
On est tous plus ou moins familier avec le terme director’s cut : un cinéaste décide de modifier la version originale de son film telle qu’elle a été présentée lors de sa sortie initiale en salle. Il rajoute ou coupe une ou des scènes, change la musique, etc. Parfois, comme dans le cas de Blade Runner (1982) de Ridley Scott ou Brazil (1985) de Terry Gilliam, la fin du film est changée pour s’accorder à la vision originale de l’auteur, qui ne jouissait pas du final cut à l’époque. Le cas le plus extrême du director’s cut est assurément Apocalypse Now Redux (2001) de Francis Ford Coppola, qui a présenté en salle une version augmentée de 50 minutes de son classique sur la guerre du Viet Nam sorti en 1979.
Ceci étant dit, il se pourrait maintenant qu’une nouvelle tendance, bien moins attrayante celle-là, se manifeste : le producer’s cut. On s’entend, dans la très grande majorité des cas, le ou les producteurs exercent une très forte influence sur le produit fini; souvent au détriment des ambitions artistiques du réalisateur (qui n’a pas le choix que d’avaler la pilule et d’espérer, un jour, détenir assez de notoriété pour se prémunir du final cut). Cependant, très rarement (sinon jamais) a-t-on entendu parler d’un remontage par un producteur a posteriori. En particulier lorsqu’il s’agit d’une oeuvre célébrée par le public et/ou la critique. C’est pourtant ce qu’espère accomplir Harvey Weinstein avec son drame historique The King’s Speech, qui mène la présente course aux Oscars avec 12 citations.
Déçu par la décision du MPAA d’accoler la classification R à son film (les 17 ans et moins doivent être accompagnés d’un adulte), Weinstein souhaite désormais supprimer certains «éléments gênants» afin d’obtenir le désirable sceau PG-13 (accord parental recommandé, film déconseillé aux moins de 13 ans) ou même PG (accord parental souhaitable). L’objet de la discorde avec le MPAA concerne le langage, jugé trop vulgaire. Plus précisément une scène (à saveur comique) dans laquelle le roi George VI, en proie au bégaiement, répète le mot «fuck» 42 fois à fin thérapeutique.
Les détails du projet d’assainissement de Weinstein n’ont pas encore été dévoilés, mais il compte essentiellement éliminer toutes les vulgarités en vue d’une nouvelle sortie en salle post-Oscars (et également changer l’angle marketing en insistant sur le message d’amitié du film, et non sur les critiques favorables comme ce fut le cas jusqu’à présent). Weinstein n’est certainement pas étranger aux résultats du box-office en Grande-Bretagne où The King’s Speech, bénéficiant d’un classement 12 ans et plus, a dépassé les recettes de grosses productions comme Gulliver’s Travels ou The Green Hornet. «Les chiffres britanniques sont immenses parce que la classification permet aux familles d’aller voir le film ensemble. Tom [Hooper, le réalisateur] et moi essayons de trouver un moyen unique pour faire cela tout en conservant la vision du film» a-t-il confié en entrevue au Los Angeles Times mardi dernier.
Hooper, quant à lui, ne semble aucunement partager l’enthousiasme de son producteur. «Je ne supporterais pas le remontage du film d’aucune façon. Nous avons regardé si c’était possible de biper les fucks et autres jurons, mais je ne vais pas couper ces parties» a-t-il dit en entrevue à Entertainment Weekly, hier. Mes sympathies au jeune réalisateur, mais la lutte s’annonce malheureusement perdue d’avance. Surnommé «Harvey Scissorhands» pour sa propension à remonter ses films pour fins commerciales (il a notamment retouché Gangs of New York (2002) de Martin Scorsese pas moins de 18 fois!), Weinstein est par ailleurs connu comme une des personnalités les plus intransigeantes et brutales dans l’industrie. En même temps, malgré sa redoutable réputation, il est aussi une des figures les plus influentes en ce qui concerne le cinéma indépendant; ses méthodes musclées ayant permis de populariser de nombreux cinéastes hors normes, en particulier Quentin Tarantino. En d’autres mots, il en a vu d’autres, et ce n’est certainement pas un petit réalisateur blanc-bec qui va empêcher son insatiable poursuite du profit.
