Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Vendredi 17 décembre 2010 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (22)

    La Magnifique tragédie d’Orson Welles

    magnificent-obsession

    Pour la lecture du week-end, je propose cette enquête menée par Vanity Fair sur l’histoire tragique du second long métrage d’Orson Welles, The Magnificent Ambersons (1942). Affaibli par la bataille épique qu’il a dû mener face à son studio et au magnat de la presse William R. Hearst pour sortir Citizen Kane un an plus tôt (voir plus bas), le légendaire cinéaste n’a pu maintenir sa version originale d’Ambesrons. Pendant que Welles est allé au Brésil filmer un autre projet, des producteurs de RKO, mus par un zèle tristement mal placé, ont coupé une quarantaine de minutes au montage original et ont inséré un happy-end tourné en catastrophe par l’assistant réalisateur du film.

    Nulle trace de la copie originale de 132 minutes n’a été signalée à ce jour, quelque 60 ans après une tragédie cinématographique qui a profondément marqué plusieurs cinéphiles et personnalités du milieu qui continuent d’espérer retrouver le Saint-Graal de leur vivant. Le script de tournage original d’Ambersons a cependant été découvert intact et a servi de base à un télé-film de 3 heures réalisé par Alfonso Auro qui sera diffusé en janvier sur la chaîne A&E. Bien sûr, rien pour nous faire oublier ce qui, dans les mots de Welles lui-même, «aurait été un bien meilleur film que Citizen Kane – seulement s’ils l’avaient laissé comme il était».

    Voici un extrait de l’article de Vaniy Fair :

    Orson Welles, who died in 1985, saw The Magnificent Ambersons as his Hollywood waterloo, the dividing line between his early boy-genius years (the “War of the Worlds” broadcast, his Mercury Theatre company, Citizen Kane) and the nomadic, semi-tragic life he led thereafter. His oft quoted epigram on the subject—“They destroyed Ambersons, and the picture itself destroyed me”—is a bit melodramatic, but it’s true that the movie’s ultimate failure, at a loss of $625,000, exacerbated the tensions that had already arisen from Citizen Kane’s substantial cost overruns, RKO’s Kane-occasioned battles with William Randolph Hearst (who saw the film as an act of character assassination and tried to suppress it), and the Hollywood establishment’s general resentment of Welles. RKO severed its relationship with Welles in the aftermath of Ambersons, and, with just a few exceptions, he never worked within the mainstream of the movie industry again. He was not, as he put it, “destroyed”—he would go on to make such accomplished films as The Lady from Shanghai, Touch of Evil, and Chimes at Midnight—but it’s fair to say that the Ambersons debacle set Welles on the path to becoming the person he’s most remembered as today: the rotund raconteur of Merv Griffin appearances and Paul Masson wine commercials, an entertaining has-been, forever trying to scrounge up financing from European film companies and individual investors for some pet project that, in the end, wouldn’t come off.

    Voici la première partie du documentaire The Battle Over Citizen Kane (cliquez
    sur la boîte vidéo pour trouver la suite) :


    • Belle ironie que Vanity Fair a eu de plugger le titre du film le plus connu (et le plus achevé) de Douglas Sirk pour souligner l’éhec de Welles….

    • Eh bien! J’en apprends des bonnes ce soir. Je n’avais aucune idée de cette histoire concernant Welles. Intéressant.

    • Oh! que je rêve qu’un grenier perdu nous redonne la version intégrale des AMBERSONS comme pour METROPOLIS.

      Mais d’un autre côté, la fin tronquée ajoute à l’aura du film. Parfaite métaphore de la carrière de Welles avec tous ces films abandonnés, charcutés qu’il nous a laissé. D’ailleurs, Bogdanovich n’était pas sensé avoir retrouvé le montage original et fini THE OTHER SIDE OF THE WIND? John Huston y est paraît-il extraordinaire.

      Pour les MAGNIFICENT AMBERSONS, je n’ai aucun problème à aimer cette version. Je n’en veux même pas à Robert Wise d’avoir sorti les ciseaux (même s’il aurait pu se garder une petite gêne en claironnant qu’il avait amélioré le film). Je fais parti du club qui aime d’amour ce film maudit. Pour moi, c’est le chef-d’oeuvre de Welles. Son film emblématique. Et les 45-60 premières minutes sont les plus belles de toute l’histoire du cinéma.

