
La Cinémathèque française a mis en ligne une exposition virtuelle composée de créations graphiques inspirées de l’oeuvre de Stanley Kubrick. Au-delà du festin visuel procuré par les nombreuses affiches et graphiques hommages qu’on y retrouve, on est questionné sur les véritables causes qui animent cet amour, cette obsession, qui perdure de manière si intense, 12 ans après la mort du mythique cinéaste.
En effet, il semblerait que les internautes/cinéphiles, à travers leurs propres créations, semblent non seulement affirmer leur identification à l’oeuvre de Kubrick, mais souhaitent en quelque sorte la prolonger. Ses films, parsemés d’images extrêmement expressives et, en même temps, imperméables et hermétiques, stimulent l’imagination tout en se montrant perpétuellement inatteignables. L’amateur de Kubrick est ainsi saisi d’une pulsion d’éternel retour vis-à-vis de sa filmographie, un comportement à propos puisqu’il s’agit justement de la principale thématique développée par le maître. Une quête insatiable désormais appuyée par les outils technologiques d’aujourd’hui qui, semblerait-il, permettent d’apporter, sinon une nouvelle compréhension, une nouvelle exploration de son art.
À ce sujet, la Cinémathèque amène des arguments particulièrement intéressants dans sa présentation :
Le génie obsessionnel de Kubrick a alimenté mille rumeurs de son vivant, mille fantasmes aussi. Quoi de plus logique que d’en retrouver la trace sur ce web qui n’aime rien tant que les énigmes. Redessiner Kubrick aujourd’hui, le remixer sur Internet, ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle forme d’analyse, c’est chercher à saisir la folie créatrice du cinéaste et à démêler l’écheveau de son œuvre. Une exégèse web en quelque sorte, où souris, claviers et Photoshop seraient les principaux outils de la réinterprétation.
[...]
D’un coup, on comprend mieux pourquoi Kubrick et pas Hawks ; Nolan et pas Eastwood ; Lynch et pas Scorsese. Pourquoi certains grands cinéastes sont adoptés par la Toile, et pas d’autres. Les questions qui travaillaient l’œuvre de Kubrick sont les mêmes que celles de James Cameron, David Fincher, Christopher Nolan ou Satoshi Kon. Les mêmes, surtout, que celles qui taraudent les geeks, les web-artistes ou les internautes purs et durs. Hal 9000, les labyrinthes de Shining, la “Ludovico Technique” d’Orange mécanique, les machines folles de Dr Folamour sont autant de figures qui ont une résonnance formidable sur le web où la machine se fait chaque jour plus intelligente, les ramifications plus complexes et les déferlements d’images prodigieux.
À son corps défendant, Stanley Kubrick est devenu une figure d’Internet. Mais il l’était finalement avant l’heure, avant même que les modems ne débarquent chez tout le monde. Juste retour des choses : aujourd’hui, c’est le web qui, à son tour, raconte Stanley Kubrick. Il y a là une forme de logique. Et quelque chose de bouleversant. L’œuvre de Kubrick est là plus que jamais, adoptée, pour ne pas dire couvée, par une génération d’artistes qui se font fort chaque jour d’en perpétuer la mémoire sur un support que le cinéaste, visionnaire et fou de technologie, n’aura pas eu le bonheur de connaître.
Le dossier de la Cinémathéque compend également un annuaire menant à des liens aussi intéressants et variés qu’une analyse pointue de 2001 : A Space Odyssey ou les références kubrickiennes dans les Simpson. À consulter sans hésitation!
Voici la première partie du documentaire A Life in Pictures (avec sous-titres polonais) réalisé par Jan Harlan, beau-frère de Kubrick, qui a notamment produit tous ses films depuis Barry Lyndon.
> La seconde partie est ici, les autres y sont liées.

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melo_carmelo
24 mars 2011
14h47
Merci pour le lien – et pour les sous-titres!
astyanax
24 mars 2011
16h16
Cette affiche, là en tête de ce post, c’est l’image la plus cruelle de la semaine. Vous êtes dur, Jozef, un vrai bourreau…
Vous faites bien de me le rappeler, elle provient de ce site qui illustre les affiches des «meilleurs films jamais faits». -js
frederic_clement_qc
24 mars 2011
20h08
Pour les intéressés, un coffret Kubrick s’en vient en blu-ray : 100$ pour Spartacus, Lolita (inédit), Dr. Strangelove, 2001: A Space Odyssey, A Clockwork Orange: 40th Anniversary Edition (nouveau), Barry Lyndon (inédit), The Shining, Full Metal Jacket, et Eyes Wide Shut.
Barry Lyndon en haute définition : oui, merci!
http://bluray.highdefdigest.com/news/show/Warner_Brothers/Disc_Announcements__/Stanley_Kubrick_Limited_Edition_Collection_Announced_For_Blu-ray!/6361
frederic_clement_qc
24 mars 2011
20h23
D’ailleurs, après le hors-série sur Clint Eastwood des Inrockuptibles (présentement en kiosque), suivra celui sur Kubrick dans les prochains jours.
Un beau portrait de Eastwood paru l’année dernière dans le New Yorker. -js
ziggomatic
24 mars 2011
23h20
pour répondre à la question “pourquoi Kubrick et pas Hawks ; Nolan et pas Eastwood ; Lynch et pas Scorsese?” je crois que, sans rien enlever aux autres, Kubrick, Nolan et Lynch vont dans des directions plus osées (a mon humble avis). jeurs films marquent plus l’imaginaire que ce soit par le thème ou la manière dont les plans sont tournées etc… Pour moi ca m’apparait logique.
@ Frederic Clement: j’ai vu aussi pour le coffret et c’est sur que je vais le chercher! hehe
intrevorwetrust
25 mars 2011
00h37
Wow Jozef. Superbe trouvaille ce documentaire. Mais j’arrive pas à croire qu’il te manque ces deux éléments additionnels nécessaires:
1-Entrevue épique:
http://www.rollingstone.com/culture/news/the-rolling-stone-interview-stanley-kubrick-in-1987-20110307
2-Scénario épique: À imprimer, relier et archiver à la maison.
http://www.slashfilm.com/trivia-read-stanley-kubricks-plans-movie/
Thank me later.
Bonne lecture.
Chanceux qu’on soit dans l’open source. ;)
JP Gagnon
martinbi
29 mars 2011
22h48
Je m’ennuie décidément de ses films, comme ce génial cinéaste me manque, sa vision; on n’en parlera jamais assez. Déjà 12 ans après sa mort… (cliché) je m’en souviens comme si c’était hier.
Quand la nostalgie me (nous) prend par les sentiments et la raison.
martinbi
29 mars 2011
22h53
@ frederic_clement_qc
Je possède un coffret VHS (!) de 7 films et un coffret DVD de 5 films (plus The Killing individuellement). Chaque chose en son temps! :)