Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 22 mars 2011 | Mise en ligne à 16h20 | Commenter Commentaires (80)

    L’immortelle cloche de Tarkovski

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    Un sondage britannique mené il y a quelques semaines sur les «moments les plus puissants» du cinéma couronnait le dénouement de E.T. de Steven Spielberg. Les séquences finales de Rocky, Bambi et Butch Cassidy and the Sundance Kid figurent également sur la liste. En somme, un sondage plutôt ennuyeux qui en dit beaucoup plus sur les cinéphiles interrogés que sur le véritable potentiel de révélation du cinéma. La question, vaste et absolue, mérite néanmoins un deuxième tour de piste, qu’on peut entreprendre ici même.

    La vie contient peu de certitudes, mais il y a quelques exceptions: notamment le fait que jamais un film ne réussira à surpasser en terme de «puissance» la séquence de la cloche qui conclut Andreï Roublev (1966) d’Andreï Tarkovski.

    (Le paragraphe qui suit contient des spoilers)

    On est au début du 15e siècle. Le moine Roublev, peintre d’icônes vénéré, fait le voeu du silence après avoir commis un péché. Témoin passif du monde violent qui l’entoure, il fait éventuellement la rencontre d’un jeune adolescent, Boriska, l’héritier du faiseur de cloches du village. La visite du nouveau tsar approche et il faut impérativement ériger une nouvelle cloche pour l’occasion (à propos, lire ici sur l’importance des cloches dans la culture russe). Les villageois paniquent, mais Boriska les rassure: son père lui a légué son secret. Une armée de travailleurs plus ou moins sceptiques obéissent aux ordres du garçon et une imposante cloche finit par être hissée dans l’église. Le tsar et sa délégation sont sur place et l’on se prépare à écouter le son de la cloche; le suspense est à son comble, la vie de Boriska est en jeu. Le son est angélique! Boriska s’écroule devant tant d’émotion et est vite rejoint par Roublev, impressionné par cet accomplissement surhumain, abandonnant du même coup son voeu du silence, et invitant son nouveau complice à le suivre dans ses nouvelles aventures. Un travelling arrière aérien capture de manière sublime la catharsis des deux protagonistes, évoque une union créatrice «approuvée» par Dieu. Le garçon admet au moine en sanglotant que son père ne lui a jamais révélé son fameux secret, qu’il s’est fié à sa foi et à ses talents seuls. En d’autres mots, Tarkovski semble nous dire, un véritable artiste (ici symbolisé sous forme d’artisan) crée sous l’impulsion d’une certaine folie, accepte que son oeuvre dépasse en importance sa propre vie terrestre.

    andrei-rublev-holyCeux qui n’ont pas vu le film et qui ont lu ce qui précède malgré mon avertissment, n’ayez aucune crainte. La séquence en question ne va aucunement perdre de sa puissance même si vous en connaissez les détails narratifs. Il faut vraiment la voir pour le croire. On pourrait en effet passer des heures à discuter de la mise en scène, du scénario, de la musique, bref, de tous les éléments techniques et tangibles qui forment cette séquence, on ne pourra jamais expliquer ce qui la rend si unique, si transcendante. À chaque fois que je vis ce moment, je me sens saisi d’une élévation spirituelle que je n’ai jamais réussi à retrouver dans aucun autre film. Cinéaste extrêmement ambitieux, qui prend son rôle d’Artiste avec un grand A très au sérieux, Tarkovski a toujours eu l’intention d’établir une communion indélébile avec ses spectateurs. Dans son livre Le temps scellé, il précise :

    Mis en présence d’un chef-d’oeuvre, un homme commence à entendre la voix même qui a amené l’artiste à le créer. Quand la rencontre est réussie, l’homme vit alors un réel bouleversement purificateur. La sorte d’aura, qui unit le chef-d’oeuvre à son spectateur, fait ressortir les meilleurs facettes de son caractère, en même temps qu’il ressent le désir de les extérioriser. C’est alors qu’il se découvre lui-même. Ces quelques instants lui ont révélé l’abîme de ses potentialités et la profondeur de ses émotions.

    Des films de ce genre, si on est chanceux, on en découvre deux ou trois dans notre vie. Andrei Roublev trône définitivement au sommet en ce qui me concerne. Sur ce, je propose d’autres «moments puissants» (avec, inévitablement, plusieurs spoilers), qui me sont venus en tête pendant que je rédigeais les mots ci-dessus. Je vais fort probablement agrémenter la liste au courant des prochains jours. Tout en espérant que vous saurez profiter de l’occasion pour nous faire connaître vos «moments» à vous.

    > Le récit imaginaire que raconte Brian Cox à Edward Norton, assoupi, pendant qu’il est conduit vers la prison dans 25th Hour (2002) de Spike Lee.

    > La découverte de l’os/arme par l’homme-singe dans 2001 : A Space Odyssey (1968) de Stanley Kubrick.

    > Le jeune homme fou de joie qui court avec son chariot de lait dans Une brève histoire d’amour (1988) de Krzysztof Kieslowski.

    > La scène de la bibliothèque dans Les ailes du désir (1987) de Wim Wenders.

    > Le mouvement de caméra circulaire dans le ring qui s’immobilise devant une corde imbibée de sang dans Raging Bull (1980) de Martin Scorsese.

    > L’invasion du village japonais, ponctuée par le narrateur omniscient : «This great evil. Where does it come from?» dans The Thin Red Line (1998) de Terrence Malick.

    > La ballade en motocyclette du réalisateur Mohsen Makhmalbaf et de son imitateur dans Close-up (1990) d’Abbas Kiarostami.

    > Werner Herzog qui écoute la mort de Timothy Treadwell et de sa copine dans un casque d’écoute et qui va fumer une cigarette par après dans Grizzly Man (2005) de Werner Herzog.

    > Le plan qui montre un tiroir manquant dans la commode dans Still Walking (2008) de Hirokazu Kore-eda.

    > Les soldats français prisonniers qui chantent La Marseillaise dans La grande illusion (1937) de Jean Renoir.

    > La mort de John McCabe dans un banc de neige, bercée par la chanson de Leonard Cohen dans McCabe & Mrs. Miller (1971) de Robert Altman.

    > Le travelling arrière qui suit Fritz Lang avec la musique de Georges Delerue dans Le mépris (1963) de Jean-Luc Godard.

    > La sonate de Chopin que joue le propriétaire du bar la veille du départ de ses amis pour le Viet Nam dans The Deer Hunter (1978) de Michael Cimino.

    > Le garçon qui fait semblant d’être somnambule pour aller rejoindre la fillette malade dans son lit dans Papa est en voyage d’affaires (1985) d’Emir Kusturica.