      Oh non, Robert Wise n’as pas eu cette initiative! Il répondait à des directives d’en haut. -js

    • Oui oui, je sais bien. Quand je dis “sorti les ciseaux”, je veux juste dire faire le re-montage (exigé par la production évidemment). Je ne lui en veux pas le moins du monde même si beaucoup lui ont reproché ce geste au fil des ans.

    • Ça serait carrément plus intéressant que les restes de 2001 trouvés dans les poubelles.

    • Juste une petite précision comme ça: je ne sais pas si la version de Alfonso Auro sera diffusé en janvier encore une fois mais l’article en question date quand même de 2002.

      J’ai regardé quelques extraits sur Youtube et ça ne me donne pas envie d’en voir plus. Je suis trop attaché à Cotten, Moorehead, Baxter et même Holt.

    • En parlant d’Orson Wells, le souvenir d’un vieux film m’est revenu : Malpertuis.

      Si personne ici n’a vu ce film, ça ne me surprendrait aucunement. En fait, j’avais vu ce film dans mon adolescence et, à titre de film fantastique ou d’horreur (au choix), il m’avait à l’époque impressionné. J’avais cherché à le revoir, mais jamais, jamais je ne l’ai revu dans une grille horaire à la télévision (mais il a bien dû jouer ici et là, encore que pas trop sans cela je ne l’aurais assurément pas manqué tant je scrutais régulièrement les téléhoraires).

      Bon, je sais très bien qu’on ne se souviendra pas de Wells pour ce film… mais en revoyant son nom je me suis souvenu qu’il jouait un rôle important dans ce film, un détail que j’avais oublié au fil des ans. En fait, à l’époque de mon unique visionnement, à la fin du film je m’étais demandé : mais c’est qui ce Wells (tellement cet acteur avait une présence à l’écran) ? Et mon père m’en avait alors un peu parlé. En fait, c’était un peu tout ce que j’avais à l’époque comme piste pour espérer revoir ce film : son nom et Wells… et j’espérais ne pas les oublier. Car si aujourd’hui on parle d’Inception, et bien à l’époque je ne souhaitais pas seulement le revoir pour le plaisir, mais aussi pour le démêler et comprendre si son intrigue apparemment était sans queue ni tête ou plutôt un habile montage avec des indices ici et là pouvant nous laisser présager sa fin surprenante.

      Bref, cet article m’a remis ce film en tête et, avec la magie d’Internet (qui n’était pas disponible dans les années 70), j’ai pu trouver une critique et qu’il est sorti en vidéo. Honnêtement, comme c’est parfois le cas, je pensais que mon souvenir avait de beaucoup embelli ce film très bizarre et que sa critique serait assez sévère, mais non, au contraire elle me réconforte de le revoir… et qui sait, peut-être de l’acheter puisqu’il semble disponible. Bon, il doit bien y avoir des critiques qui, elles, sont moins tendres que celle que j’ai trouvé, mais je vais bien me garder d’en chercher d’autre de peur d’être déçu, et de garder bien vivant mon vœux de le revoir ! Bon, si je mets la main dessus, je serai possiblement déçu… mais dans le fond, ça ne sera pas si grave que ça.

      À ceux que ça pourrait intéresser, voici le lien :

      http://www.horreur-web.com/malpertuis.html

    • Schumacher, c’est “Welles”, tu confonds avec l’écrivain.

    • @ winslow

      Euh, toute une précision en effet! J’étais pourtant certain qu’il s’agissait d’un article publié dans le numéro en cours…

    • Peu importe si l’article date de 2002 ou de 2010, je n’étais pas du tout au courant de cette pièce épique qui manque à la carrière de Welles. Merci pour l’info.
      Ça me fait penser à Stanley kubrick qui avait 50 000 extras d’assemblés pour la production d’une biopic sur Napoléon, film dont le studio de production refusa le financement étant donné le risque de toute l’aventure et la présence d’un autre scénario sur Napoléon déjà en marche chez un compétiteur. Cette décision permit à Kubrick de réaliser Barry Lyndon, une critique, que je juge hilarante, sur la bourgeoisie et l’image du pouvoir.

      Peut-être que dans une carrière, il y a des rendez-vous manqués de la sorte qui permettent de cheminer et de préparer pour un futur projet ?