> À propos de Harvey Weinstein, un portrait éclairant sur son «retour» au devant de la scène publié dans le New York Times.
Pour être franc, le destin de The King’s Speech, un typique film de prestige généralement prisé par les membres conservateurs de l’Académie (ou «film de qualité», comme dirait Truffaut avec dédain), ne me préoccupe pas plus qu’il faut. Ce qui m’inquiète cependant est le précédent que pourrait établir un tel producer’s cut. Déjà que j’ai mes réserves quant au concept du director’s cut – qui a pour effet de transformer les films en commodités malléables et non pas en oeuvres d’art absolues – l’approche préconisée par Weinstein, si elle devenait largement adoptée, causerait une révolution des plus angoissantes. Imaginez un peu : une première version pour les critiques, et une seconde pour le grand public. Et hop, tout le monde est servi! Tout le monde en a «pour son argent». Une happy-mealisation du cinéma qui me coupe l’appétit.
(Photomontage : Vulture)










potomax
1 février 2011
15h45
Effectivement, c’est très inquiétant, à moins de réussir à prouver à Hollywood que les versions non-censurées leur rapporteront plus que la version “bouette acceptable pour toute la famille”.
cinematographe
1 février 2011
15h50
Mais tous les films hollywoodiens ne sont-ils pas des producer’s cut par définition? Le réalisateur n’a jamais eu son mot à dire sur le montage.
la_soldate
1 février 2011
16h01
Le concept de Producer’s cut n’est pas nouveau: Jerry Bruckheimer ne s’est jamais géné pour dire qu’il retouchait ses films afin de les rendre plus commerciaux ou pour qu’ils soient conformes aux désirs des studios. À lire là dessus l’expérience d’Antoine Fuqua pour le film King Arthur pour lequel il a du éliminé les effusions de sang pour avoir un PG-13:
http://www.dvdtalk.com/interviews/antoine_fuqua_k.html
Jozef Siroka
1 février 2011
16h11
@ cinematographe et la_soldate
En effet, tous les films sont, plus ou moins, des producer’s cut, comme je l’explique au 2e paragraphe. La différence dans le cas qui nous intéresse est le désir de remonter un film a posteriori, longtemps après qu’il ait été distribué en salle (et incidemment remporté nombre d’accolades critiques).
cinematographe
1 février 2011
16h39
Oui, j’ai lu un peu vite… En fait, les Weinstein ne sont même pas producteurs, ils sont producteurs exécutifs, ce qui ne veut pas dire grand chose, essentiellement ils ont acheté les droits pour les US. Ça devient un executive producer’s cut, autrement dit, quelqu’un qui n’a rien à voir avec la production réelle du film décide de le modifier à son gré. Un peu triste.
Merci pour cette précision, c’est en effet encore pire… – js
winslow
1 février 2011
17h41
En fait, BRAZIL en est le parfait exemple. Il y eu d’abord une version 142min. qui a gagné le prix des critiques de Los Angeles sans même avoir eu de sortie en salles. Puis la version “originale” de 132min. et la version “Love Conquers All”, celle du producteur. Cette version remodelée ayant été amputée de 50 minutes et dotée d’une nouvelle fin (rien que ça!) ne fut montré seulement qu’à la télévision par contre…
Malheureusement, il n’y a jamais qu’une version. Pensez aux remontages pour avions. Je me rappelle avoir vu DIE HARD 3 au dessus de l’atlantique. Disons que le montage était assez hachuré merci, c’était quasiment du cinéma expérimental…
Et puis Lucas nous sort des nouvelles versions de ses films à tous les trois ans mais lui, il porte les deux chapeaux alors: le director / producer’s cut!
teddybear
1 février 2011
17h51
Steven Spielberg qui avait produit Poltergeist avec Tobe Hooper a la réalisation, avait modifié le montage, mais avait quand meme laisser le nom d’Hooper au générique a ce que j’ai lu.