    À suivre…


    • Aaah, Tarkovski. Pour être un grand fan de la franchise vidéoludique S.T.A.L.K.E.R. (qui s’inspire beaucoup du film éponyme, d’ailleurs), j’ai beaucoup entendu parler de lui, mais je n’ai jamais trouvé l’occasion de regarder un de ses films.

      Il serait que je m’y mette!

    • La mort de Roy dans Blade Runner.

    • Ce dont vous parlez, c’est d’une épiphanie (au-délà de la fête chrétienne des rois mages) un aboutissement hors de la raison qui tout à coup donne un sens à une suite d’événements qui semblaient absurdes.
      Tout ce que vous écrivez du cinéma de Tarkovski pourrait s’appliquer à Bresson…

      Il s’en trouve dans des films surestimés : l’arrêt sur image quand la voiture de Thelma & Louise plonge dans le canyon.

      Il s’en trouve dans des films hollywoodiens mésestimés par les cinéphiles : le retour de James Stewart dans sa famille à la fin de It’s a Wonderful Life!

    • Lorsque Amélie Poulain saisit le non-voyant et lui décrit, en détails, tout ce qu’elle voit. Je suis bouleversé à chaque fois…

    • Et pour faire un lien avec votre précédent sujet : la mort de Travis Bickell dans Taxi Driver, car je suis convaincu qu’il meurt à la fin!

    • Andreï Roublev fait parti de ces films qu’on continue à découvrir bien après l’avoir visionné. Je l’ai vu seulement une fois, il y a 3 ans, et je continue de penser au film régulièrement. Rares sont les oeuvres qui réussissent à s’imprégner de cette façon.

      Je suis pas pur hasard en train de lire Le temps scellé, dans lequel Tarkovski explique sa démarche et sa vision du cinéma et de l’art en général. Pour lui, le cinéma, contrairement aux autres formes d’art, a la possibilité d’être en contact directement avec la vie (dans un sens subjectif). À mon avis, c’est un des rares réalisateurs qui est capable de s’approcher de ce contact direct.

    • La scène dans Elephant man ou (accent) John Merrick, poursuivit par la foule dans une gare et acculé dans les toilettes, se met à crier : ” I am not an animal. I’m a human being.’ Très bouleversant, comme le reste du film d’ailleurs.

      Une autre scène qui me vient en tête est la scène finale dans Avalon de Barry Levinson ou le fils et le petit fils vont visiter le grand-père (Armin Mueller-Stahl) dans un centre pour personnes âgées. Le film met en scène plusieurs générations d’immigrants juifs aux États-Unis et le passage de la famille élargie à la famille nucléaire et à l’isolement des personnes âgées. Très touchant.

    • The Wild Bunch, juste avant le massacre final, lorsque, au réveil, tout le monde se regarde et s’accorde pour aller à la mort. La fin d’une époque concentrée en quelques minutes. Peckinpah est un des rares cinéastes à être capable d’utiliser des ralentis sans m’énerver.

      Et puis, je crois que la scène d’ouverture est l’une de mes préférées à vie.

      Sinon, Ozu me jette à terre à chacune de ses scènes. Je ne sais pas comment il fait.

    • Ah oui, deux autres:

      - L’ouverture de Solaris dans les autoroutes tokyoïtes. À la limite de l’abstrait, complètement scotché.

      - Le public accroché à la fin de Doctor Jivago dans Palombella Rossa de Nanni Moretti (avec aussi, bien entendu, le tir de pénalité final avec le hongrois. À gauche? À droite?).

    • Ça fait des années que je n’ai pas vu ce film, je ne sais comment j’ai fait pour oublier cette scène… Merci de me la rappeler! L’épiphanie se poursuit aussi avec les tableaux filmés en couleur sous la pluie.

      On pourrait faire une longue liste de tels moments juste avec Tarkosvki: le travelling sur la maison en feu dans le Mirroir, la chandelle dans Nostalghia, la finale du Sacrifice, la pluie qui se met à tomber dans la Zone à la fin de Stalker…

      Je rajouterais la déclaration d’amour dans Johnny Guitar (Lie to me…)
      la fin de They Live by Night,
      celle de It’s a wonderful life (goupil, je crois qu’il y a quand même beaucoup de cinéphiles qui apprécient ce film)
      la scène de l’incendie dans Days of Heaven
      le combat final dans The Host et la dernière confrontation dans Memories of Murder
      le plan dans l’hôpital désaffecté de Werckmeister Harmonies (ou le plan d’ouverture)
      et le plus récent de tous, les vingt dernières minutes de Toy Story 3, que j’ai vu déjà quelque fois avec mon fils et qui sont toujours aussi bouleversantes.

    • La scène dans Ran de Kurosawa ou le père descend de la tour en flamme, l’air complètement égaré, devant l’armé médusée de ses fils qui cessent de s’affronter. Un moment d’anthologie.

    • Les finales de ‘Vol au dessus d’un nid de coucou’, de ‘La Strada’, de ‘Cris et Chuchotements’ et de ‘Solaris’ version Tarkovski.

    • les mains qui se frôlent dans In the mood for love…

    • Spontanément, deux fins de films me viennent à l’esprit.

      Les funérailles de la bonne à la fin de IMITATIONS OF LIFE, le mélo de Sirk. La fille qui avait renié sa mère revient pour se jeter sur le cercueil pendant la procession. J’ai littéralement failli mourir dans le cinéma.

      Et puis la scène finale d’IDIOTERN, où la femme revient à la maison et commence à faire l’idiote. Je n’ai pas revu le film depuis 1998, je ne le reverrai probablement jamais car juste à écrire ces mots je suis pris de vertige et j’ai le coeur qui veut me sortir par la bouche.

    • Moments puissants :

      -Jack Nicholson et Dennis Hopper qui SWAMP autour d’un feu dans Easy Rider
      http://www.youtube.com/watch?v=-EpvRvaki-E&feature=related

      -La scène du club dans Social Network où se déroule la discussion “This is our time” entre Zuckerberg et Sean Parker.

      -La fusillade et la scène finale dans Un Prophète.

      -La scène du meurtre de Brando et le sacrifice animal dans Apocalypse Now sous le charme de “The End” by the Doors.

      -Le concert de piano vu du visage de Romain Duris, les mains en sang, dans De Battre mon coeur s’est arrêté.

      -La conduite de Ralph Fiennes vers sa mort par un couché de soleil africain, sanglant, paradisiaque, dans The Constant Gardener.

      -”We need to fuck”. Eyes Wide Shut

      -Jack Nicholson qui tente d’arracher l’arrosoir de la douche dans One Flew Over the Cuckoo’s Nest. “At least, I tried, you gotta give me that.”

      -The Joker en infirmière dans The Dark Knight.

      -Thermodynamics Miracles dans Watchmen
      http://www.youtube.com/watch?v=dw0VAO5tYH4

      -”The Things We Think and Do Not Say ” dans Jerry Maguire
      http://www.youtube.com/watch?v=VH64hzWqnFk&feature=related

      -La scène finale de Fight Club avec l’explosion des édifices de finance et “Where is my mind” des Pixies qui embarque.

