Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Vendredi 28 janvier 2011 | Mise en ligne à 15h50 | Commenter Commentaires (23)

    La nouvelle relativité de l’échec

    bollywood-630-1

    Les flops ne sont plus ce qu’ils étaient. À l’heure de la mondialisation, il est de moins en moins pertinent de se fier aux chiffres du box-office nord-américain afin d’analyser la rentabilité d’un film hollywoodien. Le nouveau navet basé sur un jeu vidéo passe inaperçu aux États-Unis? Pas grave. Les Indiens, les Asiatiques ou les Européens vont combler la balance, voire assurer un profit juteux. Quelques exemples récents : Gulliver’s Travels (Budget : 112 millions $ / Box-office : 40 millions $ aux USA / 170 millions $ dans le monde), Prince of Persia: The Sands of Times (200 M$ / 90 M$ / 244 M$), Resident Evil: Afterlife (60 M$ / 60 M$ / 236 M$).

    Dans un texte de Patrick Goldstein du Los Angeles Times, on apprend que la recette du succès à l’international se compose dorénavant de deux éléments : le 3D et l’universalité. En d’autres mots, le film doit à la fois présenter une qualité technologique qui le distingue des produits locaux (et qui le protège du piratage) et, en même temps, contenir des thèmes et un récit dénués de codes culturels trop spécifiques, autant que possible accessibles à un campagnard laotien qui n’a jamais mangé de tarte à la pomme…

    Conclusion : les drames ou les comédies qui, traditionnellement, disposent d’un cachet typiquement américain (et qui n’ont que faire du 3D), vont avoir de plus en plus de difficulté à trouver du financement de la part de studios qui démontrent un intérêt sans cesse grandissant envers un marché international en pleine expansion (alors que le local est stagnant). L’impérialisme culturel américain en prend pour son rhume. L’ironie qui découle de cette nouvelle réalité est assez remarquable, et n’a certainement pas échappé à Goldstein :

    L’acclamation globale pour les exportations culturelles qui n’ont même pas eu de succès en Amérique pourrait bien être un signe troublant du début de la fin de notre hégémonie culturelle. Personne ne fait de films plus populaires que ceux faits en Amérique, mais ce ne peut être une nouvelle artistique encourageante lorsqu’on apprend que les films qui ont la plus grande portée globale sont ceux qui sont le moins distinctement américains.

    Ceci étant dit, une autre conséquence de la mondialisation est l’Hollywoodisation des cinémas nationaux. Un exemple frappant (et hilarant) de ce développement est le film de science-fiction indien Enthiran – le plus coûteux de l’histoire du pays – une sorte de pastiche ultra-vitaminé de Terminator et de The Matrix. Qui sait, peut-être qu’un jour les Américains n’auront plus le choix que d’importer des produits culturels comme celui-là pour se sentir davantage… Américains.

    Voici un extrait d’Enthiran (doublé en russe). À placer dans la catégorie «Il faut le voir pour le croire» :

    - Via SlashFilm


    • Je veux voir ce film!

    • Mon indien préféré demeure quand même la vidéo de yoga de Shilpa Shetty.

    • J’étais en Inde l’été dernier pour un second séjour et j’étais complètement renversé par la culture cinématographique. D’abord,il faut dire que le pays jouit d’une industrie du film en pleine santé et ça depuis bien longtemps. Ensuite, de plus en plus, le style “bollywood” très kitch devient plus raffiné avec des histoires et donc des scripts convaincants. Ainsi, le succès de grosses productions internationales fait beaucoup de sens et ne surprend pas. C’est la suite logique des choses. L’Inde jouit maintenant, aussi, d’infrastructures parfaites, de cinéma modernes pour accueillir les auditoires grandissants. Quand je pense à infrastructure, je pense aussi à modèles d’affaires et stratégie de marketing.

      Je pense notamment à “Predators”, pourtant un flop ici, qui était sur toutes les affiches publicitaires sur le bord des autoroutes et qui jouissait d’une visibilité énorme dans les salles de cinéma. “Inception” que j’ai dû voir collé à l’écran dans la deuxième rangé faute de place, faisait courir les foules et suscitait énormément de débats, de discussions auprès de mes amis indiens. “Avatar”, quelques mois avant, bouleversait tout autant.

      Les compagnies de distribution et de production seront de plus en plus poussées à tisser des liens avec des marchés comme l’Inde, complémentaires aux valeurs du premier marché cible, l’occident. L’Inde a cette passion pour le “American Dream” et le pays vit aujourd’hui entre ses traditions et une quête du confort américain. Pas étonnant que les gros films signés Cameron ou Nolan trouvent refuge (et gros $$$) chez ce continent absolument passionnant. C’est un mariage naturel.