Vous décrivez ici une pratique somme toute très commune. Je serais cependant intéressé par des exemples de films remontés APRÈS leur sortie par des producteurs soucieux de plaire au plus grand nombre possible, comme ce que cherche à faire Weinstein – js
cinematographe
1 février 2011
17h55
Les télédiffuseurs aussi ne se sont jamais gênés pour couper des scènes, je me rappelle de TVA qui présentait des films de 90 minutes en 90 minutes incluant les pubs…
centaure
1 février 2011
19h08
Les films sont pratiquement tous des producer’s cut. Le final cut est extrèmement rare, mais pour Scorsese ça l’air !
Ridley Scott est probablement le roi du director’s cut.
Blade Runner a connu non pas 1 mais 2 director’s cut ! Le dernier intitulé Blade Runner The Final Cut serait la version définitive du réalisateur.
Cependant son Alien – Director’s cut est en fin un remontage du réalisateur pour des fins strictement commerciale. D’ailleurs, Ridley Scott tient a précisé dans la pochette du film que son vrai director’s cut est en fait le «theatrical cut» ! Pas mal, non?
Il y a aussi Legend – The Ultimate Cut, qui serait en fait pas vraiment sa version définitive, mais vu que certaines scènes ont été perdues, Ridley a fait ce qu’il a pu avec ce qu’il restait. Mais peut-on appeler ça vraiment un director’s cut ?
Kingdom of Heaven est un film moyen, mais le director’s cut est un sapré bon film. Les producteur exigeaient un film moins long. Ils ont eu un film moins bon, boudé par la critique et le publique. Pourtant, je suis certain que si Scott avait gagné la bataille avec les producteurs pour la version de 3h, l’accueil aurait été beaucoup plus favorable et le films aurait probablement été nominés aux Oscars et auraient fait beaucoup plus d’argent en salle.
Robin Hood – le director’s cut est encore une fois supérieur et auraient probablement mieux marché auprès du publique et de la critique (bien qu’il est à mon avis moins réussi que Kingdom Of Heaven – director’s cut bien sûr).
Oliver Stone’s Alexander… a subi 3 montages, la première version en salle, la deuxième appelé «Director’s cut» qui était en faite un producer’s cut avec de la censure des scènes homosexuelles… pour finalement en voir plus dans la version Final Cut qui est en fait, le véritable director’s cut de Stone.
Au moins, s’ils donnaient le choix au publique la version qu’ils désiraient voir. Ils ne pourraient pas sortir deux versions en même temps ? Une PG-13 et l’autre R ? C’est triste d’en être rendu là, mais ça serait quand même mieux que de subir une version censurée.
Jozef Siroka
1 février 2011
19h16
La réaction de Geoffrey Rush :
www.reuters.com/
hlynur
1 février 2011
19h36
Pas trop familier avec la formule du blogue, mon obsolescence me fait sentir presque anachronique en ces lieux; néanmoins, simple précision, si je ne m’abuse, l’appellation consacrée chez Truffaut fait plutôt référence de manière péjorative à UN CINÉMA DE PAPA , étiquette qu’il emploie, je ne vous apprends rien, pour traduire l’académisme falot d’un cinéma qu’il qualifiera de QUALITÉ FRANÇAISE (et non pas «film de qualité»).
Que voulez-vous, les dinosaures sont pointilleux.
En fait, dans son fameux article, il parle de «Tradition de la Qualité». Et il prend l’habitude d’appliquer le terme «qualité» librement dans ses discours et écrits, je me suis donc permis de paraphraser -js
jeanfrancoiscouture
1 février 2011
20h00
@JS: vous dites:«………soucieux de plaire au plus grand nombre possible,…..»
+========+++++
Il ne s’agit pas de «plaire au plus grand nombre» mais bien de plaire à ceux qui pensent savoir ce que veut «le plus grand nombre» c’est à dire la «floppée» de bien-pensants qui sévissent un peu partout, à l’image des «censeurs» de la période québécoise de la «grande noirceur». J’ai toujours «agui» ceux qui prétendent savoir ce qui est bon pour «le peuple» et conséquemment pour moi.
Et le pire, c’est que c’est une race qui se reproduit.