      -Ryan Gosling qui accepte la drogue de son élève, couché, clairement high, la tête dans le cadre de porte dans Half Nelson.

      JP Gagnon

    • Quand Bruce Willis choisit son arme avant de descendre dans la cave, dans Pulp Fiction. On sent le crescendo!

    • Je me souviens avoir vû cette scène de Tarkovski il y a une dizaine d’année et avoir été effectivement ému. Et effectivement, la liste du Guardian est très ronflante. Disons que les scènes a grandes charges émotives sont assez nombreuses pour ne pas sombrer dans les ET, Toy Story ou Rocky!

      - Salieri qui note la musique d’un Mozart mourant sur l’ère du Requiem mass dans Amadeus et le corps de Mozart ensuite lancé dans une fosse, sans cérémonie.

      - L’attaque en hélicoptère dans Apocalypse now sur l’ère de Wagner.

      - L’ouverture de Deliverance avec Ronny Cox qui se met à jouer du Banjo avec le jeune hilbilly retardé. À glacer le sang!

      - L’ouverture du plan séquence de 3 minutes de Welles dans Touch of Evil. La maîtrise de son art!

      - La sortie de la salle de bain du personnage de Judy montrant à Scottie sa transformation en l’image de Madeleine dans vertigo. Du grand Hitchcock!

      - Plus récemment, la chute finale à travers les divers niveaux de rêves dans Inception.

    • Effectivement, peu de cinéastes ont réussi à créer de tels moments. Chez Tarkovski, chez Bresson, chez Malick même, ces moments ont la particularité de ne plus appartenir à la narration en cours, au narratif. Ils sont plutôt de purs blocs d’affects et de percepts, de la sensation, de la pensée en création, du nouveau en quelque sorte, renvoyant à un certain dehors de toute image. Prenez la fin de L’Éclipse d’Antonioni. Les images ne s’enchaînent plus selon une logique narrative, aucun fil ne relie le champ à son hors-champ, au contraire les images obéissent à leur propre puissance visuelle et sonore, et renvoie au vide absolu, font naître en nous notre propre conception de l’art.

    • la scène du suicide de la femme de Kane dans Citizen Kane

    • Once upon in the west… je dirais tout le film mais surtout quand on découvre pourquoi le personnage d’Harmonica en veut tant à Henry Fonda.

    • L’une de mes favorites me vient du Cercle des poètes disparus, quand le personnage de Robin William fait sortir les étudiants de leur salle de classe pour leur montrer des photographies d’anciens élèves de l’établissement sur les murs, en parlant de leurs ambitions, de leurs buts…

      Une scène qui remet les pendules à l’heure pour chaque petit immortel.

      Yves Boudreault

    • Le billet de M. Siroka a fait remonter en moi une avalanche de moments cinématographiques. Je vous en partage quelques-uns en vrac.

      • Cette longue scène hors du temps, dans un bar aux allures de lupanar en haut d’une colline, entre deux seigneurs de la cuite, le jeune Belmondo et le très très grand Gabin dans Un Singe en hiver. L’un relate ses voyages sur le Yang-tsé-Kiang et l’autre raconte le sort funeste de Manolete tué par le taureau Islero dans l’arène. Une inoubliable performance d’acteurs. Un grand moment de cinéma.

      • La longue contre-odyssée du Dr. Nelson dans le Kamouraska de Jutra et tout ce sang du seigneur de Kamouraska répandu sur la neige blanche.

      • La Complainte à mon frère chantée à voix basse par Jean Lapointe dans Les Ordres.

      • Dans Citizen Kane, la distance qui s’établit progressivement entre CFK et sa conjointe – la table symbolisant la rupture annoncée.

      • La scène finale entre Cary Grant et Deborah Kerr dans An Affair to Remember. D’une nuance de ton si juste.

      • Les performances miraculeuses de Judy Garland et de Montgomery Clift lors de leurs témoignages respectifs dans Judgment at Nuremberg.

      • Le sentiment de deuil, lors d’un dîner qui clôt le film dans le film, exprimé par Valentina Cortese dans La nuit américaine de Truffaut.

      • La mort de Montgomery Clift dans From Here to Eternity. C’est à la fois un grand moment de cinéma et de poésie.

      • La scène d’horreur contrôlée entre De Niro et Juliette Lewis dans un cinéma dans le Cape Fear de Scorsese. Un remake scorsesien du Petit Chaperon Rouge, du moins pour une scène !

      • Le deuil finalement consommé ou accepté dans La Stanza del Figlio de Moretti au bord d’une autoroute.

      • La danse sur la plage dans Zorba ou encore toutes les scènes entre Anthony Quinn et l’émouvante Lila Kedrova.

      • L’avant-combat entre le ronin et le samouraï dans le champ de hautes herbes dans Hara Kiri de Kobayashi.

      • Le témoignage de Sir Thomas Moore lors de son procès dans A Man for All Seasons. Paul Scofield est et restera, à mon sens, le plus grand acteur de cinéma et de théâtre anglais.

      • Pareillement, le témoignage de Danton dans le Danton de Wajda. Depardieu comme on l’aimait : excessif, mais néanmoins grand.

      • La scène où Simone Signoret se fait descendre par ses compatriotes résistants dans L’Armée des ombres de Melville. Il y a dans son regard tellement de sentiments contradictoires qu’on ne sait plus si elle accepte ou comprend ou non sa mort.

      • Le huis clos oppressant entre Shirley McLaine et Audrey Hepburn dans The Children’s Hour, un film injustement oublié, et où le personnage de McLaine fait une révélation douloureuse à celui de Hepburn.

      • La scène finale de How Green Was my Valley de Ford. Un pur chef-d’œuvre de mise en scène et de cadrage. On voit le père (mort dans la mine) et l’enfant remontant de la mine. Et on voit entre les lignes ou par ce que cette peinture suggère et en un seul plan la condition misérable des ouvriers, la souffrance silencieuse, le désabusement, la fatalité, l’omniprésence de la mort. Cette scène me hante toujours. Des dizaines d’années après l’avoir vu, je la revois encore. Perso, c’est sans doute mon moment le plus fort de l’histoire du cinéma car il réussit à sublimer ou à transcender une réalité épouvantable tout en cherchant à l’imprégner à jamais dans nos esprits. La marque d’un grand artiste.

    • “Look upon me, I’ll show you the Life of the Mind” dans Barton Fink, brillante scène des frères Coen. À ce jour, je ne comprend toujours pas entièrement ce film.

    • Dans “Pour la suite du monde”, quand ils attrapent le béluga, et que le grand-père refuse de faire le voyage aux USA parce qu’il veut voter une dernière fois avant de mourir.

