
Elvis Mitchell, un des critiques de cinéma américains les plus éloquents et populaires, a été congédié ce week-end par le site spécialisé Movieline, où il occupait le poste de critique en chef adjoint depuis trois mois. Les raisons de la discorde n’ont pas été dévoilées, mais tout porte à croire qu’une pipe importune aurait en fait précipité son renvoi.
Voici un extrait de sa désormais infâme critique négative du film Source Code :
It’s up to Jeffrey Wright, as the administrator supervising the Source Code — the machine that keeps firing Colter back, back, back to the recent past — and his eccentric brio to keep the silliness from piling up like ash from his pipe. That’s how you know this film is science fiction — someone is smoking indoors in the United States — and that Wright is a martinet whose malevolence must be checked.
(C’est à Jeffrey Wright, en tant qu’administrateur supervisant le code source – la machine qui ramène sans cesse Colter à son passé récent – et à son brio excentrique d’empêcher la sottise de s’accumuler comme les cendres de sa pipe. C’est comme ça que vous savez que ce film est de la science-fiction – quelqu’un fume à l’intérieur aux États-Unis – et que Wright est un être impitoyable dont la malveillance doit être vérifiée.)
Seul problème, il n’y a pas de pipe dans le film. Le réalisateur de Source Code, Duncan Jones, a promptement réagi sur Twitter :
Find it odd Movieline choose to complain about Jeffrey Wright smoking a pipe, something in an old draft of the script thats not in the film.
(Je trouve curieux que Movieline se plaint de Jeffrey Wight qui fume une pipe, un élément dans une ancienne version du scénario qui ne se trouve pas dans le film.)
Qu’est-ce qui a donc bien pu se produire? Mitchell se serait-il fié à cette ancienne version du scénario pour rédiger sa critique (on peut en lire un extrait au bas de cette page)? Dans ce cas-ci, on se demande bien quel bénéfice cela lui aurait procuré: certainement pas une économie de temps!
L’explication la plus plausible est qu’il s’est rendu à la projection, a eu une urgence ou un empêchement qui l’a contraint à quitter avant la fin, et s’est servi du scénario en question pour «compléter» le film dans sa tête. Un procédé certes pas des plus éthiques, mais on est tout de même loin du crime au premier degré. Plusieurs critiques, dont David Edelstein de New York Magazine, affirment d’ailleurs l’avoir croisé dans la salle cette journée fatidique du 24 mars. Mitchell, quant à lui, a promis une explication. On attend toujours.
Cette histoire a suscité beaucoup de réactions sur la ciné-blogosphère, la plupart mesquines, établissant une corrélation suspecte entre cet accroc professionnel et sa vie personnelle (ce qui a mené à cette réponse vibrante de la part de Kim Voynar de MCN). Mitchell, un homme plus grand que nature, en irrite plusieurs par sa flamboyance, son mode de vie huppé ou ses amis jet-set. Sa maladresse aura au moins permis de le remettre à sa place, celle de journaliste modeste qui ferait mieux de garder profil bas, enfiler du corduroy, et remercier tous les jours le bon dieu d’être payé à regarder des films.