the machine that keeps firing Colter back, back, back to the recent past — and his eccentric brio to keep the silliness from piling up like ash from his pipe. That’s how you know this film is science fiction — someone is smoking indoors in the United States — and that Wright is a martinet whose malevolence must be checked.

(C’est à Jeffrey Wright, en tant qu’administrateur supervisant le code source – la machine qui ramène sans cesse Colter à son passé récent – et à son brio excentrique d’empêcher la sottise de s’accumuler comme les cendres de sa pipe. C’est comme ça que vous savez que ce film est de la science-fiction – quelqu’un fume à l’intérieur aux États-Unis – et que Wright est un être impitoyable dont la malveillance doit être vérifiée.)

Seul problème, il n’y a pas de pipe dans le film. Le réalisateur de Source Code, Duncan Jones, a promptement réagi sur Twitter :

Find it odd Movieline choose to complain about Jeffrey Wright smoking a pipe, something in an old draft of the script thats not in the film.

(Je trouve curieux que Movieline se plaint de Jeffrey Wight qui fume une pipe, un élément dans une ancienne version du scénario qui ne se trouve pas dans le film.)

Qu’est-ce qui a donc bien pu se produire? Mitchell se serait-il fié à cette ancienne version du scénario pour rédiger sa critique (on peut en lire un extrait au bas de cette page)? Dans ce cas-ci, on se demande bien quel bénéfice cela lui aurait procuré: certainement pas une économie de temps!

L’explication la plus plausible est qu’il s’est rendu à la projection, a eu une urgence ou un empêchement qui l’a contraint à quitter avant la fin, et s’est servi du scénario en question pour «compléter» le film dans sa tête. Un procédé certes pas des plus éthiques, mais on est tout de même loin du crime au premier degré. Plusieurs critiques, dont David Edelstein de New York Magazine, affirment d’ailleurs l’avoir croisé dans la salle cette journée fatidique du 24 mars. Mitchell, quant à lui, a promis une explication. On attend toujours.

Cette histoire a suscité beaucoup de réactions sur la ciné-blogosphère, la plupart mesquines, établissant une corrélation suspecte entre cet accroc professionnel et sa vie personnelle (ce qui a mené à cette réponse vibrante de la part de Kim Voynar de MCN). Mitchell, un homme plus grand que nature, en irrite plusieurs par sa flamboyance, son mode de vie huppé ou ses amis jet-set. Sa maladresse aura au moins permis de le remettre à sa place, celle de journaliste modeste qui ferait mieux de garder profil bas, enfiler du corduroy, et remercier tous les jours le bon dieu d’être payé à regarder des films.

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