      Dans Raging Bull, juste avant bout de la corde plaine de sang, quand LaMotta se fait démolir (noir et blanc, au ralenti, pas de musique, avec les flashs des caméras) par Sugar Ray Robinson et qu’il lui dit tout boursoufflé et ensanglanté: You never got me down Ray!

      Quand Mookie lance la poubelle dans Do the Right Thing.

      La scène finale du film allemand “Stalingrad”

      La chanson que les soldats fredonnent avec la jeune fille à la fin de “Paths of Glory”

    • Evidemment, le retour de Rebecca-Pocahontas à La Mère dans Le Nouveau Monde.
      L’éternel retour aux Premiers Instants. Regarder le Monde comme au Premier Jour comme dans toute l’oeuvre de Malick.
      http://www.youtube.com/watch?v=U8CVXHT8EdI
      “Mother, now I know where you live”

    • Belle initiative, Jozef! J’ai quatre exemples:

      La scène de l’agonie du fils de Barry Lyndon dans le film du même nom de Kubrick;

      La scène du cloutage du cercueil dans Une femme douce de Bresson;

      La scène de la reconnaissance dans City Lights de Chaplin;

      La scène du carrousel urbain dans Playtime de Tati.

    • Le combat final entre Jean Claude Van Damme et le méchant champion Thailandais Tong Po dans le film Kickboxer, 1989.

      Je déconne.

    • Moment cinématographique puissant, presque trop appuyé: la scène finale du film Les idiots de Lars Von Trier.

    • @ ankh

      Et dire que dans certains cercles le film de Ford n’est vu que comme ce truc académique qui a volé l’oscar de CITIZEN KANE. J’adore Welles, c’est un des plus grands mais HOW GREEN WAS MY VALLEY, c’est pas de la bouette!

      (Et j’ai si longtemps rêver de rencontrer une femme se prénommant Angharad.)

    • Le travelling arrière zoom avant sur la fin de «La femme infidèle» de Chabrol.

    • La première fois que l’on voit Kong (dans le premier King Kong)
      L’escalier d’Odessa dans “Potemkin” et toutes les scènes de foules dans “Octobre”
      La mort de Hal dans 2001
      Le monologue final de Fonda dans The Grapes of Wrath
      Le “truel” de la fin de “Le bon, la brute et le truand”
      Brando qui dit “The horror, the horror” dans “Apocalypse Now”
      Le suicide de Jeanne Moreau à la fin de “Jules et Jim”
      “Les 7 Samourais” d’un bout à l’autre
      La partie d’échecs avec la Mort dans “Le septième sceau”

    • La toute dernière scène de Mon oncle Antoine où Benoît contemple par la fenêtre la parodie macabre de la crèche de la Nativité puisque Jos Poulin et sa famille sont autour du fils aîné décédé dont le cercueil a été trouvé par Jos sur le chemin du retour, le matin du 25 décembre.

    • Voici les plus grandes scènes du cinéma mondial selon moi, même si je n’ai pas la culture “impressionnante” des intellectuels du cinéma, mais la vérité est dans le coeur, pas dans les livres.
      - Dans Titanic, la scène de la proue avec le maître du monde.
      - Dans Elizabeth l’âge d’or : la charge sur la plage pour repousser les envahisseurs.
      - Dans Forest Gump : quand on découvre le fils de Forest.
      - Dans Shrek : quand Fiona refuse d’être belle et humaine pour rester avec Shrek à la fin
      - Dans Lady in the water de N. Shyamalan, quand tous s’unissent contre le mal et permettre à la jeune fille de partir en paix.

      Voilà et j’en ai plein d’autres, car je suis cinéphile et j’ai une collection très large de DVD. Ces films ont fait leur preuve et touchent tout un chacun.

    • Le film Satan Tango de Bela Tarr regorge de scène qui sont resté imprégné dans ma mémoire.

      En commençant par le travelling de 10 minutes sur des vaches qui sortent de l’étable. La scène ou le docteur, saoul comme un botte, mesure

    • Moi qui accorde peu ou pas d’importance au jeu des acteurs (je n’ai encore jamais compris ce qui distingue un “bon” acteur d’un “mauvais”), la scène où Jean Lapointe devient Clermont Boudreau dans Les Ordres (Brault, 1974) reste un des moments les plus puissants du cinéma. C’est d’ailleurs peut-être parce que je ne comprends rien à l’acting que ça me touche particulièrement.

    • Oups ! C’est partie trop vite. Je continue.

      La scène ou le docteur, saoul comme un botte, qui une fois à sec pars à la recherche d’alcool sous la pluies et celles ou la petite fille qui regarde un chat mourir après l’avoir nourrit avec du poisson à rats.

      Le film dure 7h30 et quand je suis sortie du cinéma j’en voulais encore.

    • - Dersou Ouzala, de Kurosawa : la scène du blizzard et du tas d’herbe qui sauve la vie du capitaine Arseniev
      - Shawshank’s redemption : sur le toit de la prison, quand Tim Robbins obtient une bière pour lui et ses codétenus.
      - Vol au-dessus d’un nid de coucou : “Chief” parle pour la première fois.
      - Blade Runner : l’androïde laisse la vie sauve à son chasseur.
      - Apocalypse Now : l’ouverture.
      - 2001 A Space Odyssey : la séquence complète de la fin de HAL, dans un silence entrecoupé par la respiration de Bowman.

      Un goodie, au risque de paraître puéril : quand la barrière claque dans un silence cathédralesque dans … Babe, de G. Miller (scène finale).

    • frederic, je vous suggère «Le paradoxe du comédien» de Diderot. Un texte de 250 ans qui en dit très long sur les acteurs, et la volonté du spectateur de croire…

      Bien avant le cinéma, Diderot avait compris bien des choses sur l’espèce humaine.

    • A la scène évoquée plus haut de The New World, de Terrence Malick, j’ajouterais :
      - le regard caméra qui nous prend évidemment à témoin, de Giovanna Mezzogiorno (Ida) dans les derniers instants de Vincere de Marco Bellocchio, alors que la voiture de la police du régime mussolinien la ramène à l’asile et que tout un village gène la progression du véhicule
      - Ida perchée au barreau de son asile, jetant en vain vers l’extérieur des lettres qui ne seront jamais lues, une nuit d’hiver et de neige
      http://ruszona.ru/uploads/posts/2010-09/1284972511_vincere2009hdripavi_snapshot_013440_2010.jpg
      - l’entretien où au bout d’elle même (et du talent habité de Giovanna Mezzogiorno), telle Renée Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc, Ida choisit la fidélité à sa vérité plutôt que la liberté..