En effet, la nuance était implicite dans ma phrase… -js
dusk
1 février 2011
20h34
Ce sacré Harvey Weinstein. Son plus haut fait d’arme est d’avoir déniché Quentin Tarantino. Mais pour le reste, il est un désastre ambulant pour le cinema de qualité, en particulier pour le cinema asiatique lors des années 90 et début 2000. Il achetait les droits sur un film, le massacrait en le ré-éditant, souvant pour couper le tier de sa longueur et lui imposait un doublage d’une médiocrité hilarante. Il a fallu que Sony Picture achete Crouching Tiger Hidden Dragon pour que d’autre compagnies s’interessent à ce marché tout en le respectant.
Donc, suis-je vraiment surpris qu’il veuille faire ce coup-là à The King’s Speech?
winslow
1 février 2011
20h53
À l’ère des director’s cut tout azimut, Scorsese fait l’inverse avec la sortie Blu-ray de TAXI DRIVER. Devant la possibilité de revenir en arrière et de redonner à la scène finale, la tuerie, son rouge sang original (la censure de l’époque n’ayant acceptée qu’une version sépia de la séquence), il décide de la laisser tel quel.
Parce qu’il la trouve plus efficace ainsi (c’est vrai que c’est très crade).
Et parce qu’un film est aussi le document d’une époque.
Tout le contraire de Friedkin qui ne peut s’empêcher de massacrer son oeuvre…
Attention Winslow, si vous faites référence à la fin remaniée de The Exorcist, l’infâme Version You’ve Never Seen, il s’agit d’une initiative de William Peter Blatty, le scénariste et producteur du film. -js
gl000001
1 février 2011
21h57
De la censure pour plaire aux bien-pensants probablement. Mais surtout pour les poches des dirigeants des grandes entreprises cinématographiques, les “fat cats” de ce monde. Comme si le mettre 13 ans et plus va attirer les jeunes. Ce n’est pas un film de “jeunes” (en général).
“La censure pour les chats faux” ou “Lassant sur pourlecha faux”
kurtz
1 février 2011
22h05
Autant sur le plan artistique, l’idée de retravailler une oeuvre après son dévoilement me semble intéressante et riche, autant le même processus dans un but commercial et mercantile me semble dégoûtant, malhonnête et traître à l’idée même du cinéma.
bohmer
1 février 2011
22h29
C’est arrivé aussi pour Dune de Lynch, une version étendue (extended) était sorti bien après son échec en salle. C’est aussi pour ça que Lynch ne travail plus Hollywood. Je n’ai pas vu cette version.
Le même sort fut réservé à The New World de Malick, sauf que l’Extended Cut s’est avéré plutôt réussi et peut-être même meilleure que la version théâtrale…
biglebowski
1 février 2011
23h20
Harvey Weinstein a même déjà voulu couper la scène de torture dans Reservoir Dogs. Tarantino raconte l’anecdote qui est plutôt amusante dans ce vidéo : (à partir de de 2min30)
http://www.youtube.com/watch?v=1RqTyuc1a0o&feature=related
winslow
1 février 2011
23h47
@ Jozef
Non, non. Je fait référence au nouveau transfert de THE FRENCH CONNECTION. Ré-étalonage moderne, high-contrast, où le grain est annihilé. C’est, paraît-il, assez dégueux…
winslow
2 février 2011
00h17
Le cas le plus triste reste pour moi celui de LISA AND THE DEVIL du maestro Bava. Son film est une histoire classique d’horreur gothique, de maison hantée.
Le rythme lent et l’échec commercial en italie empêcha le film de trouver un distributeur international. Le producteur décida donc de charcuter le film pour le mettre au goût du jour. Et comme THE EXORCIST était le succès de l’époque, le bonhomme choisi de rajouter une histoire de possession et un exorcisme bien dégoulinant. Plusieurs scènes sont tournées et la version de Bava devient des flashbacks/scènes de rêve dans la version du producteur qui se nomme dorénavant HOUSE OF EXORCISM. C’est un exercice stupéfiant de voir les deux versions l’une après l’autre. C’est comme si Ed Wood avait remonté un film d’Hitchcock…
Mais bon, des histoire comme ça, y en a des tonnes dans le cinéma de genre italien.
winslow
2 février 2011
00h38
Plus près de chez nous, LES INVASIONS BARBARES n’ont pas deux versions?