    • Vrai que 2002 ou 2010, on s’en fout un peu. Toutes les raisons sont bonnes pour parler des AMBERSONS. N’empêche, ça m’attriste un peu qu’il n’y ai pas eu de progrès depuis huit ans…

    • Je constate que le film ne fait pas partie de la collection de CRITERION (question de droits avec Warner Bros). Pourtant, vers le milieu des années 90s, j’avais loué une superbe version LASER DISC du film à la bibliothèque municipale d’Ottawa qui comprenait le film, un commentaire d’un historien du cinéma et un bonus fascinant au sujet des scènes manquantes. Quand je pense que j’avais transféré tout ça sur VHS et que je n’arrive plus à trouver cette foutue cassette !! ;)

    • @mschumacher MALPERTUIS existe dans un superbe DVD double comprenant la version présentée à Cannes et la Director’s cut (pas mal différente et beaucoup plus cohérente !). Je l’ai acheté il y a quelques années à la BOITE NOIRE de Montréal. (En passant, le film met aussi en vedette le québécois Daniel Pilon !). Réalisé par Harry Kumel qui avait aussi réalisé l’excellent film de vampire LE ROUGE AUX LEVRES mettant en vedette Delphine Seyrig et … Danielle Ouimet !!

    • L’obsession de Friedkin et Scorsese envers les scènes manquantes de MAGNIFICIENT AMBERSONS rappelle celle de Peter Jackson envers la scène mythique du SPIDER PIT du KING KONG de 1933, scène que Jackson est même allé jusqu’à recréer !! (Elle fait partie des extras de sa version de KING KONG). Ci-dessous :

      http://www.youtube.com/watch?v=j4Z1sB5l8LU&NR=1

    • unholy_ghost,

      J’ai fait effectivement une erreur en écrivant Wells et non Welles, mais c’est bien Orson Welles qui a fait Citizen Kane, The Magnificent Ambersons et, en tant qu’acteur, a joué dans Malpertui. Vérifies et tu verras qu’il a effectivement joué dans ce film en 1972.

      eraserhead,

      Je suis curieux. Tu as acheté ce film, et alors… comment l’as tu trouvé? Pour moi, c’est un souvenir d’ado qui remonte à bien loin… mais je crois bien que je vais le revoir un jour. Enfin, merci pour le tuyau et, effectivement, pour trouver des films assez rares, la Boite noire a peu d’égal… encore qu’il faut vraiment payé le prix dans cette “boîte”… dommage.

    • @msshumacher, Malpertuis est l’adaptation d’un livre de Ray Bradbury que j’avais lu à l’adolescence l’adaptation ciné m’avais plutôt déçu. Mais n’en n’ait-il pas toujours ainsi. Je te conseille le livre qui m’avais beaucoup impressionné à l’époque.

    • @delisio Désolé Delisio, mais comme tu peux le lire via le lien ci-dessous, Malpertuis semble plutôt avoir été écrit par Jean Ray, écrivain belge spécialisé dans le gothique.

      http://www.imdb.com/title/tt0067386/

    • Absolument twolaneblacktop, la mémoire m’a fait défaut.

    • Jean Ray Bradbury!

    • @Schumacher

      J’ai lu Malpertuis par hasard car ma soeur au CEGEP devait se lire pour son cours et j’avais été attiré par le résumé du livre, car tout comme toi, je suis fan du cinéma du genre. Le livre m’a autant fasciné que Lovecraft et Bradbury et je ne pouvais en décroché. Je n’ai pas vu le film avec Orson Welles mais je me souvenais avoir vu des images dans les livres.

    • Merci à tous!

      Alors, peut-être qu’après avoir revu le film, je trouverai le livre (question de ne pas être déçu dans l’ordre inverse). Encore que j’ai trouvé qu’un film a souvent cette falculté de mettre des images sur des mots et, même lorsqu’il y a des oublis, un film peut avoir un certain intérêt… et je ne doute pas que Welles a su bien rendre son personnage mystérieux.

      pierre79, je n’ai pas lu Bradbury, mais par contre j’ai lu quelques Lovecraft, dont son mémorable “L’affaire Charles Dexter Ward”. Alors, si le livre est de cette trempe, ça m’attire sans l’ombre d’un doute.

    • Jean Ray est l’auteur de Malpertuis où Orson Welles a effectivement joué. C’est un auteur qui a été très prolifique et qui hélas n’a connu le succès qu’à la toute fin de sa vie (La cité de l’indicible peur adapté aussi au cinéma, le grand nocturne, la croisière des ombres, etc.). Il est reconnu comme un grand auteur du genre fantastique au même titre que Lovecraft.

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