    • @ Jozef Siroka :
      Merci de faire mon éducation cinéphile! Mon registre s’arrête à certains classiques américains…

      Par contre dans les moments puissants que j’ai connu, y’a le Joker conduisant une auto-patrouille après s’être évadé de prison dans Dark Night: pour moi, c’est peut-être l’antithèse de ce qui est décrit en haut – je suis pris d’un petit vertige, un désespoir dans le silence de cette scène-là.
      Et si je me permet d’assumer le peu de profondeur de mon corpus… y’a la foutue scène du sac de plastique d’American Beauty qui m’avait jeté sur le cul au cinéma. Bon, depuis la magie n’opère plus, et je trouve le propos un peu cheap, mais la trame sonore me rappelle combien j’ai été transporté par le film à sa sortie.

    • La finale d’I am Love, ce dernier regard de Tilda Swinton sur son ancienne vie, la libération est puissante.

    • Sans vouloir chipoter sur les détails, je crois que Jozef parlait de moments puissants qui créent un lien entre la catharsis artistique de l’auteur et la sensibilité du spectateur à une émotion profonde, comme une espèce de communion.

      On voit dans les moments racontés ici beaucoup de scènes “cool”, qui révèlent un moment clé de l’intrigue ou sont “marquantes” par leur originalité.

      C’est sûr qu’un “moment puissant” est un concept très subjectif, mais on s’éloigne parfois pas mal du “bouleversement purificateur” évoqué par Tarkovski.

    • «On pourrait faire une longue liste de tels moments juste avec Tarkosvki: le travelling sur la maison en feu dans le Mirroir, la chandelle dans Nostalghia, la finale du Sacrifice, la pluie qui se met à tomber dans la Zone à la fin de Stalker…»

      Oh oui! J’abonde!

      Sinon, il y a aussi…

      - Bernadette Lafont, étendue sur un lit, qui fond en larmes en écoutant (au complet!) «Les Amants de Paris» d’Édith Piaf dans La Maman et la putain de Jean Eustache.

      - Isabelle Huppert qui fait du patin à roulettes dans Heaven’s Gate de Michael Cimino.

      - La fleur dans le cahier à la fin de Où est la maison de mon ami? d’Abbas Kiarostami.

      - Le petit cri de Romy Schneider quand elle découvre la salle des glaces du nouveau château de son cousin dans le Ludwig de Visconti.

      - La fin du Rayon vert d’Éric Rohmer.

      - La course chorégraphiée de Denis Lavant, sur «Modern Love» de Bowie, dans Mauvais Sang de Leos Carax.

      - La scène des spaghettis dans A Woman under the influence de John Cassavetes.

      - Deux scènes finales chez Bresson, mémorables: «Quel drôle de chemin il m’a fallu prendre pour arriver jusqu’à toi.» (Pickpocket) et «Si ma mère me voyait» (Un condamné à mort s’est échappé).

      - La scène de paranoÏa autour de la sauce à spag’ et des hélicoptères dans Goodfellas de Scorsese.

      - La fin du Salon de musique de Satyajit Ray.

      - La station-service sous la neige dans Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy.

      - Les scènes de sexe dans La Femme des sables de Hiroshi Teshigahara.

      - Le cul nu de Brigitte Bardot dans Le Mépris de Jean-Luc Godard.

      - Les amoureux séparés qui rêvent l’un à l’autre dans L’Atalante de Jean Vigo.

      - Fanny Ardant qui s’évanouit en sortant de sa voiture dans La Femme d’à côté de François Truffaut.

      - La femme qui fait l’amour avec une carpe dans Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul.

      - Naomi Watts et Laura Harring, sublimes, qui grimpent le sentier menant à la villa dans Mulholland Drive de David Lynch.

      - Le combat entre Max Von Sydow et l’enfant dans L’Heure du loup d’Ingmar Bergman.

      - La scène du dîner chez les colons français dans Apocalypse Now-Redux de Francis Ford Coppola.

      - La scène finale de Carrie de Brian De Palma.

      - La fin de Printemps tardif de Yasujiro Ozu, quand on comprend que le père va souffrir d’une solitude contre laquelle sa fille l’avait mis en garde.

      - La scène d’ouverture d’Inglourious Basterds de Quentin Tarantino.

      - La tempête dans L’Aurore de Murnau.

    • Belle initiative M. Siroka, en effet.

      Oui, les mains dans In the Mood for Love ; le feu dans Days of heaven, oui encore.

      Le début de la chanson, constamment remise au début par Moretti, dans La chambre du fils…

      La dernière cène, avec le lac des cygnes dans Des hommes et des dieux (ou encore la scène de l’hélicoptère et les chants grégoriens)…

      Le point de fuite sur la route dans Profession : reporter d’Antonioni…

      Et oui, la cloche de Tarkovski. Vraiment !

    • Pour moi,

      Schindler’s list, à la fin peu après qu’on lui ai offert la bague en or.

    • Ah oui,

      Le monologue d’Ellen Burstyn dans Requiem For a Dream
      La scene finale, du même film.

    • J’en avais oublié une: Quand Antoine Doinel arrive au bord de la mer et que Truffaut nous montre son visage et le temps s’arrête. (”Les 400 coups”)

    • Ce qui devrait faire la différence entre le morceau de bravoure et une vraie «scène de cloche tarkovskienne» :

      c’est que dans un cas on aime immédiatement l’extrait sur youtube et dans l’autre cas, il faut traverser le film au complet pour apprécier encore plus. Les scènes de cloche ne peuvent pas être en ouverture du film.

    • @Kurtz

      “On voit dans les moments racontés ici beaucoup de scènes “cool”, qui révèlent un moment clé de l’intrigue ou sont “marquantes” par leur originalité.”

      Ouin, PIS?

      La rencontre de V et de Evey, et le petit feu d’artifice subséquent, dans “V for Vendetta”.

    • bon, moi j’ajoute le combat final entre luke skywalker et darth vader

    • Quelques scènes (que j’ai vues ou revues récemment) me viennent en tête.
      - Les dix dernières minutes de la série Six Feet Under.
      - La scène de 4 minutes dans Up (de Pixar) où l’on voit la vie de couple de Carl et Ellie.
      - La scène du souper dans Revolutionary Road, où Michael Shannon va dire les 4 vérités du couple DiCaprio-Winslet.
      - Le dernières 15 minutes de A.I.
      - La scène du banjo dans Deliverance.
      - La scène dans Unbreakable où Bruce Willis prendra connaissance de son pouvoir inné et découvrira deux enfants pris en otage.

    • @ antares55

      lire goupil juste avant vous…

      Je dis juste que plusieurs semblent confondre un “moment mémorable de cinéma” avec un “bouleversement purificateur” tarkovskien et que l’exercice perd un peu de son sens si on inclut tout scène marquante dans notre liste sans faire la distinction.

      Les deux types de scènes ont de la valeur à mes yeux et je sais que tout ça est subjectif, mais ce n’est pas la même chose. Je pourrais vous nommer des dizaines de scènes qui m’ont marqué ou impressionné, mais ça n’a rien à voir avec le sujet de ce billet.