La version “UDA en délire” avec le défilé de la colonie artistique du début pour le Québec et la version “sérieuse”, amputée de 20 minutes pour le reste du monde?
N’ayant vu que la version québécoise, ceci expliquerait sans doute l’intérêt du reste du monde pour ce film vaseux…
yvescouture
2 février 2011
06h27
On peut voir cet enjeu de plusieurs manières.
Si on part de la motivation des producteurs de faire plus d’argent, on est conduit à un débat classique qui oppose vision artistique et quête de profit. Et bien sûr le moraliste en chacun de nous veut défendre l’Art.
L’idée de la malléabilité des oeuvres peut pourtant avoir aussi quelque chose de fascinant, indépendamment des questions d’argent. Pourquoi faudrait-il en effet qu’une oeuvre n’ait qu’une seule version ? Il y a là une conception très élitiste et je dirais presque platonicienne de l’art, qui suppose une visée d’éternelle identité de l’objet à lui-même, une fois venu au jour.
L’art populaire, par contre, a toujours varié sans complexe. Combien existe-t-il de versions différentes des contes, des chansons, des mythes ? N’y a-t-il pas d’ailleurs déjà eu des émissions de télé où l’on pouvait choisir parmi une certain nombres de variantes, surtout pour la fin ?
Dans la même veine, on peut imaginer des sorties de film, en DVD notamment, qui offrirait une déclinaison de versions, un peu comme pour les autos. Juste à écrire ça je sens un partie de mon cerveau qui se révolte ! Mais c’est un bon exercice matinal d’explorer ce qui nous indigne…
… car peut-être que la défense absolue de l’identité unique et inaltérable des oeuvres est liée à une conception périmée de l’Artiste-roi.
Mais peut-être qu’elle est liée, plus profondément, à l’intuition qu’il doit y avoir des choses définitives, sans appel, comme un engagement pour la vie… ou comme la mort. Vouloir suspendre le définitif reviendrait alors à voir abolir l’idée du destin et ramener l’existence à un jeu sans fin ou tout peut toujours être changé. Une sorte de jeu post-moderne qui consisterait à essayer tous les possibles… avec le risque de tendre vers l’insignifiance.
Voilà revenu mes réflexes platonico-conservateurs à la défense des oeuvres invariables.
jeanph1l
2 février 2011
08h03
Mais pourquoi vouloir rendre ce film plus accessible aux jeunes de moins de 17 ans. Ils ne sont pour la plupart pas intéressés à aller voir ce film. C’est selon moi complètement inutile dans ce cas particulier de vouloir remonter ce film. Pour un film d’action qui vise cette clientèle cible je pourrais à la limite comprendre mais pour The King’s Speech ??? Permettez moi d’en douter.
senateur_dupont
2 février 2011
09h39
Moi ce qui m’a impressionné dernièrement c’est le “Special Edition re-release” sur le DVD de Avatar avec la mention “Includes family audio track with objectionable language removed”. Juste le fait d’y avoir pensé, ça me donne des frissons dans le dos.
winslow
2 février 2011
09h43
Les films sortent déjà en plusieurs versions. Une pour le cinéma, une pour tel marché, une pour l’autre, une pour la télévision, une pour les avions, etc.
Au plus haut fait de son existence, Blockbuster exigeait des versions aceptisées pour pouvoir entrer dans le temple du club vidéo (ce qui me semble encore plus outrageux).
Et en documentaire, c’est encore pire. Il faut rentrer son film dans des formats (52min, 48min…) et se soumettre aux diktats des réseaux de télévision.
