Jozef Siroka

Archive du 10 février 2011

Jeudi 10 février 2011 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (98)

Guillermo Del Toro, «plus Bosch que Hitchcock»

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La passion pour les monstres, Guillermo Del Toro l’a développée dès l’enfance lorsqu’il est tombé sur un numéro de Famous Monsters of Filmland dans un supermarché de Guadalajara, au Mexique, sa ville natale. Fanboy invétéré, il s’est mis au dessin mais a vite dû réaliser qu’il n’avait pas le talent pour devenir un maître dans le domaine. Il s’est donc tourné vers le cinéma. Au secondaire, il a tourné un premier court métrage dans lequel un monstre émerge d’un bol de toilette pour finalement retourner dans les égouts, trop dégoûté par le genre humain.

Cette sympathie pour le monstre au détriment des humains est une constante dans l’oeuvre de Del Toro, qui a réalisé certains des films d’aventures fantastiques les plus prisés des dernières années, comme Hellboy (2004), Pan’s Labyrinth (2006) ou Hellboy II: The Golden Army (2008). Mais cet amour prononcé envers ses créatures a su lui jouer des tours. Alors qu’il tournait son premier film hollywoodien, Mimic (1997), les producteurs étaient irrités par l’attention détaillée qu’il accordait aux insectes géants qui s’attaquent aux héros coincés dans un métro de New York. C’est finalement l’assistant réalisateur qui a été chargé de fournir l’action en filmant indépendamment des scènes de peur.

Contrairement à la philosophie qui prévaut dans le cinéma fantastique commercial, Del Toro ne voit pas ses monstres comme de simples agents d’effroi, dont le rôle consiste essentiellement à surgir soudainement d’un coin sombre de l’écran pour faire tressauter le spectateur. Comme l’explique Daniel Zalewski dans son imposant portrait du cinéaste paru cette semaine dans le New Yorker, «Quoiqu’il fait des films à suspense, Del Toro semble moins un disciple d’Alfred Hitchcock que de Jérôme Bosch». Sa sensibilité se rapproche en effet davantage à celle d’un artiste visuel comme le peintre néerlandais du 15e siècle, reconnu pour ses terrifiantes illustrations de l’enfer, qu’à un metteur en scène comme le Maître du suspense.

Del Toro remarque durant l’entrevue qu’un des moments clé de l’histoire du cinéma d’horreur/fantastique est lorsque le personnage de Harry Dean Stanton, dans Alien (1979) de Ridley Scott, «ne peut s’enfuir parce qu’il est en admiration face à ce qui descend vers lui. C’est le moment où un homme se trouve devant un dieu totémique». Zalewski poursuit dans la même veine: «Ses films vous rappellent que regarder un monstre est un rituel vieux de plusieurs siècles – une façon de comprendre nos propres corps à travers de splendides images de déformation.»

Rendre le spectateur bouche bée devant ses créatures, telle est la vocation de Del Toro.

Gravir une montagne

Guillermo del Toro a vécu un coup dur cet été en se voyant contraint d’abandonner la réalisation de The Hobbit. Il a travaillé pendant près de deux ans à la conception du scénario, des décors, des costumes et, bien sûr, des nombreuses créatures sorties de l’imagination de J.R.R. Tolkien. Son approche différenciait quelque peu de celle de Peter Jackson, le producteur du film, qui prônait une recréation plus «réaliste», comme il l’avait fait avec la saga Lord of the Rings. Del Toro, en revanche, voyait un film plus stylisé et pictural, se rapprochant des illustrations qu’on retrouve dans les livres de Tolkien. Il souhaitait, par exemple, tourner les scènes de forêt avec des arbres visiblement artificiels, et séparer les différentes sections de l’intrigue en utilisant huit codes de couleurs distincts.

Del Toro devait tourner le film en Nouvelle-Zélande avec la même équipe qui avait travaillé sur Lord of the Rings. Il s’est rendu à Wellington, la ville où est située Weta Digital, la célèbre boîte d’effets spéciaux fondée par Jackson. Il a poireauté là-bas pendant neuf mois, attendant le feu vert de MGM qui n’est jamais venu (le studio, en proie à la faillite, avait d’autres problèmes à gérer). Lorsque Del Toro, exténué, a finalement quitté le navire, Jackson a immédiatement pris le relais et The Hobbit a comme par magie obtenu le financement tant attendu. (Pour plus de détails sur cette saga, consultez Wikipédia).

c5920De retour à Los Angeles, Del Toro a contacté son bon ami James Cameron pour l’aider à démarrer son projet le plus précieux, qu’il cultive de manière «obsessive» depuis 35 ans; l’adaptation de la nouvelle d’horreur de H.P. Lovecraft At the Mountains of Madness. Le film a obtenu le feu vert en décembre. Cameron va produire et, sans surprise, le tournage sera fait en 3D. On peut dorénavant parler avec assurance d’un des événements cinématographiques les plus attendus pour les années à venir, ayant comme seul rival les suites d’Avatar ainsi que le diptyque The Hobbit

La dernière partie de l’article du New Yorker se penche sur la pré-production d’At the Mountains of Madness, une lecture essentielle pour tout fan de Guillermo Del Toro ainsi que tout fanboy qui se respecte. Voici un extrait :

In “Madness,” twenty Edwardian scientists sail from Tasmania to Antarctica in search of geological samples, and they discover a mountain range that dwarfs the Himalayas. On one summit is a hidden, ruined city whose bizarre architecture suggests that its inhabitants were not human. As the scientists explore the ice-encased structures, they discover “pictorial friezes” revealing an awful secret. Hyper-intelligent aliens, the Old Ones, landed on earth millions of years ago. Creating organic life forms as tools, the Old Ones fashioned every creature on the planet, including human beings. One of their inventions, shape-shifters known as Shoggoths, were intended as slaves; but the Shoggoths rebelled, slaughtering the Old Ones. After the explorers accidentally thaw a few surviving Old Ones, a hidden army of Shoggoths emerges from the shadows, and the humans find themselves caught in an alien war. Del Toro loves the story, in part because Lovecraft combines terror—the panicked effort to escape the creatures—with metaphysical horror: “The book essentially says how scary it is to realize that we are a cosmic joke.”

[...]

He wanted the creatures in “Madness” to be fascinating, not disgusting. He said, “Normally, creatures are designed in the same way that gargoyles were carved in churches—for maximum shock value.” He cited Ray Harryhausen, a master of stop-motion animation, who designed the effects for the 1981 “Clash of the Titans”: “He used to say, ‘Whenever you think of a creature, think of a lion—how a lion can be absolutely malignant or benign, majestic, depending on what it’s doing. If your creature cannot be in repose, then it’s a bad design.’ When you see our creatures, you’re not going to say, ‘Oh, what a great movie monster.’ You’re going to say, ‘What aquarium, what specimen jar did that thing come from?’ They need to look entirely possible in their impossibility.” He’d been watching nature documentaries. “The worst thing that you can do is be inspired solely by movie monsters. You need to be inspired by National Geographic, by biological treatises, by literature, by fine painters, by bad painters.”

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