    • @goupil

      «No man is a failure who has friends».

      Coincidence: je pensais précisément à cette scène finale de «It’s a wonderful life» hier soir, alors que, traversant présentement un passage à vide dans ma vie personnelle, je réalise à quel point le support de mes amis proches (et de ma famille) m’est d’un grand secours.

    • Ah, j’oubliais:
      Tuco qui court dans le cimetière à la recherche des «two hundred thousand dollars in solid gold» dans The Good, the Bad and the Ugly.

    • Je crois que le concept de “bouleversement purificateur” est excessivement personnel, tout comme celui de l’émotion ressentie. Est-ce que tous ceux qui voient la scène de la cloche vivent une extase quasi-religieuse? Peut-être. Personnellement, j’en doute. Tout dépend du degré de sensibilité de la personne, de ce qui lui parle, de sa perception du monde. Et aussi du fait que si les “vrais” cinéphiles voient avant tout le film comme une oeuvre, beaucoup d’autres le voient comme un divertissement.

    • Bonjour,

      Moment intense:
      Leçon de piano – lorsqu’elle se fait couper le doigt par son mari

      Cyrano de Bergerac – lorsque cyrano rencontre sa cousine et qu’il est mourrant

      The Falls – lorsque le cascadeur rencontre la petite après son accident

      28 days later – lorsque Jim est pris de folie et tue l’agresseur des deux filles, et que même Selena a peine à le reconnaître le temps d’un instant

      Balde runner – la poursuite absolument implacable du dernier réplicant

      Et aussi dans Snatch – lorsque le personnage de Brad Pitt apprend la mort de sa mère avec la musique et tout c’était intense lol

    • @Kurtz
      “Je dis juste que plusieurs semblent confondre un “moment mémorable de cinéma” avec un “bouleversement purificateur” tarkovskien et que l’exercice perd un peu de son sens si on inclut tout scène marquante dans notre liste sans faire la distinction.”

      Je suis d’accord avec vous. Scènes marquantes vs boulversement purificateur tarkovskien. Il y a effectivement une différence et j’ai moi-même inclus quelques scènes un peu hors propos. En y repensant bien, je dois admettre que la scène de Vertigo (Judy devenu l’image de Madeleine) est celle que je qualifierais de boulversement émotif qui m’a amené dans la tête et le coeur d’Hitchcock. Le regard de Scottie (et du spectateur) qui voit la réincarnation de son amour perdu. Une figure fantomatique dans un bain de lumière verdâtre des néons extérieurs. Ce “fantôme” prend une forme réelle en sortant de ce jeu de lumière pour rejoindre Scottie. L’arrière-plan qui se dissout pour les amener dans l’imaginaire de Scottie, là ou il avait essayé de soigner Madeleine de ses hallucinations. On sent le vertige, perdu dans le rêve, la superposition du fantasme et de la réalité. Ouf! vertigo!

      Sinon, on peut parler aussi de scène marquantes lorsqu’on pense aux scènes suivantes et il y en a d’autres:

      - L’ouverture d’airplane sur le thème de Jaws
      - La scène de Jim et Nadia dans American Pie…ou la tarte aux pommes.
      - La scène du Day-O dans Beetlejuice
      - Le piano géant dans Big
      - L’incident de la fermeture-éclair dans There’s something about Mary.

      J’exagères peut-être un peu mais ce sont des scènes marquantes puisque tout le monde s’en souvient. Il faut donc effectivement faire des distinctions dans le type de scènes marquantes.

    • -Ian holmes dans The sweet hereafter dans l’avion qui parle de sa fille

    • Difficile d’en rajouter après l’averse de commentaires me précédant.

      Je seconde la séquence finale de The New World sur fond de Wagner. La jeune mère retrouvant un coin de nature y court avec son fils. Puis on finit par ne voir que le jeune enfant la cherchant à travers les buissons. “She gently reminded me that all must die. It is enough, she said, that you, now a child, should live.” La simplicité avec laquelle il annonce sa mort en voix-off me bouleverse, et pour reprendre le filon de Heidegger, cette réplique et ce qui s’en suit annonce beaucoup plus qu’un simple décès; on passe à des plans du navire, puis vient une succession de plans de la nature, de cours d’eau, de rivières (quoi de mieux pour illustrer que la vie continue, que le temps passe?). L’homme est en transit sur cette terre; il faut passer. La séquence clôt un monument riche en scènes et séquences sublimes (Smith vivant parmi les Amérindiens avec le concerto de Mozart en fond, par exemple) qui servent l’oeuvre d’art en lui permettant l’ouverture et le maintien d’un monde. Le film illustre le combat, « père de toutes choses », entre monde et terre. L’a-t-on répété assez souvent sur ce blogue? Ce film en entier est un « bouleversement tarkovskien ».

      Pour faire écho au message initial et pour rester dans l’oeuvre de Malick, la magnifique scène de l’invasion du village japonais se construit peu à peu dans les scènes qui la précèdent. Après un moment d’intense angoisse où quelques soldats sont envoyés afin de prendre les bunkers nippons vient la discussion entre le lieutenant et le capitaine dans un environnement en cendres où on s’occupe des prisonniers. Puis il se produit quelque chose d’étrangement extraordinaire. À travers la fumée, Witt voit la tête d’un cadavre ennemi partiellement à découvert à travers la terre, et une voix-off nous parle. Quelques phrases bouleversantes alors que la musique décolle lentement. Les soldats nerveux se dirigent vers le village à travers la brume et les coups de feu commencent. La musique continue de s’élever. S’ensuit la scène que vous connaissez bien alors que se construit le crescendo musical. C’est à pleurer.

      Je rajouterais la scène où les hommes de la compagnie en permission se jètent dans l’océan en criant, en riant comme des enfants, extatiques. Et finalement l’ouverture magnifique bercée par les chants mélanésiens.

      Avant d’arriver à la magnifique scène de la Chambre dans Stalker, on a droit a un lot de scènes épiphaniques. Je pense particulièrement à la scène onirique accompagnée du poème où la caméra vole au-dessus de l’eau et s’arrête là où elle a commencé son mouvement, au stalker endormi. La musique y apporte beaucoup aussi.

      C’est dans Le Miroir qu’on voit à quel point Tarkovski est génial dans sa manière de filmer les événements. Qui d’autres que lui aurait filmé un enfant surprenant ses dans l’acte d’amour comme il l’a fait? Et la scène de l’avortement, il fallait Tarkovski pour en faire une si originale et puissante. (http://www.youtube.com/watch?v=6YZ909wp_hw&feature=related)

      (cont.)

    • Elizabeth Taylor, RIP.