      Je crois que le Québec a beaucoup à apprendre de cette nouvelle réalité et doit commencer à faire des films plus ouvert sur le monde, qui lui permettrait de faire rayonner son talent ailleurs. “Incendies” de Denis Villeneuve s’inscrit exactement dans cette lignée et j’espère que son succès ouvre les yeux à l’industrie locale, Oscar ou non.

      JP

    • “le 3D et l’universalité”

      Une nième affirmation qui me conforte dans mon attitude d’envoyer *** le cinéma contemporain.

    • Faisons une analogie entre justement le sujet du jour et un individu normal dans le quotidien de sa vie. Lorsque survient une fracture (lire échec), tout semble perdu; i.e. perte d’un emploi, divorce, faillite, deuil etc. Au lieu de traduire ce déboire comme étant un échec, il serait mieux de le transposer en disant plutôt qu’il s’agit d’une étape dans la vie, tout simplement. Le “motton” passe bien mieux. Parce qu’il va y en avoir d’autres… dans la vie.

      Un échec au cinéma peut vouloir dire un navet. Ou encore une oeuvre qui arrive trop tôt ou trop tard. En fait, on peut lui donner l’interprétation qui nous semble la plus pertinente. Toujours est-il que la bande annonce ici de 9.48 est on ne peut plus dégueulasse et grotesque. Si j’étais poli et bien élevé, je classerais la chose comme “un gros tas d’marde” à éviter, forcément…

    • Ça a l’air sincèrement pourrit!!!

      À mi-chemin entre un film d’action de série B- et une comédie à la Hot Shot de série B-. Pathétique… honnêtement je ne comprends pas que des gens paient pour voir de telles merdes…

    • @intrevorwetrust

      Interessant ton message. Je n’ai jamais ete en Inde mais depuis quelques temps je travaille avec des clients Indiens c’est un peu l’impression que j’ai.

      Ils sont en general tres symphatiques et ils semblent vraiment s’interesser la culture Americaine.

      D’ailleurs je dirais que c’est la grosse difference entre les Indiens et les Chinois. Avec les Chinois on se sent toujours comme en competition tandis qu’avec les Indiens on sent tout de suite un desir de rapprochement.

    • Avis aux amateurs… On entend quand même le cri Wilhelm à 4m20! Ce n’est pas rien!

    • @ intrevorwetrust 15h44

      Est-ce vrai que là-bas quand on va au cinéma, la coutume locale veut qu’on peut parler, manger, boire, courir ça et là partout, s’asseoir n’importe où, crier même tout au cours de la projection? Personne ne s’en formalise puisque c’est la coutume! Dans ces conditions, Bollywood peut présenter des oeuvres aussi insipides. Dites-moi, en quoi consiste exactement le cinéma dans ce coin du monde? Où est l’ART, si ART il y a? Est-ce de cette manière que les gens, castes ou pas s’intellectualisent? Oh! je sais j’y suis déjà allé, l’Inde est un monde de contrastes, les cultures nous semblent plutôt saugrenues etc.

      C’est pour toutes ces raisons que jamais je ne me suis permis d’aller au cinéma à Bénarès et ses environs. On m’en avait bien averti ici à Montréal, avant de partir.

    • Pour ceux qui se demandent de quoi parle fougerepanda:

      http://www.youtube.com/watch?v=0Lp0Y_IDf70

      Ah! les blagues de gars de sons…

    • C’est quoi ca ? un remake de The mask ?

    • Absolument génial! Il y a du Gantz et du Katamari Damacy là-dedans!
      http://www.youtube.com/watch?v=cwhFH75OCDs

    • Intéressant sujet.

      Un des exemples très connu et moins récent: Waterworld (’95)

      http://en.wikipedia.org/wiki/Box-office_bomb

      Le U.S. box-office, déjà douteux avec sa comptabilisation $ au lieu du nombre d’entrées, ne tient pas compte de facteurs comme ventes DVD/blu-ray, produits dérivés et box-office planétaire… C’est rendu au delà de l’imprécision: c’est maintenant non-crédible, même comme référence approximative.

    • @ intrevorwetrust

      Ce qui est fascinant c’est que la balance du pouvoir économique se déplaçant vers l’asie (Chine et Inde en tête), mais que l’offre cinématographique de qualité (subjectif, bien sûr) vient des USA (surtout) et quelques pays Européens… Ce qui pourrait pousser la production cinématographique occidentale à faire des films qui plaira au ROW. Un peu le même pattern que les manufacturiers Japonais qui produisent des véhicules pour les besoins U.S.

      Je ne suis même pas certain si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle (!!)