Une idée comique finalement par rapport à KING’S SPEECH: si tout se passe bien, le film remporte l’Oscar du meilleur film, Weinstein ressort sa version édulcorée pour profiter du buzz et le public accourt pour voir une version autre que celle qui a été célébrée!
potomax
2 février 2011
11h02
Je viens de lire l’article de la réaction de Geoffrey Rush et je le comprends avec raison. En tout cas, on sait déjà que The King Speech a de bonnes chances d’être fortement récompensé aux Oscar (dans son format non-censuré), ce qui j’espère pourrait être un argument dans la balance pour le laisser tel quel.
ignatzmouse
2 février 2011
11h08
Le débat au sujet du “formatage” de “King’s speech” par les producteurs exécutifs du film est en effet très intéressant. Il s’agit de la vraie paternité de l’oeuvre.
Qu’en est-il, ceci dit, de la question du système de “rating” aux États-unis ? Ce système eut-il été moins hypocrite, certains films hollywoodiens pour ado comportent des scènes assez vulgaires merci, mais n’utilisent pas le fameux “f word” et sont donc classés “13 ans”, qu’il n’y aurait pas été question d’en faire un nouveau montage à fin commerciale.
charkie
2 février 2011
11h48
@Jozef
Pourquoi dites-vous que la Version you’ve never seen de l’exorciste est infâme? La scène de Regan à l’envers dans l’escalier est la scène la plus efficacement effroyable que j’ai vu dans un film d’horreur.
fruitloops
2 février 2011
11h52
Pour contrer le kidnapping de son film par les producteurs, Alfred Hitchcock tournait ses plans de façon à ne pouvoir enlever que les claquettes de début ou fin de prise, et ne tournait rien d’autre. De cette façon, il n’y avait qu’une façon logique de monter le film: la sienne. Cela suppose un réalisateur hyper préparé.
Bien sûr il y a des façon plus lousses de faire des films, mais c’est une loterie et il est fortement suggéré de le faire une petite caisse, pas avec des mégas millions d’investisseurs. Bruno Carax a ruinée 3 producteurs avec Les Amant du Pont -Neuf. Il n’a plus tournée depuis.
Je suggère à tous de louer la sortie Blu-Ray d’ APOCALYPSE NOW. Coppola explique en long et en large toute la saga. De la proposition de Georges Lucas de le faire façon LA BATAILLE D’ALGERS, en noir et blanc et caméra-main pour 50,000$, jusqu’au méga-délire philippin, tornade, Brando, et cie. Coppola était clairement en panique — et en mission — sur ce film-là. Il a tourné des kilomètres de film, allant jusqu’à faire exploser le village de la jungle (qu’il devait de toute facon faire disparaitre selon entente), pensant qu’il pourrait l’utiliser comme background à son générique de fin… pour éventuellement réaliser qu’il faussait complètement la conclusion dramatique de l’histoire. Bref, la sortie sans générique de Cannes, excluant le 50 minutes supplémentaires (qu’il a reconnu être inutiles) de la version REDUX, est et demeurera la version officielle.
Bref, pas simple, à moins d’être ultra-préparé comme Alfred, et je soupçonne les frères Cohen de travailler de la même façon. Et c’est sans doute la meilleure façon de travailler pour éviter qu’un bulldozer comme Weinstein passe sur ton film.
winslow
2 février 2011
12h16
@ fruitloops
C’est LEOS carax et il a tourné un segment du film à sketch TOKYO! et un long-métrage, POLA X, depuis. (et c’est COEN sans H aussi…)
J’imagine que vous avez déjà vu le documentaire HEARTS OF DARKNESS sur le tournage épique de APOCALYPSE NOW? Sinon, je vous le recommande chaudement.
cinematographe
2 février 2011
12h34
Pola X qui existe d’ailleurs en deux versions, Pola X la plus courte ou Pierre et les Ambiguïtés, plus longue de 45 minutes. Je n’ai pas vu la plus longue, mais elle explique probablement pourquoi des personnages surgissent de nul part comme si on était supposé les connaître. Carax semble avoir pris des libertés inhabituelles pour écourter son film (en supposant que c’est bien lui qui l’a fait).
vlrglqqf
2 février 2011
14h32
Donc selon ma compréhension, un fillm c’est comme un livre, l’auteur n’est jamais satisfait du résultat. Il veut sans cesse nuancer ou corriger son texte même après une première, deuxième ou troisième impression. Reste à savoir dans quelles mains il va tomber pour se rendre jusqu’à l’Oscar, le César ou le prix Nobel. Ces créateurs sont des êtres extrêmement tourmentés, rarement sûrs d’eux-mêmes.