    • (cont.)

      surprenant ses parents*

      On peut dire que Tarkovski excelle lorsqu’il filme des scènes épiphaniques, où il imprime le sacré sur pellicule, où il fait passer son message de foi par le cinéma, mais l’un des moments qui m’a le plus marqué (on parle bien de « moments puissants ») dans son Andreï Rublev, c’est la partie « The Holiday, 1408 » où les moines surprennent une cérémonie païenne en pleine nuit (et sa conclusion bouleversante).

      Beaucoup de moments puissants chez Kieslowski, mais je pense surtout à Bleu qui est entièrement constitué de ces moments. Un très gros plan sur l’oeil de Binoche reflétant le médecin lui annonçant la mort de son mari et sa fille. Tout de suite elle ferme ses yeux avec force, se coupant du monde (et par la même occasion, nous coupant du monde aussi, car on ne voit plus qu’un oeil clos). La tentative de suicide avortée qui suit. Le retour à la maison et le début du grand ménage dans sa vie, etc. Tout, tout jusqu’à ce que la magnifique séquence de clôture se termine.

      Un des moments puissants chez Bergman, c’est l’ouverture de Cris et chuchotements. Dans le silence matinal, on peut lire avec une clarté limpide l’atroce souffrance physique du personnage dans ses grimaces. Pas un cri, pas un mouvement brusque du corps, pas d’appel à l’aide, pas de trace visible de la blessure, aucune parole. Et pourtant, on n’a jamais autant hurlé de douleur au cinéma.

      Le temps me manque. Je reviendrai sur Bergman et d’autres moments puissants du cinéma plus tard. Juste le temps de mentionner que la série “Minuit, le soir” contient un paquet de moments puissants (pas forts, puissants).

    • Je ne comprend pas qu’on ne parle pas du moment le plus fort de tous les temps au cinéma dans ‘The Sixth Sense’ quand on réalise que Bruce Willis est mort.

      Ou dans ‘Braveheart’ quand William Wallace découvre qu’il s’est fait trahir par le noble.

    • Une scène de ce genre n’a pas à être complexe non plus. Bizarrement, ce qui m’est immédiatement venu à l’esprit est la dernière image de Magnolia. La dernière seconde ou l’actrice regarde la caméra et sourit. Il y a une déstabilisation: vient-elle de briser le 4e mur? Mais également un espoir si grand communiqué par un sourire si simple.

    • La danse lascive à la fin de La graine et le mulet: que de sensualité et de frissons!

      Wages of war: le film au complet?

      La fin de Full metal Jacket, lorsqu’ils réalisent que le sniper était une femme; et la fin de la première partie quand le soldat, devenu fou, tue le caporal (ou autre grade) et se tue après.

      Le dernier duel dans la forêt dans The duellists.

      Je peux pas croire qu’il n’y en a pas plus qui me viennent à l’esprit…

    • La scène oà Patrick Hivon se retrouve seul au bar devant un aquarium géant qui sonne identique à l’aquarium au moment ou il se fait violer quand il était plus jeune plus tôt dans le film… Une des plus grande scène du cinéma québecois… Un des plus grand film québecois tout court…

    • Je dois dire comme Xenon. Tuco qui court dans le cimetière à la recherche d’une pierre tombale alors que la caméra le suit de plus en plus près et la musique de Morricone (The ecstasy of gold) qui embarque… C’est du grand cinéma!

      Plus près de nous, la finale de «C’est pas moi je l’jure» de Philippe Falardeau lorsque Théo se place la tête derrière les quilles, ferme ses yeux et attend la boule de bowling. C’est pour moi l’un des moments les plus forts des dernière années. La séquence rappelle un peu l’escalier d’Odessa mais ça fonctionne à chaque fois!

    • Quelques moments à moi…

      1) La finale de DO THE RIGHT THING de Spike Lee et la tension qui grimpe à un rythme complètement fou jusqu’à la mort de Radio Raheem puis l’incendie de Chez Sal’s.

      2) Les images de fausses communes dans NUIT ET BROUILLARD de Resnais avec ses corps pelletés à coup de centaine.

      3) La séquence du COEUR EST UN OISEAU dans LE PARTY de Falardeau ou on alterne la musique et le suicide de Julien Poulain en cellule.

    • - Private Joker qui achève la sniper vietnamienne dans Full Metal Jacket (Kubrick). Un moment troublant, ambigu, énigmatique. L’accomplissement d’une fatalité dont l’ombre planait sur le soldat depuis le début de son histoire. On en est encore pétrifié lorsque retentit “Paint in Black” des Rolling Stones pour annoncer le générique.

      - La “séance cinématographique” de Alex dans A Clockwork Orange, avec les écarteurs à paupières. Des viols, de la barbarie, des défilés nazis avec une version absurde de la 9e de Beethoven en arrière-fond. Tout à coup, il se passe dans ce film quelque chose de complètement hallucinant: Kubrick renvoie au spectateur une image-miroir directe, survoltée et troublante à souhait. Un moment immense du 7e art.

      - Kris Kelvin tombant à genoux devant son père en lui serrant les jambes, à quelque part dans un îlot perdu de la “substance pensante” qui fascine tant les scientifiques de Solaris (Tarkovsky). Impossible de décrire la force d’une telle image.

      - Bill Harford qui rentre chez lui, et découvre sa femme endormie avec le masque qu’il portait la veille en pleine orgie dans Eyes Wide Shut (Kubrick). Stupéfait, sa main se porte à sa poitrine, sur le piano staccato de Ligeti qui retentit comme un coup de poignard. Puis il éclate en sanglots, même si le masque ne semble pas exister pour sa femme. Bouleversant.

    • Bon, je me lance, ce qui me vient en tête tout de suite comme ça.

      La liste n’est pas en ordre et les moments sont de puissance inégale mais quand même, ce sont toutes des scènes qui m’ont pris par les tripes:

      - Les première et dernière scènes d’Amadeus
      - Le monologue de Rutger Hauer vers la fin de Blade Runner
      - Le dialogue de Christopher Walken et Dennis Hopper sur fonds de Lakmé de Delibes dans True Romance
      - Le duel Charles Bronson vs Henry Fonda à la fin de Once Upon a Time in the West
      - Le discours (Kenneth Branaugh) de la journée de la Saint-Crépin avant la bataille d’Azincourt dans Henry V
      - Kristallnacht et la petite fille au manteau rouge dans Schindler’s List
      - La fin de The Curious Case of Benjamin Button
      - La transition entre l’os lancé vers le ciel et la station spatial en orbite dans 2001 A Space Odyssey
      - La finale de AI, quoiqu’on puisse en penser
      - La scène où le piano est jeté dans la mer et Holly Hunter qui suit avec
      - Le début et la fin de Gattaca
      - La finale de Das Boot
      - Le dialogue “Keep you friend close but your enemies closer” entre Pacino et Brando dans The Godfather
      - La finale de The Godfather
      - La finale de The Godfather Part II
      - Bon, des pans entiers de Godfather Part I & II
      - L’hommage à Charlie Chaplin à la soirée des Oscars dans Chaplin
      - La traversée du désert du Nefud dans Lawrence of Arabia
      - La finale de Cinema Paradisio et sûrement quelques autre moments dans le film
      - La finale de Gladiator (pour la musique et la cinématographie)
      - D’accord avec la scène du bar et la sonate de Chopin dans The Deer Hunter