    • wow, je ne trouve pas les mots…
      ça ma fait penser à http://horror.break.com/batsht-insane-bollywood-death-kill/batsht-insane-bollywood-death-kill

    • Wow!! Encore plus excessif que Turkish Star Wars… Incroyable.

    • Il y en a qui font des films, d’autres font du cinéma. Ces derniers sont plus rare, mais ils donnent ses lettres de noblesse au 7e Art.

    • C’est tellement mauvais que ça en devient excellent !
      Je n’avais pas autant rigolé depuis longtemps.

      Je veux voir ce film !!!

    • C’est très divertissant!!!

    • Désolé pour ceux qui veullent voir Robot mais il était en salle à Montréal début décembre. À part un couple d’indiens, j’étais seul avec ma copine dans la salle.

      Et oui, c’est particulier comme film… et très drôle si on ne prend pas au sérieux la chose.

    • @_renaud
      C’est génial que tu fasses affaires avec eux. Ils partagent beaucoup de nos valeurs et se sont des gens fiers, honnêtes, entrepreneurs nés. Ne t’attends peut-être pas au succès à court terme, parce que ça prend du temps établir le lien de confiance et beaucoup de patience. Leur style de gestion à l’interne est aussi problématique alors que l’entrepreneurship a tendance a “mourir” sous la pression des titres et de la hiérarchie. D’autre part, comme tu dis, les Indiens sont super curieux et prennent le temps d’écouter. Ils connaissent beaucoup notre partie du monde parce que plusieurs de leur élite ont étudié aux states et ils connaissent Montréal via McGill et le passé indépendantiste du Québec. Tu fais affaires avec des gens biens et des entrepreneurs de calibre mondial, ton entreprise en sortira gagnante.

      @vlrglqqf
      En fait, le cinéma est assez “pure” ou du moins très respecté là-bas. Je n’ai jamais vécu une situation comme tu l’as vécue. Tout comme la société dans laquelle ils vivent, les indiens retrouvent dans leur salle de projection un monde très hiérarchique où l’on doit payer pour atteindre/mérité la meilleure place. Ainsi, lorsqu’on achète un billet, on achète un siège. On ne peut s’asseoir à l’improviste comme ici. Pourquoi? Parce que des placiers sont engagés (1 job ici = 5 jobs là-bas) et parce que les sièges représentent un niveau de confort. Les premières rangées sont rudimentaires, peu confortables. Les dernières rangées sont à la fine pointe de la technologie alors qu’on peut se faire masser, monter un appuie jambe, gonfler des coussins, etc. Le plan de la salle ressemble un peu, comme vous le dites, à l’organisation des castes. On respecte les castes supérieures; on y retrouve les traditions familiales indiennes.
      Pour les productions insipides de Bollywood, je ne peux qu’être d’accord. J’ai vu un film indien lors de mon premier séjour et c’était tout simplement horrible: “over-acting”, script incohérent, scènes de danse ridicules, stéréotypes, trame sonore dictant les péripéties, etc.
      Pourtant, comme ici au Québec, du genre “Filière 13″ vs “À L’origine d’un cri”, l’Inde est capable du pire comme du meilleur. Le film de l’été selon moi est une oeuvre d’Aamir Khan Production (un géant de l’industrie): Peepli Live (http://www.imdb.com/title/tt1447508/).
      Il a d’ailleurs joué en salle ici à l’automne, brièvement au vieux Forum. Film charmant, brillant et choquant. Un chef d’oeuvre sur les suicides des agriculteurs indiens, incapables de vivre avec la honte des dettes. À voir. L’art du cinéma indien y est imprégné.

      @jon8
      Ce serait une excellente nouvelle! Si “Incendies” se fait acheter par Sony et peut ensuite être présenté à de nouveaux auditoires, d’autres productions étrangères, à qualité égale, le méritent tout autant. Et c’est là que je mettrais l’emphase, sur la qualité. Nous vivons dans un monde où la facilité et le banal règnent. Les gens seront toujours à l’écoute de ce qui est pertinent, prestigieux, à valeur ajouté. La qualité, autant en cinéma qu’en aéronautique, sera d’autant plus valorisée dans les années à venir et trouvera son chemin. Vivement en salle, les chefs-d’œuvres indiens de 2011!

      JP

    • Suis-je le seul à pleurer de rire en regardant cet extrait?

    • Il y a quelques jours, je reçois cette vidéo par courriel d’un copain. Fasicné et inspiré, j’écris un billet de blogue au cours de la fin de semaine que je mets en ligne. Pour me rendre compte quelques minutes après que vous avez écris à peu près la même réflexion que moi sur les films qui sont aujourd’hui consommés à travers le monde.

      Synchronicité? Who knows…

      http://calepinpanoramique.com/archives/165

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