Il y a cette phrase toute simple qui n’est pas de moi mais qui s’applique peut-être ici: On a un chef-d’oeuvre non pas quand on a fini d’ajouter, mais quand on a fini d’enlever.
elisef
2 février 2011
15h52
@centaure
Je ne savais pas qu’il y avait une si grosse différence entre l’original et le Director’s Cut de “Kingdom of Heaven”. Je n’ai pas vu le film au cinéma, mais j’ai le DVD du Director’s Cut et c’est un très bon film. Je n’avais jamais compris pourquoi il n’avait pas eu le succès commercial mérité…
Ça me fait peur, toute cette censure. Pourquoi les studios devraient remacher leurs films plutôt que de modifier le système désuet de cote de film? La MPAA ne prend pas compte de la mise en scène, mais font seulement compter le nombre de sacres, de sang, de seins… Ça ne fonctionne pas! De plus on sait tous leur allergie à la beauté qu’est le sexe, mais leur propension à la violence très convenable. Un enfant ne sera pas traumatisé et ne se mettra certainement pas a sacrer parce qu’il l’a entendu 2-3 fois dans un film… entre vous et moi il doit déjà l’entendre 10 fois par semaine ailleurs!
clubpremierevideo
2 février 2011
16h05
Il n’y arien qui satisfera tout le monde.
Le compromis idéal, selon moi, a été mentionné en commentaire: faire le plus d’argent possible en salles et laisser le public se faire sa propre idée en ayant le choix sur DVD.
fluor
3 février 2011
02h01
@biglebowski merci pour le lien, c’est très intéressant!
fruitloops
3 février 2011
08h07
Merci, Winzleau, pour ces nourissantes précisions.
Charlot Carax peut avoir quelques vagues soubresauts à l’occasion, mais il est clairement brûlé: on ne badine pas avec l’argent des producteurs, surtout s’il s’agit de gros cash.
twolaneblacktop
3 février 2011
14h08
Hooper (comme tout réalisateur travaillant pour Weinstein) est mieux de se tenir tranquille. Weinstein “can make or break” la carrière de ses poulins !
Parlez-en à Troy Duffy, réalisateur du film THE BOONDOCK SAINTS (Weinstein devait le produire, puis se retira et fit tout en son pouvoir pour nuire à la carrière du film)
Détails ici :
http://filmscultes.blogspot.com/search/label/BOONDOCK%20SAINTS%20%281999%29
jules-jim
4 février 2011
11h02
…dites donc les gars, est-ce qu’il y a des exemples de même type dans le cinéma québécois ?
dusk
4 février 2011
20h02
@elisef
The DC de Kingdom of Heaven est superbe. Du grand Ridley Scott.
VOICI DES SPOILERS’ DONC À VOS RISQUES:
Tout l’arc dramatique avec le fils de Eva Green est enlevé. Donc, dans la version theatrale, quand son frère meurt, elle est completement létargique et abattue, même si auparavant elle savait qu’il mourrait jeune, ce qui ne fait aucun sense dans l’ampleur de sa réaction. Mais la mort de son fils, de ses propres main pour le sauver de grandir lepreux…
Le prêtre au début qui accuse la femme de Balian de suicide est le demi-frere de ce sernier. Les bandits qui attaques Liam Neeson et sa bande sont mené par le 2ème fils du personnage de Neeson. Un autre référence, avec celle du prêtre de fils jaloux qui convoitent l’héritage du premier fils (Balian dans ce cas).
FIN
Il ya d’autres petites choses, mais c’est tout un autre film. J’avais été décu au cinema, mais j’ai décidé d’acheter le DC par foi de Scott. Aucun regrets. Un des films que je prette à qui le veux, et je n’ai jamais eu de retour négatif.
Tom Rothman, qui a mené FOX, est aussi un boucher sans cervelle. Il a coulé à lui seul la trilogie X-Men avec le 3ème, suite à ses différents avec Bryan Singer…