    • Vite comme ça…

      - Le système solaire recréé par des ivrognes dans Les Harmonies de Werkmeister,de Tarr
      - Rosetta s’écroulant dans les bras de son «ami», en toute fin du film des Dardennes
      - L’ange regardant le motocycliste agonisant dans Les Ailes du désirs de Wenders. C’est cette scène – et ce film – qui, adolescent, m’a intéressé au cinéma et emmené au delà des programmes double avec Bud Spencer et Eddy Murphy au cinéma du coin. Je ne l’ai pas revu depuis 10 ans…

      Et j’en oublis des tas

    • Dans Jacob’s Ladder, quand tu comprends à la fin du film que Tim Robbins est mort à la guerre et non à son retour… Quand en fait il est au purgatoire…

    • J’oubliais:

      L’ouverture de Once Upon a Time in America avec De Niro, la musique de Morricone….

    • Andrei Rublev : Je me souviens davantage de la séquence d’ouverture avec l’outre volante; Vraiment intrigante. Puis le calme sous la pluie après le spectacle du cabotin. Faudrait vraiment que je le revois!

    • Je me lance:

      - La scène dans le train lorsque Diane Lane revient de sa première relation adultère avec Olivier Martinez dans Unfaithful d’Adrian Lyne
      - La scène où Henry II confronte ses trois fils dans la cave à fin et les condamne à mort dans The Lion in Winter (1968)
      - La charge de Pickett dans Gettysburg
      - L’arrivée des Flagellants dans le village dans Le Sceptième Sceau de Bergman
      - La confrontation entre la mère et sa fille qui pète sa coche dans Sonate d’Automne, encore de Bergman
      - Le discours de Patton dans le film du même nom
      - Le dernier duel de Redmond Barry contre son beau-fils dans Barry Lyndon
      - Le speech de “motivation” de Blake (Alec Baldwin) qui chie sur les vendeurs dans Glengarry Glen Ross

    • - La luge embrasée à la fin de CITIZEN KANE (bien sûr)
      - L’apparition du Star Child à la fin de 2001
      - Le dernier plan de PLANET OF THE APES (plan qu’on a eu la sagesse de ne pas accompagner de musique)
      - King Kong vs le Tyrannosaure dans la version de 1933 (encore une fois ici, seule séquence du film ou l’omniprésente trame sonore prend enfin une pause, comme par respect pour le travail de l’animateur Willis O’Brien)
      - La finale du film SECONDS de J. Frankenheimer
      … toutes scènes qui me font répéter les paroles de Roy Batty : “I’ve seen things that you people wouldn’t believe …”

    • La scène de réconciliation entre Ullman et Thulin dans Cris et chuchotements (avec un largo d’une sonate pour violoncelle de Bach qui nous caresse les oreilles).

      La fin des Nuits de Cabiria, quand elle continue après la tentative de meurtre et de vol.

      La course finale vers la mer dans Les quatre cents coups.

      La séquence d’ouverture d’Andrei Roublev. (en plus de celle mentionnée par Jozef)

      Quand Hal 2000 meurt en chantant Daisy, dans 2001 : L’odyssée de l’espace.

      Quand Barry Lyndon fait finalement quelque chose pour autrui lors du duel final de Barry Lyndon, uniquement pour découvrir que son fils adoptif n’a aucune intention de rater sa chance de le tirer.

      Et bien d’autres encore…

    • Nous pourrions évidemment passer la semaine à ressasser les innombrables “moments de grâce” du cinéma (le poisson mort de la Dolce Vita, la partie de tennis de Blow Up, la déchirante dernière rencontre entre Terry et son frère Charley dans On The Waterfront, etc.), de ces moments qui transcendent l’anecdotique et qui visent à rendre compte d’une vérité existentielle, si l’on peut dire. Je ne vais toutefois m’attarder que sur le moment qui me bouleverse le plus, pour dire les choses simplement: il s’agit d’une séquence du Vertigo d’Hitchcock, vers la fin du film, alors que Judy [spoil] est de retour de sa séance de “madeleinisation” mais qu’il lui manque encore un détail pour être parfaitement Madeleine: sa coiffure. Elle part donc dans la salle de bain pendant que Scottie, fébrile, attend patiemment, assis sur le lit, qu’elle “apparaisse” en Madeleine. Toute cette séquence où Scottie, excité à l’idée de matérialiser un souvenir, de faire revivre le passé, est pour moi la plus déchirante représentation de notre mélancolie ontologique, de notre incapacité à faire revivre le passé, à nous libérer du temps. Je ne veux pas m’étendre indûment, il y a tant à dire sur cette séquence (et sur tout le film), mais je voudrais souligner seulement à quel point Hitchcock rend palpable un phénomène humain somme toute abstrait (le temps et son corollaire, la mélancolie) par les seules ressources du cinéma. Car c’est là une séquence magnifique, un pur chef-d’oeuvre de mise en scène (comme tout le film d’ailleurs): “Madeleine” surgissant de la salle de bain comme un spectre, la caméra tournoyant autour du couple qui s’enlace et où Scottie “voit” littéralement revivre sous ses yeux ce passé si profondément ancré en lui, comme si le passé et le présent fusionnaient enfin. Et puis ce vert qui emplit la pièce… C’est vraiment magique.

    • Le nombre d’intervenants ici qui donnent des punchs semble effarent (j’ai arrêté après quelques uns de lire).

      Un grand merci pour les épiphanies!

      PS: C’est si dur de parler d’une scène sans la déflorer?

    • Quelques flash de ma cinématographie:
      -Le traveling sur les soldats dans “Full Metal Jacket” sur l’air de “Surfin’ bird” de “The Trashmen”.
      -Le vent dans les champs de blé dans “Le Mirroir” de Tarkovski.
      -Très en accord avec “intrevorwetrust”; le Jocker en infirmière, c’est fort!
      - Benoit Poelvoorde dans “C’est arrivé près de chez-vous”, l’appartement de la vielle, ses explications concernabt le poid des victimes, le ton, glaçant!
      -La disparition d’Aliette dans “Le Fantôme de la Liberté” de Luis Bunuel.
      http://www.youtube.com/watch?v=CzpXX6Oy6aE&feature=related

    • Et pour moi, quand il s’agit d’épisode avec Boriska est la cloche, le message que je vois c’est qu’un véritable artiste ment inévitablement à son entourage.

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